Chapitre 19
Chapitre 19 : Arcane XIII
La mort n'est pas une fin. C'est une carte que l'on tire, encore et encore, jusqu'à ce que la partie s'achève.
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Toc. Toc. Toc.
Dans l'épaisseur de la brume, une silhouette mystérieuse se tenait debout.
Une domestique sortit à la hâte, fit une légère courbette.
« Vous tenez à voir le vicomte ? »
« Dites-lui que c'est le Ciward qui m'envoie. »
Tatsuki la regarda profondément avec ses yeux verts.
Il fut conduit à travers un couloir fraîchement abrité par des portraits de femmes élégamment habillées. Sous ses pieds, un long tapis rouge s'étendait jusqu'au salon.
« Monsieur. Il y a un messager du Ciward qui demande à vous voir. »
Tatsuki la devança et se mit face à Roussel Petrovitch, affalé dans son fauteuil. Le vicomte laissa sa pipe et fit un signe à sa domestique.
Elle partit aussitôt.
Roussel Petrovitch fronça les sourcils en jaugeant le jeune homme en face de lui.
(Il a un beau visage. Du moins, il est agréable à regarder. Il est jeune... Je lui donne environ dix-huit ans ou moins. Il ne semble pas porter d'arme non plus. Mais on ne sait jamais...)
Il fit une analyse approximative avant de lui demander de s'asseoir.
« Merci beaucoup. »
Tatsuki posa ses lunettes sur la table et s'exécuta.
« Vous aimez jouer aux cartes ? »
Roussel Petrovitch sortit des cartes et les présenta à Tatsuki.
Tatsuki leva un sourcil.
« Vous voulez jouer ? Pourquoi pas ? »
Il ne sourit absolument pas.
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Tatsuki s'assit face au vicomte. Van Linngard regarda par la fenêtre.
« L'esthétique est couramment utilisée à Sven. Pas uniquement à Versailles. Si vous allez dans certaines rues, je suis sûr que vous en trouverez. C'est juste un air que les aristocrates utilisent en continu pour se donner de l'importance. »
« J'avais compris. »
Tatsuki contempla les cartes.
La domestique leur apporta des coupes de vin alors que leur partie avançait.
Roussel Petrovitch souleva sa coupe.
« Puis-je savoir ce qui vous amène ? Cela doit en effet être très important pour que le Ciward lui-même envoie son agent. Puis-je savoir quel est votre nom ? »
« Dimitri Kleint. »
Tatsuki remonta ses lunettes. Roussel Petrovitch sembla ravi.
Il porta la coupe à ses lèvres.
« Vous avez des traits asiatiques, pourtant. Vous me semblez venir de Myorai. »
« Je suis métissé. De plus, c'est courant que la plupart des gens soient métissés. »
Tatsuki continua de jouer en balayant la pièce de temps à autre.
Roussel se leva en soulevant sa pipe.
(Il n'a pas bu une seule fois depuis tout à l'heure... Dois-je en déduire qu'il a peur d'être empoisonné ?)
Petit à petit, ses jambes se dérobèrent. Il s'écroula au sol alors qu'une bouchée de sang sortait de sa bouche.
« Qu'est-ce que... ?! »
Quand il tourna la tête, il vit "Dimitri Kleint" menacer la domestique avec un revolver.
« Vous m'avez empoisonné ! »
(Je ne l'ai même pas vu faire !!)
Il perdit la notion du temps et de ses sens. Il tendit la main.
Kacha !
Une marque rouge se forma sur son bras alors que Tatsuki tendait le revolver vers lui.
Pan !
La balle traversa l'air. La conscience du vicomte fut ramenée en arrière avant l'impact.
(Ouf...)
Il revint quelques instants dans le passé. Il transpirait, mais il ne laissait rien paraître face à Dimitri Kleint.
La domestique arriva avec des coupes de vin. Mais Roussel, ayant appris de ses erreurs, lui dit de les envoyer pour qu'il puisse feindre de boire et prendre Dimitri par surprise.
Il regarda sa main.
(Heureusement que le rituel a fonctionné. Sinon, je ne serais pas capable de repartir dans le passé. Il va tenter de me tuer en m'empoisonnant. Espèce de petit enfoiré...)
Il regarda Dimitri et se leva en souriant.
« Je dois passer un appel important. »
Dimitri hocha la tête sans grande conviction. Roussel prit une gorgée de vin avant de s'éclipser.
Il traversa les couloirs et alla dans la salle de bain, où il cracha le vin dans le lavabo.
Mais tout de suite après, il sentit une force incompréhensible lui tenir la tête.
« Quoi ?!! »
Il fut attrapé et plongé la tête la première dans la baignoire remplie d'eau froide. Il se faisait étouffer.
Splaash. Splaash.
Il tendit la main. Avant de perdre connaissance, il répéta la technique lui permettant d'aller dans le passé.
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De nouveau devant Dimitri Kleint.
Roussel déglutit difficilement avant de répéter le même geste concernant la domestique et le vin.
« Je dois... passer un appel important. »
Dimitri Kleint répondit d'un hochement de tête.
Roussel courut à travers les couloirs et arriva devant les escaliers menant à la cave. Il sortit son téléphone et le tendit à son oreille en tremblant.
Il perdit l'équilibre.
« Ahhh ! »
Il tourna la tête et vit la même silhouette.
Dimitri Kleint.
Sur le sol se trouvaient des couteaux plantés dans le sol, qui n'attendaient que sa venue afin de le défigurer totalement.
Roussel Petrovitch refit son signe de manière désespérée.
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À chaque fois, c'était la même chose.
Dimitri Kleint brûlait la maison. Dimitri Kleint l'égorgeait vivant. Dimitri Kleint lui plantait sept pieux à sept endroits différents du corps.
Et à chaque fois, Roussel Petrovitch renvoyait sa conscience en arrière dans le seul but de l'atteindre.
Comme une partie d'échecs dans laquelle l'adversaire n'a rien de logique.
Plus le temps passait, plus Dimitri devenait créatif et cruel. Presque absurde.
Mais une question demeurait dans l'esprit du vicomte Roussel Petrovitch.
(Si ma conscience est renvoyée en arrière... pourquoi ce petit merdeux a toujours une méthode différente, putain ?!)
(Il ne suit aucune logique. C'est absurde. Comment il peut faire ça ? Je ne le comprends pas... Ça n'a aucun sens !!)
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Cette fois-ci, c'était sa cinquantième tentative.
Il ne pouvait plus échouer.
Avec les yeux cernés, Roussel arrêta momentanément de jouer aux cartes. Il eut un regard vide face à Dimitri Kleint.
Dimitri arrêta lui aussi de jouer. Quelque part, le cliquetis d'une horloge était le seul bruit résonnant dans la pièce.
(Ce type est fou...)
Il arriva à une conclusion.
Dimitri Kleint releva ses lunettes et soupira avant de se lever. Il partit vers la fenêtre.
« Je pense que je vais y aller. »
Roussel fronça les sourcils.
(Qu'est-ce qu'il prépare ?)
Il resta sur ses gardes.
Dimitri prit ses cartes et les posa sur la table avant d'ajuster sa tenue et de prendre quelque chose au fond de sa poche.
(Ceci...)
Roussel resta prudent face à cette carte de Tarot que Dimitri lui présentait.
L'arcane XIII. La Mort.
« Vous avez un jeu complet ? » demanda Roussel, à bout de forces.
« Oui. »
Dimitri lui montra la carte tout en ayant le dos tourné.
[Qu'est-ce que c'est ? U-un... objet imprégné ?! C'est un objet imprégné. Ça ne fait aucun doute... Mais de quelle prémotion est-il ?]
Il demanda prudemment :
« Vous n'avez pas de Chernobyl ? »
« Je n'en ai pas besoin. »
Dimitri retourna la carte qu'il avait préparée à l'avance. D'un geste des doigts, elle fut lancée.
Swoooosh !
La carte déchira l'air comme un sabre et se planta dans le cou de Roussel Petrovitch.
Il venait de comprendre. Cet objet était imprégné de l'essence de la prémotion mort.
Tatsuki traversa la pièce en esquivant les objets alentour et saisit le vicomte par le cou en se plaçant derrière lui.
« Qui êtes-vous ? »
« Le fou sans Chernobyl. »
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— Fin du chapitre 19 —
Loué soit le Créateur.