Chapitre 197
WeTried Translations
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
Chapitre 197 : Le retour du roi (6)
──────
Le lendemain arriva. Après avoir passé la nuit au château principal de la Maison Rosenberg, Kyle se prépara à la campagne dès l’aube.
Grâce à leur discipline rigoureuse, il ne fallut pas longtemps pour rassembler de nouveau les soldats de la ville. Leurs effectifs avaient également augmenté. Avec le plein soutien du duc, ils disposaient de provisions plus que suffisantes, et leurs forces dépassaient désormais les six mille hommes. Tous étaient des vétérans qui avaient survécu à la Guerre du Nord.
Ce ne fut pas le seul changement. Une nouvelle figure avait rejoint le commandement : le duc Rosenberg lui-même. Il ne voulait pas se contenter de fournir des troupes et des provisions. Il entendait participer en personne à la reconquête de Baldheim. Kyle ne put s’empêcher de le questionner.
« Et votre château ? »
« Je l’ai confié à mon héritier. »
« Vous n’êtes plus jeune. Ne vaudrait-il pas mieux rester au château et vous préparer à toute éventualité ? »
« Si vous mourez, ma maison et moi sommes perdus de toute façon. C’est devenu inévitable dès l’instant où je vous ai fourni des troupes et des provisions. Ne vaudrait-il pas mieux rester à vos côtés et voir jusqu’où vous irez ? »
Le duc Rosenberg était résolu. Kyle ne l’empêcha pas d’insister pour l’accompagner.
Ils étaient trois mille lorsqu’ils avaient rencontré les seigneurs fidèles à la famille royale, après avoir quitté la Forteresse Falken. En poursuivant leur route vers le nord et en obtenant le soutien du duc Rosenberg, leurs effectifs avaient doublé. Après une bonne nuit de repos, les soldats reprirent la marche forcée sans se plaindre une seule fois.
C’est alors qu’une nouvelle inattendue leur parvint.
Une lettre du comte de la Cour royale d’Ingrahim, envoyée depuis la capitale, Baldheim.
Elle était indubitablement de la main d’Oswin.
Après avoir lu la lettre apportée par le faucon messager, Kyle replia le papier, le visage impassible. À première vue, impossible de deviner ce qu’il pensait ou ressentait.
Contrairement à ce qu’espéraient les seigneurs, la lettre ne retarda pas la marche : Kyle ne donna aucun ordre particulier. L’armée de six mille hommes poursuivit sa route sans s’arrêter. Avant même qu’ils s’en rendent compte, ils avaient laissé derrière eux l’immense territoire du duc Rosenberg.
Baldheim, qu’ils avaient tant désirée, se dressait devant eux.
* * *
« Bon sang. On va vraiment finir par avoir une guerre civile ? »
Un soldat en faction au sommet des imposants remparts de Baldheim, la capitale de Hailen, marmonna d’un air sombre. Les hautes murailles de pierre s’élevaient à plus de vingt mètres.
« Impossible. »
« On n’en sait rien. Qui peut le dire ? Depuis des mois, le duc Ehrenfeld rassemble jusqu’au moindre grain de nourriture dans le Nord. Pourquoi ferait-il ça, sinon pour la guerre ? »
« J’ai entendu dire que les seigneurs loyalistes s’étaient soulevés. »
« Les seigneurs loyalistes ? Le comte Haska ? Ils n’ont pas bronché depuis la fin de la Guerre du Nord. Pourquoi maintenant ? »
« Il paraît que le Commandant est réapparu. Le Commandant des Chevaliers des Cendres. Les seigneurs loyalistes, mais aussi ceux de la région centrale qui étaient restés neutres, se rallieraient à lui. »
« Le seigneur Kyle Baldrick… ? »
Les soldats chuchotèrent entre eux.
Baldheim était alors entièrement bouclée par le duc Ehrenfeld.
Les contrôles étaient aussi stricts qu’en temps de guerre, et les faucons messagers étaient surveillés en permanence, sans même pouvoir prendre leur envol. Pourtant, les nouvelles du Nord se répandaient à toute allure, comme si elles avaient des jambes.
Comme si quelqu’un les faisait courir exprès.
« Ça me rend fou. On n’est même pas l’armée privée du duc Ehrenfeld… »
« … »
« Ils ne vont quand même pas nous accuser de trahison ? »
À la plainte d’un soldat, les autres baissèrent les yeux.
Les trois mille hommes du duc Ehrenfeld n’étaient pas les seules troupes stationnées à Baldheim. Il y avait aussi les soldats qui avaient gardé la capitale auparavant. C’étaient des hommes qui avaient survécu, pendant la guerre contre l’Empire, à l’assaut aérien des Chevaliers célestes.
La situation en ville n’était guère meilleure. Les habitants étaient déjà las du duc Ehrenfeld, qui avait trahi la famille royale, et des tributs exorbitants. Avec les rumeurs inquiétantes qui circulaient désormais, le moral de la population s’était naturellement assombri.
« Il fait de plus en plus chaud, et nous voilà à attendre une date d’exécution qui n’a même pas été fixée, sans savoir quand on va mourir… »
Quelqu’un tourna vers le cœur de Baldheim un regard résigné.
La ville, autrefois si vivante, était désormais froide et mourante, bien différente de ce qu’elle avait été avant la guerre.
Quand les portes furent scellées, les marchands furent les premiers à cesser de venir. Puis, quand ils disparurent, les rues commerçantes se vidèrent. Les soldats patrouillaient régulièrement, entretenant un climat de peur.
Seules les Montagnes de Caldra, à peine visibles au loin, n’avaient pas changé.
« À votre avis, qu’est-ce que fait le comte de la Cour royale d’Ingrahim en ce moment ? »
« Quoi ? »
« Même avant le début de la Guerre du Nord, c’était lui qui gouvernait vraiment la ville. La vie était meilleure, à l’époque. On était payés correctement et la ville débordait de vie. Le prince et les Chevaliers des Cendres aussi… »
N’y tenant plus, quelqu’un baissa la tête, la voix pleine de regrets.
Les soldats à proximité sursautèrent.
« Il paraît qu’il est dans le château intérieur, mais personne ne l’a vu de ses yeux. Tu crois que… »
« Hé, surveille ce que tu dis. Tu te souviens du type qu’ils ont emmené la dernière fois ? »
« Oui. Je sais, mais… »
« Alors tais-toi. Tu veux qu’ils nous embarquent aussi ? »
Alarmés, les soldats jetèrent des regards autour d’eux et réprimandèrent l’homme qui gardait la tête basse. Mais il n’avait pas l’air de s’en soucier, comme s’il avait déjà tout abandonné.
« À bien y réfléchir, ces soldats ne sont peut-être pas si différents de nous. »
« … »
« Ils n’ont fait qu’obéir parce qu’ils n’avaient pas le choix, et du jour au lendemain, les voilà devenus des traîtres. Alors, si le seigneur Kyle Baldrick est vraiment de retour… »
Sa voix s’éteignit tandis qu’il jetait un regard aux soldats du duc Ehrenfeld, postés à quelque distance. Un grand soldat, resté silencieux jusque-là, prit alors la parole d’un ton grave, comme pour dissiper la confusion.
« Ça suffit. »
« … »
« Concentrez-vous sur votre travail. Pour l’instant, ce ne sont que des rumeurs. Tout peut être faux. Aucun de nous n’a rien vu de ses propres yeux. »
« C’est vrai, mais… »
« Ça ne changera rien de s’inquiéter. On n’a qu’à faire notre travail. »
Ce n’est qu’alors que les murmures cessèrent.
Le grand soldat ajouta :
« Tout ce qu’un simple soldat peut faire, c’est observer la situation et attendre. Alors, pas besoin de s’inquiéter d’ici là… »
Il n’acheva pas sa phrase.
Les autres soldats, qui l’écoutaient, se tournèrent vers lui, perplexes. Une tête de plus que la plupart des hommes, il restait bouche bée, le regard fixé sur l’extrémité d’une crête lointaine.
« Qu’est-ce qu’il y a ? Que se passe-t-il ? »
« Là-bas… »
« Quoi, là-bas ? »
« Une armée… »
Ils comprirent rapidement ce qu’il voulait dire.
Au même instant, les remparts s’animèrent.
Ding ! Ding ! Ding !
Les cloches d’alarme qu’ils ne voulaient pas entendre retentirent à toute volée.
Des milliers de soldats approchaient sous des bannières qui claquaient au vent. Quelqu’un cria d’une voix tonitruante :
« C’est Kyle Baldrick ! Kyle Baldrick est de retour ! »
* * *
Plus de deux semaines s’étaient déjà écoulées depuis le départ de l’émissaire impérial venu percevoir le tribut.
Pendant tout ce temps, le duc Ehrenfeld s’était enfermé dans sa chambre, ressassant sans cesse les paroles de l’émissaire.
« Permettez-moi de vous donner un conseil. Vous feriez mieux d’apaiser la population. »
« Nombreux sont encore ceux qui regrettent la famille royale dans le Nord. À Baldheim, plus encore qu’ailleurs. Si vous prenez le trône dans ces conditions, qui vous reconnaîtra ? »
« Ce rat ne connaît rien au Nord… »
Le duc Ehrenfeld serra les dents.
La guerre contre l’Empire étant terminée, c’était absurde qu’un simple messager impérial — et non même un grand noble d’Elandor — ait osé faire la leçon au plus puissant seigneur du Nord.
« Il vaudrait mieux gagner la population à votre cause… ? »
Le duc Ehrenfeld laissa échapper un rire creux sans même s’en rendre compte.
Seul son rire résonna dans la pièce lugubre, où les rideaux à demi tirés laissaient entrer bien peu de lumière.
« Ce ne sont que des gens du peuple qui tiennent à leur vie plus qu’à tout le reste. Ils ne peuvent rien contre les lances et les lames. »
Le duc Ehrenfeld marmonna pour lui-même.
Ce n’était pas tout à fait faux. Les cent mille habitants encore en vie à Baldheim étaient en quelque sorte des traîtres. Quand les Chevaliers célestes avaient pris la capitale, ils s’étaient humblement agenouillés pour sauver leur peau.
Ces minables, qui s’étaient recroquevillés pendant quatre ans, n’allaient pas soudain risquer leur vie juste parce que Kyle Baldrick était revenu.
Ce qui comptait davantage, c’était de savoir quand arriveraient à Baldheim les maisons qui avaient fait défection pour le rejoindre.
Le Nord était vaste. Les maisons placées sous l’autorité d’Ehrenfeld étaient donc dispersées sur tout son territoire. L’influence de la famille royale était particulièrement faible dans les régions périphériques ; même ceux qui avaient publiquement prêté allégeance au duc Ehrenfeld se trouvaient encore loin de la capitale.
Ce salaud marche sans relâche vers le nord, en direction de Baldheim.
Le seul imprévu, c’est le duc Rosenberg…
L’ennemi était plus nombreux que prévu. Pourtant, le duc Ehrenfeld ne s’en inquiétait guère.
Il avait anticipé, dans une certaine mesure, que le duc Rosenberg se rangerait aux côtés de Kyle Baldrick. La vraie question était de savoir si ses trois mille soldats suffiraient à les arrêter.
Heureusement, les remparts de Baldheim dépassaient les vingt mètres de haut, et ses portes, taillées dans un seul bloc de Lunarium, n’avaient jamais cédé devant quiconque, à l’exception des wyvernes des Chevaliers célestes. Même si l’ennemi était deux fois plus nombreux, ils avaient toutes les chances de l’emporter en tenant leurs positions.
Ils avaient accumulé assez de vivres pour tenir bien au-delà de leurs besoins.
Les remparts et les portes étaient toujours aussi solides. S’ils tenaient jusqu’à l’arrivée des renforts, la victoire leur reviendrait. Il leur suffirait alors d’encercler les assiégeants de Baldheim avec une armée presque deux fois plus nombreuse et de les écraser.
Même s’il perdait, le Nord subirait des dégâts dont il ne pourrait jamais se remettre.
Le duc Ehrenfeld n’avait jamais perdu une bataille d’usure.
Il avait également envoyé une lettre par l’intermédiaire du comte de la Cour royale d’Ingrahim pour exiger la reddition. Bien sûr, il ne s’attendait pas à ce que Kyle l’accepte sans résistance. Mais cela suffirait à semer la confusion.
Le comte de la Cour royale d’Ingrahim avait de la valeur tant qu’il était en vie. Mort, il n’y aurait plus rien à craindre. Mais tant qu’il vivait, il restait un otage.
Plusieurs chevaliers se relayaient pour garder le fond du cachot souterrain où Oswin était enfermé.
Même si Kyle tentait quelque chose dans la ville, il n’y parviendrait pas.
Aussi endurci que soit son cœur, cet homme pourrait-il abandonner le comte de la Cour royale d’Ingrahim, qui avait pratiquement été son maître ?
Tap. Tap-tap, tap-tap-tap, tap-tap.
Pendant un moment, le duc Ehrenfeld resta assis, les yeux fermés, tapotant la table du bout des doigts.
Puis des pas précipités retentirent soudain dans le couloir, et la porte s’ouvrit à la volée.
« Votre Grâce ! »
« … Qu’y a-t-il ? »
« Nous avons un problème. »
« Ne me dites pas qu’Oswin Ingrahim s’est échappé. »
« Non. C’est le contraire. Les troupes de Kyle Baldrick encerclent Baldheim en ce moment même ! »
Le voilà donc.
Bien plus tôt que prévu.
Pourtant, le duc Ehrenfeld ne paniqua pas.
« Conduisez-moi là-bas. »
« Pardon ? »
« J’irai moi-même. Ils s’y attendront aussi. »
Il se leva.
Passant devant le soldat stupéfait, il gagna le couloir. Une multitude de chevaliers s’étaient rassemblés derrière lui sans qu’il s’en aperçoive. Sans la moindre hésitation, le duc Ehrenfeld quitta le château intérieur, le visage résolu.
* * *
Fouuu.
Le vent dévala la colline avec un bruit de vagues.
Assis sur la souche d’un arbre autrefois immense, Kyle contempla les alentours.
Son regard se posa d’abord sur les gigantesques remparts de Baldheim. Les portes, dont le Lunarium avait l’éclat gris-blanc caractéristique de la lumière lunaire, étaient fermement closes, comme pour lui barrer le passage.
Un peu plus loin, plus de six mille soldats et chevaliers se tenaient sous les bannières de leurs maisons respectives.
Kyle balaya la scène du regard, impassible, puis baissa les yeux vers le papier qu’il tenait à la main.
La lettre que le comte de la Cour royale d’Ingrahim lui avait écrite et envoyée en personne.
Presque aussi intime qu’une lettre personnelle, elle était rédigée d’une écriture élégante et contenait des phrases chaleureuses où Oswin s’enquérait de son état. Mais l’essentiel était ailleurs.
Combattre le duc Ehrenfeld n’était pas la décision la plus sage ; Kyle devait se rendre au plus vite.
La lettre détaillait les droits qui lui seraient garantis s’il se soumettait docilement : le rétablissement des Chevaliers des Cendres, son maintien au poste de Commandant et le pardon accordé aux seigneurs ralliés à Kyle.
Elle promettait même toutes sortes d’avantages.
Quelle absurdité.
Kyle eut un bref rire en parcourant la lettre, qu’il avait pourtant perdue le compte du nombre de fois où il l’avait lue.
Le courrier arrivé de Baldheim par faucon messager avait été censuré de fond en comble.
C’était aussi une sorte de menace.
Le comte de la Cour royale d’Ingrahim est entre mes mains. Ne tente donc rien d’insensé.
Cette tactique n’était possible que parce que le duc Ehrenfeld savait ce qu’Oswin représentait pour Kyle.
Sans se laisser troubler, Kyle poursuivit sa lecture.
Ne vous rendez sous aucun prétexte. Ne cédez pas.
Même si ce vieil homme doit mourir.
Je suis désolé de ne pas pouvoir vous aider.
Kyle comprit les véritables intentions du comte de la Cour royale d’Ingrahim grâce au code dissimulé dans la lettre.
Seuls Yurian, Kyle et Oswin connaissaient ce code, qu’ils avaient utilisé autrefois.
Yurian est mort. Nous ne sommes plus que deux, désormais.
« Kyle. »
À ce moment-là, quelqu’un gravit la colline.
C’était Hermann, toujours le meilleur chevalier du Nord après Kyle.
« Commandant adjoint. »
« Ils semblent sortir. Qu’est-ce que tu comptes faire ? »
« … Allons-y. Il n’y a aucune raison d’hésiter, puisque c’est nous qui les attendons. »
Kyle se leva de la souche et descendit la colline avec Hermann.
Quand le vent souffla de nouveau et passa dans ses cheveux, des souvenirs du passé lui revinrent comme une illusion.
Des souvenirs du cœur de l’été.
Les rires de Rowen, Yurian et Cecilia. La chaleur du soleil. Une atmosphère languissante.
Mais la réalité était tout autre.
La prairie verdoyante de cette radieuse journée d’été était devenue un champ jaune et desséché. Le ciel limpide avait lui aussi disparu.
Devant Baldheim, autrefois paisible, les six mille soldats de Kyle faisaient face aux trois mille défenseurs du duc Ehrenfeld, juchés sur les imposants remparts.
« Commandant. »
« Commandant. »
« Commandant… »
Au passage de Kyle, les soldats et les chevaliers s’écartèrent de part et d’autre, comme la mer devant Moïse. Tous baissèrent la tête pour le saluer.
Suivi par Hermann, Kyle s’approcha des portes.
Le haut des remparts s’agitait, peut-être parce qu’on avait reconnu Kyle, ou pour une autre raison. Il leva calmement les yeux vers Baldheim.
Un instant plus tard, le duc Ehrenfeld apparut au sommet des remparts, accompagné de plusieurs chevaliers.
Rejoignez notre Discord à <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>