Frontière du Nord, ville de Yan, Famille Yan.
« Trente ans à l’est du fleuve, trente ans à l’ouest. N’humilie jamais un jeune pauvre ! »
Dans la vaste salle, un garçon de huit ans se tenait bien droit, le torse bombé. Il prononçait chaque mot avec force et détermination. Son visage était empreint de défi, et ses yeux semblaient abriter l’esprit d’un lion.
Pourtant, il ne reçut qu’une raillerie méprisante en réponse.
Malgré cette attitude, les membres de la Famille Yan n’osaient manifester leur mécontentement, car l’origine du visiteur était tout bonnement trop prestigieuse : il venait de l’unique puissance hégémonique de la Frontière du Nord.
La Frontière du Nord, la Secte divine martiale !
« Assez de paroles inutiles, Yan Xiao. Tes parents sont morts, et notre demoiselle va bientôt être admise dans la Secte divine martiale. Un avenir bien plus prometteur l’attend.
— Comptes-tu la retenir ?
— La demoiselle vous est reconnaissante pour les ressources que vous lui avez fournies au fil des ans, mais vous n’appartenez plus au même monde. Mieux vaut vous séparer à l’amiable.
— Maintenant, dépêche-toi de rompre les fiançailles ! »
À ces mots, le garçon leva aussitôt les yeux vers l’homme d’âge mûr qui venait de parler. À ses côtés se tenait une jeune fille autrefois charmante et ravissante, qui le regardait à présent d’un air glacial.
Jadis, tout le monde les considérait comme un couple idéal. Mais lorsqu’elle avait gagné les faveurs de la Secte divine martiale, tout avait changé. Face à elle, le garçon — désormais orphelin, sans soutien et doté d’un talent tout juste acceptable — n’était qu’une fourmi au sol qui contemplait les étoiles.
Il ne pouvait que lever les yeux vers elle.
À cette pensée, la jeune fille détourna simplement le regard et cessa de le regarder. L’homme d’âge mûr à ses côtés lança avec impatience :
« Ça suffit, signe vite. »
Tout en parlant, il tira un contrat de sa tunique et le jeta devant le garçon. « La demoiselle n’a pas de temps à perdre : elle doit aller cultiver dans la Secte divine martiale ! »
Il aurait voulu renvoyer le contrat au visage de l’homme, mais le garçon finit par ravaler son chagrin et, tremblant, ramassa le document.
Les circonstances étaient plus fortes que les hommes.
« Cette humiliation d’aujourd’hui, je te la rendrai au centuple ! »
Le garçon en fit le serment au fond de son cœur, signa de son nom, puis regarda l’autre partie les yeux pleins de larmes, s’efforçant de préserver ce qui lui restait de dignité.
« Bam ! »
À cet instant, la porte principale de la Famille Yan s’ouvrit brusquement et une silhouette entra. Son aura était paisible ; au premier coup d’œil, il semblait être un homme ordinaire.
« Qui êtes-vous ! »
Tous les assistants crièrent aussitôt avec colère, à l’exception de l’homme d’âge mûr qui avait forcé le garçon à signer le contrat. Son expression changea radicalement et la peur se peignit sur son visage.
Il surveillait toute la Famille Yan avec son sens spirituel. Avec sa cultivation au sommet du Raffinage du qi, qui aurait pu pénétrer dans la Famille Yan sans qu’il s’en aperçoive ? À cette pensée, l’homme d’âge mûr n’osa pas hésiter : il s’agenouilla aussitôt sur un genou et dit respectueusement : « Votre humble serviteur salue le Véritable Maître ! »
Pourtant, le Taoïste Dangmo ne lui accorda aucune attention.
Il fit simplement quelques calculs de ses doigts, puis posa les yeux sur le garçon, qui avait le regard embué de larmes et l’esprit indomptable. Son regard s’adoucit et il sourit :
« Compagnon taoïste Lü, cela fait longtemps. »
Le garçon resta stupéfait. « Vous êtes… ? »
« Je m’appelle Ye Guangji. »
Tout en parlant, le Taoïste Dangmo plongea la main dans sa robe et en tira un jeton. « Le destin nous a liés dans une vie antérieure, compagnon taoïste. Dans cette vie, je suis venu te guider. »
Il déposa ensuite le jeton dans la main du garçon :
« À partir d’aujourd’hui, tu es mon unique disciple, le chef de la voie droite et un véritable disciple du Pavillon de l’Épée de Jiangnan. Viens, retourne avec moi à Jiangnan pour défendre la voie droite. »
À ces mots, le silence envahit la pièce, puis un tumulte encore plus violent éclata.
« Le Pavillon de l’Épée de Jiangnan !?
— Il est au même niveau que la Secte démoniaque… Comment est-ce possible ? Pourquoi lui ?
— Serait-il la réincarnation d’un Véritable Maître de l’Établissement des fondations !? »
L’homme d’âge mûr se figea complètement. Il n’était pas ignorant ; il se tourna aussitôt vers le garçon, dont il vit la bouche tressaillir.
Un instant plus tôt, le garçon se trouvait encore à l’est du fleuve.
Et voilà qu’à l’instant suivant, il était à l’ouest.
« Pfft »
Les hauts et les bas de la vie survenaient trop vite, et le bonheur lui tombait dessus trop soudainement. Le garçon n’avait même pas encore essuyé ses larmes que son sourire lui échappait déjà.
Au même instant, on aurait dit qu’une entrave venait de se briser.
« Boum ! »
Une vague de fortune, visible uniquement au Taoïste Dangmo, jaillit en un instant du corps démuni du garçon, qui lui arracha un léger hochement de tête :
« Le compagnon taoïste Lü a vraiment des moyens remarquables. »
« Ça a vraiment marché ! »
Grâce aux Fils de marionnette, Lü Yang avait assisté à toute la scène. Satisfait, il déclara : « Le destin du Génie déchu est désormais accompli à la perfection ! »
Tout cela était bien sûr son œuvre.
Pour être précis, huit ans plus tôt, il avait prédit le destin de son avatar et fixé sa fortune ainsi que son sort : « génie déchu, qui accumule ses forces en attendant de percer ».
Pour préserver ce destin, il devait renoncer au luxe : autrement dit, vivre dans la pauvreté, subir les humiliations et lutter en vain jusqu’à ce qu’une force extérieure brise cette impasse, lui permette de renaître et de rendre au centuple les souffrances endurées.
« Après avoir été un incapable pendant huit ans, sa fortune est restée en sommeil durant tout ce temps.
— À présent qu’elle s’éveille brusquement et prend son essor, le moment est parfait pour utiliser la Divination de fortune. Quoi qu’il arrive, les chances de tirer la Grande Fortune sont extrêmement élevées ! »
À cette pensée, Lü Yang se sentit plutôt satisfait.
Après tout, il avait façonné ce destin avec un soin méticuleux. Certes, il fallait endurer des épreuves pendant longtemps, mais c’était justement à cela que servaient les avatars : souffrir à la place du corps principal !
S’il ne souffrait pas, comment pourrais-je profiter des bénédictions ?
Maintenant que les souffrances de l’avatar avaient pris fin, le corps principal n’était-il pas en droit d’en récolter les fruits ?
« Toutefois, cette méthode n’a rien de particulièrement élaboré. Le Taoïste Dangmo l’a probablement remarquée… mais il doit croire que j’ai laissé ces dispositions avant ma réincarnation, au cas où. »
« Quoi qu’il en soit, avec l’explosion de fortune qui a suivi l’accomplissement de ce destin et les antécédents de l’avatar dans sa vie précédente, le Pavillon de l’Épée devrait lui accorder de l’importance. »
Sans hésiter, l’avatar suivit le Taoïste Dangmo et partit avec lui.
Au moment de s’éloigner, toutefois, le Taoïste Dangmo soupira et transmit une technique secrète dans la mer de conscience de l’avatar. Lü Yang plissa les yeux :
« C’est une méthode pour effacer les souvenirs de la vie précédente… »
Rien d’étonnant à cela. Après tout, l’avatar était un étranger, pas un descendant direct du Pavillon de l’Épée. S’il ne renonçait pas à sa vie passée, il ne pourrait recevoir les véritables enseignements du Pavillon de l’Épée.
Ce n’était qu’ainsi qu’il pourrait gagner la confiance du Pavillon de l’Épée.
« … Tant pis. Avec les Fils de marionnette, peu importe la façon dont ils effacent sa vie passée, l’avatar reste sous mon contrôle et ne représente aucune menace pour moi. »
Lü Yang retrouva vite son calme.
Grâce aux Fils de marionnette, il vit le Taoïste Dangmo se fondre dans un rayon d’épée et emporter l’avatar à travers le vide. Ils arrivèrent bientôt dans la région de Jiangnan.
Lü Yang aperçut alors le Pavillon de l’Épée.
Bien qu’il fût à Jiangnan depuis un bon moment, il n’avait jamais approché la porte de montagne du Pavillon de l’Épée du Pivot de Jade, par prudence et de peur d’être découvert.
C’était la première fois.
Il vit un pic vertigineux et escarpé qui s’élevait jusqu’aux nuages, semblable à une épée divine jaillie du sol, la pointe tournée vers le ciel. Majestueux, il était impossible d’en embrasser toute la hauteur du regard.
Que le Pavillon de l’Épée ne soit ou non composé que de cultivateurs de l’épée,
au moins, l’apparence de sa porte de montagne correspondait parfaitement à la cultivation de l’épée.
Le Taoïste Dangmo chevaucha son rayon d’épée et vola jusqu’au Pavillon de l’Épée, puis s’éleva à travers les nuages jusqu’à un palais construit au bord d’une falaise, où il descendit.
« Salutations, Taoïste Dangmo ! »
Devant le palais, deux jeunes disciples s’avancèrent précipitamment pour le saluer. Le Taoïste Dangmo leur rendit leur salut d’un signe de tête, puis conduisit Lü Yang dans le palais.
« Ce lieu s’appelle le Pavillon d’accueil.
— Chaque nouveau disciple doit y faire examiner ses origines. Seuls ceux qui possèdent des antécédents suffisamment prestigieux peuvent recevoir les véritables enseignements de notre secte. »
Après avoir parlé, le Taoïste Dangmo poussa doucement Lü Yang vers l’avant.
À l’intérieur du Pavillon d’accueil s’étendait un couloir plutôt étroit, qui ressemblait à une salle ancestrale. Au fond se trouvait un autel sur lequel reposaient une épée et un brûle-parfum.
Le Taoïste Dangmo tendit alors à Lü Yang trois bâtonnets d’encens allumés et dit d’un ton solennel : « Va, offre de l’encens à l’ancêtre.
— À partir de maintenant, tu es un véritable disciple de notre Pavillon de l’Épée. »