Chapitre 511
Chapitre 514 — Poche exploratrice
Qian Five jeta un coup d’œil à sa paume, où rampait une légère sensation d’engourdissement. Ce corps ne lui avait jamais vraiment semblé être le sien, et à présent, plus que jamais, il lui paraissait totalement étranger.
Revenant à lui, il leva les yeux vers Qi Xia, dont le visage trahissait une profonde réflexion, et remarqua à voix basse : « Ils sont plus ou moins tirés d’affaire. Nous pouvons reprendre le sujet dont nous parlions. »
« Le sujet de tout à l’heure… » Qi Xia marqua une pause, puis poursuivit : « N’était-il pas déjà réglé ? »
« Vous vous êtes contenté de soupçonner cette femme, Xu Liunian, et c’est tout ? demanda Qian Five. Vous n’avez pas de contre-mesures ? Si c’est le cas, je peux demander aux {Cats} d’agir avec vous. »
« Des contre-mesures… » Qi Xia expira. « Si je ne me trompe pas… je n’en aurai peut-être pas besoin. Xu Liunian se dévoilera d’elle-même et me donnera les réponses que je cherche. »
« Ah… ? »
« Qian Five, Xu Liunian était là les deux fois où j’ai frôlé la mort, se rappela Qi Xia d’un ton posé. Avant, je pensais que c’était une coïncidence. Mais maintenant que les doutes s’accumulent, je ne crois plus aux coïncidences… Elle a de fortes chances d’apparaître durant cette {Heure du Cheval Céleste}. Si elle décide de se montrer, je pourrai peut-être enfin comprendre ses intentions. »
Qian Five fronça les sourcils en étudiant l’expression glaciale de Qi Xia.
L’ancien Qi Xia aurait-il risqué sa vie pour une affaire qui n’offrait aucune certitude ?
« Alors… » Qian Five insista prudemment : « Avez-vous toujours besoin que nous vous aidions pour votre {Réverbération} ? »
« Inutile. » Qi Xia secoua la tête et fixa Qian Five d’un regard étrange, indéchiffrable. « Vous savez aussi bien que moi que c’est peine perdue. Sans le véritable Yu Nian'An, tout ce que nous ferons ne servira à rien. Je suis assez fatigué ; rentrons, mangeons quelque chose, reprenons des forces et couchons-nous tôt. »
Qian Five et Zhou Six échangèrent un regard, sans savoir comment convaincre Qi Xia. Le lendemain aurait lieu l’{Heure du Cheval Céleste}, un moment tristement célèbre pour sa mortalité périlleuse ; pourtant, Qi Xia semblait le prendre pour un après-midi ordinaire.
Sans cible précise ni plan, le groupe ne put que prendre la direction de la prison.
En marchant, Zhou Six laissa son regard glisser vers Qi Xia, Chen Junnan et Qiao Jiajin, qui avançaient devant elle. Un malaise lui piqua la poitrine.
Ces trois-là… étaient d’un calme déconcertant. Ils riaient, discutaient et prenaient même le temps d’admirer le paysage au bord de la route.
Même si Qi Xia et Qiao Jiajin ne se souvenaient plus de l’{Heure du Cheval Céleste}, qu’en était-il de Chen Junnan ? Lui aussi avait-il abandonné ?
Ralentissant le pas, Zhou Six se retrouva à l’arrière du groupe. Après s’être assurée que personne ne faisait attention à elle, elle porta doucement la main droite à son oreille droite et murmura : « Jiang Ruoxue, tu es toujours en vie ? »
Une voix lui répondit aussitôt : « Hein ? Tiens, si ce n’est pas Mo jie ! Tu es sûre de devoir m’appeler en ce moment ? »
« Tss, arrête tes conneries. » Zhou Six baissa encore la voix, tout en scrutant avec prudence la file de personnes devant elle. « Demain, c’est l’{Heure du Cheval Céleste}. N’oublie pas de survivre. »
« Quoi— ! » Le ton de Jiang Ruoxue se fit aussitôt plus vif. « Ce n’est pas une blague, hein ? Moins de la moitié de ces dix jours s’est écoulée. De quelle {Heure du Cheval Céleste} tu parles ? »
« Tss, put… » Zhou Six jura à voix basse. « Puisque tu es au courant, prépare-toi à fuir avec les tiens. Si tu y restes, ne viens pas pleurer auprès de moi. »
« D’accord, d’accord… » répondit Jiang Ruoxue d’un ton nonchalant. « Au nom de tous les {Adhérents}, je tiens à exprimer notre plus sincère gratitude à notre chère Mo jie, notre agente infiltrée— »
« Va te faire foutre. » Zhou Six mit fin à la Transmission Sonore d’un geste décidé, puis reprit lentement sa place dans le groupe.
L’Officier Li remarqua la légère tension sur son visage et esquissa un sourire. « Qu’est-ce qui ne va pas ? Il s’est passé quelque chose ? »
« Rien. » Zhou Six secoua la tête et regarda sur le côté. « Je prenais des nouvelles de Wang Eight et des autres. Ils sont un peu devant nous et approchent déjà de la prison. »
L’Officier Li n’était évidemment pas un homme ordinaire. Il avait interrogé d’innombrables personnes et savait les percer à jour presque instantanément. Il sentit que Zhou Six lui cachait quelque chose. Cela dit, comme il ne les connaissait que depuis deux jours, il n’était pas déraisonnable qu’ils gardent certaines informations pour eux. Il se contenta d’acquiescer.
Voyant que Zhou Six ne lui prêtait plus attention, l’Officier Li plongea machinalement la main dans sa poche vide. Il espérait presque désespérément y trouver un paquet de cigarettes — n’importe quelle marque, pourvu qu’elles soient fraîches, fumables et légèrement parfumées.
Mais sa poche était toujours vide.
Il avait pourtant déjà activé sa {Réverbération}, la {Poche exploratrice}, mais quoi qu’il essayât, il ne parvenait pas à faire apparaître la moindre cigarette dans sa poche.
Qu’est-ce qui se passait, bon sang ?
Était-ce comme Qian Five l’avait expliqué : son subconscient devait vraiment croire que des cigarettes se trouvaient dans sa poche pour qu’elles puissent se matérialiser ?
C’était un paradoxe exaspérant : c’était précisément l’absence de cigarettes qui le poussait à utiliser son pouvoir, mais dès qu’il se rendait compte qu’il n’y en avait pas, celui-ci refusait catégoriquement de répondre. Comment était-il censé s’y prendre ?
« Comment… comment maîtriser son subconscient… ? »
Le murmure de l’Officier Li n’échappa pas à Zhou Six. Elle lui jeta un regard amusé et demanda : « Tss, tu t’entraînes à utiliser ta {Réverbération} ? »
« M’entraîner… ? On peut s’entraîner ? » demanda l’Officier Li, perplexe.
« Plus ou moins. » Zhou Six acquiesça. « Au début, personne n’arrivait à l’activer de façon parfaitement fiable. Les autres ne peuvent pas le faire à ta place ; tout dépend de ce que toi, tu {crois}. »
« Je comprends le principe, mais comment y croire… ? Ma poche est clairement vide. »
« Tss, tu peux augmenter tes chances de réussite en t’appuyant sur des gestes habituels, expliqua Zhou Six. Moi, par exemple, ma {Réverbération}, c’est la {Transmission Sonore}. Mais si je parle directement à voix haute, ça risque d’échouer. Alors, d’habitude, je m’imagine au téléphone. »
Elle porta la main à son oreille et murmura : « Comme ça, je sais que je suis entrée en mode Transmission Sonore, et mes chances de réussite augmentent considérablement. »
« Alors, quels gestes dois-je faire exactement ? » L’Officier Li secoua la tête, frustré. « Je veux juste fumer une cigarette. »
« Tss, sers-toi de ta tête. Si tu veux fumer, alors fume », répliqua sèchement Zhou Six.
« Fumer… » L’Officier Li hésita. « Mais je n’ai pas de cigarettes… »
« Ferme les yeux », ordonna Zhou Six sans hésiter.
À contrecœur, l’Officier Li obéit et baissa les paupières.
« Prends une clope », lui dit Zhou Six.
« Mais je sais que— »
« Prends une clope », aboya Zhou Six d’un ton sec. « Montre-moi la cigarette. »
Face à son air autoritaire, l’Officier Li n’eut d’autre choix que de faire semblant de sortir un paquet de cigarettes de sa poche. Il devait reconnaître que fermer les yeux facilitait l’imagination.
Il fit mine d’ouvrir le paquet, puis d’en sortir une cigarette, tout en sachant qu’il n’avait rien dans les mains. Pour rendre le geste plus convaincant, après avoir « pris » une cigarette, il fit même semblant de remettre le paquet inexistant dans sa poche.
« Allume-en une, poursuivit Zhou Six en le guidant. Nous sommes en public ; ça ne dérangera personne. »
Note du traducteur : coup de gueule ici ( •̯́ ₃ •̯̀)