Chapitre 254
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Traducteur/éditeur : Coughing Baby
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Chapitre 254
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« Je vais donc conclure cette conférence ici. Merci d’avoir écouté mon long exposé. »
Je m’inclinai profondément. Quelques personnes se mirent à applaudir et, quand je les regardai, elles semblaient toutes plutôt satisfaites.
Leurs expressions montraient que ma deuxième conférence s’était achevée avec succès.
C’était normal. Même en essayant de douter de moi, qui aurait pu résister après avoir vu un prince pratiquer la magie ?
Je fis descendre le prince de l’estrade. Je sentis des gens s’approcher de nous. Ils devaient vouloir poser des questions maintenant que la conférence était terminée.
Isabella s’interposa naturellement. Elle inclina la tête devant ceux qui approchaient et leur adressa un doux sourire.
« Je suis désolée, mais Son Altesse doit subir de nouveaux réglages. Je ne crois donc pas que nous puissions répondre aux questions. Si vous avez quelque chose à demander au maître, pourriez-vous me le transmettre ? »
Quelques personnes lancèrent à Isabella des regards mécontents, mais elles s’éloignèrent sans discuter après l’avoir entendue. Le prince Beral se tenait derrière elle, le visage renfrogné.
Un prince, c’était presque une guillotine sur pattes. Autant éviter de lui donner une occasion de vous chercher des noises.
Le pouvoir de l’autorité était vraiment délicieux. Avec Beral pour bouclier, je quittai la salle de conférence.
Au bout de quelques pas à peine, je sentis la magie du Conseil nous guider naturellement vers l’atelier.
Une fois à l’intérieur, Isabella apposa plusieurs sceaux sur la porte, puis lança un sort de détection lumineuse pour vérifier que personne ne s’était infiltré dans la pièce.
Heureusement, tout semblait en ordre. Isabella hocha brièvement la tête.
J’allai m’asseoir sur le canapé avec le prince, un léger sourire aux lèvres.
« Je crois que vous pouvez sortir, maintenant. »
À peine eus-je fini de parler que la lumière s’éteignit dans les yeux du prince Beral. Adossé au canapé, il ne tarda pas à s’affaisser comme s’il s’était endormi.
Au même instant, un faible murmure s’éleva de son corps.
Il venait de sa poitrine.
Le son s’amplifia peu à peu, puis quelque chose jaillit de la bouche du prince Beral.
C’était un petit serpent fin comme un fil, couvert d’écailles noires.
Le serpent s’enroula autour de l’épaule de Beral et croisa mon regard. Je lui souris légèrement.
« Alors ? Qu’est-ce que ça fait de pratiquer la magie soi-même ? »
Comme je l’avais dit, il avait réussi en une seule semaine.
Je croisai les doigts. Le serpent tira la langue et murmura d’une voix ténue.
— Je comprends pourquoi tout le monde me prenait pour un imbécile. Même si je n’ai fait qu’expérimenter indirectement le pouvoir magique, j’ai pu ressentir cette impression de toute-puissance. C’était vraiment extraordinaire. Et il en va de même pour ce nouveau corps.
Le serpent se tortilla légèrement et contempla son reflet sur ses propres écailles, comme fasciné.
Cette marionnette contenait l’âme du prince Beral. Il était bien naturel qu’il trouve étrange d’avoir quitté un corps humain pour s’installer dans un autre.
« Examinons votre corps, alors. »
Je tendis la main vers le serpent.
Il quitta l’épaule du prince et remonta naturellement le long de ma main.
Sa peau me parut froide au toucher, presque comme une fine pellicule de glace. Ce n’était sans doute pas uniquement parce que le corps d’un serpent est froid.
Il serait plus juste de dire que mon corps reculait instinctivement devant les traces des innombrables malédictions gravées sur ses écailles.
Je posai un doigt sur le front du serpent.
Un fil de pouvoir magique s’insinua dans son corps par mon doigt.
Mais l’énergie terrifiante qui circulait dans le corps du serpent repoussa aussitôt le pouvoir magique.
La puissance de la malédiction était donc extrêmement élevée.
J’essayai différentes méthodes pour faire circuler le pouvoir magique dans le corps du serpent, mais la malédiction qui l’habitait rejetait mon énergie.
Elle en contamina même une partie.
Je tranchai le pouvoir magique contaminé et hochai la tête.
« Je ne constate toujours aucune anomalie. Vous pouvez rester dans ce corps. »
Le serpent enroulé autour de ma main tira joyeusement la langue. Puis il descendit et se lova de nouveau sur l’épaule du prince.
Le serpent observa sans rien dire le visage endormi de son corps d’origine, puis murmura. Cette volonté qui semblait s’imprimer dans mon esprit portait une pointe d’amertume.
— Mais ce corps est vraiment beaucoup plus confortable. Étais-je réellement, comme les gens le disaient dans mon dos, indigne de la famille impériale ?
Le serpent regarda le corps du prince, l’air songeur.
Autrefois, son teint était si pâle qu’il semblait sur le point de s’effondrer à tout moment, incapable d’accepter le pouvoir magique.
Mais à présent, il avait retrouvé des couleurs.
Contrairement à avant, il était rempli de pouvoir magique. Comme il n’avait jamais pu en absorber jusqu’alors, il continuait à en aspirer même maintenant.
Voilà ce qu’était le sang de l’Empereur. Les autres princes possédaient probablement des corps semblables.
S’il avait vécu parmi eux, il était compréhensible que Beral ait développé un tel complexe d’infériorité. Il était tout aussi compréhensible que les gens aient douté de lui.
Mais le prince Beral n’y était pour rien.
Je secouai doucement la tête et pris la parole.
« Bien sûr que non. Sans la malédiction du pouvoir magique, vous seriez devenu un mage encore plus puissant que moi, Votre Altesse. Vous avez appris la magie en une semaine à peine. »
— Vraiment ?
« Ne vous inquiétez pas trop. Je vous aiderai à réintégrer ce corps. Nous n’en sommes qu’au stade de la fondation. »
J’observai le serpent en silence.
C’était le Serpent des malédictions : la magie que j’avais accumulée au fil du temps, transférée dans une marionnette.
Comme il ne pouvait pas utiliser du pouvoir magique pur comme source d’énergie, j’avais pris pour noyau un type de malédiction du pouvoir magique qui contaminait celui-ci.
À cause de ce traitement, ce corps était plutôt inefficace pour une marionnette.
En outre, même si je l’avais rempli de malédictions du pouvoir magique, le Serpent des malédictions n’était qu’une magie assemblée à la hâte au cours de l’année écoulée.
Il avait donc de nombreux défauts. Si je le laissais tel quel, il s’effondrerait à coup sûr en quelques jours.
Mais j’avais réussi à résoudre ce problème en y transférant le prince Beral. Mieux encore, j’avais réussi à lui permettre de pratiquer la magie.
Bien sûr, cela ne signifiait pas que j’avais trouvé un remède aux malédictions du pouvoir magique.
Il serait plus juste de dire que j’avais eu recours à une astuce que moi seul pouvais mettre en œuvre.
Je me frottai le menton.
Quand j’avais commencé à étudier les malédictions du pouvoir magique, j’avais d’abord cherché à déterminer jusqu’où elles pouvaient s’étendre.
Jusqu’où allait l’influence d’une malédiction du pouvoir magique ?
Agissait-elle sur l’âme, le corps ou l’esprit ?
Les documents du Conseil sur les malédictions du pouvoir magique abordaient également cette question.
Mais le Conseil n’était parvenu à aucune conclusion claire.
Enfin, c’était compréhensible. Il était difficile pour les mages d’examiner l’intérieur d’êtres porteurs de malédictions du pouvoir magique.
S’ils avaient voulu obtenir un résultat certain, ils auraient pu expérimenter sur eux-mêmes.
Mais ils ne pouvaient pas risquer leur propre arbre.
Sur ce point, j’étais un peu plus libre.
J’expérimentai donc en gravant directement la forme d’une malédiction dans mon propre arbre.
Au bout du compte, je créai cette étrange magie appelée le Serpent des malédictions et m’en servis pour étudier l’influence des malédictions du pouvoir magique.
J’en appris ainsi certaines caractéristiques.
Le Serpent des malédictions n’agissait que sur les arbres.
Même s’il mordait un être vivant et lui injectait sa malédiction, sa cible ne souffrait que brièvement, avant que celle-ci ne se dissipe.
Cela signifiait que la malédiction ne réagissait qu’aux âmes.
Autrement dit, on pouvait considérer les malédictions du pouvoir magique comme quelque chose de gravé dans l’âme.
Puisqu’elles agissaient directement sur l’âme, aucun être ne pouvait échapper à une malédiction du pouvoir magique sans un traitement adéquat.
Et cette structure m’était étrangement familière, elle aussi.
Je touchai mon poignet. Je sentis le faible courant du contrat.
Les contrats étaient eux aussi gravés dans l’âme. Et si quelqu’un tentait d’y échapper, son âme s’effondrait.
Comme pour une malédiction du pouvoir magique, aucun moyen ne permettait d’échapper à cette malédiction sans résoudre le contrat.
Pourquoi ces deux choses se ressemblaient-elles autant ?
Je trouvais cela un peu étrange.
Mais je n’avais pas besoin d’en connaître la raison.
Ce qui comptait, c’était que les malédictions du pouvoir magique étaient gravées dans l’âme.
Si le problème venait de l’âme, il suffisait de la remplacer.
J’avais déjà vécu cette expérience une fois.
Alors, tout comme je l’avais fait pour Isabella, ne pouvais-je pas retirer l’âme du prince et planter un Arbre rapiécé dans l’espace laissé vacant ?
Une fois l’Arbre rapiécé planté, pratiquer la magie serait facile. Isabella avait de l’expérience et pourrait bien guider le prince Beral.
Bien sûr, cette méthode présentait un problème.
Je n’avais pu planter un Arbre rapiécé dans le corps d’Isabella que parce qu’elle avait un esprit incroyablement solide.
Sans le talent d’une mage capable d’atteindre le stade de la Ramification en moins de deux cents ans, elle se serait effondrée sur-le-champ.
Le prince Beral n’avait pas un tel talent.
Comment pouvais-je espérer une force mentale aussi grande de quelqu’un qui n’avait vécu que vingt ans ?
Même s’il était un peu exceptionnel, il s’effondrerait à coup sûr sous le choc dès qu’on lui retirerait son âme. Il avait quatre-vingt-dix pour cent de chances d’y laisser la vie et, même s’il survivait, son esprit serait détruit.
J’avais expérimenté sur mon propre corps, alors j’en étais certain.
Un jour, par curiosité, j’avais brièvement essayé de retirer ma propre âme. J’avais perdu la raison pendant environ une semaine.
Quand je m’étais réveillé, j’étais sous la forme d’un garçon, dans les bras de Mira.
Apparemment, elle avait réussi à reconstituer mon esprit brisé.
Je ne pouvais donc pas soumettre quelqu’un d’aussi précieux que le prince Beral à des chances aussi cruelles et presque infailliblement désastreuses.
Il me fallait donc changer ma façon de penser.
Si l’esprit s’effondrait parce que l’âme avait disparu, il suffisait de transférer l’esprit avec l’âme.
C’est ainsi que j’avais créé le corps de ce serpent.
Bien sûr, comme cette magie avait de nombreux défauts, elle risquait toujours de s’effondrer.
Mais la malédiction du pouvoir magique contenue dans l’âme du prince Beral pouvait compenser cela.
Le bois qui formait ce corps provenait également de l’Arbre au parfum d’or et au son mélodieux que j’avais acquis auparavant. Il ne contenait pas le moindre pouvoir magique.
Comme il avait obtenu un corps totalement dépourvu de pouvoir magique, il était naturel que le prince qui l’habitait s’y sente aussi bien qu’à présent.
Séparé du prince, qui avait obtenu un nouveau corps, son corps d’origine avait perdu son esprit et son âme, et n’était plus qu’à moitié vivant.
Dans cet état, il était facile d’y planter un Arbre rapiécé. Celui-ci remplit l’espace laissé vacant par l’âme et se mit à pousser lentement.
Cependant, le corps restait lié à l’âme. Le prince pouvait donc toujours réintégrer cet espace vide.
Je conduisis le prince, dans son corps de serpent, jusqu’à l’Arbre rapiécé. Je l’enroulai autour de celui-ci et reliai son esprit à son corps d’origine.
Un seul esprit se retrouva ainsi dans deux corps.
Et grâce à cela, le prince parvint à pratiquer la magie.
Voilà ce que j’avais fait au cours de la semaine écoulée.
Hum. J’aurais aimé avoir davantage de sujets d’expérience.
Le Conseil du pouvoir magique comptait étonnamment un bon nombre de personnes porteuses de malédictions du pouvoir magique. C’étaient des invités que les membres du Conseil avaient personnellement amenés.
Quelques-uns étaient même venus me voir. Je pouvais donc aussi les utiliser comme sujets d’expérience.
Mais cela posait un problème de taille.
Je jetai un coup d’œil à Isabella.
Si Isabella avait eu tant de mal à contenir l’Arbre rapiécé, ce n’était pas simplement à cause de son âme. Le corps qui abritait son âme était également en cause.
Un arbre prenait racine non seulement dans l’âme, mais aussi dans le corps. Voilà pourquoi, lorsque l’arbre s’emballait, le corps subissait lui aussi des dégâts.
En affinant son arbre, Isabella l’avait donc ajusté avec soin pour ne pas surmener son corps.
Les autres, qui n’avaient pas le talent d’Isabella, en étaient incapables.
Le prince était dans le même cas.
Même maintenant, l’Arbre rapiécé qui avait pris racine dans son corps se rebellait, ce qui l’abîmait naturellement.
Mais le corps du prince supportait sans peine ces petits chocs. L’Arbre rapiécé ne pouvait même pas le faire tressaillir.
Enfin, son corps était si résistant qu’il avait pu endurer la malédiction du pouvoir magique.
Je secouai doucement la tête.
La malédiction du pouvoir magique qui frappait le prince Beral était tenace et terrifiante.
Il était rare qu’un corps entier rejette le pouvoir magique. Et même dans ces rares cas, les archives indiquaient seulement que les victimes étaient mortes rapidement.
Le prince avait enduré une telle malédiction pendant vingt ans.
Voilà la puissance de son sang ancien. Le potentiel d’un descendant de la famille impériale l’avait protégé.
C’était pourquoi le prince n’avait pas besoin de maîtriser parfaitement l’arbre, contrairement à Isabella. Il lui suffisait de le contenir lorsqu’il voulait pratiquer la magie.
Voilà pourquoi j’avais refusé les propositions des autres. Seul un sang chargé de longues années, comme celui de la famille impériale, pouvait endurer le contrecoup de l’arbre.
Je jetai un coup d’œil à tous les deux.
Isabella maîtrisait son arbre par la force de son esprit, tandis que le prince Beral le contrôlait grâce à son corps.
En comprenant le potentiel de ces deux-là, je pourrais progresser.
Cette pensée me fit sourire en silence.
Le serpent s’approcha lentement de moi.
— Mais ces gens semblaient vraiment croire à ta conférence. Quelle combine as-tu encore inventée ?
Le serpent murmura, curieux.
Je croisai son regard et me frottai le menton.
L’Arbre rapiécé était quelque chose que moi seul pouvais créer. Même si quelqu’un en fabriquait un, il lui faudrait une malédiction du pouvoir magique comme celle du prince pour le contenir.
Il lui faudrait aussi un corps qui ait traversé de longues années, comme celui de la famille impériale.
Sans cela, il ne pourrait naturellement pas maîtriser l’Arbre rapiécé.
Bien sûr, quelqu’un doté d’un esprit semblable à celui d’Isabella pourrait surmonter ces conditions et contenir l’arbre.
Mais combien de personnes comme elle pouvaient bien exister ?
Impossible de généraliser une méthode qui exigeait autant de conditions.
Pourtant, je les avais trompés en affirmant que n’importe qui pouvait le contenir.
Le prince Beral avait compris toutes mes intentions lorsqu’il avait emménagé dans le corps du serpent. Puisqu’il en avait fait l’expérience lui-même, il avait dû saisir à quel point la chose était impossible.
Il aurait pu dire à tout le monde que tout cela n’était qu’un mensonge.
Mais il n’avait rien dit.
C’était normal.
Qu’aurait-il gagné à révéler que tout était faux ?
S’il me livrait à eux, il risquait de ne plus pouvoir pratiquer la magie.
Ayant déjà goûté au pouvoir de la magie, il n’avait pas d’autre choix que de se ranger de mon côté.
Et, comme je m’y attendais, le prince coopéra avec moi.
Le prince Beral était devenu mon complice.
« C’est normal qu’ils y croient. Ma conférence contenait une part de vérité. »
Si je leur avais montré l’Arbre rapiécé, ils auraient tout de suite compris les limites de ce projet.
C’était pourquoi, lors de la première conférence, je leur avais présenté un autre arbre.
Cette conférence ne faisait pas exception. Je devais dissimuler mes mensonges parmi les vérités que je détenais.
Je leur avais donc révélé une information très concrète.
La méthode de création des Jeunes pousses d’âme.
Fragmenter une âme, puis comprimer ces fragments sous la pression.
Cette connaissance avait autant de valeur que ce qu’ils m’avaient donné.
Lors de cette conférence, j’avais dévoilé une partie du processus de création des Jeunes pousses d’âme. Ils connaissaient la valeur de ce savoir et s’en étaient réjouis.
Bien sûr, la méthode échouerait à coup sûr si on n’y mélangeait pas un morceau d’une branche de mon arbre.
Malgré tout, savoir qu’une telle piste existait leur donnerait confiance.
Je comptais donc continuer à glisser ce genre de connaissances dans mes conférences.
Au bout du compte, tout le monde serait satisfait.
Si j’avais pris cette décision, c’était aussi parce que j’estimais que révéler ces connaissances me serait utile.
L’Association des marionnettistes d’On n’avait-elle pas créé quelque chose de plutôt intéressant après que j’eus divulgué ces connaissances à l’avance ?
Leur modèle unique de marionnette cadavérique m’avait finalement été profitable.
J’en avais tiré une leçon.
Partager des connaissances que je pouvais contrôler finirait par ouvrir une voie qui me serait profitable.
Bien sûr, cette méthode avait un léger défaut.
Il était impossible de planter des Jeunes pousses d’âme dans des gens.
À la fin des conférences, ils finiraient probablement par s’en douter.
Je devais donc, d’ici là, concrétiser les résultats incarnés par le prince et Isabella.
Comment pourraient-ils douter de moi alors que les résultats se trouvaient sous leurs yeux ?
Cela signifiait que je devais redoubler d’efforts dans mes recherches.
Je me levai lentement.
« Je vais à la bibliothèque, maintenant. Que comptez-vous faire, Votre Altesse ? »
— Ah, je vais rester ici. J’aimerais pratiquer encore un peu la magie.
Les yeux du serpent brillèrent tandis qu’il se glissait dans la bouche du prince.
Le corps tressaillit légèrement, puis le prince ouvrit les yeux.
Je croisai le regard du prince Beral et hochai la tête.
J’aurais pu l’emmener à la bibliothèque pour faire ma publicité, mais il était également important qu’il apprenne la magie.
Je devais donc respecter les souhaits du prince.
Je m’inclinai devant lui et quittai l’atelier.
J’arrivai ensuite à la bibliothèque.
« Les gens nous regardent. »
Isabella murmura à voix basse.
Comme elle l’avait dit, dès que nous entrâmes dans la bibliothèque, je sentis les regards se tourner vers nous.
La conférence venait à peine de se terminer et nous attirions déjà autant l’attention.
Cela signifiait que les connaissances que j’avais révélées avaient suscité un vif intérêt.
Bien sûr, je ne pensais pas que les participants avaient tout raconté.
Ils avaient payé un prix conséquent pour assister à la conférence et ne révéleraient sûrement pas son contenu aux autres.
Ils avaient sans doute simplement dit qu’elle était satisfaisante.
Il y aurait peut-être encore plus de monde à la prochaine conférence.
Je commençais à manquer de matériel, alors c’était une excellente nouvelle.
Sans prêter attention aux regards des autres, je me dirigeai vers une place libre.
En m’asseyant, je sentis le pouvoir magique onduler et m’envelopper.
Je regardai lentement autour de moi.
On appelait cet endroit une bibliothèque, mais il n’y avait rien. La pièce était remplie de sièges vides, voilà tout.
C’était pourquoi, lors de ma première visite, je n’avais pas su quoi en penser.
Mais maintenant, je savais comment m’en servir.
Je fermai les yeux, me concentrai sur mon pouvoir magique et balayai l’air de la main.
L’espace s’ouvrit et un livre auquel je pensais en sortit.
Voilà pourquoi cet endroit s’appelait une bibliothèque.
Tout le savoir était inscrit dans un autre espace. Voilà pourquoi on ne pouvait consulter les informations qu’assis à cette place.
Les documents que j’avais reçus des membres du Conseil fonctionnaient de la même manière.
Sinon, je n’aurais pas eu besoin de venir ici.
Je claquai la langue, déçu, et ouvris le livre.
Cette fois, je lisais un ouvrage intitulé [Malédictions du pouvoir magique : étude sur la transformation des malédictions superposées], écrit il y a trois mille ans.
Après avoir parcouru brièvement le résumé, je compris le sens du titre.
Il s’agissait d’une étude de cas où plusieurs malédictions du pouvoir magique, et non une seule, se superposaient dans un même corps.
C’était un document réservé aux membres du Conseil. Je l’avais obtenu d’un membre qui souhaitait assister à ma conférence.
Je l’avais pris parce que ces malédictions superposées du pouvoir magique pouvaient être liées à celle du prince.
Même si j’avais usé d’une astuce pour déplacer la malédiction du pouvoir magique du prince dans le corps du serpent, ce n’était qu’une solution temporaire.
Pour stabiliser l’arbre, je devrais tôt ou tard retransférer l’âme du prince dans son corps. Ce ne serait qu’alors que l’âme et l’arbre pourraient se lier correctement.
Avant de reconnecter son âme, je devais donc résoudre au moins une partie de la malédiction du pouvoir magique du prince.
En outre, mes recherches sur les malédictions du pouvoir magique étaient indispensables pour purifier l’Arbre rapiécé.
Pour l’instant, je devais poursuivre mes recherches.
Une fois l’Arbre rapiécé stabilisé, Isabella serait tirée d’affaire.
Et le prince pourrait réaliser son rêve de longue date : devenir mage.
Je me concentrai et gravai les mots dans mon esprit.
Si je continuais ainsi, j’allais forcément réussir.
Je gardai cette certitude au fond de moi.
Et ce ne fut qu’après avoir donné ma quatrième conférence que je compris que quelque chose avait mal tourné.
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