Chapitre 39
Chapitre 39 : Essence insuffisante
La vérité ne se donne pas. Elle se mérite. Et parfois, elle tue.
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Yukimiya resta silencieuse un long moment.
Puis, sans prévenir, une conversation qu'elle avait eue avec Émile le 1er Mai refit surface dans son esprit un échange qu'elle n'avait pas pris au sérieux sur le moment, mais qui, maintenant, prenait une saveur terrifiante.
[« Au début, il y avait plus de personnes, mais elles ont toutes disparu comme ça, pouf ! Il y a même ce gars que j'ai rencontré dans le train, Augustin. Il a dit qu'il irait fouiller les salles de classe, mais il n'est plus jamais revenu. »]
Yukimiya s'était concentrée sur le nom Augustin, persuadée que c'était de lui qu'Émile parlait. Elle en avait oublié l'essentiel.
[Il... Y avait plus de personnes ?]
Elle faillit hurler.
Tandis que ses yeux restaient figés dans le vide, Miguel intervint :
« Charles, arrête un peu avec ces bêtises, tu vas lui faire peur. »
« Ah... Désolé. »
Charles leva les deux mains en signe de culpabilité, puis ajouta sur un ton badin :
« Ne me dis pas que tu m'as prise au sérieux ? S'il y avait eu vingt corps de plus, comment auraient-ils pu disparaître sans laisser de trace ? Ça n'a aucun sens. »
« Hé oui... Ne refais plus jamais une blague pareille. J'ai failli avaler ma langue ! »
Yukimiya sortit un mouchoir et s'essuya le front, le cœur encore battant.
Peu après, ils clarifièrent certains points, notamment sur la mission à Java. Charles consulta sa montre, fit signe à Miguel, et les deux partirent en saluant Yukimiya et en lui recommandant d'aller se soigner au plus vite.
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Restée seule dans sa chambre, Yukimiya repensait aux révélations de Miguel, sans pouvoir chasser la « blague » de Charles de son esprit.
[C'était réellement une blague ? N'est-ce pas ?]
[Oh ! Bonté divine ! Tout le monde va devenir fou, et je serai la première...]
Sans se poser davantage de questions, elle attrapa un stylo à bille et se dirigea vers le couloir où elle avait aperçu pour la première fois cette mer de sang.
Elle leva le stylo, utilisant pour la première fois un objet imprégné de prémotion mémoire.
[Je dois comprendre ce qui est arrivé. Pourquoi n'y ai-je pas pensé plus tôt ?]
Elle toucha l'objet en se concentrant sur l'utilisation de son Chernobyl, tout en évitant de l'activer pleinement. Des canaux d'énergie illusoire se formèrent, prenant une teinte bleu translucide, s'étirant comme des fils le long de sa main droite, disparaissant et réapparaissant tour à tour.
Alors qu'elle tenait l'objet, les fils de lumière contenant son essence furent transmis, et le stylo changea de teinte avant de reprendre sa couleur normale.
[Voilà... Je vais voir ce qui est arrivé à cet endroit.]
Yukimiya toucha l'objet imprégné, et sa vision se déforma en un panorama noir et blanc, comme si elle regardait un film de mauvaise qualité.
Le couloir était relativement normal dans sa vision, sans grand changement par rapport au présent. Cela dura plus de trente secondes, et durant ce laps de temps, Yukimiya ne vit que ses camarades défiler.
Elle émergea de la vision avec un goût amer un mélange d'incompréhension et de colère sourde.
[Ah... Donc c'est comme ça. Cette vision est liée à aujourd'hui. Je ne peux pas aller plus loin parce que mon essence n'est pas encore assez forte.]
Devenir plus puissante ne l'intéressait pas particulièrement. Mais à cet instant précis, elle était tentée.
« Ah... ! Ça fait mal ! »
Elle se rappela soudain qu'elle était blessée au poignet, ce qui réveilla la douleur dans son esprit. Le simple fait de voir ses mains de cette manière suffisait à raviver la souffrance, même si elle était légère à cet instant.
Elle recommença à se tortiller comme un asticot.
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Quartier Centre d'Aurora. Quelque part dans une rue au sud du quartier.
Un homme portant un manteau gris, une chemise blanche, un gilet à rayures et des bottes noires sortit d'une voiture noire.
Ses cheveux noir profond semblaient ne pas avoir été séchés. Ses yeux vert émeraude balayaient les alentours.
Il se dirigea vers une montagne située à l'extrémité du quartier. Le récif impétueux, tel un immense trou, la limite du monde, se dessinait sous ses yeux. La terre ferme était réelle, mais vide — ne faisant souffler que des tonnes de poussière sur un sol fertile.
L'homme s'appelait Teruhiko Sohma. L'adjoint direct du Ciward.
Alors qu'il attendait au bout de la falaise, ses sens s'éveillèrent à l'approche d'une existence supérieure au commun des mortels.
Teruhiko ignora cette présence sans grand dialogue avant de murmurer :
« C'est quand même dommage. Nous sommes tellement habitués à une réalité confortable que nous évitons de creuser un peu plus pour lui trouver des défauts. »
« Comme c'est triste. N'est-ce pas, Kerh ? »
« Évidemment que oui. »
Cette présence n'était autre que Kerh Van Linngard.
L'air se condensa face à lui, formant une sphère aussi profonde que le néant et le cosmos. La sphère vola jusqu'au-dessus de la falaise, tandis que le Ciward utilisait sa main pour la contrôler jusque-là.
« Un niveau de demi-apôtre devrait suffire pour accéder à cet endroit. »
« Oui. C'est pour cette raison que tu m'as forcé à évoluer avec tes méthodes durant tout ce temps — avec tes méthodes frauduleuses, Ciward de pacotille. »
« Pukuku ! »
La sphère de Kerh disparut dans le néant, tandis qu'une autre, plus petite, créée par Teruhiko, répétait le même processus.
Kerh remonta ses lunettes à monture dorée, ajusta son manteau noir et souleva sa canne en la posant au sol.
BOOM. BOOM. BOOM.
Des bruits semblables à ceux de géants s'éveillant d'un long sommeil firent trembler toute la falaise, alors que Teruhiko et Kerh restaient de marbre.
« Quand on aura terminé, on ira à Myorai. »
Teruhiko sauta de la falaise, tandis que Kerh restait seul en haut.
« Personne n'a effectivement remarqué ce détail. Tu as raison, mon cher ami. Cette vérité est beaucoup trop inconfortable, alors les hommes n'ont pas tenté de se demander pourquoi. »
« Alors que dans ce monde, il faut demander pourquoi. Même si la vérité tue, elle est importante. »
« Le quartier Sud de Sven. Le quartier que tout le monde a oublié se trouve juste sous mes yeux. »
Kerh marcha au bord de la falaise avant de volontairement trébucher et d'y tomber comme un ange déchu.
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— Fin du chapitre 39 —
Loué soit le Créateur.