Chapitre 83
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Traducteur/éditeur : Alyo
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◈ Survivre en guerrier dans un monde de jeu de rôle sur table ◈
Chapitre 83 : Tuer ou être tué (1)
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À l’exception de Ruben et des deux archers, relativement peu protégés, les deux autres guerriers étaient couverts d’armures lourdes de la tête aux pieds.
Même au sein d’un groupe légèrement armuré, la vitesse de déplacement pouvait varier. Alors, chez des guerriers en armure lourde… C’était exactement ce que Gerik cherchait à exploiter.
Il voulait disperser les rangs ennemis en prenant la fuite à corps perdu et laisser certains de ses poursuivants derrière.
Pourtant, alors qu’il courait pour sauver sa vie, Gerik se rendit compte que Ruben n’avait pas exagéré en qualifiant ses compagnons de maîtres de la poursuite.
Quels monstres… !
Il était bel et bien sous l’effet d’un sort de pistage, mais Gerik zigzaguait dans l’obscurité totale de la Forêt Frontalière, utilisant même Charge pour fuir.
Et pourtant, les archers derrière lui comblaient l’écart à une vitesse stupéfiante, restant constamment sur ses talons.
Mais où sont-ils, bon sang ?
Plus absurde encore, malgré leur poursuite effrénée, ils ne faisaient pas le moindre bruit.
Fiiou ! Fiiou !
« Kh… ! »
Si Gerik était certain qu’ils le suivaient, c’était pour une seule raison : des flèches pleuvaient sans relâche dans son dos.
Chacune de leurs attaques était si violente qu’il n’avait d’autre choix que de protéger désespérément ses arrières avec la Barrière mentale.
« Haa… Haa… ! »
À bout de souffle, tant physiquement que mentalement, Gerik continua de courir.
Naturellement, un sprint aussi intense, sous une telle pression, épuisait rapidement ses réserves. Il finit par devoir sortir une précieuse potion d’endurance et l’avaler d’un trait pour tenir le coup.
Pourvu que certains se laissent distancer… !
Gerik courut longtemps, repoussant la pluie de flèches grâce à sa Perception et à la Barrière mentale.
Fiiou… ! Fiiou… !
À mesure que le sifflement des flèches se rapprochait, il comprit, contre toute logique, que malgré ses efforts pour courir jusqu’à l’épuisement, l’écart ne se creusait pas. Au contraire, il se réduisait peu à peu.
Plus la distance diminuait, plus les flèches devenaient précises et dévastatrices.
… Le guerrier, lui, a forcément été distancé.
Le cliquetis caractéristique d’un guerrier en armure lourde, qu’il entendait encore peu auparavant, avait disparu. Comme Gerik l’avait espéré, l’un des guerriers avait dû rester en arrière.
Contrairement à moi, il n’a pas une Perception accrue… Il a dû ralentir en se prenant des obstacles dans les pieds.
En outre, la classe de guerrier ne possédait aucune compétence de promotion. Elle ne faisait que renforcer uniformément la Force, la Dextérité et la Santé.
Même si cet homme maîtrisait Charge, comme Gerik, sans Intelligence ni Perception améliorées, il aurait du mal à appréhender son environnement. Sa Charge ne pouvait pas rivaliser avec celle de Gerik.
Boum ! Boum… !
Alors que les flèches s’abattaient sur la Barrière mentale protégeant son dos avec assez de force pour la briser, Gerik sentit que le délai de récupération du Fouet mental était terminé.
Maintenant… !
L’occasion qu’il attendait en fuyant pour sauver sa vie était enfin arrivée. Gerik serra les dents et bondit sur le côté avec Charge.
Où êtes-vous… !
Gerik n’avait dévié sa trajectoire que pour une raison : repérer du coin de l’œil l’origine des attaques.
Fiiou… !
Comme prévu, une flèche fila vers lui à une vitesse terrifiante depuis la direction où il venait de tourner la tête.
Prends ça… !
L’ennemi semblait parfaitement fondu dans son environnement grâce à une compétence. Dans l’obscurité, pas la moindre trace de sa présence ne se faisait sentir.
Mais, en se servant de la trajectoire de la flèche comme repère, Gerik lança de toutes ses forces une bourse de cuir dans la direction d’où elle était venue.
Floc… !
En heurtant le sol, la bourse éclata et répandit une épaisse poudre âcre dans les environs.
« Kh… ! »
Peu après que la poudre d’herbe œil-de-feu, qui provoquait une douleur intense chez quiconque l’inhalait, se fut répandue dans l’obscurité, un bref gémissement s’échappa des ombres.
Je t’ai trouvé… !
Ayant repéré l’ennemi qui le harcelait sans répit, Gerik serra les dents et lança le Fouet mental dans sa direction.
Crac !
Son Fouet mental fusa à une vitesse terrifiante et cingla sans pitié le corps de l’archer.
« Aaaah ! »
Un cri atroce jaillit des ténèbres.
Ce n’était pas une attaque surprise : elle ne provoqua donc ni perte de connaissance ni paralysie. Son effet n’en fut pas moins excellent. Le camouflage de l’archer commença à se dissiper.
Je vais te tuer… !
À mesure que la silhouette de l’ennemi, parfaitement fondu dans l’obscurité, se dessinait peu à peu, Gerik se rua sur l’archer sans hésiter, le regard chargé d’intentions meurtrières.
Fiiou… !
Une sensation glaciale le frappa alors qu’il chargeait. Gerik leva aussitôt la main gauche et déploya la Barrière mentale dans la direction que lui indiquait sa Perception.
Boum !
Un choc violent traversa la barrière. Incroyable : un autre archer avait tiré au moment exact où Gerik s’élançait à toute vitesse.
À l’idée que sa tête aurait été transpercée s’il avait réagi ne serait-ce qu’un instant plus tard, Gerik sentit la chair de poule lui couvrir le corps.
Mais, après tous ces efforts, il avait enfin réussi à s’approcher de l’archer qu’il visait. Les yeux de celui-ci s’écarquillèrent lorsque sa proie se retourna soudain pour le chasser à son tour.
« Tss… ! »
Pourtant, fidèle à l’expérience d’un vétéran qui avait surmonté toutes les épreuves, l’archer ne perdit pas son sang-froid malgré sa surprise. Il leva rapidement le petit bouclier qu’il avait préparé à l’avance pour parer l’attaque de Gerik.
« Meurs… ! »
Grâce à Charge, Gerik arriva sur l’archer, leva son épée longue, renforcée par l’accélération et la Lame mentale, puis décocha une puissante Entaille.
« Urgh… ! »
Le petit bouclier avait l’air d’un chef-d’œuvre, digne d’un équipement d’élite. Mais il ne pouvait rien contre la combinaison dont Gerik était le plus fier et qui constituait son attaque la plus puissante.
Crac !
Un éclair bleu ondula dans l’obscurité de la Forêt Frontalière, l’illuminant de façon saisissante. Là où passa cette lumière, le bras de l’homme, bouclier compris, fut tranché net et tomba au sol.
« Aaaah ! »
Un cri atroce jaillit de la bouche de l’homme tandis qu’on lui coupait le bras. Sans s’en soucier, Gerik enfonça son épée longue droit dans la poitrine de l’homme qui se débattait, mettant fin à ses jours sans la moindre hésitation.
Un de moins…
Il eut à peine le temps de se réjouir d’avoir éliminé un adversaire redoutable qu’un vif sentiment de danger le saisit à l’arrière du crâne. Par réflexe, il se pencha sur le côté.
Fch… !
Cette flèche était différente des autres. Contrairement aux précédentes, qui frappaient avec une force écrasante comme pour briser sa barrière, celle-ci fendit les ténèbres sans bruit ni présence et s’approcha de Gerik telle un fantôme.
Sa Perception aiguisée ne le prévint qu’au tout dernier instant.
La compétence concentrait peut-être toute sa puissance sur la discrétion, car la flèche était moins puissante que les précédentes. Mais une flèche restait une flèche.
Gerik se tordit désespérément pour éviter d’être touché à la tête, mais la flèche se planta dans son bras gauche, lui arrachant une douleur atroce.
« Aaaah… ! »
Une douleur insoutenable se répandit dans le corps de Gerik lorsque la flèche lui transperça le bras gauche. À ses débuts comme aventurier, alors qu’il ne connaissait encore rien à la vie, cette douleur aurait suffi à le faire s’évanouir.
Paradoxalement, après avoir connu d’innombrables souffrances indescriptibles depuis sa réincarnation dans ce monde, quelques courtes années auparavant, Gerik était désormais capable de la supporter en serrant les dents.
Je dois d’abord m’éloigner d’ici… !
Gerik déploya largement la Barrière mentale dans la direction d’où venait l’attaque et parvint tant bien que mal à bloquer les flèches.
Malgré la douleur, il retira son épée longue du cadavre de l’archer, la rengaina, puis se jeta à toute vitesse dans les ténèbres.
Fiiou ! Fiiou !
Alors qu’il fuyait, les flèches ne tardèrent pas à fuser derrière lui.
Comme s’il avait compris comment Gerik réagissait, l’archer qui le poursuivait renonça de nouveau à se cacher et se mit à décocher frénétiquement des flèches dont la puissance destructrice était maximale.
Boum ! Boum !
Gerik sentait l’énergie psionique s’écouler rapidement depuis l’arrière de son crâne, mais il s’en moquait. Peu importait l’épuisement : la moindre seconde d’inattention suffirait à lui planter une flèche dans la tête.
Tandis que les flèches frappaient sa barrière les unes après les autres, Gerik porta sa main droite, indemne, à son bras gauche. Puis, les dents serrées, il empoigna fermement la flèche fichée dans son bras et l’arracha d’un seul coup.
« Urgh… ! »
La flèche ressortit en emportant des lambeaux de chair, et une sensation atroce se répandit dans tout son corps. La douleur lui vida presque l’esprit, mais l’adrénaline qui l’envahissait au milieu du combat et sous la menace de la mort lui permit de continuer, de justesse.
Une potion… !
Gerik jeta la flèche sans hésiter. Il sortit une potion de soin de ses vêtements et l’avala d’un trait, puis versa généreusement le reste sur la blessure de son bras gauche.
Crac… !
Le mage n’avait pas menti en affirmant que son pouvoir de guérison dépassait de loin celui des potions de faible qualité vendues ailleurs. La douleur dans le bras gauche transpercé de Gerik s’atténua rapidement, tandis qu’il en retrouvait peu à peu les sensations à mesure que la blessure se refermait.
« Haa… Haa… »
La sueur froide lui trempait le visage comme une pluie battante, mais Gerik n’y prêta aucune attention. Il ne fit que répéter la même manœuvre : courir à toute allure ou utiliser Charge pour creuser l’écart.
Ça bouge… !
Dès que son bras retrouva un peu de mobilité, Gerik dégaina de nouveau son épée longue. Tout en zigzaguant, il se prépara à riposter à l’ennemi.
Je dois trouver d’où viennent les tirs…
Gerik courait à toute allure, tout en économisant délibérément Charge. Il devait pousser l’ennemi à attaquer et repérer l’origine des tirs.
Comme prévu, les flèches destinées à le maîtriser se remirent à fuser.
Boum ! Boum !
Sans doute pour briser la Barrière mentale de Gerik, les flèches qui venaient de derrière avaient abandonné les tirs furtifs qui l’avaient blessé et étaient redevenues dévastatrices.
Les dégâts sont sérieux, mais…
En privilégiant la puissance destructrice, chaque flèche qui frappait la Barrière mentale lui faisait dépenser une quantité colossale d’énergie psionique, tirée de l’arrière de son crâne, pour la réparer.
J’ai quand même à peu près localisé l’endroit d’où elles viennent.
Il le devait à la mémoire exceptionnelle que lui conférait son Intelligence accrue. Gerik mémorisa soigneusement les trajectoires et les directions des flèches, puis remonta jusqu’à l’emplacement probable de l’ennemi.
Là… !
Après avoir couru comme un forcené pendant un moment, Gerik lança enfin une bourse de poudre d’herbe œil-de-feu exactement à l’endroit repéré grâce à son Intelligence accrue.
Fouff… !
La bourse de cuir qu’il avait lancée de toutes ses forces éclata, répandant une poudre âcre dans toutes les directions. Mais cette fois, l’ennemi réagit autrement.
« … »
À l’instant où la bourse éclata, les attaques incessantes de l’archer contre Gerik cessèrent.
… Merde.
L’archer avait probablement vu son compagnon se faire piéger par la poudre d’herbe œil-de-feu et s’était rapidement écarté pour ne pas tomber dans le même piège.
Enfin, ce n’est pas un idiot.
L’ennemi était un vétéran assez compétent pour que Ruben s’en vante. Gerik ravala sa déception et fonça droit devant lui avec Charge, quittant rapidement les lieux.
À peine arrivé dans un nouvel endroit après avoir utilisé Charge à plusieurs reprises, Gerik sentit un danger terrifiant envahir tout son corps.
… ?!
Il n’y avait clairement rien devant lui, mais, par instinct, Gerik leva la Barrière mentale dans la direction d’où venait l’intention meurtrière, protégeant ses arrières, puis rejeta la tête en arrière de toutes ses forces.
Fch ! Fch !
Une succession d’attaques fulgurantes. Deux lames indistinctes surgirent des ténèbres et frappèrent violemment la Barrière mentale de Gerik, avant de frôler son front à un cheveu près.
Rapide… !
Si Gerik avait réagi ne serait-ce qu’un peu plus tard, ces lames lui auraient sans aucun doute tranché la gorge et les yeux.
« Kh… ! »
Sans prêter attention au sang qui lui coulait du front, Gerik lança vivement Entaille dans le vide devant lui.
Éclair !
À sa grande surprise, lorsqu’il exécuta Entaille dans les ténèbres devant lui, là où l’attaque avait surgi, une silhouette indistincte apparut là où il n’y avait rien. Elle se tenait dans l’obscurité, deux épées courtes à la main.
Ruben ?!
L’ennemi se fondait vaguement dans les ténèbres, et Gerik ne distinguait que sa silhouette. Mais, se rappelant l’apparence de Ruben lors de leur conversation, il comprit instinctivement de qui il s’agissait.
Pendant ce temps, la silhouette que Gerik prenait pour Ruben para Entaille avec des réflexes stupéfiants, puis fondit au corps à corps comme un boxeur et se mit à frapper furieusement de ses épées courtes.
Fch ! Clang !
Gerik recula désespérément, parant les attaques de l’ennemi avec la Barrière mentale invoquée dans sa main gauche et les protège-bras de son bras droit.
La portée… !
Il voulait lancer de nouveau Entaille pour briser l’élan de son adversaire, mais Ruben s’était trop rapproché et la distance était devenue inconfortable. Gerik tenta donc de tenir bon en attendant la fin du délai de récupération de Charge.
« … !? »
Alors qu’il reculait avec peine, en bloquant l’assaut incessant, un vif sentiment de danger le frappa soudain à l’arrière du crâne. Par réflexe, il se baissa de nouveau et orienta sa barrière.
Fiiou… !
Comme prévu, une flèche furtive passa tout près de l’arrière de sa tête. L’archer qui l’avait harcelé si longtemps avait dû neutraliser la poudre d’herbe œil-de-feu, réduire la distance et reprendre ses attaques.
Clang ! Clang !
Des flèches acérées pleuvaient dans son dos tandis que Ruben l’assaillait furieusement de face. En temps normal, Gerik aurait dû mourir des dizaines de fois, mais l’armure exceptionnelle de Grimdal le maintenait en vie.
C’est quoi, cette énergie noire… ?
Le problème, c’était que même l’armure solide en Fer rouge s’usait peu à peu dans un crissement aigu chaque fois que les épées courtes de Ruben la tailladaient.
Gerik se dit que les ombres noires qui ondulaient sur ces épées leur conféraient peut-être leur pouvoir destructeur hors du commun.
Fch !
Il eut beau défendre avec acharnement, les attaques rapides et coordonnées des deux côtés finirent par créer une ouverture. La lame de Ruben entailla l’épaule relativement mal protégée de Gerik.
« Urgh… ! »
L’armure en peau de Chouette grizzly empêcha la blessure d’être profonde.
Mais, pour une raison inconnue, malgré cette légère coupure, une douleur extrême le submergea. Gerik sentit même que ses sensations et ses réactions autour de la plaie s’émoussaient légèrement.
Du poison !
Il en était certain. Comme si les ombres ondulant sur ses lames ne suffisaient pas, Ruben les avait apparemment enduites de poison.
Tandis que Gerik frissonnait devant le soin méticuleux de son ennemi, un lourd cliquetis métallique résonna sur le champ de bataille.
C’est pas vrai…
Il reconnut le bruit de l’épée à deux mains du guerrier qui l’avait attaqué en premier, et sentit son sang se glacer.
Gerik peinait déjà à résister aux attaques de l’archer et de Ruben. Et si un guerrier s’en mêlait aussi ?
Je vais y passer… !
Même avec dix vies, Gerik comprenait parfaitement qu’il n’avait aucune chance si la situation continuait ainsi.
Alors qu’il serrait les dents en cherchant un moyen de survivre, il sentit enfin que le délai de récupération de Charge était terminé.
Je n’ai pas le choix, il faut que je joue ma vie… !
Tout en maintenant la Barrière mentale dans la direction des flèches, Gerik lança Entaille contre Ruben, droit devant lui, décidé à les entraîner tous les deux dans sa chute.
Son coup portait la volonté désespérée d’emporter Ruben dans l’au-delà, même si cette attaque devait lui coûter la vie.
« Tss… ! »
Comme prévu, Ruben n’avait aucune intention de subir une blessure mortelle alors qu’il avait l’avantage. Il interrompit brièvement son assaut, esquiva Entaille et battit rapidement en retraite.
Maintenant… !
L’ouverture fut minuscule. Mais Gerik ne la laissa pas passer. Il utilisa Charge et quitta le champ de bataille en un instant.
Boum !
Alors qu’il filait dans l’obscurité, Gerik fut soudain pris d’un violent vertige. Il serra les dents pour y résister tandis que la voix sinistre de Ruben lui parvenait doucement de derrière.
« Gerik ! Ma lame est enduite de poison paralysant. Tu peux résister à ça ? »
Je m’en doutais… !
Gerik était certain qu’il ne bluffait pas. Il en ressentait déjà les effets dans tout son corps. Sans hésiter, il sortit une potion antidote de ses vêtements et l’avala d’un trait.
Ouf… !
Ça avait marché. L’engourdissement de ses sens et le vertige s’estompèrent rapidement, et son corps retrouva son état normal.
Alors que Gerik reprenait ses esprits et se remettait à fuir, la voix de Ruben retentit de nouveau derrière lui.
« Bon sang ! Pour un simple Plaque de cuivre, tu transportes tout de même un tas d’objets coûteux. Mais tu sais quoi ? Plus tu enchaînes les potions de soin, moins elles font effet. Alors, combien de fois crois-tu encore pouvoir tenir ? »
Ses moqueries transpercèrent Gerik jusqu’au plus profond de lui-même. C’était une provocation, mais aussi une vérité incontestable. Il ne put s’empêcher de ressentir une pression écrasante.
Ça ne marchera pas !
Gerik courut de toutes ses forces dans l’obscurité, cherchant frénétiquement un moyen d’éliminer les ennemis qui le poursuivaient.
Au bout du compte, je n’ai pas d’autre choix que d’abattre l’archer…
C’était la conclusion à laquelle Gerik était parvenu en fuyant désespérément tout en échafaudant un plan.
Si je peux seulement me débarrasser de ces satanées flèches, la pression sera réduite de moitié.
Gerik avala une potion d’endurance pour calmer son cœur qui menaçait d’exploser.
S’il parvenait à éliminer l’archer qui tirait dans son dos, il était sûr de pouvoir réduire sa consommation d’énergie psionique et creuser tant bien que mal l’écart.
Contrairement au guerrier ou à Ruben, qu’il ne pouvait pas espérer vaincre au corps à corps, l’archer ne faisait que rendre sa position difficile à repérer en dissimulant soigneusement sa présence. Gerik était certain de pouvoir l’éliminer d’une façon ou d’une autre s’il réussissait à s’approcher.
Le problème, c’est de savoir où il se trouve… !
S’il pouvait observer calmement les flèches qui arrivaient, sa mémoire lui permettrait de déduire la position de l’archer. Malheureusement, le temps jouait contre lui.
Les ennemis étaient plus nombreux que lui, et ils se trouvaient au cœur de la Forêt Frontalière, plongée dans une obscurité telle qu’on ne voyait pas à un pouce devant soi.
Le champ de bataille leur était largement favorable. Quiconque aurait assisté à ce combat sanglant aurait applaudi Gerik d’avoir survécu jusque-là.
Je n’en ai vraiment plus pour longtemps…
Même après avoir bu une potion d’endurance, Gerik constata que la Barrière mentale s’affaiblissait nettement et sentit que son dernier instant approchait.
Qu’est-ce que je fais ? Réfléchis… Réfléchis… !
Les innombrables épreuves qu’il avait traversées en si peu de temps lui permettaient au moins de garder son calme, même si sa respiration était devenue haletante.
Alors, malgré la douleur qui lui donnait l’impression que son cœur allait éclater, il se creusa désespérément les méninges encore et encore.
Il n’y a pas d’autre moyen que de m’approcher tout près et de chercher à tâtons…
Mais c’était tout. Il faisait nuit noire, et l’ennemi avait dissimulé son corps grâce à une compétence. À l’œil nu, il n’y avait aucune solution. À moins qu’il puisse le toucher.
Attends. Toucher ?
À ce mot, une idée vint naturellement à l’esprit de Gerik : il pouvait utiliser la télékinésie.
La télékinésie… Elle peut prendre différentes formes selon ma volonté.
Bien sûr, Gerik n’était pas encore capable de donner des propriétés complexes à sa télékinésie.
Mais il pensait pouvoir au moins réduire sa force physique au minimum, maximiser uniquement sa capacité de perception et la déployer largement autour de lui.
Ça peut marcher… !
Il n’avait pas l’habitude de procéder ainsi, et rien ne garantissait que la méthode fonctionnerait parfaitement. Mais aucune autre solution ne lui venait à l’esprit.
Gerik se prépara donc à être pris pour cible par l’ennemi, dissipa la Barrière mentale et déploya dans toutes les directions, vers l’origine des flèches, une télékinésie ténue mais étendue.
Je le sens… !
Une irrégularité ténue se prit dans le filet de télékinésie qui s’étendait autour de lui. En s’appuyant sur cette sensation subtile, Gerik parvint enfin à localiser l’archer.
Fiiou !
Contre toute attente, cette sensation lui permit aussi d’esquiver plus facilement les flèches qui arrivaient.
Même sans la Barrière mentale, Gerik pouvait aisément prévoir la direction de l’attaque et l’éviter sans subir de dégâts notables.
Fouet mental !
Crac !
Lorsque Gerik lança le Fouet mental vers l’emplacement de l’ennemi, repéré grâce à la télékinésie, un cri atroce jaillit de l’obscurité vide.
« Aaaah ! »
À sa grande surprise, la compétence de camouflage de l’archer se dissipa lamentablement après qu’il eut encaissé le Fouet mental de plein fouet. Ce succès inattendu redonna des couleurs au visage de Gerik, pour la première fois depuis longtemps.
Maintenant… !
Une occasion pareille ne se représenterait plus. Gerik n’hésita pas et fonça sur l’ennemi avec Charge.
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