Chapitre 31
Chapitre 31 : Intrusion
Certaines portes ne devraient jamais s'ouvrir. Mais parfois, ce sont les seules qui mènent à la vérité.
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8 juillet 908 — Trinity User
(Étape 1 : Observation. Après la mise en place de mon plan, j'ai dû passer par une période d'observation de deux jours.)
(Durant ces deux jours, j'ai pu noter les allées et venues du directeur, les moments où le bureau est vide, la mémorisation complète des couloirs, des mesures de secours, des toilettes... Tout est dans mon carnet !)
Le stylo de Yukimiya crissa sur le papier, soulignant ces dernières lignes d'un trait rageur. Elle referma son carnet d'un claquement sec et le glissa contre sa hanche, sous sa jupe.
C'est aujourd'hui.
Elle se leva de son lit, les nerfs à vif, et enfila sa tenue avec une précision militaire : chemise blanche impeccablement repassée, jupe noire tombant juste au-dessus des genoux, bottes en cuir cirées. Puis elle attrapa ses grosses lunettes rondes et les posa sur son nez. Derrière les verres, ses yeux d'un bleu profond, semblables à de l'eau de mer sous un ciel d'orage, scintillèrent d'une détermination farouche.
(Deux jours à observer. Deux jours à attendre. Deux jours à éviter Mademoiselle Moeka et ses questions trop précises, Monsieur Enkevelt et son regard perçant, et Tatsuki... Tatsuki qui rôdait parfois dans les couloirs comme un chat en chasse.)
Elle sortit de sa chambre sans un bruit.
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14h00.
Yukimiya se tenait immobile dans le couloir adjacent à celui du bureau du directeur, adossée au mur froid de pierre. Elle comptait les secondes dans sa tête.
(Le directeur Axiom quitte la forteresse tous les jours à 14h pour Puerto Sangre. Il revient entre 16h30 et 17h en train. Le bureau est vide durant ce laps de temps...)
Un bruit de pas.
Yukimiya retint son souffle.
Le directeur Axiom passa devant elle, grand, austère, sa cape noire flottant derrière lui. Il ne lui accorda pas un regard. Pour lui, elle n'était qu'une ombre parmi tant d'autres dans les couloirs de la forteresse.
(Parfait.)
Elle attendit qu'il disparaisse au bout du couloir, puis compta jusqu'à soixante avant de bouger.
Malheureusement, ce n'est pas aussi simple que ça. La porte est verrouillée à l'aide d'une clé et d'un mécanisme mystique...
(J'aurai perdu deux jours... Mais ça en valait la peine !)
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Yukimiya se dirigea vers la salle de classe, s'installant à une table près de la fenêtre. Elle ouvrit un livre sur les prémotions et l'origine du Ciward un sujet qui la fascinait bien au-delà de sa mission. Les familles dynastiques, les liens avec l'histoire de sa propre famille...
Mais ses yeux ne suivaient pas les lignes. Son esprit était ailleurs.
14h34.
Elle sortit son téléphone avec une hâte mal dissimulée et vérifia l'heure. Ses doigts tambourinèrent sur la table.
(Allez, allez...)
Elle referma son livre, se leva et sortit de l'académie d'un pas vif. À la pâtisserie du coin, elle attrapa un gâteau à la crème raffiné et le dévora en cinq minutes à peine, les miettes collant à ses doigts qu'elle essuya distraitement sur sa serviette.
14h49.
Quinze minutes pour sortir et manger. Dix minutes pour retourner à la forteresse. Je serai parfaitement dans le temps.
Elle marcha lentement vers la porte, le téléphone serré dans sa main, les yeux rivés sur l'écran.
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Au même moment.
Une femme aux cheveux nattés en arrière, lunettes fines sur le nez et bottes en cuir aux pieds, franchit les portes de la forteresse. Son chariot de ménage grinçait légèrement sur le sol de pierre.
Yukimiya sentit son cœur s'emballer, cognant contre ses côtes comme un oiseau en cage. Elle s'avança avec une expression soigneusement neutre, alors qu'à l'intérieur, une tempête d'excitation menaçait de la faire sourire.
La femme de ménage entre dans le bureau à 15h. Elle possède une clé et semble avoir un mécanisme sur sa tenue qui lui permet d'entrer en toute impunité.
(Je vais donc... devenir la femme de ménage.)
Elle laissa à la dame un temps d'avance, comptant les secondes. Lorsque celle-ci disparut dans la salle des employés, Yukimiya s'approcha du chariot abandonné dans le couloir.
Elle ne nettoie pas directement. Elle fait une pause d'environ dix minutes avant de réellement commencer. Ces dix minutes sont ma chance !
Elle se faufila dans la salle des employés comme une ombre, le souffle court. La pièce était vide. Sur un porte-manteau, une tenue de ménage pendait, propre et repassée.
« Désolée... »
Elle se changea en hâte, le tissu rugueux contre sa peau. Les bottes étaient trop grandes, la jupe flottait un peu, mais ce n'était pas grave.
(C'est pas très gentil, ce que je suis en train de faire... Je devrais aller à la chapelle quand tout ça sera terminé.)
Elle ajusta ses lunettes, vérifia que le badge était bien épinglé sur sa poitrine, et sortit.
La femme de ménage était encore dans la pièce, assise sur un banc, les yeux fermés. Yukimiya retint un soupir de soulagement.
Le goût de la victoire est au bout de mes lèvres.
Elle s'approcha du bureau du directeur, le cœur battant à tout rompre. Chaque pas résonnait comme un tambour dans ses oreilles.
Elle sortit la clé de sa poche. Sa main tremblait légèrement.
Clic !
Un sourire de satisfaction étira ses lèvres malgré elle. Une lumière bleue s'échappa de la poignée de la porte, scannant le badge sur sa poitrine dans un bourdonnement doux.
Clic !
Franchement, le directeur doit être amoureux de son bureau pour mettre autant de budget là-dedans.
Elle poussa la porte, et l'air confiné du bureau lui caressa le visage. Une odeur de vieux papier, de cire et de quelque chose d'indéfinissable presque métallique flottait dans la pièce.
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Yukimiya se dépêcha.
Ses doigts parcoururent les tiroirs, ouvrant, fouillant, refermant. Des documents administratifs. Des rapports. De la paperasse ennuyeuse à mourir.
« Rien... Je ne trouve rien. Il n'y a que du papier ! »
Des lettres. Des rapports. Rien de pertinent pour son enquête.
Elle sentit la frustration monter, une bile amère au fond de sa gorge.
Deux jours pour ça ? Deux jours pour ne rien trouver ?
« ...! »
Son regard fut attiré par quelque chose sur le mur. Un drap de couleur rouge sang, suspendu là, semblant dissimuler quelque chose.
Yukimiya s'approcha à toute vitesse, le cœur tambourinant. Elle attrapa le tissu et tira d'un coup sec.
Le drap tomba.
« ...La déesse Evernight ! »
Le souffle lui manqua.
La peinture était saisissante de réalisme. Une femme aux longs cheveux noirs comme l'encre, un voile blanc couvrant partiellement son visage. Un œil pourpre, intense, semblait la fixer à travers la toile, tandis que l'autre était dissimulé sous le voile.
Evernight... La Fondatrice liée à la mémoire.
Yukimiya la reconnaissait sans peine. Elle l'avait vue à la ruine des hommages, dans des livres d'histoire, dans ses propres connaissances. Mais ici, dans le bureau du directeur Axiom...
(Qu'est-ce que ça veut dire ? Monsieur le directeur est un croyant de la Fondatrice ? Ça existe, en effet... Mais bon, je ne sais pas trop quoi penser.)
Ses sentiments se mélangeaient surprise, confusion, une pointe de peur aussi.
Et c'est alors qu'elle le vit.
Sous le portrait, à peine visible dans la pénombre, une inscription était gravée dans le cadre de bois.
« U-un épitaphe ! »
Yukimiya se pencha, les yeux écarquillés, le souffle suspendu.
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— Fin du chapitre 31 —
Loué soit le Créateur.