Chapitre 168
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Traducteur/éditeur : Coughing Baby
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◈ Survivre à l’Académie de magie
Chapitre 168
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168.
L’évaluation étant terminée, je devais de nouveau fabriquer des marionnettes. Le retour depuis la salle d’évaluation se déroula comme la fois précédente. Le siège sur lequel j’étais assis se déploya, m’enveloppa, puis me transporta à travers l’espace.
J’ouvris les yeux quand je sentis qu’on me relâchait. Puis je regardai lentement autour de moi. La pièce n’avait pas changé. Dans cette salle close, je sentais le pouvoir magique onduler peu à peu, avec régularité.
Ce pouvoir magique s’élevait de plusieurs cercles tracés sur le sol. Chacun abritait une marionnette. On restaurait leurs corps et on les entraînait à accepter mon pouvoir magique.
Je caressai la mâchoire de la marionnette-singe que je tenais. Elle se tortilla maladroitement pour échapper à mon contact, puis me jeta un regard renfrogné.
Sa rébellion m’arracha un petit rire. Était-ce parce qu’elle avait été traversée par tant de pouvoir magique pendant l’évaluation ? Son âme laissait désormais apparaître un peu plus nettement les traits qu’elle renfermait.
La disposition cachée dans cette âme brisée avait partiellement éclos au sein de cette nouvelle âme. Cette humeur revêche devait venir de la tendance qu’elle portait en elle. Bien sûr, dans son état actuel, cela ne faisait que la rendre adorable.
Je tapotai la tête de la marionnette qui se tortillait. Cette marionnette-singe était un échec. Elle ne correspondait pas à ce que je pouvais appeler la vie que je cherchais à créer.
Mais le chemin du succès était toujours pavé d’innombrables échecs de ce genre. Il me suffisait donc de prendre celui-ci pour fondation et d’aller un peu plus loin.
Je la posai sur l’établi. Elle descendit rapidement le long de ma main et s’y installa confortablement. Comme j’avais reçu quantité de conseils un peu plus tôt, je devais maintenant reconstruire son corps.
Si je n’avais montré que celle-ci aux chefs d’association, c’était pour une raison. Ils avaient évalué ma marionnette avec une froideur implacable : quels éléments semblaient maladroits, quelles parties ne fonctionnaient pas correctement, et ainsi de suite.
C’étaient des choses que mon manque de maîtrise de la marionnettique m’empêchait de reconnaître. J’avais voulu emprunter leur regard pour repérer les défauts de ma marionnette. Et mon plan avait parfaitement fonctionné.
Après tout, j’avais réussi à tirer au moins une partie de leur savoir. Eh bien, savoir obtenir des conseils avec autant de discrétion pouvait aussi passer pour une compétence. Quand une occasion se présentait, pourquoi ne pas la saisir ?
Les chefs d’association n’avaient sûrement pas manqué de s’en rendre compte. Je repensai au regard perçant qu’Aronia m’avait lancé en me congédiant et souris avec amertume. Elle avait dû comprendre que j’avais tenté un petit tour.
Malgré tout, peut-être parce qu’elle avait aimé ma marionnette, elle ne chercha pas la petite bête et me laissa simplement partir. C’était assez inattendu. Je pensais qu’elle essaierait au moins un peu de me tenir à l’œil.
À la base, cette évaluation intermédiaire n’avait aucune raison d’exister. C’était de toute façon le professeur On qui prendrait la décision. La raison pour laquelle on avait mis en place cette procédure d’évaluation était pourtant évidente.
C’était probablement pour tenir Aronia en échec. Je pus vérifier cette intention, du moins en partie, lors de l’évaluation qui venait d’avoir lieu. L’un de ses membres d’association avait été éliminé, entre autres. Tout le monde cherchait clairement à l’empêcher de l’emporter.
En revanche, on ne m’avait pas beaucoup mis la pression. Même Gaon, qui s’était montré le plus hostile, avait fini par voter pour moi. Ils m’avaient laissé passer aussi facilement non pas simplement parce que ma marionnette était excellente.
Ils comptaient probablement se servir de moi contre Aronia. Elle devait elle aussi avoir compris ce qu’ils mijotaient. Pourtant, le fait qu’elle m’ait laissé passer aussi facilement revenait pratiquement à afficher sa confiance.
Peut-être pensait-elle que les autres pourraient me battre sans difficulté. Ou peut-être ne voyait-elle tout simplement aucun intérêt à jouer les mauvais coups.
Après y avoir réfléchi un instant, je haussai les épaules. Les luttes secrètes entre les chefs d’association ne me concernaient pas. C’était leur monde, à des lieues au-dessus du mien.
Il me faudrait attendre quelques siècles avant de pouvoir les rejoindre. Inutile, donc, de leur accorder une attention particulière. Je n’avais qu’à tirer parti de leurs manœuvres et poursuivre mes propres intérêts.
C’était pareil cette fois. Ce que je devais faire était très clair. Ils m’avaient laissé passer parce qu’ils attendaient quelque chose de moi. Il me fallait donc répondre à leurs attentes. C’était aussi ce que je voulais.
Je tapotai la tête de la marionnette-singe et laissai le pouvoir magique s’écouler. Celui-ci traça un cercle magique autour de son corps. Tout en superposant les circuits de cette façon, je sortis une gemme de ma poche.
La gemme, qui rayonnait d’un rouge éclatant, abritait l’âme d’une femme. Je ne percevais encore qu’une présence ténue à l’intérieur. Je la déposai délicatement à côté de la marionnette-singe.
À cette vue, ses yeux brillèrent discrètement. Elle s’approcha alors avec précaution et serra la gemme contre elle. Une faible affection transparaissait dans ce geste.
L’âme contenue dans cette gemme pouvait être considérée comme sa source. Elle semblait avoir reconnu aussitôt ses origines. C’était presque un instinct.
Peu à peu, elle commença à établir un flux régulier avec l’âme qui se trouvait à l’intérieur. L’âme de la gemme suivit ce courant. Au milieu de cet échange, le cercle magique se mit lui aussi à frémir légèrement.
L’effet du cercle magique stabilisait progressivement le pouvoir magique qui y circulait. J’ajustai le flux et façonnai lentement la magie.
La zone à l’intérieur du cercle magique s’assombrit peu à peu. Un domaine d’une certaine sorte venait de se former. Je vérifiai discrètement la magie. Comme prévu, tout était en ordre.
Cette magie créait temporairement un monde d’ombres. Je l’avais découverte et étudiée dans la tour du professeur Heisen. Comme je l’utilisais chaque fois que je fabriquais une marionnette, je la connaissais si bien que je pouvais la tracer les yeux fermés.
Le cercle magique, corrigé et modifié à maintes reprises, produisait un flux assez stable pour durer longtemps. Je créais ce genre de monde d’ombres parce que cet endroit convenait mieux que tout autre à mes marionnettes.
La Fausse Âme que j’insufflais à une marionnette était constituée de l’ombre de celle-ci, tissée avec la tige de mon arbre. Les ombres étaient très compatibles avec mes marionnettes, au point qu’un arbre d’ombres avait poussé en moi.
Au début, je les avais utilisées simplement parce qu’elles étaient efficaces. Mais en étudiant régulièrement la question et en apprenant à mieux me comprendre, j’avais aussi découvert la raison de cette compatibilité.
Une ombre était par nature incomplète. Sans son propriétaire, ce n’était qu’un fragment incapable d’exister seul, une simple imitation du corps véritable. Mon âme était pareille, puisqu’elle aussi portait en elle cette incomplétude.
La tige de mon arbre servait d’espace où tisser ensemble ces ombres et ces âmes. En son sein, mon incomplétude et celle de la marionnette se mêlaient, donnant naissance à une seule entité nouvelle. On pouvait parler d’une sorte d’union.
Telle était la structure de ma magie unique. Je créais une Fausse Âme en prenant mes fragments d’âme pour base. La méthode que j’employais cette fois pour fabriquer des marionnettes suivait elle aussi une structure assez similaire.
« Ça va faire un peu mal, alors tiens bon. »
Je murmurai ces mots à la marionnette-singe et posai une main sur son corps. Comme j’avais entendu quantité de conseils un peu plus tôt, je devais entretenir ce corps en conséquence.
J’y fis circuler mon pouvoir magique, puis j’ajustai délicatement son corps. Au cours de l’opération, les choses que je n’avais pas comprises jusque-là et celles que j’avais traitées de manière vague se rangèrent nettement dans mon esprit.
À la fin, la tige de mon arbre, que j’avais plantée plus tôt, s’enracina profondément dans le corps achevé. Elle l’enveloppait désormais tout entier.
La marionnette-singe affichait une expression légèrement douloureuse. C’était normal. Le corps et l’âme venaient d’être reliés plus intimement. Elle ne pouvait pas échapper à cette connexion par sa seule volonté.
La méthode ressemblait à celle que j’employais d’ordinaire pour fabriquer des marionnettes, mais elle en différait aussi. Tout ce qui se mêlait dans celle-ci provenait d’ailleurs. Rien ne venait de la marionnette elle-même.
L’ombre que j’utilisais ne venait pas de la marionnette. Celle qui se mêlait à elle venait de moi. Quant à l’âme de la femme, elle n’avait pas davantage de lien avec ce corps.
En ce sens, cela ressemblait à une invasion. Le corps rejetait donc naturellement cette âme. Et plus ils étaient étroitement liés, plus ce rejet ne pouvait que s’intensifier.
Je sentis le corps de la marionnette-singe trembler légèrement. L’âme qui l’habitait vibrait elle aussi, comme si elle allait être expulsée d’un instant à l’autre.
Mais dans ce monde d’ombres, le corps ne pouvait pas déployer beaucoup de force. C’était un domaine d’éléments incomplets. Le pouvoir magique qui régnait ici liait de force cette âme au corps de la marionnette.
Je laissai lentement circuler le pouvoir magique, puis je sentis son âme. Je percevais un fragment de l’âme qui s’écoulait depuis la gemme serrée dans ses bras et se reliait à elle.
Au fil de cet échange, la Fausse Âme que j’avais créée se mêlait de plus en plus à l’âme de la femme. Non, plutôt que de parler de mélange, il serait plus juste de parler d’absorption.
L’âme de la femme, qui ne représentait qu’une petite portion, absorbait peu à peu la Fausse Âme que j’avais créée. Comme si elle consumait la tige de mon arbre enracinée dans le corps de la marionnette-singe, elle ne cessait de croître.
Le rejet du corps rendit le processus encore plus violent. Après l’avoir constaté, je hochai discrètement la tête.
Sans le corps de cette marionnette, une telle chose aurait été impossible. Si je ne les avais pas forcés à fusionner en exploitant le rejet du corps, les deux âmes se seraient séparées aussitôt.
C’était précisément la méthode que je cherchais : les laisser se mêler et se transformer sous une pression aussi féroce. Je sentis cette pulsation intérieure et me caressai le menton. Puis je retirai avec précaution la gemme de ses bras.
La marionnette-singe parut alors un peu plus détendue. Je ne pouvais pas verser davantage d’âme dans ce corps. Si j’en ajoutais, la marionnette se briserait à coup sûr.
Je claquai doucement la langue. On était encore loin de la quantité d’âme que j’avais en tête. Comme prévu, celle-ci ne suffisait pas. Je lui tapotai légèrement la tête, puis scellai complètement le cercle magique.
Dans ce monde, le fragment d’âme de la femme continuerait à fusionner avec ma Fausse Âme. Il finirait ensuite par se fondre en une seule entité. Une variation, différente de l’âme d’origine, verrait le jour.
Ce processus différait de la formation de la vie. La création de la vie pouvait à l’origine être considérée comme un ordre naturel. D’abord, les corps s’unissaient et, au cours de cette union, les esprits échangeaient.
C’est alors que les âmes se divisaient avant de fusionner. Les trois éléments des deux êtres se réunissaient pour créer quelque chose de nouveau : la vie.
Ce processus était le résultat que les mages avaient découvert au fil de nombreuses expériences. C’est pourquoi les gens l’acceptaient comme la théorie la plus répandue et la doctrine orthodoxe.
Les méthodes employées par les mages pour créer une nouvelle vie reposaient elles aussi sur ce principe. Qu’il s’agisse de fabriquer des chimères, de créer des familiers ou d’élever des bêtes magiques, ils donnaient vie à leurs créations en suivant cette théorie.
Mais cette théorie ne s’appliquait pas aux marionnettes dont nous nous occupions. Les marionnettes n’avaient pas de vie. Aussi vraisemblablement fussent-elles fabriquées, leurs âmes n’étaient au bout du compte que des imitations.
Comme Tiena l’avait dit, même si l’on créait un nouveau corps, on ne faisait finalement que fabriquer un corps dérivé de cette marionnette. Sans division de l’âme, impossible de parler de nouvelle vie.
Dans cette optique, j’essayai de changer ma façon de voir les choses. Si la méthode habituelle consistait à former d’abord les fondations du corps, puis à y graver l’âme, et si cela empêchait les marionnettes d’avoir des enfants, alors ne pouvais-je pas inverser le processus ?
Je pouvais forcer l’âme à se diviser, puis la faire s’unir. Je créerais d’abord l’âme, puis lui préparerais un corps. Je jetai un coup d’œil au cercle magique. La marionnette-singe pouvait être considérée comme le fruit de cette idée.
C’était pour cela que j’avais imposé une âme à la marionnette de quelqu’un d’autre. Le corps jouait le rôle d’un mélangeur. La pression qu’il exerçait permettait de mêler l’âme de la marionnette à l’autre.
Je tripotai doucement la gemme. L’âme qui se trouvait à l’intérieur était tombée si bas qu’on ne pouvait plus la qualifier d’humaine. Elle était plus incomplète et plus déchirée que l’âme d’une marionnette. C’était pour cette raison que je pouvais l’utiliser aussi librement.
Je passai à la suite et me dirigeai vers une autre marionnette. J’avais choisi des marionnettes particulières parce que j’avais confiance en leurs propriétaires. Donner une individualité à une marionnette signifiait qu’on y tenait tout autant.
Et plus une marionnette était ainsi, plus sa capacité à repousser une âme devait être forte. La marionnette de Jugang avait été excellente à cet égard. Malgré le fait que ce fût ma première tentative, elle avait suffisamment bien résisté. Grâce à elle, j’avais pu me faire une idée de la marche à suivre.
Cette fois, j’utiliserais une marionnette étrange, qui ondulait comme de la brume. Je lui effleurai doucement le corps. J’étais un peu curieux de savoir quelle quantité d’âme elle pourrait accepter.
Je la portai jusqu’à l’établi, puis posai une main sur ma poitrine. Mon arbre trembla et détacha une partie de son corps. Après avoir poussé un faible cri, il laissa pendre ses branches.
Il recracha ce morceau avec un peu de sang. Peut-être parce que l’arbre avait été amputé, je sentis mon pouvoir magique devenir légèrement trouble. Mais je n’avais pas le choix. Ce sacrifice était nécessaire.
J’avais l’impression qu’en prenant cela pour base, je ferais un bond encore plus grand. Tout sourire, je traçai un cercle magique. C’était le domaine des ombres que j’avais créé plus tôt pour la marionnette-singe.
Les ténèbres se répandirent lentement. En leur sein, je découpai une partie de mon ombre. Puis je la tissai avec la tige de mon arbre pour former une sorte de Fausse Âme.
Peut-être parce que j’avais utilisé ma propre ombre, l’âme se forma très naturellement. Grâce à la magie unique gravée dans la tige de mon arbre, elle s’infiltra lentement dans le corps de la marionnette.
Sous l’effet de ce pouvoir magique, la marionnette se redressa lentement. Puis, sentant la tige de mon arbre s’enraciner de force en elle, elle réagit par un rejet violent. Ma tige se mit alors à transpercer son corps et à en ressortir.
Si je la laissais ainsi, elle serait clairement rejetée. Je devais donc rétablir un certain équilibre. Je poussai directement la gemme que je tenais dans la marionnette.
L’âme qui l’habitait dut sentir qu’elle venait d’entrer dans le corps de la marionnette, car elle poussa un petit cri. La marionnette s’immobilisa aussitôt. La Fausse Âme qui l’habitait fut elle aussi neutralisée de la même manière.
L’âme de la gemme se répandit lentement. Puis, au contact de la tige de mon arbre, elle commença rapidement à la ronger, comme si elle la dévorait. Je sentis son emprise s’étendre peu à peu.
Le flux de l’âme s’enfonça dans le corps de la marionnette en suivant la tige de mon arbre et la Fausse Âme qui l’habitait. Puis il se mit à les absorber lentement.
Au bout du processus, la Fausse Âme et le flux de l’âme se mêlèrent jusqu’à devenir indissociables. Le désespoir qui y circulait s’était lui aussi un peu atténué. La marionnette réagit alors de nouveau par un rejet.
Le flux de l’âme tenta de retourner dans la gemme, mais l’âme, désormais profondément mêlée aux autres, ne pouvait plus y demeurer. Elle ne pouvait que rester liée à ce corps.
Le rejet du corps s’intensifia peu à peu et, sous cette pression, l’âme se transforma lentement. C’était la méthode que j’essayais d’appliquer : en faisant du corps une prison, je transformais l’âme elle-même.
Je vérifiai le processus et hochai la tête. Mon échec précédent m’avait beaucoup aidé. J’avais pu organiser le processus de façon plus naturelle. La quantité d’arbre que j’y avais introduite avait également un peu diminué.
Bien sûr, je ne pouvais pas non plus parler de réussite. La chose ainsi créée était encore loin d’être une forme de vie. Je l’examinai et croisai les bras.
Le monde de la magie était vaste. Je n’étais donc pas le seul à avoir tenté de créer la vie en partant de l’âme. Au fil des innombrables années, on pouvait trouver bien des traces d’échecs similaires.
Malgré tout, si je fabriquais des âmes de cette manière, c’était à cause de ma nature particulière. Je tapotai ma poitrine. Au-delà, je sentais circuler des fragments d’âme.
J’avais donc une âme qui ressemblait à une colonie. On pouvait parler d’une incomplétude poussée à l’extrême.
Tout cherchait à atteindre la perfection. Comme moi, autrefois, lorsque j’étais obsédé par le professeur, ou comme les mages. En ce sens, l’âme contenue dans cette gemme ne faisait pas exception.
Elle avait sombré, s’était effondrée et brisée. À cet égard, la Fausse Âme que j’avais créée et les fragments d’âme qui circulaient le long de la tige de mon arbre constituaient les meilleurs moyens de combler une telle incomplétude.
C’était pour cela que l’âme de la femme se mêlait instinctivement à ma Fausse Âme. On pouvait parler d’une sorte de raccourci, d’une méthode rendue possible par le fait que je possédais une âme incomplète comme la sienne.
Les autres ne pouvaient pas employer la même méthode que moi. Leurs âmes étaient parfaites. Et parce qu’elles l’étaient, elles ne changeaient pas. À l’inverse, ces choses incomplètes avaient la possibilité de se transformer facilement.
Il ne s’agissait pas tant de magie que de provoquer de force une division de l’âme en exploitant les caractéristiques de la mienne. Avec une méthode aussi rudimentaire, je ne pouvais fabriquer que des marionnettes aussi limitées que celles-ci.
Je me caressai discrètement le menton. Tiena voulait qu’une vie naisse entre une marionnette et une personne. En ce sens, la marionnette que je fabriquais en ce moment ne répondait pas aux conditions de sa demande.
Je ne faisais que mêler des choses incomplètes. C’était une méthode insuffisante pour manipuler l’âme parfaite du professeur On. Alors, comment y parvenir ?
Je haussai les épaules. Je n’avais pas encore trouvé de réponse claire. Si je pouvais l’obtenir aussi facilement, les autres l’auraient découverte depuis longtemps.
Je commençais tout de même à comprendre certaines choses. Si je continuais dans cette direction, je finirais un jour par obtenir ce résultat. Ce que je fabriquais cette fois prouvait aussi que j’étais sur la bonne voie.
Je baissai les yeux vers la marionnette de brume. Sa capacité semblait inférieure à celle de Jugang, car elle se remplit très vite. Je lui retirai la gemme des bras.
Je devais maintenant passer à la suivante. Je continuai ainsi à insuffler des âmes aux marionnettes. Et, au fil du processus, ma méthode pour leur donner une âme s’améliora peu à peu.
À partir des résultats obtenus avec la marionnette précédente, je réussis à insuffler plus proprement une âme à la suivante, puis je pus procéder avec encore plus de minutie sur celle d’après. Grâce à ce travail, les âmes qui les habitaient se stabilisèrent peu à peu.
Je caressai légèrement la gemme que je tenais. D’une certaine manière, je sentais une satisfaction émaner de l’âme qui y résidait. Je souris avec amertume.
Ce n’était pas qu’une impression. Je sentais qu’un lien s’était créé entre moi et l’âme qui se trouvait à l’intérieur.
Comme l’âme avait perdu une grande partie de son énergie au profit des marionnettes, elle avait considérablement rétréci. Or, une âme ainsi réduite devait forcément chercher à combler de nouveau les espaces vides.
En mêlant des âmes aux marionnettes, l’âme de cette gemme avait absorbé les fragments qui circulaient le long de la tige de mon arbre. C’était ce qui avait créé ce lien. Et, grâce à lui, un désir ardent de survivre s’épanouissait en elle.
En le sentant, je claquai doucement la langue. C’était inattendu. Je croyais qu’elle avait été complètement vidée, mais voilà que cette âme retrouvait un semblant de conscience. Était-ce parce qu’elle s’était mêlée à la mienne ?
Si elle voulait revenir à la vie, je devais lui accorder ce désir. Après tout, elle m’avait beaucoup aidé à fabriquer ces marionnettes. Un jour, je devrais donc rendre son âme à son corps.
Mais pas maintenant, bien sûr. Je remis la gemme dans ma poche et laissai ma volonté s’écouler. À mon intention, l’âme qui se trouvait à l’intérieur se sentit rassurée, puis se rendormit lentement.
Je jetai un coup d’œil au sol. Comme s’il avait senti mon regard, ma marionnette, qui avait pris la forme d’un liquide, changea rapidement d’apparence. À présent en forme d’horloge, elle m’indiquait le temps qu’il me restait.
Près de six jours s’étaient écoulés. La semaine était passée à une vitesse incroyable. Il ne me restait plus beaucoup de temps. Je devais donc achever les marionnettes.
Je regardai les marionnettes, chacune enfermée dans un cercle magique et luttant contre son propre corps. Les âmes qui les habitaient avaient toutes été formées selon le même processus.
Mais elles étaient toutes différentes, malgré leurs ressemblances. Cela venait des caractéristiques propres à chacun de ces corps. Comme ils résistaient de manière différente, les âmes devaient naturellement prendre des formes différentes.
Et au cours de cette résistance, l’individualité de ces corps s’était elle aussi mêlée aux âmes, ne serait-ce qu’un peu. Je me dirigeai vers la marionnette-singe, la première que j’avais fabriquée, puis tendis la main vers elle.
Elle grimpa lentement sur ma main. Après avoir croisé son regard, je chargeai ma main de pouvoir magique et la plantai dans sa poitrine. Ma main s’enfonça directement dans son corps.
Elle laissa échapper un petit gémissement de douleur. Je lui tapotai le corps et retirai lentement ma main. Le corps de la marionnette-singe s’effondra alors peu à peu.
Elle retomba, inerte et immobile. Je regardai ce que je tenais dans la main. C’était la tige de mon arbre, celle dont je m’étais servi pour former la Fausse Âme. On pouvait la considérer comme une sorte de cœur de mana.
Privée du pouvoir magique qui animait son corps, la marionnette ne pouvait que s’arrêter. Son âme aussi. Je sentais l’âme qui l’habitait s’être paisiblement installée dans la tige de mon arbre.
Cette âme était désormais complètement mêlée aux autres. À ce stade, elle pourrait sans aucun doute supporter la suite. Son corps ne m’était donc plus utile. J’avais l’intention de fabriquer une marionnette en n’utilisant que cette âme.
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