Chapitre 47
Chapitre 47 : Cache-cache
Certaines présences se sentent avant de se voir. Et certaines vérités se cachent derrière un nom d'emprunt.
Petra sortit de la Trinity User en sentant qu'elle allait exploser.
Elle n'avait pas pu résister à la tentation : elle s'était pris une brioche au sucre.
[Je suis désolée...]
Se culpabiliser ne l'empêcha pas de la dévorer.
Alors qu'elle se dirigeait vers le véritable bâtiment de la Trinity User, Petra ressentit un curieux signal d'alarme intérieur lui enjoignant de rebrousser chemin. Fidèle à elle-même, elle fit exactement le contraire de ce que son intuition lui conseillait.
À l'entrée, elle regretta instantanément son choix en tombant nez à nez avec le fou sans Chernobyl, immobile, qui la fixait en silence.
[Mon Dieu...]
Elle déglutit avec une exagération comique avant de faire mine de ne pas l'avoir vu.
« Toi, viens ici. »
« Je... Je suis occupée ! J'ai un rendez-vous important avec... Avec un garçon ! » Mentit-elle de la façon la plus maladroite qui soit.
Tatsuki la fixa longuement, puis s'en alla sans un mot.
Deux minutes plus tard, il était de retour. Durant toute son absence, Petra, terrifiée, n'avait même pas osé esquisser un mouvement.
Il tenait un petit sac. Y plongeant la main, il en retira un manteau noir maculé de sang frais.
Les yeux bruns de Petra, semblables à des feuilles d'automne, s'illuminèrent d'une terreur pure.
Sans la moindre hésitation, Tatsuki lui lança le vêtement directement au visage, manquant de la faire s'évanouir.
« D-du... Du sang ! » Faillit-elle vomir.
« Lave-le. »
Et il repartit aussi sec, sans la moindre explication, laissant Petra Cohle avec l'impression d'avoir vu sa vie défiler sous ses yeux.
Pendant ce temps, dans le dortoir des filles.
Yukimiya acheva sa lettre à Émile, puis prit la direction de la chambre de Petra pour l'emmener avec elle à la chapelle de Mère Céleste.
Le temps se rafraîchissant, elle avait enfilé un manteau à fourrure et des bottes assorties.
Toc. Toc. Toc.
Yukimiya patienta plus de dix secondes sans la moindre réponse. Après un long soupir, elle décida de s'en aller seule, persuadée que son amie était occupée ailleurs.
Malgré l'air mordant, la brume flottante et collante du quartier d'Aurora enveloppait les rues, masquant à peine le paysage.
À mesure qu'elle avançait, les sourcils de Yukimiya se froncèrent. En apparence, tout semblait normal pourtant, son corps se mit à trembler.
Son cœur battait la chamade, brassant des vagues d'inquiétude.
[Ceci...]
C'était la première fois qu'elle ressentait une telle sensation.
Elle parvenait péniblement à percevoir qu'on l'épiait, qu'on l'observait de près — sans toutefois identifier l'origine de ce regard. C'était à la fois insaisissable et d'une clarté dérangeante.
Plutôt que de céder à la panique, elle s'enfonça un peu plus profondément dans les ruelles sombres, le regard plein de perplexité.
Ses pas claquaient sur les pavés. Dans un élan de concentration, elle balaya l'air de sa main pour faire naître des fragments d'énergie.
Rapidement, elle leur donna forme, les étirant et les courbant avec la précision nerveuse d'un peintre sur sa toile.
Un éclair de lumière surnaturelle jaillit : elle venait de façonner son propre double.
Sans perdre une seconde, elle envoya sa copie cavaler à découvert dans la rue principale, tandis qu'elle attendait quinze bonnes secondes avant de bouger à son tour.
Trente secondes plus tard, le double déboucha dans une ruelle abandonnée avant d'exploser en une myriade de minuscules étincelles lumineuses pendant que la vraie Yukimiya maintenait une distance prudente.
Heureusement, elle était enfin arrivée devant la chapelle.
BAM !
Elle poussa la porte avec nervosité et cala rapidement deux blocs de pierre pour la barricader de l'intérieur.
[J'ai envie de pleurer...]
Souffla-t-elle, haletant en sentant la pression et cette étrange sensation s'estomper peu à peu.
Au même moment, dans une petite maison du quartier d'Aurora.
Heewon et Manon étaient assises, les bras croisés.
En face d'elles, une femme d'une trentaine d'années semblait intimidée par leur présence. Après un silence lourd, elle gloussa nerveusement :
« Je ne travaille plus pour le vicomte Roussel. Pour être tout à fait précise, je n'ai plus jamais remis les pieds là-bas depuis sa mort. »
« Et que s'est-il passé exactement ? » Demanda Heewon en sortant son carnet.
La femme parut hésitante, luttant contre une distance craintive. Ses lèvres tremblèrent de façon incontrôlée avant qu'elle ne porte une main tremblante à sa bouche.
« Tout allait bien ce jour-là. Le vicomte lisait tranquillement son journal dans le salon, et moi, je faisais le ménage dans la chambre des invités. La majordome était en vacances en famille, et les autres domestiques n'étaient pas encore arrivés. C'était très tôt le matin. Et puis... Il est arrivé. »
« Qui ça, "il" ? »
S'interrompit Heewon, la mine grave, sa mine d'encre suspendue au-dessus du papier.
La femme leva les yeux, les replongea aussitôt vers le sol, puis murmura :
« Il avait l'air un peu négligé, mais d'une beauté marquante. Il portait des lunettes, si je m'en souviens bien, un long manteau, et... De longs cheveux blonds. Il disait s'appeler Dimitri Kleint. »
— Fin du chapitre 47 —
Loué soit le Créateur.