Chapitre 114
Il fallut un moment à la Veilmaster pour réaliser que Simon venait de lui tenir tête devant tous les candidats.
Elle voulait le réprimander et le punir pour ce manque de respect ; pour elle, laisser passer un tel affront risquait de donner aux autres candidats l'idée qu'ils avaient, eux aussi, le droit de la contredire.
Elle s'était imposée de telle sorte que personne n'osait jamais lui répondre.
Mais voilà Simon... un gamin avec une Lignée Commune Suprême, sans aucun passé, un simple Démon Inférieur.
En dehors du fait qu'il était une énigme, il n'avait rien pour se distinguer des autres, et pourtant, il avait l'audace de lui répondre ?
Une partie d'elle voulait le châtier, mais une autre savait que Simon disait la vérité.
Depuis qu'il s'était avancé, elle l'interrogeait sans relâche, le traitant différemment des autres candidats.
De plus, il y avait quelque chose chez Simon qui donnait l'impression qu'elle parlait à...
Un silence étrange et tendu s'installa alors que les candidats, les Veilmasters et même Simon lui-même fixaient la Veilmaster.
Simon soupira intérieurement.
« Elle a un ego fragile. Si ce que j'ai fait suffit à te paralyser et à te faire douter de ta réaction, alors tu es décevante. »
Avec ses décennies d'expérience, il pouvait comprendre les pensées de la Veilmaster. Il était toutefois légèrement surpris.
« J'ai encore beaucoup à faire si je veux survivre et prospérer dans cette seconde vie. Je dois apprendre à être humble par moments, et arrogant à d'autres. »
« Puisque j'ai clairement blessé son ego, je dois faire profil bas et reculer pour le flatter à nouveau. Ce serait mauvais pour moi de me mettre à dos une figure influente du Clan Shadowgrave avant même d'en faire officiellement partie. »
« Pardonnez mon impolitesse. Quelles questions avez-vous pour moi ? » Simon s'inclina et s'excusa, surprenant la Veilmaster, les deux autres Veilmasters et les candidats.
La Veilmaster resta interdite un instant, puis elle regarda Simon et s'éclaircit légèrement la gorge.
Inconsciemment, elle oublia l'insolence de Simon et éprouva une certaine bienveillance pour lui, car il venait de lui sauver la face.
« C'est entendu. Es-tu prêt à répondre à mes questions ? »
Simon hocha la tête.
« Bien. » Elle acquiesça. « Je veux savoir comment tu as pu faire passer ton Cœur démoniaque du rang mineur au rang suprême si rapidement. »
Simon ne fut pas surpris par cette question. Il s'y attendait et avait déjà sa réponse.
« Un Odrasil m'a donné un fruit pourpre. Je crois qu'il s'appelait Varreth. »
Les yeux de la Veilmaster brillèrent d'une lueur de compréhension, tout comme ceux des deux autres Veilmasters et de certains candidats.
Pendant ce temps, les yeux de Thorgan s'écarquillèrent d'incrédulité.
« Varreth, dis-tu... Si c'est le cas, c'est possible. Le fruit des Odrasils est connu pour augmenter le rang du cœur d'un démon. Cependant... »
Elle marqua une pause et plissa les yeux en observant Simon.
« Sais-tu où se trouve Varreth ? Je ne le vois pas ici pour confirmer qu'il t'a réellement donné ce fruit. »
Les yeux de Simon brillèrent d'une lueur calculatrice.
« Elle a pris soin de ne pas mentionner le fait que je devrais être la marionnette de Varreth si j'avais vraiment mangé ce fruit. Pour une raison quelconque, elle veut garder cette information secrète. »
Simon secoua la tête. « Je ne sais pas. On m'a donné le fruit il y a peut-être... une heure ? J'ai été téléporté ici alors que je le raffinais, c'est pour cela que je suis apparu en position de méditation. »
Thorgan ne put s'empêcher d'ouvrir la bouche, totalement incrédule et choqué par les mensonges de Simon.
Chaque mot de Simon était un mensonge, et voir l'expression calme qu'il affichait en mentant non seulement à une Veilmaster, mais à deux Veilmasters et plus d'une centaine de candidats...
« Troisième frère. Je l'admets maintenant. Je ne pourrai jamais te surpasser dans certains domaines. »
Thorgan se demanda si Simon avait prévu tout cela, ce qui expliquerait pourquoi il était resté en position de méditation au moment où la lune pourpre avait commencé à se lever.
Pendant ce temps, la Veilmaster fronça légèrement les sourcils en réfléchissant aux paroles de Simon.
« Si Varreth lui a donné le fruit il y a une heure mais a été tué ensuite par une bête ou un autre candidat, alors il est logique que ce gamin ne soit pas devenu un esclave. »
« Quel gamin chanceux. L'Odrasil a été tué alors qu'il raffinait le Fruit de Longévité. Il a gagné gros sans rien perdre. »
La Veilmaster claqua de la langue en secouant doucement la tête, puis se concentra à nouveau sur Simon.
« Et qu'en est-il de ces choses enroulées autour de tes bras ? Tu ne les avais pas avant. Pourquoi les as-tu maintenant ? Qu'est-ce que c'est ? »
Simon jeta un coup d'œil aux Enveloppes du chaos. Il s'attendait aussi à cette question, et honnêtement, s'en sortir risquait d'être délicat.
« Ce sont des bandages. J'ai été blessé par l'attaque d'une Bête de l'Effroi, et j'ai eu beaucoup de chance de survivre. J'utilise ces bandages pour soigner mes bras. »
La Veilmaster fronça les sourcils, une pointe d'inquiétude dans le regard.
« Puis-je voir la blessure ? »
Simon secoua la tête. « Non. C'est en train de cicatriser, et retirer les bandages pourrait aggraver les choses. »
Bien qu'elle ait voulu insister, elle décida de ne pas le faire.
« Pas de problème. Fais vérifier cela et soigne-toi correctement dès que tu en auras l'occasion. »
Simon hocha la tête, puis désigna l'endroit où se tenaient Thorgan et les autres candidats reçus.
« Puis-je y aller maintenant ? » demanda-t-il.
« Attends. » La Veilmaster l'arrêta. « Une dernière question. Comment as-tu obtenu autant de points ? »
« Il y a un endroit où beaucoup de candidats et de bêtes se sont battus. Nous l'appelions la Région de la Mort. Je me suis faufilé et j'ai récupéré l'essence d'ombre condensée sur certains cadavres de candidats, ainsi que sur ceux de quelques bêtes en bordure de la zone. »
« C'est donc ça... » La Veilmaster fronça profondément les sourcils, et Simon désigna à nouveau l'endroit où Thorgan et les autres attendaient.
La Veilmaster finit par céder d'un geste de la main.
« Tu peux y aller. »
« Merci. »