Chapitre 4 021
Sylpha portait une simple robe de jour couleur crème, ses mains étaient tachées d'encre et son visage tendu par l'épuisement d'une longue journée, mais aux yeux de Meron, elle était aussi belle que le jour où il l'avait épousée.
« Dieux, ça fait si longtemps que j'ai peut-être oublié comment on fait. » Elle rougit légèrement en ramenant quelques mèches de cheveux rebelles derrière son oreille. « Laisse-moi juste une minute pour enfiler quelque chose de plus confortable et... »
« Je n'attendrai pas une minute de plus. » Meron la coupa court et balaya l'air de la main. « Je me fiche des vêtements élégants, et je n'ai pas besoin de lit. On va le faire ici et maintenant, sur cette table ! »
« Dieux, j'adore quand tu es aussi autoritaire. » La Reine sortit un oreiller moelleux de son objet dimensionnel et le posa sur son bureau de travail au moment même où le Roi en faisait autant.
« Bonne nuit, mon amour. » Meron s'endormit dès que sa tête toucha l'oreiller, ses lèvres s'entrouvrant pour laisser échapper un léger ronflement.
« Ne commence pas sans moi ! » La Reine arrangea ses cheveux en chignon et s'apprêtait à poser la tête quand l'alarme retentit et que les lumières de la pièce se mirent à clignoter en rouge.
« Oh, allez ! » Sylpha jura comme un marin en colère. « Qu'est-ce qui se passe encore ? »
Quant à Meron, il ronfla plus fort. Son corps faisait tout son possible pour ignorer le bruit et continuer à dormir.
« Vos Majestés, le Royaume est attaqué ! » L'hologramme du général Vorgh apparut au milieu de la pièce, accompagné d'une carte du Royaume des Griffons.
« Attaqué par qui ? » Le Roi se réveilla instantanément.
« Meln Narchat. » dit Vorgh d'un ton grave. « Le Roi Mort est de retour, et il est assoiffé de vengeance. Son armée d'Upyrs ravage nos terres. »
« Nos terres ? » Sylpha fronça les sourcils. « Combien d'Upyrs Narchat possède-t-il ? »
« D'après les rapports qui nous parviennent, nous estimons que le Roi Mort a amené au moins deux mille Upyrs. »
« Deux mille ? » répéta le Roi, incrédule. « C'est plus que le nombre moyen de bêtes divines d'une seule lignée. Quelles sont leurs cibles ? »
« Le Royaume, mon suzerain. » Vorgh pointa du doigt les nombreux points rouges sur la carte qui marquaient les sites des attaques.
Ils étaient dispersés dans tout le Royaume des Griffons, et d'autres points s'allumaient à chaque seconde. Il n'y avait aucun plan apparent dans cet assaut. Des villes petites et grandes étaient attaquées, peu importait leur importance stratégique.
Après quelques secondes à fixer l'hologramme, un schéma apparut.
« Narchat ne s'intéresse pas à la conquête. Il détruit simplement tout sur son passage aussi vite qu'il le peut avant de passer à sa prochaine cible. » dit Meron.
« Et ce ne sont que des diversions. » souligna Sylpha. « Il veut occuper nos forces pendant qu'il frappe la région de Distar. »
Meron suivit son doigt et remarqua que le marquisat de Distar n'avait pas plus de points rouges que ses voisins, mais ils apparaissaient tous à des endroits précis que la Couronne surveillait depuis longtemps.
***
La Reine avait raison sur le véritable objectif d'Orpal, mais elle avait aussi tort.
La plupart des attaques étaient effectivement des diversions, mais elles servaient toutes un but précis. Tout comme le Roi Mort, les Upyrs étaient retournés sur leurs terres d'origine pour se venger de ceux qui leur avaient fait du tort.
Leurs anciens maîtres, leurs apprentis rivaux, leurs frères et sœurs, et les membres de leur famille qui avaient joué un rôle décisif dans le bannissement des Upyrs étaient les seules cibles qui comptaient.
Tout le reste n'était que divertissement.
L'armée d'Upyrs avait largement assez de puissance pour conquérir quelques régions du Royaume si elle le voulait, mais elle manquait des moyens de maintenir les citoyens sous leur joug ou de repousser l'inévitable riposte de la Couronne.
Plus important encore, les Upyrs n'avaient aucune volonté d'entreprendre une tâche aussi lourde. Les Éveillés étaient égoïstes par nature, et peu d'entre eux voulaient passer le plus clair de leur vie à jouer les bureaucrates, à s'occuper de la vie d'êtres inférieurs.
De plus, les Upyrs savaient que diriger une région ne leur rapporterait rien d'autre qu'une chaîne supplémentaire autour du cou. Le Roi Mort n'avait jamais caché son rêve de devenir le prochain souverain du Royaume, et aucun Upyr ne pouvait se permettre de le défier.
Du moins, pas avant d'avoir maîtrisé toutes les capacités de la lignée du Vurdalak et d'avoir vérifié si sa force vitale possédait plusieurs aspects comme celle d'un Tiamat ou non. Les Upyrs rêvaient de devenir des Phénix et des Dragons complets, espérant obtenir les Flammes de Renaissance et les Yeux de Dragon.
Orpal avait tourné l'exploit de Lith à Jiera à son avantage, utilisant la révélation du potentiel caché du Tiamat pour resserrer la laisse autour du cou de ses sbires et assurer leur loyauté un peu plus longtemps.
Les escouades d'Upyrs utilisaient la même stratégie qu'Orpal avait employée dans le Désert de Sang. Quelques-uns d'entre eux plongeaient au milieu de la ville ou du village et répandaient leur Âme de Givre pour empêcher les réseaux défensifs de s'activer et neutraliser les premiers intervenants.
L'Âme de Givre ne fonctionnait pas sur les réseaux de scellement de l'air et de la terre qui étaient toujours actifs, mais elle gelait les formations magiques les plus puissantes maintenues en veille, ainsi que tout mage tentant de lancer un sort.
Au même moment, d'autres Upyrs attaquaient les villes et villages de l'extérieur avec l'Âme de Feu pour brûler les réseaux actifs sans gêner l'Âme de Givre, divisant ainsi l'attention de l'armée et de l'Association sur deux fronts.
La tactique était aussi simple qu'efficace, permettant aux Upyrs de commettre des massacres à grande échelle tout en rencontrant une résistance minimale. Ils pouvaient tous utiliser la Magie d'Esprit pour contourner l'Âme de Givre, et leur prouesse physique brute faisait d'eux des géants parmi des fourmis vivant dans des châteaux de sable.
Un coup de pied suffisait à raser une maison et à tuer ses occupants. Un coup de poing écrasait une escouade de soldats lourdement armés comme une poignée d'insectes. Les gens criaient et appelaient à l'aide, mais personne ne venait à leur secours.
Ces âmes charitables qui tentaient d'aider les blessés avec leurs pouvoirs se retrouvaient également gelées sur place, alourdissant le bilan des victimes et semant davantage la panique.
« Ça fait si longtemps que je ne suis pas venu ici. » Orpal regarda l'orphelinat de Lachar en flammes, là où il avait été envoyé il y a plus de dix ans après que ses parents l'eurent renié. « Seize ans, pourtant on dirait hier. »
Un sort de niveau cinq, Soleil Furieux, détruisit le bâtiment et tua ceux qui avaient été trop lents ou trop effrayés pour l'évacuer.
« J'ai souffert de tant de cicatrices durant mon séjour ici, mais aujourd'hui, je vais en guérir une fois pour toutes. » Il lança d'autres sorts jusqu'à ce que l'orphelinat de Lachar ne soit plus que cendres et décombres.
Une fois terminé, Orpal utilisa la magie de l'eau pour éteindre les flammes et la magie de la terre pour soigner le sol jusqu'à ce qu'aucune trace de l'attaque ou du bâtiment ne subsiste.
« Qu'en est-il des témoins, mon suzerain ? » Jorl eut du mal à réprimer un rictus à ce mot, mais il joua son rôle de général loyal et de bras droit du Roi Mort à la perfection, comme il faisait tout le reste.