Chapitre 32
Chapitre 32 : Épitaphe
Ce que les morts laissent derrière eux n'est pas toujours un héritage. Parfois, c'est une malédiction.
(Qu'est-ce que ça signifie ?)
Yukimiya sortit immédiatement son carnet de sa poche et commença à écrire ce qui était inscrit.
Après tout, il ne lui restait plus assez de temps. Si quelqu'un venait à la prendre la main dans le sac, elle se ferait sûrement renvoyer malgré son statut de membre de la famille Kobayashi.
Elle était perplexe. La Fondatrice Evernight, présente durant l'Ère des Apôtres ce qui fait d'elle, par extension, une véritable apôtre n'aurait pu avoir aucun lien direct avec le directeur Axiom. Il y avait plus de 5 000 ans d'écart entre eux.
Bien évidemment, on ne pouvait pas ignorer le fait que la famille du directeur soit liée d'une quelconque manière à la Fondatrice. Ce n'était pas improbable. Mais quand même...
Une chose était évidente, malgré l'accumulation de preuves plus pertinentes : Axiom avait fait écrire un épitaphe pour Evernight.
Yukimiya se baissa, le dos appuyé contre la longue table en bois. Avec précipitation tout en considérant son intrusion elle mit sur feuille blanche tout ce qu'elle avait vu.
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Ici repose une ville qui ne dort jamais
bercée par le sel, bercée par les cendres,
où les maisons dansent sur des pilotis de sang
Ici, les fêtes n'ont pas de fin
parce que les morts y dansent encore,
et les cloches qui sonnent à midi
ne savent plus si elles sonnent pour Dieu
ou pour ceux qui n'ont pas eu de tombe.
Ici, la brume ne monte pas du fleuve
elle monte de la mer,
et elle sent le jasmin
et la poudre et le regret.
Passant, ne demande pas pourquoi les rues sourient :
c'est une ville qui a appris à rire
pour ne pas hurler.
Mais si tu tends l'oreille, sous les trompettes,
tu entendras ce qu'elle cache :
le bruit d'une vague qui n'en finit pas de mourir
sur une plage qui n'en finit pas d'attendre.
Tout comme l'enfant qu'elle a laissé à ce monde. Comme la petite sœur qu'elle a laissée dans ce monde.
Lorsque cette personne sera rencontrée, ma bien-aimée déesse reviendra à la vie.
Car celui qui trouve le nom honorifique de cette ère sera digne de remonter aux origines et de voir la déesse.
(Glups... Nom honorifique ? Revenir à la vie ? Une enfant qu'elle aurait laissée... dans ce monde ?)
La main de Yukimiya tremblait. Une pointe de peur dans les propos de l'épitaphe lui donnait des frissons.
(Dois-je prendre cela au sens littéral ?)
Yukimiya ne perdit plus de temps. Elle remit son carnet dans sa poche, courut jusqu'au portrait et remit le drap rouge sang en le faisant tomber une première fois tout d'abord.
Elle prit une profonde inspiration et sortit du bureau en fermant la porte à double tour.
Clic !
Alors qu'elle marchait vers la salle des employés, un sentiment d'oppression l'envahit. De la terreur, couplée à de la frustration.
Elle se changea et sortit par la fenêtre. Elle tendit le bras en tentant d'utiliser son Chernobyl. Une traînée de fragments argentés se dessina jusqu'au sol. Yukimiya glissa comme sur un toboggan et atterrit en toute simplicité, pile à l'heure.
Le « toboggan » se brisa en éclats en se mélangeant à l'air ambiant.
(Nom honorifique... Je ne sais pas ce que ça veut dire. Mais ça ne présage rien de bon. L'épitaphe désignait un lieu sur lequel était gravé un nom honorifique... C'est l'un des quartiers de Sven, mais lequel ?)
(Ça peut désigner Versailles, Myorai ou Puerto Sangre... Il n'y a pas de quartier sud. Mais... L'épitaphe ne dit pas où trouver le nom. Il donne juste, pour indice, un quartier situé sur une côte.)
Le visage de Yukimiya s'assombrit alors qu'elle réfléchissait.
(Alors, Monsieur Axiom connaît l'existence de cet endroit ? Il la conserve pour lui seul ? D'après ce que j'ai cru comprendre... Il pense qu'il est le seul à en être digne ? Enfin... du nom, ou alors il parlait de la Fondatrice elle-même ?)
(Et surtout... La Fondatrice aurait laissé une enfant avant de disparaître. L'épitaphe dit "enfant" et "petite sœur", mais quelle interprétation est la bonne ? Enfant au sens littéral ou enfant au sens maternel ?)
(Imaginez un peu que ce soit moi... Ce serait hilarant !)
(Monsieur Axiom sait quelque chose sur l'Ère des Apôtres. Il l'a caché et a écrit cet épitaphe pour que quelqu'un trouve "son trésor". Pourquoi faire une chose pareille ? S'attend-il à mourir ?)
En ayant cette idée en tête, Yukimiya sortit de sa rêverie en secouant la tête. Il y avait trop de questions et trop peu de réponses ce qui serait frustrant pour n'importe qui.
(Je ne peux pas faire ça toute seule...) Songea-t-elle.
(J'ai besoin des autres. J'ai besoin de quelqu'un... Je n'arrête pas de m'isoler. C'est exactement le contraire de ce que je voulais, à la base...)
« Ouf... Heureusement que personne ne m'a vue... »
« Moi, je t'ai vue ! »
Le cœur de Yukimiya rata un battement. Aussitôt, elle se retourna vers la direction de la voix à la fois frivole et détachée juste derrière elle.
Robine, de manière abrupte, lui toucha l'épaule en la tapotant. Yukimiya dit avec nervosité :
« Tu t'es coupé les cheveux ? Ça... Te va bien. »
Robine sourit simplement. Mais son sourire était terrible. Elle s'était coupé les cheveux au carré et portait un manteau noir et une chemise de couleur violette.
Elle dit avec un sourire :
« Je connais des personnes qui peuvent t'aider. Ils savent des choses sur Axiom. »
« C'est un homme très riche. Il a des relations tendues comme tout homme riche de ce nom. Même s'il n'a pas la grandeur du Ciward, c'est un homme très connu et souvent respecté. »
« Si tu veux, je peux t'y conduire. » Proposa Robine en fermant les yeux.
« Après tout... Moi aussi, je cherche à en savoir plus sur Axiom. » Ajouta-t-elle.
« Ah bon ? Heh, d'accord. Mais on pourrait faire ça demain ? Je suis un peu fatiguée. » Yukimiya bailla.
Si Robine pouvait lui trouver des informations sur Axiom, elle en profiterait au maximum. Elle aurait enfin quelques réponses.
« D'accord. »
Robine se retourna.
Yukimiya la salua d'un signe de la main.
(Elle ne m'a pas vue... Enfin, j'espère.)
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Pendant ce temps, à l'autre bout de la forteresse.
Le père Zosima priait sous le parasol, tandis que Tatsuki se trouvait à l'écart.
Il avait sorti un bout de papier et avait écrit le fait qu'il deviendrait entraîneur au combat physique. Il avait considéré que plus rapidement il accomplirait ses tâches, plus vite également il aurait droit à sa réponse mystérieuse.
Sans faire attention, son regard s'attarda sur Zosima, qui commençait à boire son thé.
« Tu m'as dit que tu ne croyais pas en Dieu pour me provoquer ? »
« ...Oui. »
« Donc tu ne crois vraiment pas en Lui ? »
« En effet. »
Répondit Tatsuki d'un ton sobre.
Zosima soupira et secoua la tête.
« Pas grave. »
Il n'avait plus posé de questions sur le fait que Tatsuki soit le meurtrier ou non. À cause de l'ambiguïté de sa réponse, Zosima devrait, en temps normal, prendre ses distances face au « fou sans Chernobyl ».
Tatsuki avait également remarqué cela. Au moment où il s'apprêtait à poser la question, Zosima s'exclama :
« Uuum uuum, mon cher ami ! La vie est courte et ne demande qu'à être pleinement vécue. Je ne peux pas perdre mon temps à avoir peur de tout et de rien ! Je vois le mal, je sais qu'il existe et que je ne peux pas l'ignorer. Mais... Je ne vais pas non plus me laisser submerger par le désespoir et le mal ! »
« Même si le meurtrier est à côté de vous et qu'il vous tient un couteau sous la gorge ? »
Tatsuki croisa les bras.
« Même s'il l'est ! »
« ... »
« Nous ne devons pas avoir peur de vivre. Comme la vie est belle quand on fait des choses belles et droites ! Même si je n'avais plus aucune foi en la vie, même si j'étais accablé par toutes les horreurs du comportement humain, je voudrais encore continuer à vivre. »
Le regard de Tatsuki se fit dur.
« C'est ce qu'ils disent tous. Vous finirez corrompu, que vous le vouliez ou non. »
Il prit son bout de papier en abandonnant le père Zosima sous le parasol.
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— Fin du chapitre 32 —
Loué soit le Créateur.