Chapitre 48
« Voilà. »
Même s'il s'agissait de ses parents, ils restaient des invités, et il était impératif de les servir. Mahiru ayant toutefois insisté pour s'en charger, Amane l'avait laissée faire.
Il ne s'était jamais attendu à ce que le service à thé et le thé noir que Mahiru avait apportés pour lui servent dans une telle situation.
Ses parents étaient assis sur le canapé qu'ils occupaient habituellement ensemble, rayonnants.
« Oh, merci beaucoup, Mahiru-chan. Tu as l'air d'avoir complètement pris l'habitude. »
« O-oui. »
« Normalement, c'est Amane qui devrait faire ça, non ? »
Si Amane s'était occupé du thé, il n'aurait probablement réussi qu'à en extraire l'amertume, alors Mahiru avait pris les choses en main. Shihoko, cependant, semblait un peu déconcertée.
« Non, je veux le faire… »
« Eh bien, si c'est Amane qui s'en occupe, le thé risque de ne pas être à la température idéale. C'est tout à fait prévisible. »
Même si elle avait raison, il était agacé d'être ainsi critiqué.
Ne pouvant rien rétorquer, il ne lui restait plus qu'à se taire. Shihoko le regarda avec amusement.
« En parlant de ça, Amane, tu appelles Mahiru-chan par son prénom maintenant. »
Dès qu'elle eut fait cette remarque soudaine, Amane et Mahiru se figèrent à l'unisson.
Il avait oublié ce détail, tant il s'était habitué à l'appeler ainsi naturellement. Lors de leur dernière rencontre, Amane n'appelait pas Mahiru par son prénom, et cette dernière se tortillait de gêne lorsqu'elle s'adressait à lui.
À présent, ils s'appelaient tous deux si naturellement que Shihoko laissait forcément libre cours à son imagination.
« …C'est bien comme ça, non ? »
« Je trouve ça charmant. C'est bien d'être proches. »
Elle choisit délibérément de ne pas insister, se contentant de regarder Amane avec un sourire limpide, ce qui fit trembler les joues de ce dernier.
Peut-être aurait-il mieux valu qu'elle se moque de lui. Lorsque Shihoko était dans cet état, son esprit s'envolait vers toutes sortes de situations joyeuses et romantiques.
« Shihoko-san, arrête d'embêter Amane. »
Mais Shuuto tira la sonnette d'alarme.
« C'est une mauvaise habitude que tu as là, Shihoko-san. Ne le taquine pas trop. »
« Oui, quel dommage, mais je dois m'arrêter. »
Shihoko n'écoutait que les paroles de Shuuto, et Amane, le fils tourmenté, lui en était profondément reconnaissant.
« Mais c'est merveilleux de voir notre fils s'entendre si bien avec une fille aussi mignonne. »
« J'avais peur que ta mauvaise habitude ne prenne le dessus, Shihoko-san. »
« Oh, tu essaies de m'arrêter maintenant, Shuuto-san ? »
« Je pense qu'il est bon de changer quand on en prend conscience, mais je ne peux pas t'en vouloir, c'est aussi l'une des choses que j'aime chez toi. »
« Pourquoi… Shuuto-san. »
Bien qu'il l'ait arrêtée, ses parents commencèrent à s'isoler dans leur propre monde, pour une raison étrange, et Amane soupira ostensiblement.
Shuuto était généralement quelqu'un de sensé, mais il lui arrivait d'instinct de couvrir sa femme d'attentions, ce qui dégageait parfois une aura inaccessible.
Heureusement, il ne le faisait qu'en famille et n'était pas aussi effronté en public. Peut-être était-il simplement suffisamment détendu parce qu'ils étaient chez Amane.
Le fils ne voyait pas d'inconvénient à ce que ses parents soient amoureux après tant d'années, mais il aurait aimé qu'ils soient au moins conscients de l'endroit où ils se trouvaient, par considération pour ceux qui les regardaient.
Amane ne voulut pas intervenir au moment où il les vit sombrer dans leur bulle, alors il s'affaissa simplement sur la chaise qu'il avait prise dans la salle à manger et soupira bruyamment une fois de plus.
Mahiru installa également une chaise à côté de lui et l'observa silencieusement.
« …Tes parents s'entendent vraiment bien. »
« J'imagine. Ils ne sont pas comme ça à l'extérieur, mais c'est l'ambiance à la maison. »
« Je vois. »
Il répondit avec un sourire ironique, et Mahiru plissa les yeux en regardant Shihoko et Shuuto.
Elle n'avait pas l'air mécontente ; au contraire, elle semblait contempler quelque chose d'éblouissant.
Ses yeux étaient remplis d'admiration et d'une pointe de jalousie, comme si elle regardait quelque chose de précieux.
Alors qu'elle les observait avec un léger sourire que l'on ne pouvait qualifier que de fugace, il tendit la main vers elle sans réfléchir—
« Oh Amane, qu'est-ce qui se passe ? »
Shihoko semblait être revenue à la réalité, et Amane retira sa main en entendant sa voix.
« Qu'est-ce que tu veux dire par "qu'est-ce qui se passe" ? C'est parce que vous êtes dans votre monde qu'on est vraiment mal à l'aise, maman. »
« Oh, tu es jaloux ? »
« Pas, du, tout. Faites juste ce genre de choses à la maison. »
Il semblait qu'ils n'avaient pas remarqué qu'Amane avait failli prendre la main de Mahiru, et cette dernière non plus, alors elle ne put que lui adresser un sourire ironique face à ses mots.
Il ne savait pas pourquoi il avait tendu la main.
Mais il semblait que… il ne voulait pas que Mahiru se sente seule.
Il fut soulagé de voir Mahiru redevenir normale et garda son air renfrogné habituel pour ne pas se faire remarquer.
« Alors, vous êtes heureux de voir votre fils maintenant ? »
« Plutôt que toi, Amane, nous sommes heureux de voir Mahiru-chan… »
« Hé. »
« Je plaisante à moitié. Nous n'en avons pas fini avec notre objectif ici. »
« Objectif ? »
Il pensait que l'objectif de Shihoko était simplement de faire une visite pour le Nouvel An et de saluer Mahiru, mais il semblait qu'elle avait un autre plan en tête.
« Amane, vous n'avez pas encore fait le Hatsumōde, n'est-ce pas ? »
« On ira quand il y aura moins de monde. »
« Je m'en doutais. Tu n'y es pas allée non plus, Mahiru-chan ? C'est ce que tu as écrit dans le message. »
« Oui. »
« Comme je m'y attendais, j'ai apporté des kimonos~ »
Il semblait que Shihoko voulait assister au Hatsumōde avec Mahiru.
Amane comprit à ce moment-là pourquoi elle souriait de toutes ses dents et portait un sac aussi volumineux. Une fois de plus, il soupira pour la énième fois.
Shihoko aimait les choses mignonnes et adorait habiller les gens. Elle ne laisserait sûrement pas passer cette occasion.
Amane savait qu'il y avait quelques kimonos à la maison, et il semblait qu'elle les avait tous apportés.
« Je rêvais d'avoir une fille habillée en kimono pour le Hatsumōde… Je pense que ça ira très bien à Mahiru-chan. »
« Maman, tu veux juste une poupée pour jouer à la poupée… »
« Ce n'est pas vrai ! Une grande raison, c'est que je veux que Mahiru-chan le porte. »
Ça lui ira vraiment bien, après tout, Shihoko était absolument convaincue d'avoir raison.
Bien qu'il semblât qu'il n'y ait aucun vêtement qui ne sied pas à Mahiru.
Pour autant qu'Amane le sache, elle avait porté des vêtements de garçon, des tenues de princesse, des vêtements de fille avec des froufrous et de la dentelle à quelques reprises, et tout lui allait à merveille. Il semblait qu'une jolie fille pouvait porter n'importe quoi.
Alors le kimono, apparemment, aussi.
Les Fujimiya n'avaient qu'un fils, et Shihoko ne laisserait jamais passer l'occasion d'habiller une fille.
« …Eh bien, si Mahiru est d'accord, tu peux l'habiller. »
« Pourquoi tu donnes l'impression que tu ne viens pas ? »
« Eh bien, ce serait gênant si les gars de l'école me voyaient avec elle. »
Si ses parents accompagnaient Mahiru au Hatsumōde, ils pourraient passer pour une famille, donc ça devrait aller.
Mais ce serait problématique si Amane lui-même se joignait à eux.
Si ses camarades de promotion voyaient l'Amane peu impressionnant avec Mahiru lors de la visite au sanctuaire, il pouvait imaginer une scène infernale de lamentations après la fin des vacances d'hiver.
Après tout, il ne voulait pas aller au Hatsumōde en prenant un tel risque.
« Ce n'est pas grave si on ne te remarque pas, non ? »
« Si on ne nous remarque pas, mais normalement, on… dis maman, est-ce que tu es en train de… ? »
« Fufu, c'est pour cette situation que j'ai préparé tant de choses ici, tu sais ? »
« Qu'est-ce que tu veux dire par "cette situation" !? »
Il y avait des kimonos, des juban et de petits accessoires. Amane sentit qu'elle n'aurait pas apporté autant de bagages si tout était lié aux kimonos, il semblait donc qu'elle en avait apporté plus juste pour le taquiner.
« Shuuto-san était enthousiaste à ce sujet aussi. »
« Papa… »
« C'est une occasion rare, alors pourquoi pas ? Je pense que puisque c'est une tradition annuelle, nous devrions y aller ensemble. »
C'était difficile de refuser maintenant qu'il avait parlé.
La suggestion de Shihoko impliquait l'insistance de Shuuto sur la famille, et Amane se sentirait mal s'il refusait.
« Mais alors. »
« Tout va bien. Fais confiance à maman. Je vais te transformer en un beau garçon, contrairement à avant, Amane ! »
« Donc tu dis que je suis moche maintenant ? »
« Bien sûr que non, ton visage ressemble à celui de Shuuto-san. Mais la coiffure et l'ambiance autour de toi sont si fades. C'est si rustre, comme on dit. »
« Tais-toi. »
Il savait qu'il avait l'air rustre, mais il s'habillait volontairement ainsi parce qu'il en avait envie… et ne voulait pas qu'on le lui fasse remarquer.
« Tu pourrais être plus beau si tu faisais un effort, Amane. C'est juste que tu trouves ça trop contraignant… »
« Arrête de te mêler de ce qui ne te regarde pas. »
« Quel dommage… dis Mahiru-chan, tu as envie de voir Amane un peu mieux habillé aussi, n'est-ce pas ? »
« Hein ? »
La balle étant soudainement dans le camp de Mahiru, cette dernière écarquilla les yeux et parut visiblement déconcertée.
Amane espérait que Shihoko ne mettrait pas trop la pression sur Mahiru, mais Shihoko continua sans se soucier de rien.
« Si Amane s'habille mieux, je pense que tu auras une opinion différente de lui, Mahiru-chan. Il a l'air décent en fait, tu sais ? Tu n'es pas honnête avec toi-même, mais il a le côté gentleman de Shuuto-san. Un petit effort vestimentaire et il aura l'air d'un homme bien. »
« E-euh… c-c'est vrai… ? »
« Tu ne veux pas aller au Hatsumōde ensemble ? »
« E-en fait, je ve-veux, mais, »
« Hé, ne me vends pas. »
Amane espérait que Mahiru refuserait par peur de cette situation vraiment improbable, et elle regarda de côté après sa réplique.
« …Ce n'est pas grave si tu ne veux pas, Amane-kun. »
Shuu. Sa voix semblait un peu déçue alors qu'elle baissait les sourcils, et il se retrouva à lutter pour respirer.
Bien qu'elle ait l'intention de garder ses sentiments pour elle, elle trouvait évidemment cela dommage. Ce n'était pas montré délibérément, mais naturellement.
Elle baissa silencieusement ses longs cils, provoquant un fort sentiment de culpabilité en lui.
Tu as rendu Mahiru-chan triste. Shihoko, à son tour, lança un regard réprobateur à Amane. Allez, abandonne vite. Shuuto, à son tour, lança un tel regard, grrr, et Amane laissa échapper un petit gémissement.
Il semblait bien qu'il était en train de harceler Mahiru, non ?
« …D'accord. »
Face à de tels regards, il ne pouvait que capituler.