Chapitre 26
Chapitre 26
Tout le monde s’était rassemblé dans le grand hall.
La fée apparut au centre de la pièce, flottant légèrement au-dessus du sol, les bras croisés. Elle balaya l’assemblée d’un regard ouvertement méprisant.
« Très bien. Puisque certains d’entre vous ont réussi à ne pas mourir comme des idiots, on peut commencer. Je m’appelle Rosalyn Faelith. Essayez de retenir ce nom, ça vous évitera d’avoir l’air de débiles plus tard. »
Elle soupira, déjà visiblement lassée.
« Aujourd’hui, vous allez ouvrir votre noyau de mana et découvrir votre rang. Oui, même les plus pathétiques d’entre vous. »
Elle fit un petit geste de la main, comme si elle expliquait quelque chose d’évident à des enfants.
« Le mana est présent partout dans la Tour. Il flotte dans l’air. C’est l’essence même de vos Dons. Plus vous le contrôlez, plus vos capacités deviennent puissantes. Sans noyau de mana, impossible d’utiliser correctement votre Don ou vos capacités… même si vous pouvez sentir le mana autour de vous. Autrement dit, sans ça, vous ne valez rien ici. »
Elle pivota sur elle-même, ses ailes battant avec nonchalance.
« Le mana qui vous entoure peut servir à attaquer, à vous protéger, à survivre. C’est la base absolue. Si vous n’êtes même pas capables de comprendre ça, autant rester coincés au premier étage jusqu’à pourrir sur place ou devenir des “droppers”. »
Un murmure parcourut le groupe.
Rosalyn s’en moquait.
« Les noyaux de mana possèdent différentes couleurs selon leur puissance. Dans l’ordre : rouge, orange, jaune, vert, cyan, bleu, violet. Plus la couleur est élevée, plus vous êtes puissant. Tout le monde commence avec un noyau rouge. Alors essayez de ne pas rester avec un misérable noyau rouge toute votre vie, ce serait vraiment triste. »
Elle leva un doigt.
« Ensuite, il y a les rôles. La Tour vous en attribue un en fonction des capacités que vous avez éveillées. Attaquant. Ranger. Soutien. Éclaireur. Et, pour les rares personnes qui ne sont pas complètement inutiles… Polyvalent. »
Son sourire devint encore plus condescendant.
« Vous suivrez des cours en fonction de votre rôle. Les Polyvalents, eux, ont le “privilège” de devoir tout suivre, puisqu’ils sont censés pouvoir remplacer n’importe qui. Quelle chance, pas vrai ? »
Elle claqua des doigts avant de poursuivre.
« J’ai déjà trop parlé. Maintenant, asseyez-vous. Fermez-la. Essayez de sentir le mana autour de vous. Et ouvrez votre noyau de mana. Si vous y arrivez, tant mieux. Sinon… ce n’est pas mon problème. »
Elle ne laissa même pas aux gens le temps d’assimiler ses paroles.
Malgré tout, chacun finit par s’installer, certains plus rapidement que d’autres.
Quelques-uns s’assirent en tailleur, visiblement concentrés.
D’autres restèrent raides et mal à l’aise, jetant des regards autour d’eux comme s’ils espéraient comprendre la bonne méthode en observant les autres.
On entendait des respirations lourdes, le froissement des vêtements et quelqu’un se racler nerveusement la gorge.
Alors que j’allais moi-même m’asseoir, Zohar s’approcha de moi.
« Tu veux qu’on s’installe un peu plus loin ? »
Sans attendre ma réponse, il m’entraîna encore une fois avec lui.
‘Je suis pas ta femme. Pourquoi je devrais te suivre partout ?’
Je soupirai intérieurement et me dégageai de sa prise.
J’allais lui répondre quand il aperçut Tiana, assise seule un peu plus loin.
Il m’ignora aussitôt et se dirigea vers elle.
« Tiana, viens, on va s’installer ensemble dans un coin. C’est mieux de rester avec les gens qui ont traversé la même épreuve. »
Elle ouvrit les yeux.
« T’es idiot ? »
Après cette réponse, elle renifla dédaigneusement, se releva et partit s’installer seule dans un coin.
« Je crois qu’elle m’aime pas beaucoup », me dit-il.
‘Sans blague.’
Je m’éloignai moi aussi, m’assis en tailleur, le dos droit, puis fermai les yeux.
Zohar sembla légèrement dérouté par nos réactions, mais finit tout de même par s’asseoir et fermer les yeux à son tour.
Au début, je ne ressentis rien.
Seulement les respirations autour de moi.
Le léger courant d’air qui traversait le hall.
Les battements de mon propre cœur.
J’essayai de vider mon esprit.
Analyser.
Ressentir.
Sans forcer quoi que ce soit.
Autour de moi, les réactions commençaient déjà à différer.
Quelqu’un à ma gauche souffla avec agacement.
« Je sens rien… Merde, je sens absolument rien. »
Un peu plus loin, une fille murmura d’une voix tendue :
« Ça picote… C’est normal que ça picote ? »
Quelqu’un d’autre serrait les poings si fort que ses articulations craquaient.
Un garçon grimaçait, les sourcils froncés, visiblement en train de forcer.
Une fille au fond laissa échapper un petit rire nerveux avant que la personne à côté d’elle ne la rabroue sèchement.
Honnêtement…
tout ce bavardage me déconcentrait.
J’ouvris les yeux.
À quelques mètres de moi, Zohar avait les yeux fermés et affichait une expression étonnamment concentrée.
Tiana, elle, restait parfaitement immobile.
Presque trop calme.
Comme si cet exercice ne lui demandait aucun effort particulier.
Je refermai les yeux pour me concentrer et bloquer tout le reste.
À vrai dire, je ne savais même pas si j’allais réussir à ouvrir mon noyau de mana.
Je ne venais pas de ce monde.
Et les explications de Rosalyn avaient été particulièrement abstraites.
Elle s’était contentée de nous dire de nous asseoir et de « ressentir » le mana.
Alors que je réfléchissais à tout ça…
quelque chose changea en moi.
Une présence légère.
Presque imperceptible.
Comme une chaleur diffuse flottant dans l’air.
Elle vibrait.
Elle circulait.
Autour de moi.
À travers moi.
Ce n’était pas une sensation physique ordinaire.
C’était plus subtil.
Plus fondamental.
Je fronçai légèrement les sourcils, surpris.
‘…Oh ?’
Ce n’était pas désagréable.
Mais ce n’était pas naturel non plus.
C’était comme découvrir un sixième sens dont j’ignorais complètement l’existence.
Le mana n’était pas seulement autour de moi.
Une partie semblait déjà me répondre.
Faiblement.
Avec hésitation.
Comme si quelque chose en moi venait tout juste de s’éveiller.
Je restai parfaitement immobile, concentrant toute mon attention sur cette nouvelle sensation.
‘Alors… c’est ça.’
Autour de moi, les murmures continuaient.
« Pourquoi certains arrivent déjà à le faire ? »
« Ferme-la et concentre-toi… »
« Merde, je… je crois que je tiens quelque chose… »
Rosalyn, toujours en train de flotter au centre de la pièce, observait la scène avec un ennui évident, battant paresseusement des ailes.
« Pathétique », lâcha-t-elle sans s’adresser à quelqu’un en particulier. « Et dire que certains croient encore qu’ils vont réussir à gravir la Tour. Rien d’étonnant venant des humains. »
Je continuai à méditer.
Puis, soudain…
je sentis quelque chose d’étrange à l’intérieur de moi.
‘Hein ?’