Chapitre 41
Chapitre 41 : Apôtre de la connaissance et du néant
Certains noms sont des armes. Certains noms sont des tombeaux.
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Le cœur de Kerh Van Linngard palpita.
Pas de peur. Pas d'appréhension. Non — ce qui fit bondir son pouls, ce qui fit frémir ses doigts et briller ses yeux derrière ses lunettes, c'était une chose bien plus dangereuse.
La cupidité.
Une faim intellectuelle. Une soif de savoir qui dépassait toute morale, toute prudence, toute raison. Car cet adversaire — ce cavalier à l'aura instable, ce mort-vivant à la démence palpable — savait des choses.
Des choses que même les plus grands scientifiques de ce monde auraient tués pour entrevoir.
Et Kerh était affamé.
Plus affamé qu'eux tous.
« Pukuku... »
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Teruhiko sentit sa nuque se refroidir. Il ne put retenir un soupir d'exaspération.
Il connaissait ce rire. Il connaissait cette lueur dans les yeux de son ami.
Il savait, avec certitude, que ce Ciward serait prêt à tout — absolument tout — pour arracher les secrets de ce mort-vivant.
Alors il recula de deux pas silencieux.
Et il s'évanouit dans la forêt sombre, sa silhouette se fondant dans les ombres comme si elle n'avait jamais existé.
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Au même moment, Kerh enleva son gant noir.
Le geste fut imperceptible. Une simple rotation du poignet, un glissement de tissu — et pourtant, ce petit mouvement allait changer le cours de ce combat.
La vague démente venant du cavalier se manifesta.
Non plus mentale. Non plus abstraite. Physique.
Elle s'abattit sur la zone comme une marée invisible, une pression qui faisait trembler l'air lui-même. Et la paume droite de Kerh — cette paume maintenant exposée — fut recouverte d'une fine particule.
Comme si sa main fondait.
Comme si sa main pourrissait.
Les deux à la fois.
La chair se liquéfiait lentement, les doigts semblaient se dissoudre dans une substance noirâtre qui gouttait vers le sol. La douleur aurait dû être insupportable. Elle aurait dû faire hurler n'importe quel être humain.
Kerh sourit.
Il souleva sa canne de sa main valide et, d'un geste précis, il se coupa la main.
Swoooosh !
La main pourrie disparut dans l'air avant même de toucher le sol. Effacée. Niée. Comme si elle n'avait jamais existé.
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Le cheval poussa un hennissement.
Un son grave, profond, qui résonna à travers toute la forêt comme le glas d'une cloche funèbre. Ses deux yeux prirent une teinte rouge sang. Rouge comme la mort qui approche.
Il galopa.
À travers les arbres, à travers les ombres, à travers la nuit elle-même. Ses sabots ne touchaient pas le sol — ils touchaient la réalité, laissant derrière eux des points de lumière qui flottaient dans son sillage.
Et ces points de lumière prirent vie.
Ils grandirent. Ils s'étirèrent. Ils se transformèrent.
Des familiers loup-garous.
Leurs corps massifs, couverts de fourrure noire et de cicatrices luminescentes, atteignaient une taille comparable à cinq humains empilés les uns sur les autres. Leurs yeux brillaient de la même lumière rouge que celle de leur maître. Leurs crocs — des crocs assez longs pour transpercer un arbre — dégoulinaient d'une salive qui fumait au contact de l'air.
Ils étaient nombreux.
Ils étaient affamés.
Ils étaient là.
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Un bruit ressemblant au vent se faisant déchirer retentit.
SWOOOOSH !
Kerh arriva.
Il apparut juste derrière les familiers, à quinze mètres de distance, son poing déjà armé. Sa main — celle qui venait de se reformer, la chair neuve et pâle — était serrée.
C'était la capacité d'un demi-dieu.
La régénération. La reconstruction. L'impossibilité de la perte définitive.
Mais avant même qu'il ne puisse frapper, les familiers réagirent.
Ils créèrent des vagues déferlantes en se retournant sur eux-mêmes. Leurs corps massifs tourbillonnaient comme des tornades de chair et de griffes, et tout ce qui les entourait fut déchiqueté.
Les arbres.
Les rochers.
L'air lui-même.
Dix millions de morceaux. Dix millions de fragments qui s'envolèrent dans l'espace, tourbillonnant dans un chaos de destruction pure, traquant Kerh Van Linngard avec une précision mortelle.
Kerh se téléporta.
Il apparut dans les airs, ses pieds quittant le sol une fraction de seconde avant que les familiers ne le réduisent en bouillie. Mais ils le poursuivaient. Leurs vitesses étaient absurdes — plus rapides que la pensée, plus rapides que la lumière, plus rapides que la peur elle-même.
Alors qu'il était occupé à esquiver, le cavalier agit.
Son arc se leva. Une fine flèche de couleur argentée se dressa, son métal brillant sous la lune naissante. Le cavalier visa. Le cavalier tira.
Pfiooou !
Tchack !
La flèche atterrit en plein dans le cœur de Kerh.
Il était encore dans les airs quand l'impact le frappa. Son corps se cambra, sa bouche s'ouvrit dans un rictus de douleur — et pourtant, il claqua des doigts.
L'air en dessous de la réalité fut déchiré.
Des éclairs jaillirent du néant, des arcs de lumière noire qui déchiraient le tissu même de l'existence. Et deux trous noirs — de la taille d'une porte, de la taille d'un portail vers l'abîme — s'ouvrirent dans l'espace.
Ils engloutirent les familiers.
Les loups-garous hurlèrent, leurs corps massifs se tordant tandis qu'ils étaient aspirés dans le vide absolu. Ils réapparurent à l'autre bout de la forêt — mais quelque chose avait changé.
Leurs corps commençaient à buguer.
Comme si les règles les maintenant en place avaient été corrompues. Comme si les concepts leur donnant vie avaient été altérés. Leurs formes se déformaient, se répétaient, se superposaient — des images brisées d'eux-mêmes, des existences fragmentées.
Les trous noirs avaient fait plus que les transporter.
Ils avaient réécrit leur réalité.
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Kerh atterrit.
Presque calme. Sa main se posa sur le sol, sa respiration lente et contrôlée. La flèche dans son cœur aurait dû le tuer. Elle aurait dû le détruire. Mais il était encore là.
Parce qu'il n'était pas vraiment là.
Deux autres flèches furent tirées.
Mais au lieu de lui transpercer la poitrine, elles s'enroulèrent autour de ses deux mains. Des liens argentés, vivants, qui se resserraient à chaque mouvement.
Le Ciward se débattit. Plus il luttait, plus les liens se resserraient, s'enfonçant dans sa chair, coupant sa circulation, immobilisant ses doigts.
Ses mains furent liées. Ses mains furent prisonnières.
« Fait chier ! »
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Le cavalier resta immobile.
Sa silhouette se découpait contre la lune, montée sur son destrier aux yeux rouges. Lentement, avec une majesté terrible, il leva le bras qui contenait la lance.
Swoooosh !
D'un coup sec, la lance fut lancée.
Elle fendit l'air, fendit le temps, fendit l'espace. Elle se logea dans le cœur de Kerh Van Linngard — et ne s'arrêta pas là.
Elle découpa son cœur en dix millions de petits morceaux.
Par simple contact.
La violence du coup fut absolue. Le Ciward tomba à genoux, sa tête pendant vers l'arrière, ses yeux déjà vides. Il s'effondra face contre terre, son corps inerte, son sang formant une flaque sombre autour de lui.
Mort.
« ... »
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Le cavalier s'approcha.
Quelque chose clochait. Il s'attendait à plus de résistance — l'audace de son adversaire suggérait une puissance supérieure. Mais celui-ci était mort de manière abrupte. Une petite rébellion, quelques trous noirs, mais rien de franchement inquiétant.
Rien de véritablement impressionnant.
C'est à ce moment-là qu'il sentit.
Une folie. Une folie encore plus pure, encore plus vraie, émanant de derrière lui.
Non pas de derrière lui.
De partout.
Le cavalier poussa son cheval au galop. Il s'éloigna immédiatement, son instinct hurlant, son corps tremblant. Il en était sûr à cent pour cent.
S'il était resté là une seconde de plus, il aurait été transformé en tas de viande grouillante.
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Le cavalier s'éloignait.
Et une ombre se plaça au-dessus du corps de Kerh Van Linngard.
Cette même ombre — qui lui était propre, son ombre, son reflet, son double — était maintenant sur lui.
« Je suis le Ciward, ne l'oublie pas. »
Le corps disparut.
Le véritable Kerh — celui qui était caché derrière l'ombre depuis le début — fit son entrée.
Il ajusta ses lunettes, un sourire aux lèvres.
« Alors. Il a des familiers. Ses armes ont des effets beaucoup plus destructeurs. Compris. »
Il marqua une pause, ses yeux brillant d'une lueur analytique.
« C'est un demi-apôtre. Je ne lui donne pas plus. »
Son sourire s'élargit.
« C'est dommage pour lui. »
Il toucha le sol avec sa paume.
« Je suis un apôtre. »
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La terre gronda.
Un son profond, tellurique, qui remonta des entrailles du monde. Le sol se fissura, et de cette fissure jaillit une lame.
Une lame de lumière pure.
Des motifs dorés dansaient sur sa surface — des symboles qui semblaient vivants. Elle sortit de la terre comme si elle y avait toujours habité, comme si elle attendait ce moment depuis la nuit des temps.
Kerh l'empoigna.
Ses doigts se refermèrent sur la poignée avec une familiarité absolue. La lame chantait dans sa main, vibrant d'une énergie qui faisait trembler l'air autour d'elle.
D'un pas, il disparut.
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Il réapparut à l'endroit où était le cavalier.
Juste devant lui. En plein vol. Son bras tendu, sa paume ouverte, sa main visant directement le cavalier.
Il voulait que celui-ci se fasse avaler par un trou noir.
Un portail vers le néant s'ouvrit — une gueule béante dans la réalité qui cherchait à engloutir le demi-apôtre.
Mais la lance du cavalier prit une teinte cramoisie.
Il toucha l'espace devant lui, et des symboles se dessinèrent dans l'air — des glyphes de pouvoir, des runes de contrôle.
Sa conscience fut renvoyée.
Cinq secondes en arrière.
Cinq secondes pour réajuster. Cinq secondes pour survivre.
Le cavalier réapparut à une position légèrement différente, évitant le trou noir de justesse. Mais contrairement à ce qui était arrivé la première fois, Kerh n'était pas là.
« ...! »
Il leva les yeux.
Et il vit.
Kerh flottait là-haut, dans les cieux, sa silhouette découpée contre la lune. Ses bras étaient écartés, comme un prêtre offrant une bénédiction.
Les lames de lumière furent multipliées.
Par dix.
La lumière fut comparable à celle d'un petit soleil.
Le cavalier ne pouvait pas regarder directement. Ses yeux brûlaient, sa vision se remplissait de taches blanches, son corps entier hurlait de fuir.
Dans un grondement de tonnerre, les lames furent envoyées sur terre.
Mais le cavalier ne bronchait pas.
Après tout, il était un demi-apôtre. À la frontière entre un humain et un apôtre. En toute logique, ces armes ne devraient lui faire aucun mal.
Il arma son arc en direction de Kerh alors que les lames ne l'avaient pas encore atteint.
Mais.
KRAAAASH !
KRAAAASH !
Les lames coupaient réellement son corps.
Le sang jaillit. Le cheval se trémoussa dans tous les sens, hennissant de douleur, tandis que son maître encaissait des blessures qui n'auraient jamais dû exister.
« ...! »
Kerh sourit.
« J'ai oublié de te dire quelque chose. »
Sa voix était douce.
« Ces lames peuvent trancher ce qui est immortel. »
« Oups... »
Son sourire s'élargit.
« Désolé ! »
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Kerh descendit lentement du ciel.
Ses pieds touchèrent le sol avec grâce. Il ajusta sa canne, redressa son col, et regarda le cavalier droit dans les yeux.
« Je suis le Ciward de Sven. Le possesseur du palais du Ciward. »
Sa voix résonna à travers la forêt.
« Je suis l'apôtre de la connaissance et du néant. »
Il marqua une pause.
« Kerh Van Linngard. »
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À cet instant, l'aura de Kerh devint quasi divine.
Elle se déploya autour de lui comme une cape invisible, comme une pression qui écrasait tout, comme une vérité qui ne pouvait être niée.
Elle devint inévitable pour le cavalier — ce demi-apôtre qui était encore en dessous dans cette échelle, ce combattant qui avait osé défier un être dont il ne comprenait pas la nature.
Le dragon squelettique passa dans les cieux au même moment.
Ses ailes d'os battaient lentement, produisant un son grave qui résonnait comme un requiem.
Et le corps du cavalier fut écrasé.
Pas par une attaque. Pas par un sort.
Par le simple nom de l'apôtre.
Son corps fut comprimé, broyé, réduit en cendres par l'écoute du nom complet de Kerh Van Linngard. Sa chair se désintégra.
Ses os se pulvérisèrent. Son existence même fut niée par la révélation de la véritable identité de son adversaire.
Il ne restait plus qu'un grand cratère.
Teinté de rouge.
Avec des flammes qui dansaient à certains endroits, éclairant la nuit de leurs lueurs vacillantes.
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Kerh soupira d’une façon fatigué. Presque mélancolique.
« Ce n'est pas encore terminé. »
Il leva les yeux.
Le dragon battait des ailes.
Et quelque part, dans l'ombre, Teruhiko attendait.
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— Fin du chapitre 41 —
Loué soit le Créateur.