Chapitre 3 805
Lu Sizhan répondit : « Beaucoup de choses sont prédestinées. À chaque grande période de bouleversements, des figures insondables finissent inévitablement par émerger. On peut dire qu’elles se dressent en réponse à leur époque, ou que celle-ci les façonne, mais aucune explication ne suffit vraiment. Quoi qu’il en soit, l’apparition d’une telle personne changera forcément bien des choses. Dès que certains l’apprendront, ils ne pourront pas s’empêcher d’agir. »
Lu Siyu leva les yeux au ciel. « Tu es obligé de parler de façon aussi énigmatique ? »
« Ma fille, si tu ne veux pas épouser cet homme, ce n’est pas grave. Ton père a toujours voulu que tu mènes une vie simple et heureuse, alors que cet homme est destiné à tout sauf à une existence tranquille », déclara Lu Sizhan avant de se retourner et de partir.
Lu Siyu continua de fixer l’horizon. La calèche avait déjà disparu.
…
Dans la calèche, Lu Yin regardait par la fenêtre. Au loin, des traînées semblables à des météores traversaient le ciel. Ces lumières représentaient peut-être des gens ou d’autres créatures. L’Arbre-mère s’élevait dans les hauteurs, reliant la terre au ciel et composant le plus spectaculaire des décors.
Des gouttes tombèrent sur la main de Lu Yin. Il pleut ?
Il contempla le lointain. Lu Sizhan lui avait énuméré quantité de conditions à remplir pour devenir un Sancti inférieur, dont Lu Yin venait tout juste d’apprendre l’existence. Il n’avait pas demandé plus de précisions sur l’une d’elles, mais savait qu’elle comptait parmi les plus importantes : un Sancti inférieur ne pouvait pas avoir cultivé de particules de séquence.
Dans les trois autres mégavers, on considérait les particules de séquence comme le fondement de toute véritable puissance. Aucun cultivateur capable d’en cultiver ne refuserait de le faire. Tout le monde savait qu’elles constituaient une étape indispensable sur la voie de la puissance.
Pourtant, après avoir pénétré dans le Mégavers des Neuf Odyssées, discuté avec Si Jiushi et eu d’autres échanges, Lu Yin avait compris que les particules de séquence pouvaient aussi bien renforcer une personne que la limiter.
Les particules de séquence étaient, en substance, un raccourci vers le Royaume Immortel. Malheureusement, ce raccourci était semé d’embûches tant qu’on n’avait pas atteint le bout de la voie de l’immortalité.
Imaginez un homme ordinaire qui tente de gravir une montagne. Il lui faudrait peut-être cinq heures pour atteindre le sommet en suivant le chemin habituel, mais il pourrait y parvenir en une heure seulement en escaladant directement une pente dangereusement raide. Au début, ce raccourci était aussi difficile que le sentier en pente douce. Mais à mesure qu’on approchait du sommet, il devenait de plus en plus escarpé, jusqu’à se transformer, tout en haut, en une paroi lisse et polie. Un homme ordinaire ne pourrait jamais franchir un tel obstacle ; impuissant, il ne pourrait que contempler le sommet.
Voilà le prix à payer pour cultiver les particules de séquence.
On pouvait apercevoir le sommet beaucoup plus vite, mais jamais l’atteindre réellement. Gravir ce sentier étroit et abrupt demandait bien plus d’efforts que d’emprunter le chemin principal, et prenait également beaucoup plus de temps. Bien sûr, tout dépendait des particules de séquence que l’on cultivait.
Si Yue Ya et les autres avaient tant redouté le Progéniteur Originel, c’était précisément parce que ses particules de séquence lui laissaient encore une voie praticable jusqu’au sommet. Il suivait la voie de la rectitude, et le chemin qui le menait au sommet de la cultivation demeurait ouvert.
À l’inverse, la grande majorité de ceux qui cultivaient les particules de séquence n’y parviendraient jamais.
Dans le Mégavers des Neuf Odyssées, nombre de cultivateurs, surtout ceux qui avaient confiance en leurs capacités, refusaient de cultiver les particules de séquence. Ce n’était pas seulement parce que le sentier étroit était difficile. Même si elles semblaient permettre une progression rapide au début, avant de rendre les choses plus ardues par la suite, elles empêchaient tout de même ceux qui suivaient le chemin principal d’atteindre le sommet. En somme, les particules de séquence pouvaient être considérées comme une arme ultime.
Après tout, comment songer au Royaume Immortel quand on n’était même pas capable de préserver sa propre vie ?
Certains ne choisissaient pas de cultiver les particules de séquence : on les y contraignait.
Lu Yin ne savait pas s’il devait s’estimer chanceux ou malchanceux. Il avait toujours eu l’intention de se mettre à cultiver les particules de séquence, mais, le moment n’ayant jamais été propice, il ne l’avait pas encore fait. Ainsi, tout comme Luo Ning et les autres génies, il pouvait toujours choisir de saisir sa prochaine arme et de s’engager sur le sentier étroit et abrupt.
Ce moment où l’on saisissait sa prochaine arme et où l’on s’engageait dans la cultivation séquentielle s’appelait l’Initiation à la Voie.
…
L’Arbre-mère se dressait entre la terre et le ciel, comme s’il soutenait l’univers entier. Loin de son tronc, près de son sommet invisible, la Tour de Sang tournait lentement. Tout ce qui l’entourait tournait avec elle ; certaines choses allaient vite, d’autres lentement. Malgré sa position élevée dans le ciel, nul ne pouvait distinguer clairement la tour, éternelle et immuable.
« Yue Ya, pour cette deuxième infraction, vous perdez définitivement votre titre de Sancti inférieur et êtes exilé à la Cinquième Odyssée, avec effet immédiat. Et vous allez subir l’Initiation à la Voie. »
Yue Ya sortit de la Tour de Sang en trébuchant, humilié et déshonoré. Il leva les yeux et se mit à supplier : « Ne m’obligez pas à subir l’Initiation à la Voie ! Sancti supérieur Blood Tower, donnez-moi une autre chance ! Une seule ! Je peux rejoindre la Cinquième Odyssée et me battre pour le Mégavers des Neuf Odyssées ! Je ferai n’importe quoi ! Mais ne m’obligez pas à subir l’Initiation à la Voie ! »
« Yue Ya, commencez l’Initiation à la Voie sur-le-champ ! »
Yue Ya poussa un cri de désespoir, mais ne put échapper à la punition de la Tour de Sang. Le nuage or sombre bouillonna avec violence avant de filer soudain au loin. Pourtant, la Tour de Sang réapparut sur son chemin. Yue Ya fit demi-tour pour fuir dans une autre direction, mais elle se dressa de nouveau devant lui. Il tenta de s’échapper encore et encore, mais la Tour de Sang apparaissait partout.
« Pourquoi ? Pourquoi ne pouvez-vous pas simplement me donner une chance ? Je veux transformer ma pensée manifestée ! Je veux la Manifestation du Mot ! Je veux devenir Immortel ! Je veux devenir un Sancti supérieur ! Vous avez peur ! Vous avez peur que je vous dépasse ! Vous avez peur ! Ha ha ha, vous avez peur ! Les trois Sancti supérieurs ont peur d’un simple Sancti inférieur ! Vous avez peur… » La source de ce chapitre est novelping.com.
Malgré les cris et les supplications de Yue Ya, la Tour de Sang demeura infranchissable, le piégeant et l’empêchant de fuir.
Enfin, le nuage or sombre cessa de tourbillonner. « Très bien, je vais commencer l’Initiation à la Voie ! Qui a dit que les particules de séquence ne pouvaient pas mener à l’immortalité ? Attendez un peu ! Je trouverai Lu Yin et je transformerai ma conscience grâce à la sienne ! Je deviendrai un Sancti supérieur ! Vous ne pourrez pas m’arrêter. Vous ne pouvez pas m’arrêter ! »
Après cela, tout retomba dans le silence.
…
Dans les vastes contrées du Mégavers des Neuf Odyssées, certaines régions étaient plongées dans l’obscurité, tandis que d’autres baignaient dans une lumière éclatante. Ici, la pluie se mêlait aux arcs-en-ciel ; là, des vents hurlants soulevaient les nuages. Ces terres s’étendaient à l’infini.
Depuis leur départ de la Secte de l’Épée des Quatre Commandements, ils avaient déjà parcouru une grande distance. À la vitesse de la calèche, ils atteindraient la Vallée des Mille Changements dans cinq jours.
La bête gigantesque qui tirait leur calèche appartenait à une espèce tout à fait différente de celle qu’avait utilisée Si Jiushi.
Pendant le trajet, l’Ancien Le fit avec enthousiasme le point sur la situation du Mégavers des Neuf Odyssées. Il ne montra pas le moindre mépris envers Lu Yin à cause de son origine, dans un autre mégavers. L’Ancien Le n’aurait pas osé lui manquer de respect.
Quand on atteignait une puissance suffisante, ses origines ne comptaient plus. C’était d’autant plus vrai que Lu Yin avait émergé de la Mer du Karma, ce qui signifiait que le Sancti supérieur Lotus Vert le connaissait. De plus, il devait ensuite aider la Vallée des Mille Changements ; Lu Yin était donc son invité le plus prestigieux.
« Votre demoiselle ne me considérera peut-être pas comme un invité », fit remarquer Lu Yin avec désinvolture, adossé à son siège, les yeux tournés vers la fenêtre de la calèche. Le paysage du Mégavers des Neuf Odyssées semblait d’une beauté infinie. Il n’avait rien à voir avec ceux des trois autres mégavers que Lu Yin avait visités ; on aurait dit un mélange de fantaisie et de réalité. Ce monde pouvait être à la fois évanescent, comme un rêve, et d’une cruauté implacable.
Avec déférence, l’Ancien Le répondit : « Comment cela serait-il possible ? Ma demoiselle est douce et bienveillante. Elle vous accueillera certainement très bien. »
Lu Yin sourit. Douce et bienveillante ? Il se demanda si, dans la Mer du Karma, quelqu’un lui avait parlé avec douceur et bienveillance, comme on décrivait Ming Xiaolong.
Au moins quatre femmes s’étaient opposées à Lu Yin dans la Mer du Karma. Parmi elles, Lu Siyu avait été la plus virulente.
« Au fait, votre Vallée des Mille Changements possède-t-elle des bourgeons karmiques ? »
L’Ancien Le se troubla. « Des bourgeons karmiques ? »
Lu Yin ne le regarda pas et continua plutôt à contempler le paysage qui défilait.
« Ce vieil homme l’ignore. Il faudra le demander au maître de la Vallée. En avez-vous besoin ? »
« C’était juste une question », répondit Lu Yin. Bien sûr qu’il avait besoin de bourgeons karmiques, mais il ne pouvait pas le dire aussi franchement. Il était censé aider la Vallée des Mille Changements. Dans ces circonstances, demander quelque chose n’aurait rien eu d’impoli ni d’inconvenant. Mais Ming Xiaolong savait que Lu Yin n’agissait que dans son propre intérêt et risquait de le prendre pour un petit voleur sournois. S’il réclamait ouvertement des bourgeons karmiques, il pourrait bien se faire passer un savon.
Certaines choses ne se comprenaient qu’à l’instinct. Inutiles de les dire ou de les expliquer : l’Ancien Le avait parfaitement saisi.
« Des bourgeons karmiques ? Ah, le symbole d’un brin de destinée. Ceux qui en reçoivent un sont considérés comme liés par le destin, mais ceux qui donnent des bourgeons karmiques le sont aussi. Le Sancti supérieur Lotus Vert a atteint ce niveau, alors que nous en sommes encore très loin », dit l’Ancien Le dans un soupir.
Lu Yin esquissa lentement un sourire. « Je suis certainement lié au destin. »
L’Ancien Le fut surpris. Il n’avait fait que réfléchir à certaines choses, pas s’adresser directement à Lu Yin. Pourquoi celui-ci tenait-il tant à obtenir des bourgeons karmiques ?
Quelques jours passèrent. Après avoir traversé une vaste étendue de terre, la calèche s’arrêta soudain.
« Est-ce bien la calèche de l’Ancien Le, de la Vallée des Mille Changements ? » Retrouvez les derniers chapitres sur novelping . com.
Le cocher, qui venait lui aussi de la Vallée des Mille Changements, observa d’un air grave le groupe qui barrait la route. « En effet, c’est la calèche de l’Ancien Le. Que lui voulez-vous ? »
Un homme s’avança et s’inclina respectueusement. « Nous sommes à la recherche d’un voleur et sollicitons humblement l’aide de l’Ancien Le. Nous vous promettons qu’il sera généreusement récompensé. »
Le cocher garda le silence, attendant la réponse de l’Ancien Le.
L’Ancien Le déclara : « Inutile de nous en mêler. »
Le cocher répliqua froidement : « L’Ancien Le est fatigué et nous rentrons à la Vallée des Mille Changements. Veuillez vous écarter. »
Les membres du groupe échangèrent des regards. Manifestement, ils ne voulaient pas accepter le refus de l’ancien et souhaitaient insister. Mais le cocher lança la calèche et ils n’eurent d’autre choix que de s’écarter.
Après que la calèche eut parcouru une certaine distance, Lu Yin baissa les yeux et dit : « Monte. »
L’Ancien Le, perplexe, demanda : « À qui vous adressez-vous ? »
Lu Yin désigna le sol sous leurs pieds, et l’Ancien Le baissa les yeux.
Une main surgit et agrippa le bord de la calèche. Quelqu’un grimpa rapidement. Le cocher, surpris par son apparence, fit claquer son long fouet, mais la main l’attrapa au vol. Une voix étouffée gronda : « Ne faites pas ça, je ne suis pas un ennemi. »
« Faites-le entrer », ordonna l’Ancien Le en jetant un coup d’œil dehors. Après la main, une silhouette couverte de poussière émergea de sous la calèche. Elle s’était cachée sous la route et, en voyant passer la calèche, avait sauté à bord.
Lu Yin observa le nouvel arrivant avec un intérêt manifeste. L’Ancien Le n’était peut-être pas particulièrement puissant, mais il n’en restait pas moins un expert de premier plan. Que ce passager clandestin soit parvenu à se dissimuler à lui prouvait qu’il avait un talent certain. Il semblait aussi évident que les gens de la Vallée des Mille Changements ne pouvaient pas percevoir en permanence l’Aura du Ciel et de la Terre.
Le passager clandestin semblait sur ses gardes, mais ses gestes restaient respectueux et mesurés. Face à l’Ancien Le, il s’inclina poliment. « J-je salue l’ancien de la Vallée des Mille Changements. Des ennemis me poursuivaient et je n’ai pas eu d’autre choix que de monter dans votre calèche pour un moment. Je vous prie de m’excuser, Ancien. »
L’Ancien Le tourna les yeux vers Lu Yin. Si le passager clandestin avait pu monter dans la calèche, c’était à la demande de Lu Yin. Celui-ci l’avait vu se cacher dessous depuis le début, mais avait choisi de ne pas le révéler. Il n’avait parlé qu’après que la calèche eut parcouru une certaine distance. L’Ancien Le ne savait pas quelles étaient ses intentions.
Le passager clandestin remarqua que l’Ancien Le regardait Lu Yin et comprit aussitôt ce que cela impliquait. Il s’inclina précipitamment devant Lu Yin. « Je vous salue, Senior. Vous aviez l’air d’un homme cultivé et raffiné, et votre cultivation doit être extraordinaire. Je vous prie humblement de pardonner mon impolitesse. »
Lu Yin soutint le regard de la femme. « Vous êtes une femme ? »
La passagère clandestine esquissa un sourire gêné. « Voyager dans ces contrées s’accompagne souvent de désagréments ; je me déguise donc fréquemment. J’espère que vous ne m’en tiendrez pas rigueur, Senior. »
« Comment vous y êtes-vous prise ? »
« Pour quoi faire ? »
« Comment avez-vous prévu que notre calèche passerait juste au-dessus de votre cachette ? » demanda Lu Yin.
L’Ancien Le se tourna vers la passagère clandestine. C’était vrai. Vu l’immensité de l’univers et le fait que les calèches pouvaient rouler au sol ou fendre les airs selon la manière dont on les conduisait, impossible de prédire où l’une d’elles passerait. Cette femme s’était cachée sous terre, et ses poursuivants l’auraient découverte si la calèche de l’Ancien Le n’était pas passée par hasard juste au-dessus de sa cachette. Comment s’y était-elle prise ?
La femme sortit de son anneau cosmique un petit flacon contenant un peu de poudre. « Il existe d’innombrables espèces de bêtes qui tirent les calèches dans le Mégavers des Neuf Odyssées, mais seules quelques-unes attirent l’attention des puissants. La Bête à épines bleues en fait partie. Cette route mène directement à la Vallée des Mille Changements, et la plupart des membres de cette secte utilisent des Bêtes à épines bleues pour tirer leurs calèches. Afin d’éviter les conflits, la Vallée des Mille Changements détient le monopole de leur élevage. J’ai préparé cette poudre moi-même pour les attirer.
« Avant de me cacher, j’en ai répandu un peu près de ma cachette. Même si une Bête à épines bleues avait volé dans le ciel, elle aurait été attirée vers moi. Quel que soit le chemin que le cocher lui aurait fait prendre, elle aurait complètement ignoré ses ordres après avoir senti cette poudre. »
L’Ancien Le fut stupéfait. « Cette poudre peut attirer les Bêtes à épines bleues ? Comment est-ce possible ? »
Les joues de la femme rosirent. « Eh bien, les bêtes astrales sont des êtres vivants, et tous les êtres vivants ont certains besoins… comme celui de se reproduire… »
L’Ancien Le comprit, même s’il trouva l’expression de la femme un peu étrange.