Chapitre 109
La vision disparut et Lith parvint à se relever, tout en soignant ses doigts blessés. Il découvrit que des larmes coulaient encore sur ses joues. Il n’avait pas pleuré depuis des années, et le sentiment lié à cet acte était doux-amer.
C’étaient principalement des larmes de douleur, mais à la fin de la vision, elles s’étaient transformées en une joie provenant de sa troisième vie. Lorsqu’il vit les dryades debout à quelques mètres de lui, Lith se souvint enfin où il se trouvait.
« Est-ce censé faire si mal ? » Un instant plus tôt, la rage et le doute auraient empli sa voix. Mais il était encore secoué par l’expérience. Il remettait en question tous ses choix de vie, y compris ce qu’il devait faire ensuite.
« Non, ça ne l’est pas. » La dryade blonde était sincèrement inquiète.
« C’était censé te montrer le passé, pour t’aider à comprendre le futur. Cela n’aurait pas dû être si douloureux. »
Parce que Lith possédait son cœur, elle avait ressenti un écho de son angoisse.
– « Les humains sont les vrais monstres. Comment un gamin a-t-il pu endurer une telle souffrance ? » – pensa-t-elle.
D’une certaine manière, Lith sut instinctivement dans quelle direction il devait aller. Un sentiment de malaise grandissait en lui à chaque seconde, comme lorsqu’il avait reçu l’appel de l’hôpital le jour où Carl était mort.
Il n’était pas encore trop tard, mais le temps pressait. Il devait arriver là-bas aussi vite que possible. Pourtant, ce développement était trop étrange pour être vrai, alors il avait besoin de réponses avant de prendre une décision hâtive.
« Es-tu sûre que cela m’aidera avec mon âme ? » Alors que les souvenirs s’estompaient, Lith redevenait lui-même.
« Comme je l’ai dit plus tôt, non. Mais c’est probable. La priorité de toute âme devrait être le désir d’être réparée, d’être entière à nouveau. » dit la dryade blonde en secouant la tête.
« Qu’est-ce que ça pourrait être d’autre ? » Lith n’avait jamais aimé les énigmes.
« Cela pourrait signifier rencontrer l’amour de ta vie, la personne qui deviendra ton meilleur ami. » Elle haussa les épaules. « La seule chose que je sais avec certitude, c’est que tu trouveras quelqu’un ou quelque chose lié à ce que ton âme désire le plus. »
« Je vais être honnête, tout ce discours sur les âmes et le destin semble aussi faux qu’un cochon volant, mais un marché est un marché. » Lith rendit le lotus jaune à la dryade avant de s’élancer plus vite qu’une balle.
Dès qu’ils furent seuls, l’attitude de la dryade blonde changea du tout au tout, et elle regarda sa sœur avec des yeux pleins d’agacement.
« D’abord, tu laisses une Abomination nouveau-née te surpasser au combat et t’utiliser pour siphonner l’énergie mondiale, transformant ton territoire en décharge. Ensuite, tu as besoin de mon aide pour gérer un enfant humain. Tu es tombée bien bas, chère Lyta. » dit-elle avec un ricanement.
« Ce bâtard m’a prise par surprise. » Lyta fit la moue. « Ne fais pas ta maligne, toi et moi savons qu’à ma place, tu n’aurais pas fait mieux. Quant à l’humain, ce n’est pas un enfant, c’est un monstre. Il n’a pas cillé, même après m’avoir vue nue.
Dieu merci, ce n’est pas un étudiant de l’académie. Je mourrais de honte si nous nous revoyions. Et toi ? Tu as cédé sans même essayer de te battre, au point de lui donner ton cœur. C’était plus que stupide, chère Ryssa.
Et s’il décidait de te garder comme esclave ? Et s’il exigeait que je lui donne le mien avant de me libérer ? Comment as-tu pu prendre le risque de faire de nous deux des putes ? »
Sa voix était pleine de mépris, regardant sa sœur de haut.
« Parce que je lui ai demandé de le faire. » Scarlett apparut de nulle part, dominant la dryade qui ne cessait de se plaindre.
« La raison pour laquelle j’ai laissé cette Abomination vivre, c’est pour vous apprendre qu’être confiant est une chose, être vaniteux en est une autre. Vous ne pouvez pas attendre de moi que je couvre toutes vos erreurs, Lyta. Faites votre travail correctement, ou je trouverai quelqu’un d’autre pour le faire. » rugit-il.
« Quant au garçon, c’est juste un projet personnel. Il n’est pas humain, mais ce n’est pas non plus une Abomination. J’avais besoin de voir comment il se comportait lorsqu’on lui donnait un pouvoir absolu. Contrairement à vous, je ne laisse pas pousser de fleurs inconnues dans mon jardin. »
– « De plus, je voulais vérifier si ce charabia de dryade sur les âmes pouvait vraiment le réparer. Sinon, il n’aurait jamais accepté d’aide, il est trop paranoïaque. De cette façon, il croit l’avoir méritée. » – Cette dernière partie, le Scorpicore la garda pour lui.
Il aurait été trop impoli de dire à ses subordonnées que même le Seigneur de la forêt ne croyait pas à leurs soi-disant pouvoirs spirituels.
Pendant ce temps, Lith suivait les instructions contenues dans la vision, à la recherche d’une clairière particulière dans la forêt, à environ dix kilomètres des portes de l’académie. À mesure qu’il s’approchait, ses inquiétudes et ses angoisses s’évanouirent.
– « Est-ce que ça va ? » demanda Solus.
« Pas vraiment. Sais-tu quelle a été la chose la plus troublante dans ce sort ? Il m’a fait réaliser que j’ai peut-être grandi en tant que chasseur et mage. Mais en tant que personne, je suis resté stagnant.
J’ai toujours tellement peur d’être blessé qu’il me faut des années pour réaliser la bonne foi de quelqu’un. Ne te méprends pas, je ne dis pas que je crois soudainement que ce monde est rempli de gens merveilleux, seulement que je regrette d’avoir tant perdu.
Pense à mon père, Raaz. J’ai passé tellement de temps à le traiter comme une menace que, quand j’ai commencé à apprécier sa compagnie, il était trop tard. C’est la même raison pour laquelle je n’ai jamais réussi à avoir une relation saine sur Terre.
Pour vraiment se connecter à quelqu’un, il faut se laisser être vulnérable, être sincère et ouvert. Mais j’ai toujours échoué à cela. Je m’attendais à ce que quelque chose tourne mal, à ce que l’autre personne trahisse ma confiance, au point de ne presque jamais en accorder.
Et me voilà, faisant la même chose, encore et encore. Je ne rends pas service, je conclus des marchés. Je ne demande pas d’aide, j’attends juste que les gens me soient redevables et ensuite je récolte. Le pire, c’est que même si je voulais changer, je ne saurais pas par où commencer. »
« C’est parce que tu oublies un autre de tes défauts : tu es obsédé par la perfection au lieu d’essayer simplement de t’améliorer. Si tu veux vraiment changer, commence par ça. Fais les choses petit à petit. » –
Lith était maintenant au-dessus de la clairière, observant la même scène de la vision se rejouer sous ses yeux.
Six individus à l’allure rude, probablement des chasseurs, venaient de coincer un jeune Byk (NDT : bête magique de type ours).