Chapitre 1 246
« Hein ? »
Nillia sentit que quelque chose clochait.
Pour une raison ou une autre, ses amis avaient des réactions embarrassées.
Comme s’ils ne savaient pas par où commencer leurs explications…
Est-ce que j’ai vraiment l’air aussi débraillée ?
Nillia s’examina de la tête aux pieds.
Après avoir erré dans la chaîne de montagnes du Nord, on finissait forcément par ressembler un peu à une mendiante.
« Euh, Nillia. Le professeur Bagrak est revenu. »
« ?! »
Les yeux de Nillia s’arrondirent.
Quoi ?!
« Il est revenu ?! L’Ordre des Chevaliers de la Nuit sans Lune l’a retrouvé ? Ou bien c’est l’Ordre des chevaliers de Voig qui l’a retrouvé… Non, ce n’est pas le plus important. Hmm. Tant mieux. »
Reprenant ses esprits en cours de route, Nillia parvint à préserver au moins un minimum de conscience.
Si le maître de son amie était de retour, elle devait se réjouir sans arrière-pensée. Elle ne pouvait pas demander quel ordre de chevalerie l’avait retrouvé.
« Le professeur Bagrak a aussi fait le bon choix. Tout le monde doit unir ses forces pour terrasser les adorateurs du dieu maléfique. Il ne devrait pas agir seul. »
Ayant beaucoup appris dans les montagnes cette fois-ci, Nillia s’exprima avec sincérité.
Certes, elle n’avait pas réussi à capturer les adorateurs du dieu maléfique qu’elle recherchait, mais elle en avait tout de même tiré une leçon.
S’ils unissaient leurs forces, ils pourraient capturer des ennemis encore plus puissants !
« …… »
« Eh bien… euh… »
« ??? »
Comme ses amis continuaient d’avoir l’air mal à l’aise, Nillia ne sut plus quoi penser.
« Nillia. Le professeur Bagrak est revenu. Et, euh, l’opération est déjà terminée, elle aussi. »
« Quoi ?! Un ordre de chevalerie a participé ?! »
Pourquoi est-ce qu’elle n’arrête pas de parler d’ordres de chevalerie ?
Les élèves se demandèrent pourquoi leur amie posait sans cesse d’aussi étranges questions, mais lui répondirent tout de même.
« Je ne sais pas si un ordre de chevalerie était là, mais Wardanaz a participé, lui aussi. »
« Wardanaz ?!… Eh bien, il cherchait des adorateurs du dieu maléfique, après tout… »
« Il ne s’agissait pas de terrasser des adorateurs du dieu maléfique. Apparemment, c’était une expédition pour terrasser un dieu maléfique. »
« …… »
Nillia laissa tomber les peaux qu’elle tenait.
L’histoire était si incroyable que ses longues oreilles se dressèrent à la verticale.
Qu’est-ce qu’ils venaient de dire ???
« Qu… Quelle absurdité ! Même s’il s’agit de Wardanaz, comment aurait-il pu participer à une expédition pour terrasser un dieu maléfique ? Les professeurs ne l’auraient jamais permis. »
« J’ai entendu dire que Wardanaz les avait suivis en cachette. »
« Ah. »
Nillia dut bien l’admettre.
C’était exactement le genre de chose que son ami ferait.
« … Vous pourriez tout m’expliquer en détail ? »
À la demande de Nillia, ses amis lui racontèrent toute l’histoire.
Une expédition avait été organisée pour chasser directement le dieu maléfique, et Wardanaz les avait accompagnés…
Écoutant d’un air absent, Nillia marmonna :
« J’ai vraiment du mal à y croire. »
« Nillia. Nous aussi, c’était pareil. Mais nous y avons cru grâce au pouvoir de l’amitié. »
« C’est vrai. Nous n’en avons pas douté un seul instant. »
Les élèves de la Tour de la Tortue Noire répondirent sans vergogne.
Quiconque les aurait entendus aurait cru que c’étaient d’autres personnes qui avaient d’abord réagi en disant : « Quelle catastrophe a-t-il bien pu provoquer pour la dissimuler derrière un mensonge aussi absurde ? »
Malheureusement, Nillia, qui n’avait pas été là, les crut sans réserve.
Argh. Je suis une ordure.
Elle n’avait pas réussi à faire venir un ordre de chevalerie ni aucun membre de la Famille impériale, les chasseurs partis avec elle n’avaient capturé que d’autres adorateurs du dieu maléfique et, en plus, elle n’avait pas fait confiance à son ami.
« … Vous avez raison. J’aurais dû vous croire tout de suite. Je suis vraiment lamentable ! »
« Argh. »
« Ouh. »
Les élèves de la Tour de la Tortue Noire poussèrent des grognements douloureux en entendant Nillia.
Pour une raison ou une autre, ses paroles leur donnèrent l’impression d’avoir été transpercés.
« Qu’est-ce que c’était, à l’instant ? »
« Rien. Je ne vois pas de quoi tu parles. »
« Vraiment ? J’ai cru que vous aviez tous gémi… Bref, où est Wardanaz ? À l’infirmerie ? »
« Non. Il est dans le quartier disciplinaire des professeurs. »
« Pourquoi ?!?! »
Le quartier disciplinaire était le dernier endroit où l’on s’attendait à trouver quelqu’un qui avait participé à une expédition pour terrasser un dieu maléfique.
Mais qu’est-ce qu’il faisait là-bas, bon sang ?
« Eh bien, parce qu’il y a participé en cachette… »
« …… »
C’était vrai !
Une fois encore, Nillia dut bien l’admettre.
***
« Professeur. J’ai une faveur à vous demander ! »
« … Qu’est-ce qu’il y a ? Si tu veux que je t’aide à t’évader, c’est non. »
À la demande de son disciple, le professeur Thunderwalk, qui était venu dans le quartier disciplinaire, le regarda avec méfiance.
Depuis que la professeure Garcia s’était imaginé que le professeur Thunderwalk essayait de faire travailler son disciple pendant son incarcération, elle le regardait d’un air soupçonneux chaque fois qu’ils se croisaient.
S’il faisait encore la moindre erreur dans ces circonstances, sa vie risquait vraiment d’être en danger.
Crac…
« ? »
Le professeur Thunderwalk tourna la tête.
Dans la cellule voisine, un professeur vampire qu’il connaissait bien sortait par la porte ouverte.
Le professeur Thunderwalk pâlit et s’écria :
« Maître et disciple maléfiques ! Vous m’avez fait venir pour me tendre un piège ?! »
« Pardon ? »
Lee Han ne comprit pas de quoi il parlait.
Sans lui prêter attention, le professeur Boladi s’approcha tranquillement et installa un cercle magique à côté du couloir.
Il préparait la prochaine leçon d’Eandurde.
« … Ce n’est rien. »
Comprenant ce qui se passait, le professeur Thunderwalk se racla la gorge d’un air gêné.
Il avait été certain que ce duo de maître et disciple violent allait lancer une attaque coordonnée.
« Ça n’en avait pas l’air, professeur. Vous pensiez vraiment que le professeur Bagrak et moi allions vous attaquer ensemble… »
« Pourquoi m’as-tu fait venir ?! »
Le professeur Thunderwalk changea précipitamment de sujet. Lee Han le regarda d’un air soupçonneux, puis prit la parole.
« J’aimerais passer l’examen final en avance. »
« …… »
Le professeur Thunderwalk fixa son génial disciple détraqué comme s’il en avait vraiment assez.
À ce rythme-là, l’année prochaine, le garçon n’allait-il pas le harceler pour obtenir son diplôme en avance ?
Remarquant l’expression du professeur, Lee Han se mit à expliquer :
« J’ai une raison, professeur. Ce n’est pas par arrogance… »
« Ça ne m’intéresse pas. Ça ne m’intéresse pas, alors ne me le dis pas, s’il te plaît. »
Le professeur Thunderwalk fit mine de se boucher les oreilles.
Quelle que soit la raison, l’entendre ne ferait probablement qu’accroître son désarroi.
« Si tu veux, je te laisserai le passer en avance… Attends. Tu n’aurais pas découvert par hasard le sujet de l’examen final ? »
« Quoi ? Comment aurais-je pu le découvrir ? »
« Il y a plein de moyens. Le double du Directeur aurait pu te le révéler, ou un élève d’une année supérieure… »
Ce disciple était si débrouillard et rusé qu’on ne pouvait pas lui faire confiance.
Même enfermé dans le quartier disciplinaire, il était parfaitement capable d’utiliser ses ressources pour découvrir le sujet de l’examen à l’avance.
Lee Han protesta, incrédule :
« Vous dites ça après avoir tendu des pièges comme ceux de la dernière fois ? »
Einroguard était un endroit impitoyable où chacun devait se débrouiller seul, mais il arrivait malgré tout que les élèves des années supérieures aident les plus jeunes.
Parfois, ils le faisaient contre de l’argent, parfois en échange d’un troc, et parfois parce qu’ils appartenaient au même club.
Lee Han faisait partie de plusieurs clubs ; lors des examens de mi-semestre plus tôt dans l’année, il avait donc lui aussi tenté de demander aux élèves des années supérieures de ses clubs de vérifier à l’avance le sujet de l’examen du professeur Thunderwalk…
… Mais le professeur Thunderwalk avait alors tendu des pièges d’une cruauté redoutable. Leur minutieuse préparation ne laissait aucun doute : il voulait empêcher les élèves de réviser à l’avance.
« Tu es la dernière personne qui puisse se plaindre de ces pièges ! »
Le professeur Thunderwalk ricana.
Il pouvait comprendre que les élèves trouvent ces pièges cruels.
Mais celui qui s’était contenté de les traverser de force grâce à sa résistance magique brute n’avait absolument pas le droit de se plaindre !
Comment ose-t-il dire une chose aussi effrontée ?!
Des pas résonnèrent.
« !! »
Quand le professeur Boladi s’approcha soudainement, le professeur Thunderwalk faillit bondir de frayeur et se prépara à une tentative d’assassinat.
Une fois ses préparatifs pour la leçon terminés, le professeur Boladi retourna silencieusement dans sa cellule d’isolement. Le professeur Thunderwalk se tint la poitrine, soulagé.
Faites du bruit quand vous marchez… !
Voilà pourquoi les Mages de combat étaient insupportables !
« Ça, c’était quand j’étais encore dehors. Là, je ne peux même pas sortir. Quel élève d’une année supérieure se donnerait tout ce mal pour me mâcher le travail ? »
« Hmm… »
Le professeur Thunderwalk resta sans voix.
C’était vrai : aucun des élèves des années supérieures qui suivaient actuellement le cours d’Alchimie n’avait assez de temps libre pour négliger son propre travail et étudier le sujet de l’examen d’Alchimie avancée pour les nuls.
Il y avait bien une génie comme Ilendil, au moins…
Quelqu’un qui ne veut même pas me rendre service ne le fera certainement pas pour un élève plus jeune.
« Très bien. Je te ferai confiance. Et le sujet de l’examen final a changé, alors laisse tomber, même si tu l’as découvert. »
« Non. Pourquoi l’avez-vous encore changé ? »
Lee Han fixa le professeur Thunderwalk avec incrédulité.
Si le sujet n’avait plus aucun rapport avec le contenu du cours, il aurait un peu pitié de ses amis.
Ils devraient passer un examen plus difficile à cause de lui !
« Ha ! Je le savais ! Tu étais déjà au courant ! »
« … Professeur, il vous est arrivé quelque chose récemment ? »
Lee Han commença à s’inquiéter : le professeur Thunderwalk semblait souffrir d’un début de paranoïa.
Mais le professeur nain, têtu comme une mule, se contenta de renifler avec mépris.
« Cette fois, je ne me laisserai pas avoir. Je vais venger l’humiliation du dernier examen de mi-semestre. »
« C’était le double du Directeur, pas moi. »
« La rancune du maître se transmet à son disciple ! »
Vous ne pourriez pas vous en prendre directement à la personne concernée ?
Lee Han voulut lui conseiller d’aller s’en prendre au Directeur Crâne, mais se retint.
À la place du professeur Thunderwalk, il n’aurait probablement pas fait ça non plus.
« Compris, professeur. J’espère que vous réglerez cette histoire de rancune… Ah. Tenez, prenez ça. »
« Qu’est-ce que c’est ? J’espère que ce sont des crêpes. »
Comme son disciple séjournait dans le quartier disciplinaire, la qualité des provisions du pavillon du jardin avait considérablement baissé.
Les élèves de première année travaillaient plutôt dur, mais le manque de talent naturel restait impossible à compenser.
« C’est de l’Herbe de la Flamme immortelle. Le Pavillon Gaksu n’en a plus, n’est-ce pas ? »
« …… »
Le professeur Thunderwalk en resta sans voix.
Ce réactif, que les mages noirs utilisaient plus souvent que les alchimistes, était la raison pour laquelle la professeure Garcia l’avait récemment passé à tabac.
L’atelier était à court de matériaux et, faute de disciple à qui donner des ordres, il avait essayé de convaincre Wardanaz de s’en charger. Il s’était fait prendre.
Et voilà que l’intéressé lui tendait tranquillement l’herbe.
Depuis le quartier disciplinaire, en plus !
Le professeur Thunderwalk ne demanda pas comment il se l’était procurée. Une question aussi indélicate aurait été de très mauvais goût.
« … Merci. J’en ferai bon usage. Tes cadets seront contents. »
« Alors, pourquoi ne pas donner plein de points supplémentaires à tous mes cadets ? Assez pour que chacun ait la note maximale, par exemple… »
« Tu as perdu la tête ? Qu’est-ce que c’est que cette absurdité ? »
Le professeur Thunderwalk recula. L’espace d’un instant, il crut vraiment que Wardanaz plaisantait.
Aussi libre que fût la culture académique d’Einroguard, s’il se mettait à distribuer des notes maximales à tout va, il risquait de devoir rendre des comptes non seulement au Directeur Crâne, mais aussi à Sa Majesté l’Empereur.
« C’est un peu décevant. Je vous ai rapporté des herbes alors que je suis enfermé dans le quartier disciplinaire. »
« … Demande-moi plutôt de t’aider à t’évader ! Arrête de réclamer des choses aussi délirantes ! »
Le professeur Thunderwalk s’emporta un instant, puis reprit la parole, peut-être un peu coupable :
« Très bien. En échange, je te donnerai l’indice de l’examen final avec un jour d’avance. »
« S’il vous plaît. Vous allez juste me tendre un autre piège. »
Sans tenir compte de la remarque sarcastique de son disciple, le professeur Thunderwalk poursuivit d’un ton sérieux.
De toute façon, révéler le sujet ne changerait pas grand-chose à la difficulté de l’examen.
Après tout, il s’agissait d’une Alchimie publiée récemment !
« Demain, je te demanderai de déduire la formule d’une combinaison alchimique qui reproduit la Purification de Kinis. Réfléchis-y bien d’ici là. »
« ??? »
Lee Han se figea.
Le nom du réactif lui disait quelque chose.
Hein ?
N’était-ce pas précisément le sujet que la sœur aînée de Yonaire était venue étudier avec lui… ?
« Professeur. Attendez un instant. En fait, cette… »
« Hé hé. Wardanaz. Tu as déjà compris, n’est-ce pas ? La difficulté de cet examen. Voyons jusqu’où tu arriveras dans l’élaboration de la formule. »
« Ce n’est pas ce que je veux dire. J’ai déjà entendu la formule complète… »
« Ça suffit ! Tes ruses ne prendront pas avec moi ! »
Le professeur Thunderwalk se boucha les oreilles, fredonna pour lui-même et monta à l’étage.
Lee Han regarda son dos qui s’éloignait, l’air contrarié.