Chapitre 259
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Traducteur/éditeur : Coughing Baby
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Chapitre 259
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La magie, comme nous l’appelions, se divisait en de nombreuses branches. Par exemple, la marionnettique, que je pratiquais principalement, appartenait à la vaste catégorie de la magie de commandement.
Bien sûr, la marionnettique avait une structure un peu particulière par rapport aux autres formes de magie de commandement, comme la nécromancie ou les arts spirituels, si bien que la question faisait débat. Elle était néanmoins généralement considérée comme une magie de commandement.
Chaque type de magie suivait une voie différente, en fonction de ses caractéristiques et de sa structure. Naturellement, ceux qui la pratiquaient développaient eux aussi des spécialisations différentes, selon cette voie.
Pourtant, parmi toutes ces innombrables branches de la magie, une loi demeurait immuable : toute forme de magie commençait par l’imitation de quelque chose.
La magie de la foudre commençait par la capture d’éclairs, et la magie des flammes était née de la représentation du feu brûlant. Les autres formes de magie avaient sûrement, elles aussi, leurs propres origines.
En somme, on pouvait dire que toute magie était une forme de magie de reproduction. Elle découlait d’un désir primordial de représenter l’expérience, la vie et jusqu’au monde lui-même.
Mais la magie qui se contentait d’imiter avait ses limites. Copier quelque chose ne suffisait pas à lui conférer une véritable puissance.
Ces derniers temps, j’en avais douloureusement pris conscience.
Je fis un petit geste à Isabella. Elle s’approcha et posa du thé sur la table. J’en humai le parfum avec délectation, puis adressai un léger sourire à l’homme assis en face de moi.
« Eh bien, puisque vous êtes venu, j’imagine que vous avez fini d’y réfléchir. »
Je reposai ma tasse. L’homme en face de moi se crispa légèrement. Il s’appelait Oga, c’est bien ça ? Pour une raison quelconque, son nom me rappelait un vieux professeur de mon village natal.
Je lui avais parlé quelques fois, me demandant s’ils pouvaient être parents. Bien sûr, j’avais fini par apprendre qu’ils n’avaient aucun lien.
Malgré tout, comme avec les autres, j’avais réussi à nouer un petit rapport avec lui. J’observai Oga, puis entrelaçai nonchalamment les doigts.
« Tout ce que je vous ai dit est vrai, inutile de vous inquiéter. Si vous acceptez de me céder une partie de votre arbre, monsieur Oga, j’en établirai la forme idéale pour vous lors du cours de la sixième semaine. »
Pour gagner sa confiance, je devais d’abord lui prouver ma sincérité. Je lui adressai un sourire radieux, plein d’assurance. Pourtant, Oga semblait toujours hésiter.
Ce qui était tout à fait naturel. L’arbre était infiniment précieux pour un mage. Qui ferait confiance à quelqu’un qui lui demandait simplement de lui en céder une partie ?
Et puis, je n’étais qu’un mage du troisième étage. Même s’il s’était joint à moi, le Prince impérial n’était au fond qu’une mauvaise herbe. Oga avait toutes les raisons de se méfier.
C’est pourquoi j’avais plusieurs fois tâtonné avec Oga, avant de renoncer, faute d’avoir trouvé une ouverture. Mais cette fois, contrairement aux précédentes, il était venu à ma demande.
C’était sûrement parce qu’il avait confiance en quelqu’un d’autre que moi. Je me penchai légèrement en avant et désignai un coin de l’atelier du menton. Le président y libérait son pouvoir magique tout en examinant le corps du Prince impérial, étendu devant lui.
« Comme vous le voyez, le président soutient aussi mes recherches. La réussite est donc inévitable. Si je n’obtiens aucun résultat cette fois-ci, je vous dédommagerai personnellement. »
Oga avait dû remarquer le président, lui aussi. Ses yeux brillaient d’une façon qu’ils n’avaient pas eue en me regardant. Je souris légèrement.
Ah. Il avait mordu à l’hameçon.
Je devinais sans peine ce qui lui passait par la tête. Il pesait le pour et le contre d’une amputation partielle de son arbre. Même si mes recherches échouaient, il pourrait peut-être nouer des liens avec le président ; ce ne serait donc pas une perte totale pour lui.
Il fallait donc que je m’assure de l’avoir tant qu’il était intéressé. Je baissai doucement la voix et poursuivis.
« Hum… Mais pour être tout à fait honnête, le président n’avait pas particulièrement besoin de vous, monsieur Oga. »
« Qu’entendez-vous par là ? »
Oga fronça légèrement les sourcils. Je lui adressai un sourire gêné et fis un geste en direction du président.
« Il paraît que la nouvelle de la participation du président à mes recherches, aux côtés du Prince impérial, s’est répandue. D’autres personnes atteintes de malédictions du pouvoir magique nous ont déjà contactés. Le président a donc estimé que nous en avions assez. »
Oga tressaillit à mes paroles. Je baissai encore la voix et jetai un coup d’œil au président.
« En fait, nous avons organisé cette rencontre parce que nous avons appris à nous connaître avec le temps et que nous voulions vous aider d’une manière ou d’une autre, monsieur Oga. Mais si cela ne vous intéresse pas, nous pouvons en rester là. Je ne veux pas vous mettre mal à l’aise. »
« Mademoiselle Isabella, pourriez-vous raccompagner monsieur Oga ? » ajoutai-je en me grattant la tête. Isabella s’inclina devant Oga et recula. Elle semblait attendre qu’il se lève.
« Alors, je devrais retourner à mes recherches… »
Je marmonnai en me levant, mais Oga m’agrippa soudain fermement le poignet. À moitié debout, je le regardai. Il m’adressa un sourire embarrassé.
« Vous pourriez m’accorder encore un peu de temps ? »
Je lui souris à mon tour, sans un mot. Ensuite, il ne me fallut pas longtemps pour convaincre Oga et obtenir une branche de son arbre.
Je regardai Oga partir, puis déposai la branche qu’il avait coupée dans une boîte et l’enveloppai de sceaux. Ensuite, je l’apportai au président.
« Grâce à vous, président, j’ai pu obtenir un autre échantillon. Merci beaucoup. »
« Ça en fait dix. Vous êtes un sacré escroc. »
Le président claqua la langue. Je haussai les épaules. Un escroc ? Je n’avais pas prononcé un seul mensonge en convainquant Oga.
« Après tout, ils veulent tous se débarrasser de leurs malédictions du pouvoir magique. »
J’avais sincèrement voulu aider Oga, et il était vrai que le président ne s’intéressait pas à lui. Je n’avais fait que donner une inflexion légèrement différente à ces paroles pour raffermir la détermination vacillante d’Oga.
Comme le tirer vers moi n’avait rien donné, je l’avais repoussé une fois pour le faire paniquer. Attiré par son propre désir, Oga n’avait pas eu d’autre choix que de mordre à l’hameçon.
« Comme dans le contrat que nous avons conclu, je me contenterai de supprimer les effets secondaires causés par leurs malédictions du pouvoir magique. L’étude de leurs branches d’arbre relève entièrement de votre responsabilité. »
« Oui, cela me suffit. »
Je hochai légèrement la tête. Lorsque j’avais conclu le contrat avec le président, j’avais posé comme principe de ne pas lui réclamer les connaissances du Conseil. Je voulais que notre coopération se concentre uniquement sur la résolution du problème du Prince impérial.
Si je n’avais pas fait autant de concessions, le président n’aurait pas accepté de conclure un contrat avec moi aussi facilement. Je n’avais pas le choix.
Mais ce contrat m’avait aussi apporté des avantages. Désormais, tout le monde savait que le président s’était personnellement impliqué dans mes recherches.
Je profitai donc de son influence pour tenter des choses qui m’étaient auparavant impossibles. Je lui souris légèrement et frottai avec satisfaction la boîte que je tenais contre moi.
La branche de l’arbre d’Oga avait une forme différente de celles, ordinaires, que j’avais examinées jusqu’ici. Elle était tordue de moitié et marquée de taches sombres.
Son arbre avait naturellement pris cette forme étrange. Oga était atteint d’une malédiction du pouvoir magique.
Les malédictions du pouvoir magique pouvaient apparaître n’importe où, et leurs manifestations variaient énormément.
Le Conseil du pouvoir magique accueillait les victimes de ces malédictions en qualité d’invités. Beaucoup de participants à ce rassemblement en étaient atteints.
Parmi eux, le Prince impérial était le seul à être une mauvaise herbe à part entière. Contrairement au Prince Beral, les malédictions du pouvoir magique des autres étaient bien moins puissantes ; ils pouvaient donc faire pousser des arbres, comme Oga.
C’était pour cette raison que je voulais recueillir les branches de ces personnes. Avec Oga, j’avais obtenu le dernier échantillon et rassemblé les dix que je visais.
J’aurais voulu en obtenir davantage, mais il était difficile de trouver d’autres sujets utiles, et le temps me manquait aussi. Ces dix-là étaient donc le mieux que je puisse faire.
Mais pourquoi le Prince impérial était-il le seul à être une mauvaise herbe ? Perdu dans mes réflexions, je haussai les épaules. On pouvait y voir une forme de biais du survivant.
Une malédiction du pouvoir magique ressemblait beaucoup à un handicap. Dans ce monde constitué de pouvoir magique, c’était sans doute pire que de se faire couper les deux bras.
Pour survivre, il leur fallait donc surmonter la malédiction et parvenir d’une manière ou d’une autre à contenir du pouvoir magique en eux. Ils avaient simplement survécu au prix d’une lutte désespérée. Ceux qui étaient frappés par des malédictions du pouvoir magique plus puissantes que les leurs étaient probablement tous morts.
De ce point de vue, le Prince impérial était un cas tout à fait exceptionnel. Une malédiction du pouvoir magique qui aurait rapidement fait éclater n’importe qui d’autre était gravée dans son âme.
Par hasard, une malédiction s’était retrouvée gravée dans l’âme d’un membre de la famille impériale, dont la lignée pouvait résister à une malédiction aussi puissante. La coïncidence était remarquable. Enfin, je n’avais pas l’intention de m’en mêler de trop près.
Je frottai la boîte et regardai Isabella. Si j’avais décidé de recueillir ces branches, c’était à cause des limites du Serpent des malédictions, le sort qui devait actuellement maintenir son arbre rapiécé sous contrôle.
J’avais pu créer ce sort grâce aux connaissances accumulées dans la bibliothèque du Conseil.
Comment naissaient les malédictions du pouvoir magique ? Et comment pouvait-on les guérir ? Leurs différentes formes, et même leur degré de dangerosité, avaient toutes été soigneusement répertoriées là-bas.
Je m’étais donc appuyé sur ces connaissances pour étudier les malédictions du pouvoir magique et j’avais fini par réussir à en façonner une sous forme de magie.
Bien sûr, j’avais sacrifié environ la moitié de mon arbre pour y parvenir… Enfin, je n’avais pas pu faire autrement.
Créer de la magie à partir d’une malédiction qui rejetait le pouvoir magique était une idée à laquelle tout le monde avait renoncé d’emblée. Pour réussir, il me fallait emprunter une voie que personne d’autre n’aurait jamais tenté de suivre, et ce genre de voie m’était familier.
Je coupai une partie de mon arbre, y inscrivis une imitation du flux d’une malédiction du pouvoir magique, puis observai l’arbre se contaminer et se dégrader. C’est ainsi que je réussis à en reproduire la structure.
Même après avoir tissé ensemble ces malédictions achevées, leur assemblage en une seule entité me fut difficile. En étudiant les malédictions du pouvoir magique à travers divers documents, j’inscrivis de la magie sur chacune de leurs écailles.
Le Serpent des malédictions, fruit de tant d’efforts, me semblait être un sort remarquable, même à moi, son créateur. J’en vins presque à croire que j’avais un don pour les malédictions.
Mais le Serpent des malédictions avait lui aussi un défaut. Le principal était que les malédictions du pouvoir magique qui y étaient inscrites n’étaient pas réelles. Je m’en rendis compte lorsque je commençai à examiner le problème du Prince impérial.
La malédiction du pouvoir magique du Prince impérial semblait vivante. Je ne comprenais même pas d’où venait la source de cette force puissante qui repoussait et écrasait le pouvoir magique.
Pourtant, le président l’avait bloquée sans effort. En voyant cela, je compris clairement que la magie que j’avais fièrement baptisée « Serpent des malédictions » n’était rien de plus qu’une magie de reproduction.
J’avais sacrifié mon arbre et tissé en lui le flux de la malédiction, mais au bout du compte, ce n’était pas une véritable malédiction du pouvoir magique. Si elle l’avait été, le président n’aurait pas pu briser ma magie aussi facilement.
Ma magie n’était donc, en fin de compte, qu’un faux qui imitait une malédiction. C’était aussi la limite de la magie de reproduction. La simple copie d’un savoir ne permettait pas d’atteindre un niveau supérieur.
C’était pourquoi j’avais ressenti le besoin d’examiner des malédictions du pouvoir magique vivantes. Et avec l’aide du président, j’avais réussi à en recueillir dix.
Si je pouvais les étudier et insuffler leur vitalité au Serpent des malédictions, ma magie dépasserait la simple reproduction et s’engagerait sur une nouvelle voie.
Je pourrais aussi blanchir l’arbre rapiécé. À cette prémonition soudaine, je souris de toutes mes dents. Le président claqua la langue en me regardant.
« Tss. Vous êtes vraiment un drôle de type. Ça ne vous fait pas peur ? »
« Peur ? »
J’inclinai légèrement la tête. Le président croisa mon regard. Ses yeux brillaient d’un vif intérêt.
« Oui. Comme vous le savez, cela ne s’arrêtera pas aux portes de notre Conseil. Si vous parvenez à établir complètement un arbre en Beral, ce gaillard, vous attirerez bien des regards. »
« Hum, sans doute. »
Je hochai tranquillement la tête. Je m’y attendais, moi aussi. Qui pourrait ignorer le projet d’Arbre artificiel, une innovation capable de changer le monde ?
Bien sûr, c’était à moitié une arnaque. Même si je stabilisais le Prince Beral, planter un arbre rapiécé de cette façon exigeait de réunir de nombreuses conditions.
Les autres finiraient sûrement par comprendre qu’ils avaient besoin de ces mêmes conditions. Quoi qu’il en soit, le fait que j’aie donné un arbre au Prince impérial, qui n’avait été qu’une mauvaise herbe, ne changerait pas.
Une fois sorti de cette montagne, beaucoup de gens viendraient sûrement me chercher. N’était-ce pas déjà arrivé quand j’avais créé les insectes-miroirs ? Je pouvais facilement prévoir la suite des événements.
Beaucoup convoitaient sans doute mes connaissances. Certains pourraient même s’en prendre à moi. C’était précisément ce que je voulais. J’avalai ces pensées et esquissai un sourire.
« Nous pourrons nous en préoccuper une fois tous les cours terminés. Si les choses tournent mal, les membres du Conseil pourraient bien se mettre aussitôt à mes trousses. »
Tout comme le président me cachait des choses, je n’avais pas besoin de tout lui expliquer. Je haussai les épaules pour lui faire comprendre. Peut-être avait-il deviné mes intentions, car il claqua légèrement la langue et reporta son attention sur le corps du Prince impérial.
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