Chapitre 61
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Traducteur/éditeur : Alyo
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◈ Survivre comme guerrier dans un monde de jeu de rôle sur table ◈
Chapitre 61 : Guerre antique
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Bien que Gerik ne pût pas bouger à sa guise, il parvenait à discerner vaguement les souvenirs de l’être dont il avait pris possession.
Grâce à cela, il apprit naturellement qui était cet être.
Braktul. L’avatar de l’Arbre-Monde et le demi-dieu qui veillait sur tout ce qui se trouvait sous ses branches.
L’immense corps qu’habitait Gerik était assis sur un trône, dans un temple de pierre bâti sous l’Arbre-Monde. Derrière Braktul se dressait un arbre gigantesque qui semblait transpercer le ciel.
Le monde entier vénérait Braktul et le tenait en haute estime, mais une seule chose comptait pour le demi-dieu.
Protéger le grand arbre qui soutenait ce monde.
Innombrables étaient ceux qui s’étaient prosternés devant le trône pour présenter leurs requêtes, mais Braktul ne leur avait jamais répondu.
« Les affaires des mortels appartiennent aux mortels. »
C’était le principe auquel Braktul s’était tenu pendant d’innombrables années en tant que demi-dieu.
Un jour, un homme portant un ornement en forme de tête de cerf d’un blanc pur se prosterna devant le trône. Il implora de l’aide, expliquant que certains des siens prétendaient avoir été choisis par les étoiles et vénéraient comme un dieu une chose inconnue.
Braktul ne répondit pas. Aux vivants de régler les affaires des vivants.
L’homme se retira d’un pas lourd et le demi-dieu, seul à nouveau, ferma les yeux. Comme toujours, les troubles du monde finiraient bientôt par s’apaiser.
« On peut vraiment laisser passer ça comme ça… ? »
Gerik, qui habitait Braktul, était exaspéré par cette attitude bornée.
Il essaya instinctivement de bouger, mais ne parvint même pas à remuer une des paupières de cet être gigantesque.
Alors, pour une raison inconnue, Gerik sentit vaguement que ce souvenir allait bientôt prendre fin.
« Pour l’instant… je ne peux que regarder. »
Gerik se ressaisit et s’abandonna à la scène qui se déroulait devant lui.
* * *
Peu après s’être profondément endormi, Braktul ouvrit soudain les yeux.
Une sensation sinistre remontait les racines de l’Arbre-Monde.
La terre était malade. La vie qui la peuplait perdait ses formes originelles et se déformait.
Et la corruption se répandait à toute vitesse, comme un feu de forêt.
Braktul rendit bientôt un oracle et convoqua le grand druide. Celui-ci accourut et lui expliqua tout ce qui s’était passé.
Pendant le sommeil de Braktul, ceux qui prétendaient avoir été choisis par les étoiles avaient fondé un vaste empire. Ils se nommaient eux-mêmes l’Empire de l’Ascension, mais ceux qu’ils écrasaient l’appelaient l’Empire Noir.
Ils maudissaient tous les êtres vivants des terres qu’ils occupaient et les transformaient en monstres tentaculaires méconnaissables. Quant à ceux qui refusaient de se soumettre, ils brisaient leur esprit à force de torture, puis les maudissaient à nouveau jusqu’à les absorber de force dans l’empire.
Mais le pire, c’était que les combattre était en soi une calamité.
Si le combat s’éternisait, même ceux qui n’avaient rien à craindre finissaient contaminés par la puissance qui enveloppait l’ennemi, mutaient ou sombraient dans la folie. C’était une bataille où la victoire n’en était pas vraiment une.
Braktul ferma silencieusement les yeux et suivit, à travers les racines de l’Arbre-Monde, la corruption qui se répandait dans le monde.
Alors, le demi-dieu en eut la certitude.
Ce n’était pas une vulgaire lutte de pouvoir entre les vivants. C’était une calamité qui rongeait les fondations mêmes du monde.
『Je me tiendrai à vos côtés.』
Enfin, une voix grave s’éleva de lèvres qui ne s’étaient pas ouvertes depuis des siècles.
Tandis que tous tremblaient, l’immense demi-dieu se leva enfin de son trône.
* * *
Craaaac !!
Chaque fois que la hache du dieu géant fendait l’air, la civilisation des corrompus était mise en pièces.
Les remparts des villes se déchiraient comme du papier, les tours s’écroulaient comme des châteaux de sable. Même les monstres cousus ensemble à partir de chair n’étaient que des insectes face à Braktul. La corruption qui avait dévoré les vivants était totalement impuissante devant la bénédiction du demi-dieu.
Tout ce que Braktul touchait se brisait, et tout ce qui résistait était écrasé.
Ce n’était pas tant une guerre qu’une destruction à sens unique.
« Voilà donc… un demi-dieu. »
En assistant à la scène, Gerik sentit un frisson lui parcourir l’échine à chaque coup de hache, alors même que ce n’était pas lui qui la maniait.
Braktul avançait avec une force irrésistible et atteignit bientôt le cœur du territoire ennemi.
Au centre de la capitale impériale se dressait un immense autel fait de cristaux étranges qui luisaient d’une lumière bleue. Une énorme porte en forme d’arc de triomphe se trouvait au-dessus.
Braktul sentit la puissance déformée et la causalité distordue qui s’écoulaient de la porte, mais se contenta de resserrer sa prise sur la hache.
Celui que l’on appelait l’empereur de l’empire corrompu s’avança pour arrêter Braktul. C’était un être difforme, comme cousu de tentacules et de chair.
L’empereur cria, demandant pourquoi Braktul rejetait la bénédiction des étoiles. Comme si la chute de son propre pouvoir lui importait peu, la créature regardait avec pitié celui qui refusait la main du salut.
Braktul répondit d’un coup de hache.
Craaaac !!
L’empereur encaissa le coup.
Des dizaines de tentacules jaillirent de son dos et fouettèrent l’air dans toutes les directions. Une lueur bleue jaillit de son front et libéra des vagues qui écrasaient l’esprit.
Cette puissance déformait de l’intérieur tout ce qu’elle touchait. Tous les ennemis que Braktul avait affrontés jusque-là avaient dû perdre la raison avant même que leur corps ne soit détruit.
Boum !!
Mais la vague ne fit pas la moindre ride dans l’âme du demi-dieu. Elle se dispersa en vain, comme des gouttes de pluie sur un énorme rocher.
L’empereur se couvrit de barrières psioniques, tandis que ses fidèles le soutenaient par leurs prières. Braktul avança et les brisa une à une, comme si elles n’étaient rien.
Crac… !!
Quand la dernière barrière céda, l’empereur et ses fidèles s’effondrèrent tous ensemble en crachant du sang bleu.
Alors que la défaite était imminente, l’empereur ordonna à ses croyants d’accomplir un rituel.
À peine l’ordre donné, les corrompus qui combattaient Braktul abaissèrent leurs armes. Tous se tournèrent vers l’autel, s’agenouillèrent et joignirent les mains.
La hache de Braktul s’abattit au milieu d’eux.
Boum… !!
Des dizaines d’entre eux furent écrasés en un instant.
Pourtant, pas un seul ne cria. Même pulvérisés, ils continuaient simplement de prier, le visage rayonnant de béatitude, comme si cette mort était le salut qu’ils avaient ardemment désiré.
« Ces salauds sont complètement dingues… »
Gerik eut la chair de poule en voyant ces visages paisibles, tandis qu’à côté d’eux, leurs compagnons étaient éparpillés en morceaux sanglants.
Une étrange lueur monta des corps des défunts.
C’était bien de la lumière, et pourtant elle semblait sombre : un éclat contradictoire qui paraissait se moquer de l’ordre du monde.
Les lumières qui avaient quitté leurs corps s’entremêlèrent dans les airs, puis furent lentement aspirées par la porte au-dessus de l’autel. Quand le dernier tomba, l’empereur lui-même ouvrit les bras et se jeta dans le flot, le visage empli de joie.
Dès que cette lumière fut à son tour aspirée par la porte, celle-ci, désormais vide, poussa un grondement profond.
Gémissement… gémissement…
On aurait dit quelque chose qui pleurait sans fin une perte.
Mais ce son n’appartenait pas à ce monde. Il était si étranger qu’il semblait écorcher l’âme rien qu’en l’entendant.
Crac… !! Crac… !!
Une immense fissure s’étendit au centre de la porte.
Au-delà apparut un monde étranger et sinistre.
Des choses semblables à des cornées transparentes et des montagnes de chair empilées à l’infini dessinaient l’horizon. Pourtant, à partir d’un certain point, celui-ci se tordait vers le ciel, au point qu’il était impossible de distinguer le haut du bas.
Entre ces formations coulaient des rivières de pus jaune. Elles suivaient le sol, puis s’élevaient soudain dans les airs et courbaient leur cours à leur guise, défiant la gravité.
Des nuages de sang dérivaient dans un ciel orange figé dans un éternel coucher de soleil. Pourtant, pour une raison inconnue, leurs ombres se projetaient dans des directions sans aucun rapport avec leur position.
Même Braktul, qui était resté calme en toutes circonstances, marqua une pause.
Ce n’était pas ce spectacle répugnant qui avait arrêté le demi-dieu, mais les lois qui s’écoulaient au-delà. Toutes les règles qui auraient dû soutenir le monde avaient été déformées. Il ne restait pas la moindre forme normale.
« Une porte dimensionnelle… Alors, cette porte… »
Gerik sentit le choc de Braktul, mais une tout autre pensée lui traversa l’esprit.
Il se souvint soudain de la clé glissée dans ses vêtements.
Bientôt, d’innombrables créatures étranges se mirent à déferler par la brèche déchirée entre les dimensions.
La première à émerger fut une créature flottante, assez grande pour couvrir le ciel. Elle avait une tête de calmar et un corps enfermé dans une coquille sphérique et dure, semblable à celle d’une ammonite.
Au-dessous, des géants tentaculaires sortirent en martelant la terre, boum, boum.
Puis le flanc de la créature flottante s’ouvrit comme une bouche. D’innombrables humanoïdes tentaculaires en jaillirent, comme vomis, et emplirent le ciel.
Des monstres humanoïdes à tête de pieuvre, avec des dizaines de tentacules pendants.
« Cthulhu… ?! »
Gerik frissonna sans même s’en rendre compte.
À part leur taille plus réduite, ils ressemblaient étonnamment au monstre étrange qu’il avait vu dans un roman, dans sa vie antérieure.
Parmi eux, une créature vêtue d’habits particulièrement somptueux observait d’en haut les forces de Braktul.
Sa voix s’insinuait avec une viscosité écœurante dans l’esprit de tous les êtres vivants.
Pourquoi refusaient-ils le véritable salut ?
Pourquoi s’alliaient-ils à un ordre factice et refusaient-ils ainsi de s’élever ensemble ?
Cette télépathie répugnante, qui s’enfonçait droit dans leur cerveau, força les fidèles de Braktul à s’agenouiller de douleur. Regardant l’Arbre-Monde comme on contemple des agneaux égarés, la créature pleura sincèrement sur le sort de ce monde.
Craaaac !!
Braktul ne répondit pas.
Cette créature ne méritait pas de réponse.
Le demi-dieu arracha un morceau de rempart en flammes tout proche et le lança de toutes ses forces sur la créature qui débitait de telles inepties.
Boum… !!
Une fois cette gueule immonde fermée, Braktul leva sa hache et fonça dans les lignes ennemies, comme s’il n’y avait plus aucune raison d’attendre.
Boum… !! Craac… !!
Sous la bénédiction de l’Arbre-Monde, la force vitale de tous les êtres vivants du monde affluait dans le cœur de Braktul. La puissance qui jaillit du demi-dieu transforma instantanément en sang les monstres qui déferlaient de la porte dimensionnelle.
Mais les ennemis qui arrivaient étaient innombrables.
Chaque fois que Braktul en écrasait cent, la brèche dimensionnelle en recrachait mille autres.
La puissance du demi-dieu demeurait inébranlable, mais ceux qui suivaient Braktul restaient mortels. Les enfants de l’Arbre-Monde furent peu à peu repoussés, jusqu’à devoir battre en retraite au-delà des frontières de l’empire.
Malgré tout, Braktul continuait de faire tournoyer sa hache en silence, sans que son expression ne changeât d’un iota.
Il arriva que les ruses ennemies mettent le demi-dieu en danger. Mais à chaque fois, Braktul se rétablissait grâce à la bénédiction de l’Arbre-Monde, comme s’il n’avait jamais été blessé, puis balayait de nouveau le champ de bataille.
Inspirés par cette figure inébranlable, les enfants de l’Arbre-Monde suivirent Braktul, même au prix de leur vie.
Aussi vaste qu’un monde puisse être, les forces venues d’ailleurs ne sauraient être infinies. Tandis que Braktul décimait l’ennemi sans relâche, le nombre de créatures qui sortaient de la porte dimensionnelle commença enfin à diminuer de manière visible.
Le champ de bataille, jusque-là entièrement déséquilibré, atteignit enfin un équilibre précaire.
* * *
Un temps incommensurable passa.
Gerik ne pouvait même pas deviner combien de temps Braktul et les enfants de l’Arbre-Monde avaient combattu. Il ne pouvait que supporter le poids de ces années éprouvantes qui s’abattait sur lui sous forme de souvenirs.
Enfin, les enfants de l’Arbre-Monde réussirent à repousser les puissants ennemis jusqu’à la porte dimensionnelle d’où tout était parti.
S’ils parvenaient à fermer la brèche qui leur fournissait des renforts, les humanoïdes tentaculaires encore présents dans ce monde ne pourraient jamais l’emporter.
Le dieu sauvage le savait bien : il appela auprès de la porte dimensionnelle tous ses fidèles dispersés sur le champ de bataille. L’ennemi se hâta également de rassembler ses forces pour la défendre.
Alors que les deux camps rassemblaient toutes leurs forces en vue de l’affrontement final, Braktul sentit un frisson sinistre lui parcourir l’échine.
Il ne venait pas des ennemis qui lui faisaient face.
Il venait des profondeurs, sous l’Arbre-Monde, d’un endroit dissimulé et hors d’atteinte. De l’autel où avait été caché le cœur de Braktul, source de l’immortalité du demi-dieu.
Crac… !!
Braktul fit pousser des racines de son immense corps, les relia à l’Arbre-Monde et tourna son regard vers son temple.
Des êtres maléfiques avaient pénétré dans le sanctuaire, pourtant protégé avec le plus grand soin depuis si longtemps.
Pour la première fois depuis des siècles, une colère féroce apparut dans les yeux de Braktul.
« Ne me dites pas que… »
Gerik sentit lui aussi un frisson lui parcourir l’échine.
L’ennemi avait depuis longtemps infiltré le sanctuaire en y plaçant des enfants corrompus de l’Arbre-Monde, chargés d’en percer les secrets en silence.
Au moment décisif, alors que tous avaient les yeux rivés sur le champ de bataille, ils avaient enfin tiré la dague cachée qui visait le cœur sans défense.
Braktul ne put que regarder impuissant, de loin, l’inviolable sanctuaire se faire profaner.
Grincement… ! Craquement !!
Les intrus étaient les meilleurs parmi les humanoïdes tentaculaires.
Les gardiens n’étaient pas des êtres ordinaires non plus ; un combat féroce éclata donc dans le sanctuaire. De nombreux humanoïdes tentaculaires y laissèrent la vie, mais cela ne suffit pas à les arrêter.
Enfin, après avoir piétiné les cadavres d’innombrables gardiens, trois survivants atteignirent le cœur de Braktul.
Tandis que deux d’entre eux retenaient désespérément le dernier gardien, le moins blessé enfonça profondément une épée au centre du cœur scellé.
Craaaac !!
La force vitale enfermée au plus profond du cœur jaillit de la blessure. Cette puissance, semblable à une tempête, engloutit tout le sanctuaire. Même l’humanoïde tentaculaire qui avait planté l’épée ne fut plus qu’un cadavre méconnaissable.
Thud… !!
Au loin, Braktul posa un genou à terre, terrassé par une douleur atroce qui lui déchirait la poitrine.
Le demi-dieu sentit le lien spirituel qui l’unissait à l’Arbre-Monde se rompre.
Au même instant, Braktul sentit son immortalité s’ébranler et son corps redevenir mortel.
« Ah… »
Partageant cette même agonie, Gerik comprit instinctivement comment s’achèverait l’existence de ce grand être.
Braktul était furieux.
Mais l’affrontement final l’attendait et le demi-dieu ne pouvait rien faire. S’il prenait le temps de réparer son cœur brisé, les envahisseurs corrompraient à coup sûr tout ce monde.
Au bout du compte, il ne restait qu’une seule option.
Livrer l’affrontement final dans un corps privé d’immortalité, et l’emporter.
Bientôt, Braktul et les fidèles du demi-dieu s’engagèrent dans la bataille finale.
Chaque fois que la hache de Braktul s’abattait, des groupes d’êtres maléfiques étaient encore écrasés.
Mais c’était tout.
Les blessures s’accumulaient sur le corps qui avait perdu sa force vitale infinie. La perte de cette puissance retombait sur les fidèles de Braktul, qui en subissaient pleinement les conséquences.
À la fin, les forces du demi-dieu tombèrent une à une. Seul Braktul demeura sur le champ de bataille, à genoux, le corps couvert de blessures.
Des géants tentaculaires et des humanoïdes tentaculaires flottant dans les airs encerclaient le dieu sauvage, en rangs serrés.
Les tentacules ennemis transpercèrent le corps du grand dieu comme des lances. D’innombrables liens s’enroulèrent autour de son immense silhouette.
Le moment final approchait enfin pour un dieu qui, autrefois, s’était vu refuser jusqu’à la mort.
Et pourtant, Braktul ne céda pas.
Rassemblant ses dernières forces, le demi-dieu implora l’Arbre-Monde. Braktul le supplia de ne pas laisser ces êtres maléfiques souiller le monde qu’il avait protégé.
Lorsque l’Arbre-Monde accepta ce souhait, Braktul poussa un rugissement empli de colère et de chagrin.
Grondement… !!
Une puissance immense jaillit des racines qui recouvraient le monde entier.
La puissance qui avait nourri et béni la vie se transforma en force de haine et de destruction.
Le ciel s’assombrit et une tempête destructrice s’abattit sur le monde. La mer, qui l’avait autrefois béni, se souleva en raz-de-marée gigantesques et engloutit tous les êtres vivants. La terre se fendit sous des séismes sans fin, et la lave jaillit des crevasses, consumant tout ce qui restait.
« Ne me dites pas que c’est… »
En contemplant le monde qui s’effondrait, Gerik devina vaguement la véritable nature de l’endroit où il se trouvait.
L’Arbre-Monde, après avoir déversé toute sa puissance, s’offrait désormais lui-même en sacrifice.
L’Arbre-Monde, dont les racines atteignaient les profondeurs les plus reculées de la planète, s’était enfin emparé de son noyau et avait commencé à le détruire.
Grrrrondement… !!
Alors, le monde se déchira.
La planète éclata en partant de ses couches les plus profondes, et la fin s’abattit sur chacun de ses recoins.
Même les envahisseurs ne pouvaient rien contre cette destruction déchaînée. Craignant que l’effondrement du monde n’endommage leur propre terre, ils refermèrent en hâte la porte dimensionnelle.
Ils abandonnèrent les leurs, prisonniers de ce monde.
Les envahisseurs qui n’avaient pas pu s’échapper à temps tombèrent par groupes entiers avec le monde qui s’effondrait. Seule une faible trace de vie subsista près de l’Arbre-Monde, tel l’œil d’une tempête.
Ironiquement, cette protection permit à une poignée d’envahisseurs de survivre.
Et ils eurent de la chance.
Près du sanctuaire se trouvait une porte dimensionnelle temporaire qu’ils avaient créée en secret pour s’en prendre au cœur de Braktul.
Alors que la fin était sur le point de les emporter, les rares survivants forcèrent cette porte et se jetèrent au-delà des dimensions, tournant le dos au monde en train de s’effondrer.
À cette dernière vision, Gerik sortit enfin de sa transe et ouvrit les yeux.
* * *
« Pas étonnant… Je n’ai rien trouvé. »
Gerik se réveilla en tremblant, tandis qu’il comprenait la vérité.
Cette vérité ne pouvait signifier qu’une chose.
Il ne se trouvait pas sur le continent d’Aldrun, où vivait Gerik.
« Cette clé ouvrait donc des portes dimensionnelles. »
Gerik sentit toutes les contradictions qu’il avait remarquées jusque-là s’éclaircir.
Pourquoi il n’avait pas trouvé la moindre trace d’habitants dans des ruines aussi vastes et fascinantes. Pourquoi l’écosystème de la forêt était si différent de celui qu’il connaissait.
Non, pourquoi il n’y avait même pas d’animaux ordinaires.
« Maintenant que j’y pense, je n’ai jamais entendu le chant d’un oiseau. »
Ses questions ayant trouvé réponse, Gerik serra la Clé de la Déesse dans sa main et se tourna, le visage empreint de peur, vers la porte dimensionnelle qui l’avait amené ici.
Peut-être avait-il été entraîné au cœur d’un grand destin.
« C’est certain. Ceux qui ont attaqué Lugos doivent avoir un lien avec ces vils envahisseurs. Même si ce n’est pas le cas, ils savaient au moins ce qu’était cette clé. »
Après avoir remis de l’ordre dans ses idées, Gerik expira et se redressa lentement.
Alors, il sentit une chaleur intense monter de sa poitrine, différente de tout ce qu’il avait connu jusque-là.
« Mon cœur… ? »
Intrigué, Gerik défit soigneusement son armure et ses vêtements.
Une vision inconnue s’offrit alors à ses yeux.
Le symbole même qui représentait l’immortalité de Braktul dans le souvenir était clairement gravé au-dessus du cœur de Gerik.
« Ne me dites pas que… ? »
Une puissante prémonition traversa l’esprit de Gerik.
Sans hésiter, il ouvrit sa fenêtre de statut et en vérifia le contenu.
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