Chapitre 4 511
*Mère sait qu’il se peut que je ne sois pas son vrai fils, et pourtant, ça lui est égal.* Il serra les dents. *Son comportement envers moi n’a pas changé d’un iota depuis qu’elle a appris que j’étais en partie une Abomination. Son amour est aussi inébranlable que ma rancune.*
*Même après que Trion a fait tout ce que je lui ai demandé, même après que mes chaînes noires ont confirmé que son changement d’attitude n’était pas une façade, j’arrive à peine à le tolérer. Mère a raison. Les jours de Trion parmi nous sont comptés.*
*Il a promis de rester jusqu’à la mort de Meln, mais ça ne signifie rien. Dès que sa colère retombera ou que son attachement à notre famille faiblira, son lien avec mes chaînes noires se brisera et son âme poursuivra son chemin.*
*Kami m’a conseillé d’aider mes Démons à créer de nouveaux bons souvenirs si je voulais les garder à mes côtés, pourtant, je continue de traiter Trion comme une ordure. Il est peut-être trop tard pour nous. Nous ne serons peut-être jamais des frères proches, mais nous pouvons au moins nous entendre.*
*À mes yeux, c’était une pourriture, mais il peut être un bon oncle pour mes enfants et une influence positive pour ceux de Rena. Notre rancune ne doit pas empoisonner la vie de nos petits. Plus maintenant.*
Lith prit une profonde inspiration et fit l’une des choses les plus difficiles au monde pour lui. Il lâcha prise sur le passé qu’il avait partagé avec Trion.
Il ne pardonna ni n’oublia ce que son frère aîné avait fait, ni la façon dont il avait traité leurs parents. Rien de tout cela ne disparaîtrait jamais, mais désormais, ces souvenirs n’influenceraient plus le comportement de Lith ni la manière dont il traitait Trion, à moins qu’il ne choisisse de les remettre sur le tapis.
*Je t’accorde une deuxième chance, grand frère*, dit Lith par l’intermédiaire des chaînes noires. La surprise faillit faire tournoyer Trion dans les airs. *Ne gâche pas cette chance. Il n’y en aura pas de troisième.*
***
L’après-midi, Lith invita Baba Yaga à venir s’exercer avec lui à la Magie de l’Effroi de quatrième niveau. Ils avaient encore beaucoup de chemin à parcourir avant de pouvoir mêler un élément ordinaire à un élément maudit, mais plus ils se rapprochaient du succès, plus Lith brûlait d’envie d’appliquer la Magie du Vide à la Magie de l’Effroi.
« Que fait Solus, si ce n’est pas indiscret ? » La Mère dut interrompre un instant son entraînement pour laisser ses bras calcinés se régénérer.
« Elle s’exerce avec ses autres formes », répondit Lith, qui échoua à tisser ensemble la terre et l’élément Cendre.
Sa tentative de créer une version à moitié vouée à l’Effroi du Soleil déchaîné produisit une masse de terre brûlée qui explosa au visage de Lith, avec des conséquences fâcheuses.
« Elle se concentre sur l’Indech, puis passera à des expériences sur les deux autres quand elle en aura assez du Vent tourbillonnant. »
« Bâtir des fondations solides est aussi important que c’est assommant. » Baba Yaga songea à ses exercices de Magie de l’Effroi et à l’ennui qu’ils lui inspiraient. « Et Zoreth ? Ça fait un moment que tu ne m’as pas donné de ses nouvelles. »
« Je ne sais pas », répondit Lith en haussant les épaules. « Je n’ai pas eu de ses nouvelles depuis un moment… »
Une brusque traction sur sa conscience le ramena à son amulette du Conseil. Avant de répondre, il fit l’appel grâce à la Tour de Garde et vérifia où se trouvait chacun.
« C’est la première fois que tu m’appelles, Lotho », dit Lith, tandis que l’hologramme du représentant des Plantes le dominait de toute sa hauteur. « Ça doit être important, sinon tu aurais envoyé Raagu en éclaireur. »
« C’est très important. » Le Treant ressemblait à un chêne gigantesque qui aurait développé d’épais bras et jambes, capables d’écraser un taureau aussi facilement qu’une mouche. « C’est une affaire très délicate, qui exige la plus grande discrétion.
« Je sais que nous ne nous apprécions ni ne nous faisons vraiment confiance, Verhen, mais je ne peux pas me permettre que quiconque apprenne l’existence de cette conversation. Es-tu seul ? »
« Oui », mentit Lith sans ciller, laissant la Mère là où elle se trouvait et faisant apparaître Solus à ses côtés par distorsion. « Je suis dans l’un de mes laboratoires secrets. Maintenant, dis-moi de quoi il s’agit. »
« Je… » Les yeux ambrés de Lotho balayèrent les alentours comme ceux d’une bête acculée en quête d’une issue. « Dieux, c’est tellement embarrassant que je ne sais pas comment le dire. »
Les gens des Plantes et les Fées n’avaient presque aucune morale et pouvaient facilement être qualifiés de sociopathes selon les critères humains. Voir Lotho, une Fée ancestrale, aussi décontenancé était profondément dérangeant.
*Ce type serait capable de me raconter comment il a dévoré son frère vivant tout en m’invitant à discuter affaires autour d’un dîner. Dire que ce qu’il a à me raconter est délicat, c’est un euphémisme*, pensa Lith.
« Tu es amoureux de ma sœur, Tista ? » demanda-t-il, en essayant de deviner ce qui troublait Lotho.
« Non ! » Sa réponse, rapide et dégoûtée, ne souffrait aucune réplique. « Pourtant, avec ton stupide raisonnement humain, tu n’es pas loin de la vérité. Ça concerne ta famille, mais pas de la façon que tu imagines. »
« Alors tu ferais mieux de parler clairement et vite, sinon j’interpréterai tes paroles comme une menace et j’agirai en conséquence », gronda Lith.
« Toute-puissante Grande Mère, je suis désolé. Je suis tellement déboussolé que je n’ai pas réalisé à quel point mes paroles pouvaient sembler étranges. » Les excuses de Lotho firent courir un frisson glacé le long de l’échine de Lith.
Les créatures puissantes s’excusaient rarement, et les Fées ne le faisaient jamais.
« Je ne te menace pas. Je t’ai appelé pour te demander de l’aide au nom d’un membre de mon clan. D’une femelle de mon clan », dit Lotho. Il marqua une longue pause gênante avant d’ajouter : « Une Fée stupide et arrogante qui s’est rangée aux côtés de Meln. »
« Qu’est-ce que tu as dit ? » La voix de Lith descendit jusqu’au murmure, mais elle était glaciale comme la glace et tranchante comme l’acier.
« Je n’essaierai même pas d’excuser ses actes, mais je t’en prie, écoute-moi jusqu’au bout », dit Lotho. Lith lui fit signe de poursuivre. « Cette Fée a temporairement rejoint le camp du Roi des Morts, mais pas pour les raisons que tu crois.
« Elle n’a pas pris son sang, n’a participé à aucun de ses plans insensés et n’en connaissait pas un seul. Elle a fait ce que, j’imagine, beaucoup de Fées ont essayé de faire avec toi : se glisser dans ton lit pour recevoir le pouvoir de ta lignée directement à la source. »
« Elle a couché avec lui ? » Lith en resta stupéfait.
« Oui, son plan était plutôt ingénieux. » Lotho hocha la tête. « Elle a fait semblant de se soucier de lui et est tombée enceinte de son enfant. Elle savait que, pour devenir une Upyr, elle aurait dû recevoir régulièrement des injections du sang de Meln, et elle a supposé que le sang du bébé produirait le même effet.
« Elle avait raison. Dès qu’elle eut confirmé sa grossesse, elle s’échappa de la forteresse du Roi des Morts à la première occasion. Elle retourna auprès de sa famille, offrant ses nouveaux pouvoirs et la puissance d’une Bête divine en échange de leur pardon. »
« Tu parles d’elle ou de son bébé ? » demanda Lith. « Et l’ont-ils reprise ? »
« Des deux », répondit Lotho. « Et bien sûr, son clan l’a reprise. Elle était désormais une hybride puissante, et son fils était censé devenir un Vurdalak. Avec toutes les capacités de sa lignée héritées de son père dérangé, mais sans sa folie, le garçon donnait à chaque membre du clan la possibilité de devenir une Bête divine, s’il le souhaitait.
« Je sais que vous autres, vous nous considérez, nous les Fées, comme des monstres sans cœur, mais je doute que beaucoup de clans auraient refusé une telle offre, quelle que soit la race d’origine de la femme. »
« Malheureusement, je suis d’accord », acquiesça Lith. « Pourquoi ne m’as-tu pas parlé d’elle plus tôt, et pourquoi parles-tu d’elle au passé ? »