Chapitre 4 539
« Si Val n’a pas remarqué jusqu’ici que nous étions des hybrides, c’est que notre état le dépasse. Peut-être même que ce n’est pas un état. Après tout, Byt et moi sommes des êtres artificiels. »
« Oui, répondit Lith. Voyons ce que tu peux faire pour elle, mon grand. »
Valeron hocha la tête. Quand Zoreth le prit dans ses bras, il la serra de toutes ses forces. Le jeune garçon ferma les yeux et se concentra pour sonder au plus profond la force vitale du Dragon des Ombres.
« Elle a l’air… d’aller bien ? » demanda-t-il, perplexe. « Non, attends. Quelque chose ne va pas chez elle, mais je ne sais pas quoi. C’est puissant. Trop puissant pour moi, tante. Je suis désolé. »
Les yeux de Valeron se voilèrent de larmes, honteux de ne pas pouvoir l’aider.
« Ce n’est pas ta faute, mon chéri. » Elle lui caressa les cheveux et l’embrassa sur le front pour le rassurer. « Tu l’as dit toi-même : tante va bien. Je vais de mieux en mieux, de toute façon, alors tu n’as pas à t’inquiéter.
— Si je ne vais toujours pas mieux quand tu seras devenu un homme fort et beau, j’attends de toi que tu réessaies, d’accord ? » Zoreth ne le pensait pas. Elle voulait seulement montrer au garçon qu’elle lui faisait confiance et qu’elle ne lui en voulait pas.
« Je le ferai, tante. » Valeron s’accrocha à elle. « Promis. »
« Merci, mon chéri. Tu peux aussi examiner tante Byt ? » demanda le Dragon des Ombres. Valeron hocha la tête.
Le diagnostic fut le même. Valeron ne percevait rien d’anormal chez les hybrides, à moins de se concentrer intensément ; et lorsqu’il y parvenait, il sentait une force qui dépassait ses capacités.
« Tu peux parler à Baba Yaga de l’évolution de mon état », dit Zoreth. « Je lui dois bien ça. »
« Merci, Zor. » Solus hocha la tête. « Vous voulez rester déjeuner ? Les enfants se sont beaucoup ennuyés de vous. Et quand nous aurons fini, vous pourrez venir avec nous rendre visite à Althika et Erkin. »
« Merci, Solus, répondit Bytra. Nous en serions ravies. »
***
Académie du Griffon Blanc, au même moment.
L’hiver était terminé, et il ne restait que quelques jours avant que le Griffon Blanc ne rouvre ses portes pour accueillir une nouvelle promotion et retrouver les diplômés de l’année précédente.
Au milieu du chaos et des montagnes de paperasse nécessaires à la rentrée, quelque chose finissait toujours par échapper au bureau de l’administration, et plusieurs complications imprévues survenaient immanquablement.
« Numéro Un, où en sommes-nous avec les nouveaux manuels des cours du département de Lumière ? » demanda Zogar Vastor, chef du département de Lumière, directeur de cabinet et professeur principal du Griffon Blanc.
« Numéro Deux, où diable sont les vérifications d’antécédents des candidats qui se sont inscrits à la dernière minute ? Numéro Trois, il me faut le programme de mes rendez-vous pour après-demain ! Numéro Quatre, si je n’ai pas mon thé dans cinq minutes, je te fais bouillir vivant ! »
Les assistants du Maître étaient classés selon leurs compétences et se voyaient confier des tâches en fonction de leurs aptitudes avérées.
« J’ai terminé de vérifier les modifications, professeur. » Numéro Un était la même jeune femme qui avait aidé Vastor à s’occuper de ses enfants biologiques l’année précédente. Elle avait obtenu un poste permanent, mais Vastor ne prenait toujours pas la peine de retenir son nom.
« Je les ai surlignées en jaune. Une fois que vous les aurez examinées et approuvées, je les ferai envoyer sur les amulettes des élèves par le Web du Savoir. »
« Faites aussi imprimer au moins cinquante exemplaires de chaque manuel, Numéro Un. » Le Maître hocha la tête. « Certains n’arrivent pas à se concentrer sur un texte holographique, et les vieux fossiles comme moi préfèrent avoir quelque chose à toucher. »
« Voici les vérifications d’antécédents, professeur. » Numéro Deux, un grand jeune homme aux cheveux roux, portait une pile de dossiers qui lui arrivait à la moitié du corps. « Ce sont les dossiers des candidats à problèmes susceptibles d’intéresser le département de Lumière. »
« Il y en a tant que ça ? » Vastor ouvrit de grands yeux, surpris. « Dites à ces crétins du secrétariat qu’ils ne trouveront pas le prochain Verhen en maison de correction ! Qu’ils arrêtent de m’envoyer tous ces délinquants doués en magie, bon sang !
« Lith a fait enrager un tas de nobles quand il était jeune, mais ce n’est pas un crime ! Pour le reste, il était assez malin pour ne pas se faire prendre. Voilà le genre d’élève qu’on veut au département de Lumière. »
« Voici votre programme de la journée, professeur. » Numéro Trois, une jeune femme d’apparence quelconque aux cheveux tressés, tendit à Vastor une feuille où ses rendez-vous étaient répartis en deux colonnes bien ordonnées.
« Il y a un problème, Numéro Trois. » Il fronça les sourcils. « Je vois des noms et des horaires. Je t’ai dit que je ne voulais voir personne ! Tu devais vider mon agenda, pas m’en imposer un. »
« Mais qu’étais-je censée répondre au Directeur et à la Reine quand ils m’ont demandé à vous parler ? » demanda la jeune femme, les larmes aux yeux.
« Qu’ils aillent se faire foutre ! » gronda le Maître. « Avec tact et politesse, bien sûr. Je n’ai pas de temps à perdre à bavasser de budgets et de cérémonies. Ce n’est pas une priorité. Si ça ne leur plaît pas, dites-leur qu’ils peuvent me renvoyer. »
Numéro Trois hocha la tête et s’empressa d’annuler les rendez-vous.
« Voici votre thé, professeur. Sans lait, sans citron, avec trois sucres. » Numéro Quatre, un jeune homme aux cheveux et aux yeux bruns, ajouta : « Je vous ai aussi préparé un sandwich au bacon, à la laitue et à la tomate, puisque vous n’avez rien mangé depuis votre arrivée. »
« Merci, Numéro Quatre. Il me le fallait. » Vastor engloutit son repas, puis sirota lentement son thé.
Il cuisine très bien. Dommage qu’il ne soit pas aussi doué comme mage. Le Maître soupira intérieurement.
« Bonjour, Zogar. Désolée de te déranger. Tu as une minute ? » Ryssa la Dryade, épouse de Marth et Dame de l’Académie du Griffon Blanc, frappa au chambranle du bureau de Vastor avant de passer la tête à l’intérieur, accompagnée de Dhiral.
« Pour toi, Ryssa, j’ai une heure. » Sa réponse horrifia ses assistants. « Donne-moi juste une minute. »
Le Maître parcourut les manuels, vérifia les passages surlignés par Numéro Un et n’y trouva aucune erreur. Puis il éplucha les vérifications d’antécédents et jeta les dossiers au feu dès qu’il repéra le moindre signe de comportement aberrant.
La dernière chose dont nous avons besoin, c’est de donner à des psychopathes les moyens de tuer plus efficacement. Il ne retint que trois candidats potentiels.
« Quarante-cinq secondes. J’ai encore la main. » Vastor hocha la tête. « Tout le monde, je m’absente. Si vous me dérangez pour autre chose qu’une guerre civile, vous êtes virés. À dans une heure. »
Dhiral Manohar le Second Marth regarda le vieux professeur avec admiration. Il parlait comme le garçon aurait voulu pouvoir parler aux autres, et réglait les choses à sa manière.
Les assistants gémirent de désespoir, mais personne n’osa répondre à Vastor. Selon le degré d’incompétence d’un membre de son équipe, se faire renvoyer pouvait signifier être simplement licencié, se retrouver à la rue avec de très mauvaises références, ou être précipité par la fenêtre après avoir été incendié.
Cette dernière éventualité n’était qu’une rumeur. Vastor n’avait jamais fait une chose pareille, mais l’histoire lui plaisait tant et il la racontait si souvent à ses assistants que seuls des gens comme Khavos Rudd connaissaient la vérité. Et eux-mêmes jouaient le jeu pour s’amuser.
« On peut y aller ? » demanda Ryssa. Le Maître acquiesça, et elle les téléporta dans les appartements du Directeur.
C’était un petit palais digne de la famille royale, avec de nombreuses pièces, de vastes espaces et un immense jardin intérieur. Ryssa en avait besoin pour que Dhiral puisse jouer avec Shargein et mener ses expériences sans détruire la maison.