Chapitre 16
Chapitre 16 : Rencontres absurdes et terrifiantes
La vie est une chute. On ne sait jamais si quelqu'un nous rattrapera.
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Yukimiya s'apprêtait à sortir.
Après plus de vingt secondes de réflexion si pleines qu'elle en sursauta elle se mit à marcher à grandes enjambées vers la sortie.
Une fois dehors, elle se mit à courir sans regarder les alentours. Elle arriva à l'espace botanique de l'académie, où les arbres semblaient murmurer des secrets aux fleurs.
(J'ai entendu dire que la forteresse possédait une chapelle... Ça doit être dans cette direction.)
(Je dois aussi prendre des nouvelles d'Émile. Je me demande comment il va.)
Elle ne pensa pas particulièrement à ce qu'elle lui avait demandé.
(Heh heh... Avec ces grosses lunettes...)
Cling ! Cling !
Yukimiya tourna rapidement la tête sur le côté gauche.
Puis sur la droite.
Un vélo lui fonçait droit dessus.
La fille sur le vélo ouvrit grand la bouche en criant, les yeux écarquillés par la surprise.
« Attention ! »
Elle contrôlait le frein du vélo en fermant les yeux une confiance aveugle dans la mécanique et le destin.
Grincement !
À peine était-elle devant Yukimiya qu'elle s'envola presque dans les airs, les mains toujours posées sur le guidon.
Yukimiya s'accroupit en s'attrapant la tête.
« Oooh... mon Dieu ! »
Elle ne put cacher sa surprise face à cette scène.
La fille aux cheveux roux se mit à rouler au sol en émettant des gémissements, tandis que sa montre de poche roulait de l'autre côté.
Yukimiya se précipita à côté d'elle.
« Est-ce que ça va ? Tu... tu as fait une sacrée chute. »
Elle retint son envie de rire par pur contrôle, les joues rouges. Mais peu à peu, elle s'inquiéta vraiment que la fille ne réponde pas.
« Est-ce que ça va ? »
Le cœur tambourinant, les mains tremblantes, elle approcha ses mains du corps de la fille couchée dans les herbes.
Aussitôt qu'elle fut touchée, la fille se leva comme si de rien n'était.
« Ça va, haha ! »
Elle cria avec un sourire aux lèvres. Yukimiya tressaillit de terreur et recula de deux pas.
(Une autre personne excentrique. J'en suis sûre...) Elle toussa légèrement.
« Tu es sûre ? Tu t'es envolée comme un oiseau... »
Yukimiya essayait d'être réconfortante à sa manière... mais une personne normale aurait au moins émis un tic de douleur.
Mais la fille —
« Je suis tombée, hein... ? On dirait presque un clown ratant une cascade. Je ne l'ai pas loupée. Je te fonçais dessus, après tout. On appelle cela du karma. »
(Qu'est-ce que je disais ?) Elle secoua la tête.
La fille leva le reste de son corps, mais perdit l'équilibre et retomba à nouveau.
« Je devrais peut-être t'emmener à l'infirmerie ? » suggéra Yukimiya.
« À la quoi... ? »
« À l'infirmerie. »
« Non. Pas envie. Je veux retourner sur ce vélo et lui montrer qui est le boss. J'en ai pas fini avec lui. »
« J'adore ta détermination ! »
Yukimiya partagea involontairement l'enthousiasme communicatif, mais se contredit aussitôt.
« Non, tu devrais aller à l'infirmerie. »
Elle réfléchit un peu une pause de trois battements de cœur avant de dire :
« Sinon, tu ne pourras plus utiliser tes jambes. Et si tu ne peux plus utiliser tes jambes — »
« Je ne pourrais plus monter à vélo ! »
Ajouta la fille, soudain éclairée.
(On dirait un bébé perdu... Elle est trop choue !)
Yukimiya rit intérieurement et aida la fille à se lever en la soutenant par l'épaule.
« Je m'appelle Petra Cohle. Et toi ? »
« Yukimiya Kobayashi. Mais tu peux m'appeler Yuki, ça me va aussi. »
« Ton nom pue le complot. »
« ... »
« J'rigole ! »
Petra changea de sujet en regardant le sol.
« Oh, je ne vois plus ma montre. »
Elle regarda partout dans les herbes et remarqua quelque chose scintillant comme de l'or une petite lumière.
« Tu peux me la prendre, s'il te plaît ? » demanda Petra, sage comme une image.
« D'accord. »
Yukimiya s'abaissa en même temps que Petra et prit la montre. Elle la regarda un instant.
« Il est 15 heures... »
« Oki doki... »
Yukimiya rendit la montre de poche en or de Petra et l'accompagna à l'infirmerie.
Elle se rappela fortement que le 1er Mai, Petra avait également été prise pour cible alors qu'elle était avec une autre fille.
Malgré tout, elle respirait la joie de vivre et la bonne humeur.
Leurs ombres se mêlèrent sur le sol.
Deux destins qui venaient de se croiser sans le savoir.
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Après avoir laissé Petra se reposer à l'infirmerie, Yukimiya se remit à marcher précipitamment en direction de la chapelle.
« Attends. »
Une voix masculine l'arrêta dans les couloirs.
Yukimiya se retourna et remarqua, dans l'ombre, une silhouette. À cause du coucher de soleil ce roi flamboyant qui peint le monde de pourpre et d'or le visage complet de cette personne était imperceptible.
(J'ai l'impression que personne ne veut que j'aille à la chapelle... Bon, une dernière fois et après j'y vais.)
« Oui, il y a un problème ? »
Yukimiya s'avança. Petit à petit, la silhouette devint plus visible. Des cheveux blonds commencèrent à apparaître tandis qu'elle s'approchait.
Momentanément, elle fut surprise de voir que c'était le garçon dont Kiriu avait crié le nom le jour de la rentrée.
Le mystérieux Tatsuki.
(Kiriu et lui s'appellent tous les deux Van Linngard... J'imagine donc qu'ils sont frères.)
Elle se tut un instant pensée vagabonde.
(C'est dingue... Ils n'ont même pas une goutte de ressemblance.)
Yukimiya se racla la gorge et répéta une fois de plus :
« Oui ? Il y a un problème ? »
La scène commençait à être étrangement inconfortable.
Tatsuki ne répondit pas. À la place, il lui fit un signe de la main en lui disant de venir dans sa direction.
Il alla dans les escaliers. Ne fit aucun bruit comme un fantôme.
Tandis que Yukimiya, perplexe sourcils froncés, tête penchée se mit à le suivre.
(Quel garçon bien étrange.)
Yukimiya essaya d'engager la discussion avec lui.
Le silence, le silence et encore du silence. Ce fut sa seule réponse et même elle était plus accueillante que Tatsuki Van Linngard.
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Une fois arrivée au dernier étage qui menait au toit, Tatsuki poussa la grande porte.
Grincement !
Ses cheveux blonds se mirent à s'envoler.
Il continuait d'avancer sans daigner lui jeter un seul regard. Pas un regard en coin, rien.
Yukimiya fut tout de suite distraite par le coucher de soleil. Elle le regarda immensité, beauté, mélancolie et sans s'en rendre compte, un sourire se forma sur ses lèvres.
« C'est beau, hein ? »
Yukimiya s'approcha de Tatsuki, qui se trouvait un peu trop près de la limite du toit.
« Tu penses quoi de ce qui est arrivé le 1er Mai ? Je veux dire... Si tu es là, c'est que tu dois en avoir une idée, non ? »
Tatsuki ne lui répondit pas.
Elle respira ensuite profondément comme on pompe l'air avant de mourir.
Elle rit, eut un sourire amer, s'essuya le nez, et demanda finalement à Tatsuki :
« Pourquoi tu as demandé à me voir ? Tu as besoin de quelque chose ? Je peux te donner ce que tu veux... ça ne me dérange pas. »
« ... »
Tatsuki fit un signe vers le bas. Yukimiya, curieuse, s'avança à son tour. Elle se pencha en avant et dit :
« Je ne vois rien du tout. »
Elle s'approcha encore plus...
Alors que son manteau et celui de Tatsuki flottaient au vent, une sensation de déséquilibre la parcourut.
« Hein ? »
Elle regarda en arrière lentement, très lentement et remarqua qu'elle n'avait aucune base sur laquelle reposaient ses pieds.
Elle aperçut sur le visage de Tatsuki...
Un micro-sourire.
Tandis qu'elle tombait dans le vide.
Tatsuki venait de la pousser.
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Rapidement, tandis que le vent violent la percutait de toute part, le cerveau de Yukimiya se mit à se vider comme une vidéo mise sur pause.
Aucune pensée ne la traversait.
Elle tombait sans s'en rendre compte.
Elle avait juste des larmes aux yeux.
Qu'elle ferma sans s'en rendre compte.
Sa vie défila sous ses yeux images fragmentées, souvenirs épars, visages flous comme un livre dont on tourne les pages trop vite.
Ce moment fut incroyablement rapide.
Comme la vie, en général.
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— Fin du chapitre 16 —
Loué soit le Créateur.