Chapitre 504
Savez-vous ce qui est le plus important quand on ment ?
Ce n'est ni l'éloquence, ni une réputation soigneusement construite.
C'est votre expression.
« C-C'est un… m-malentendu… ! »
Peu importe la logique de vos propos, ils ne seront jamais convaincants si votre visage dit le contraire.
« Je ne faisais que vous tester… mais il semble qu'il s'agisse bel et bien de sang humain. »
Certains menteurs professionnels parviennent à contrôler le moindre tressaillement de leurs muscles faciaux, mais heureusement, ce n'était pas le cas de celui-ci.
« …C-C'est un malentendu— ! »
« Contente-toi de me dire ce qui s'est passé. Je t'écoute. »
Je n'eus pas besoin d'en dire beaucoup. Bersil, comprenant mes intentions, activa le sort de Vérification.
« …Il est plus fort qu'il n'en a l'air. »
Le sort échoua.
Il ne fonctionnait pas si la Résistance magique et la Puissance mentale de la cible étaient trop élevées.
Eh bien, c'était compréhensible.
Il était peut-être le chef d'un petit clan inconnu… mais il restait un chef.
« Que fait-on ? »
Peu importait qui nous interrogions.
Il y avait suffisamment de témoins.
« Interroge-le. »
Je pointai l'archer, qui semblait nerveux, et Bersil lança à nouveau le sort.
« Ça a marché. »
J'avais le sentiment que ça fonctionnerait sur lui.
« Toi, là. »
« …O-Oui, Baron… »
« Dis-moi. Que s'est-il passé ici ? »
Le visage de l'archer devint livide et il jeta un coup d'œil vers moi, puis vers son chef.
« Euh… eh bien… »
Il était temps de serrer la vis.
« Alors, tu mentais à propos du malentendu ? »
Je baissai le ton, et le chef de clan se mordit la lèvre avant de hocher la tête.
« Jason, ça va. Dis-lui. »
« O-Oui… »
L'archer, soulagé d'avoir reçu la permission de son chef, finit par parler.
Il s'avéra qu'il n'avait pas totalement menti au sujet du malentendu.
Ils avaient effectivement découvert cet endroit en premier.
Mais une équipe de six Explorateurs était apparue, et c'est là que les ennuis avaient commencé.
« Ont-ils essayé de voler votre découverte ? »
« N-Non, mais… »
« Contente-toi de me dire ce qui s'est passé. »
« Eh bien… »
Les Explorateurs avaient réalisé que le clan avait trouvé quelque chose.
Ou du moins, c'est ce que le clan pensait.
Ils avaient donc capturé les Explorateurs pour les empêcher de révéler l'information.
« I-Il y a eu un accident… »
« Un accident ? »
« L'un d'eux… nous a attaqués et a tué l'un des nôtres… »
Une bagarre avait éclaté et les Explorateurs avaient été tués.
« Et les corps ? »
« …Nous les avons fait disparaître avec un liquide corrosif après avoir pris leur équipement. »
C'était donc pour ça que j'avais senti une odeur étrange.
« J-Je dis la vérité ! S'il vous plaît, croyez-moi ! Ils nous ont attaqués les premiers— »
De quoi parlait-il ?
« Donc, vous aviez prévu de les laisser partir s'ils n'avaient pas résisté ? »
« C-C'est… »
Il s'interrompit, incapable de poursuivre son mensonge.
Le chef de clan prit la parole.
« Et alors, si c'était le cas ? »
« Hein ? »
« Tu crois que ces six-là auraient été différents ? Si nous avions été en infériorité numérique, nous aurions été ceux qui se seraient fait tuer et dépouiller. »
Hmm, il n'avait pas tort.
« C'est la seule différence. Personne ne peut nous blâmer. Pas même vous, Baron Yandel ! »
Il osait utiliser cette logique contre moi ?
« Donc, je peux vous tuer tous ici et maintenant ? Personne ne me blâmera. »
J'utilisai la même logique contre lui, et ses yeux s'écarquillèrent d'incrédulité.
« Si vous faites ça, votre réputation… »
« Quoi ? Tu vas répandre des rumeurs en tant que fantôme ? »
« …… ! »
Il comprit enfin.
Bjorn Yandel, le Géant, n'était pas aussi noble que les rumeurs le laissaient entendre.
« Bref, ça suffit. »
Je mis fin à la conversation et convoquai une réunion.
Il n'y avait qu'un seul point à l'ordre du jour.
« Que fait-on d'eux ? Dites-moi ce que vous en pensez. »
« Je dis qu'on les tue. »
Erwen fut la première à parler, son opinion claire et inébranlable.
« Misha, et toi ? »
« E-Eh bien… je pense… qu'il vaut mieux… les tuer… ? »
« Je suis d'accord avec Carlstain. »
Misha et Bersil votèrent pour l'exécution, tandis qu'Auyen et Ainar votèrent pour les épargner.
« Je vote aussi pour les épargner. »
Le vote d'Amelia fut inattendu.
Je dus donc demander :
« Pourquoi ? »
« Si tu veux les punir, il vaut mieux laisser faire la Guilde. C'est la procédure normale. »
Quoi ?
Je n'aurais jamais attendu une réponse aussi scolaire de sa part.
Elle évita mon regard.
« Et… »
« …… ? »
« Je pense que c'est mieux pour toi. »
« …Quoi ? »
« Mieux pour moi… ? Qu'est-ce que tu veux dire ? »
Elle hésita un instant avant de répondre.
« Yandel, ne le prends pas mal. Tu es dans un état très instable en ce moment. »
« …Un état instable ? »
« T'ont-ils fait du mal ? Ou ont-ils essayé de te tuer ? Non. Ils ne sont pas une menace pour toi, même si tu les laisses partir. Et pourtant, tu cherches une raison de les tuer. »
Une raison de les tuer ?
Me prenait-elle pour un psychopathe ?
« Emily, tu te méprends sur quelque chose. Je ne suis pas— »
« Vraiment ? »
J'aurais dû dire oui.
Mais je ne pouvais pas.
Ses yeux n'étaient pas remplis d'accusation.
Ils étaient remplis d'inquiétude.
« …Trois voix pour l'exécution, et trois voix pour les épargner. »
Elle dit :
« Yandel, le choix t'appartient. »
Que devais-je faire ?
Tuer, ou épargner.
Je n'aurais jamais imaginé devoir sérieusement contempler une telle question.
Et c'était probablement… la raison.
Pourquoi Amelia était intervenue.
Elle s'inquiétait sincèrement pour « Lee Hansu », la personne qui était piégée dans ce corps de guerrier depuis des années.
« Archer. »
« …Oui ? »
Je lui posai une dernière question.
« Est-ce que toi, ou l'un de tes coéquipiers, avez déjà pillé quelqu'un auparavant ? »
« …Non, monsieur. Nous ne sommes pas ce genre de clan. Nous avons juste… perdu notre jugement un instant… »
« C'est vrai. »
D'accord.
« Bersil, prends leurs témoignages et enregistre-les avec le cristal. Emily, fouille leurs affaires et trouve l'identité de la victime. Et récupère toute autre preuve qui pourrait être utile à la Guilde. »
« Tu veux dire… »
« Je laisserai la Guilde décider s'ils sont des pilleurs ou non. »
C'était une corvée, mais…
C'était la chose à faire.
« Ne causez plus d'ennuis jusqu'à ce que le Labyrinthe se referme. La Guilde mènera une enquête approfondie. »
« B-Bien sûr ! »
Très bien, affaire classée.
« Alors, qu'est-ce qu'il y avait à l'intérieur ? »
« Une… tablette de pierre. »
« Une tablette de pierre ? »
Je devais le voir par moi-même.
Pendant qu'Amelia et Bersil rassemblaient les preuves et les témoignages, je m'approchai du mur et examinai la fissure.
Elle n'était pas assez grande pour que je puisse passer.
« C'est de la discrimination envers les Barbares… »
Je pris ma décision et balançai mon marteau.
Kwaaang ! Grondement !
Le mur s'effondra et un passage apparut.
« Oh ! On dirait une pierre de portail ! »
« C'est intéressant. »
« Est-ce qu'un portail s'ouvrira si on la touche ? »
Une tablette de pierre se dressait au bout du passage, à une dizaine de mètres. Je m'en approchai et la touchai, mais rien ne se passa.
« Je savais que c'était trop facile. Il doit y avoir une autre condition. »
Mais il semblait que nous étions sur la bonne voie.
Il n'y avait pas de chambres cachées comme celle-ci dans la Grotte de cristal.
« Et le mur brisé ne se régénère pas… »
C'est pourquoi la destruction était la clé pour trouver les pièces cachées.
Si tout le reste se régénérait sauf un endroit précis, cet endroit était généralement la réponse.
« Quelque chose ? »
« Pas encore… »
« Je vois. »
Nous examinâmes les environs de la tablette, puis Amelia et Bersil nous rejoignirent.
Ils avaient fini de rassembler les preuves et les témoignages.
Je libérai donc les captifs.
« V-Vous nous laissez partir… ? »
« Oui. Et ne causez plus d'ennuis. »
Il eut l'air confus, mais il rassembla ses coéquipiers et partit.
Bersil parla avec prudence :
« Tu es sûr de ton coup ? Ils pourraient répandre des rumeurs sur nous. »
Eh bien, c'était vrai.
J'avais envisagé de les tuer pour éviter ça…
« Ça n'a pas d'importance. »
« Ça n'a pas d'importance ? »
« Ils ont trouvé cet endroit avant le 3e jour. Ce n'est pas vraiment un secret bien gardé. Ils pensent peut-être avoir fait une grande découverte, mais… n'importe qui aurait pu le trouver. »
« C'est… vrai. »
« Alors arrêtons de nous inquiéter pour eux et concentrons-nous là-dessus. Peux-tu utiliser la Détection de mana pour voir s'il y a quelque chose de caché ? »
« D'accord. »
Nous essayâmes diverses méthodes, y compris la magie, mais nous ne trouvâmes rien.
« Yandel, je pense qu'on devrait abandonner. Il n'y a rien ici— »
« Bjorn ! Il y a quelque chose d'écrit ici ! »
Nous trouvâmes un indice inattendu.
Ainar avait creusé autour de la tablette, et une inscription était apparue en dessous.
« Bon travail. »
« Héhé, l'intuition d'un guerrier vaut bien la magie. C'est pour ça que les Barbares sont supérieurs. »
« …… »
J'ignorai les bêtises d'Ainar et me penchai pour lire l'inscription.
« C'est dans une langue ancienne. »
« C'est bon. Je peux la lire. »
« T-Tu peux… ? »
Ah, je ne leur avais pas dit.
Mieux vaut montrer que dire.
Je lus l'inscription à voix haute.
« Une étoile, un soleil, une lune. »
« Sur cette terre que nous contemplons, tous sont égaux. »
« Je lèverai les yeux vers toi. »
L'expression de Bersil et d'Erwen changea dès que j'eus fini de lire.
« Yandel, c'est… »
« C'est la même inscription que sur la statue de la Magicienne ! »
« Oui. »
C'était la même inscription que celle que nous avions vue dans la Cabane de la Magicienne.
Ainar ne semblait pas s'en souvenir.
« …Hein ? La statue de la Magicienne ? De quoi vous parlez ? »
« C'est une longue histoire. »
Nous creusâmes autour de la tablette, mais nous ne trouvâmes rien d'autre. Nous restaurâmes la zone et quittâmes la chambre secrète.
« C'est problématique. Nous n'avons trouvé aucun indice. »
Amelia semblait frustrée, mais je ne comprenais pas.
Aucun indice ?
« Une étoile, un soleil, une lune. »
C'était pratiquement une réponse toute faite.
« Nous allons au 2e étage. »
Nous pourrions peut-être entrer dans la faille si nous nous dépêchions.