Chapitre 3 795
Sept jours passèrent sans que Lu Feichen reçoive de réponse. Il reprit alors la parole. « Un aîné me méprise-t-il ? Fort bien. Dans ce cas, ma Secte de l’Épée des Quatre Commandements choisira rapidement son Grand Maître d’Épée des Quatre Commandements, qui vous défiera ensuite. J’espère que vous vous présenterez au duel. Je vous assure que notre secte n’a aucun différend personnel avec vous. »
Il regarda au loin et s’adressa à Lu Bi, Lu Jing et Lu Sizhan. « La compétition pour désigner le Grand Maître d’Épée des Quatre Commandements commencera dans quinze jours. J’imagine que personne n’y voit d’objection ? »
Les trois autres hommes secouèrent la tête.
L’agitation provoquée par les recherches de l’assaillant mystérieux retomba, mais de plus en plus de gens s’impatientaient à l’idée de la compétition pour le titre de Grand Maître d’Épée de la secte. Des foules affluèrent de toutes parts dans la Secte de l’Épée des Quatre Commandements, avides de découvrir l’identité de l’agresseur mystérieux.
Quand Lu Sizhan revint au Commandement de l’Est, Lu Siyu se précipita vers lui. « Vieux Lu, comment ça s’est passé ?
Lu Sizhan poussa un soupir. « Pas mal. Personne n’a réussi à trouver le moindre lien avec nous. En fait, seul Lu Bi semble suspect. »
Lu Siyu se détendit enfin. « Tant mieux, tant mieux. »
Elle cligna des yeux. « Vieux Lu, j’ai entendu dire que la compétition pour désigner le Grand Maître d’Épée des Quatre Commandements aurait lieu dans quinze jours ?
Lu Sizhan acquiesça. « C’est exact. Au fait, est-il venu te voir ?
Lu Siyu se mordit les lèvres et hocha la tête. Lu Sizhan s’alarma aussitôt. « Il n’a rien fait ni rien dit, n’est-ce pas ? Il prépare quelque chose ?
Lu Siyu cligna de nouveau des yeux. « Il… il…
Lu Sizhan commençait à paniquer ; son visage blêmit. « Qu’est-ce qu’il veut encore faire ?
Lu Siyu finit par expliquer : « Il a dit qu’il était déterminé à faire de toi le Grand Maître d’Épée des Quatre Commandements… Il ne renoncera pas tant qu’il n’aura pas réussi. »
Lu Sizhan resta sans voix. Il se sentit soudain redevenir un enfant, contraint par son père à rivaliser avec le fils des voisins. Cette impression ne le quittait pas, alors que son père était mort depuis des années.
Il entendait quelque chose d’absurde au point de ne savoir que répondre. Ne puis-je pas simplement profiter de la paix de l’anonymat ?
« À ton avis, qu’est-ce qu’il va faire maintenant ? » demanda Lu Sizhan, mal à l’aise.
Lu Siyu secoua la tête. « Je n’en sais rien, Vieux Lu. L’expert de la Vallée des Mille Changements n’a pas réussi à le retrouver ?
« Ce jeune homme est vraiment doué. L’Ancien Le n’a pas réussi à le retrouver, et il est même allé jusqu’à dire que seul un expert du Royaume des Dix Mille Changements pourrait y parvenir.
« Hiiii… Un expert du Royaume des Dix Mille Changements ? Il est vraiment si impressionnant ? » Lu Siyu inspira brusquement. « Combien de personnes, dans toute l’histoire de notre mégaverse, ont mérité qu’un expert de ce niveau parte à leur recherche ?
Lu Sizhan poussa un soupir impuissant. « Lu Feichen et les deux autres ont été battus sans le moindre effort. Il n’est donc pas si étonnant qu’il faille un expert de ce niveau. Si cet homme n’était pas au moins aussi compétent, il n’aurait jamais attiré l’attention du Sancti supérieur Lotus Vert. »
Sur ces mots, il eut une idée. Il se tourna vers Lu Siyu et la fixa. « S’il est si déterminé à m’aider à devenir Grand Maître d’Épée des Quatre Commandements, c’est uniquement parce que tu lui as confié cette tâche, n’est-ce pas ? Alors, dis-moi… que se passera-t-il s’il ne l’accomplit pas ?
Les yeux de Lu Siyu s’égarèrent sur le côté. « Maître ne laissera pas cela arriver. Il a dit qu’une tâche confiée devait être accomplie : c’est le destin. »
Lu Sizhan haussa un sourcil. « Ma fille, quand tu mens, tes yeux tressaillent malgré toi. Tu essaies de tromper ton vieux père ?
« Non… J’ai juste ressenti un peu de crainte en pensant à Maître. »
« C’est grave ! Si cet homme nous joue encore un tour aussi extrême que la dernière fois, c’est le Commandement de l’Est qui en pâtira ! Si notre commandement ne devient pas le Grand Maître d’Épée de cette génération, nous pourrons retenter notre chance à la prochaine, voire bien plus tard, mais…
« Père, tu as un fils ?
Lu Sizhan leva les yeux au ciel. « Une fille fait tout aussi bien l’affaire. Les grandes familles doivent-elles absolument avoir un fils pour héritier ? Nous pouvons accueillir un gendre dans la famille. Nous l’avons déjà fait. Ma fille, ne t’inquiète pas des problèmes de ton père. Le titre de Grand Maître d’Épée des Quatre Commandements est important, mais le Commandement de l’Est l’est davantage. »
Lu Siyu se mordit la lèvre sans répondre.
Les yeux de Lu Sizhan s’illuminèrent. « Ah ! Tu essayais vraiment de tromper ton vieux père ! Vite, dis que ta tâche est accomplie et fais-le partir !
Lu Siyu avait l’air contrariée. « Je ne sais pas si je peux faire ça. Maître ne m’a jamais dit si je pouvais déclarer librement ma tâche accomplie. Est-ce que je devrais… aller lui demander ?
Lu Sizhan hésita. Le Sancti supérieur Lotus Vert, hein ? La vérité, c’est sans doute ce que dit ma fille. Puisque c’est le Sancti supérieur Lotus Vert qui a chargé les Sept Fées de trouver des tâches à accomplir, l’Immortel doit aussi être satisfait de la façon dont elles sont menées à bien. Les nouveaux chapitres paraissent d’abord sur novelping.com.
La situation se compliquait. Lu Sizhan savait que si le Sancti supérieur Lotus Vert avait soumis Lu Yin à cette épreuve, c’était qu’il souhaitait sincèrement faire du jeune homme son disciple. Mais dans quelle mesure ce désir influerait-il sur ses décisions ?
Serait-il plus enclin à laisser Lu Yin réussir l’épreuve avec facilité, ou se montrerait-il plus rigide et intransigeant, refusant toute possibilité de faire de lui son disciple tant que chaque tâche n’aurait pas été entièrement accomplie ?
Lu Sizhan n’avait pas la réponse.
Tout se résumait à un mot : le destin. Il semblait simple, et pourtant, rien n’était plus difficile.
« Vieux Lu, est-ce que je devrais demander à Maître ? » reprit timidement Lu Siyu.
Lu Sizhan promena son regard autour de lui, puis observa Lu Siyu et enfin l’immense Commandement de l’Est. Il finit par serrer les dents. « Inutile. Laissons les choses comme elles sont. »
Sur ces mots, il s’éloigna.
Le Commandement de l’Est comptait, mais Lu Siyu comptait-elle moins ?
S’ils consultaient le Sancti supérieur Lotus Vert et qu’il en prenait ombrage, c’était Lu Siyu qui en subirait les conséquences. Son père ne voulait pas que cela arrive.
Il n’avait peut-être aucune envie de rivaliser avec qui que ce soit et souhaitait simplement vivre librement, mais Lu Sizhan ne voulait pas que Lu Siyu ait à porter quoi que ce soit au nom du Commandement de l’Est. Sa fille ne devait pas souffrir injustement.
Si de vrais ennuis survenaient, Lu Sizhan veillerait à ce qu’ils retombent tous sur lui.
De retour dans ses quartiers, Lu Siyu prit un air préoccupé. Sans y penser, elle jeta un coup d’œil à un coin de la cour, mais il était vide.
« Vous êtes là ? » appela-t-elle.
Aucune réponse.
« Mon père subit une forte pression. Je considérerai que ta tâche est accomplie. Je t’en prie, pars », reprit Lu Siyu.
Toujours aucune réaction.
Elle se mordit la lèvre. Au bout d’un moment, elle demanda à une servante d’apporter un tabouret dans le coin de la cour, puis s’assit pour attendre. Elle attendrait le retour de Lu Yin afin de lui annoncer que sa tâche était accomplie. Il pourrait ensuite demander à son maître si ses efforts comptaient. Ainsi, Lu Siyu ne serait pas en faute et son père n’aurait plus à s’inquiéter.
Ailleurs, au sommet d’une montagne de la Secte de l’Épée des Quatre Commandements, Lu Yin regarda son dé s’arrêter lentement de tourner : quatre points, Arrêt du Temps. C’était la troisième fois qu’il obtenait Arrêt du Temps.
Il entra dans son Espace d’Arrêt du Temps et continua de simuler la deuxième technique de Lu Feichen.
Il libéra sa Voie karmique, bien plus réduite qu’avant. C’était le prix à payer pour affronter un Immortel. Malgré tout, Lu Yin était plutôt satisfait. Après tout, qui d’autre avait réussi à échapper à un Immortel lancé à sa poursuite ?
S’il utilisait le karma pour déduire la technique de l’épée, une seule année dans l’Espace d’Arrêt du Temps devrait suffire.
Quelques jours passèrent, et Lu Siyu était toujours assise dans le coin de sa cour à attendre le retour de Lu Yin.
Lu Sizhan restait nerveux. Il n’arrivait pas à se défaire de la crainte que les trois autres commandements ne lui fassent à nouveau parvenir un message. C’était peu probable, car Lu Yin était incroyablement puissant. Il ne va quand même pas se montrer complètement hors-la-loi ?
La nuit était tombée. Les étoiles brillaient haut dans le ciel, répandant une lueur argentée sur la terre et éclairant les routes. Cette lumière rendait le sol un peu froid.
Lu Yin regagna le Commandement de l’Est et apparut devant Lu Sizhan, qui buvait en silence, l’air sombre.
Sa coupe toujours à la main, Lu Sizhan leva lentement les yeux. Son regard s’illumina dès qu’il vit Lu Yin. « Vous êtes… Lu Yin.
Lu Yin s’approcha et s’assit en face de lui. « C’est bien moi. »
Lu Sizhan poussa un soupir de soulagement. Ils se rencontraient enfin.
L’homme, plus âgé, se leva et servit lui-même un verre de vin à Lu Yin. Il le lui tendit en s’inclinant légèrement. « Veuillez accepter ce verre en guise d’excuses, Maître Lu. Ma fille a été imprudente et vous a causé des ennuis. J’en ai profondément honte et vous demande pardon. »
Sur ces mots, Lu Sizhan vida son verre d’un trait.
Lu Yin sourit. « Cela ne m’a pas causé d’ennuis. J’ai juste perdu un peu de temps. »
Lu Sizhan garda une expression respectueuse. « Puis-je vous demander ce que vous comptez faire maintenant ? Je vous ai déçu. Si j’avais eu la force de prétendre au titre de Grand Maître d’Épée des Quatre Commandements, vous n’auriez pas eu à perdre votre temps dans cette secte. Si je vous empêche de devenir le disciple du Sancti supérieur Lotus Vert, je serai le seul responsable, et j’en assumerai les conséquences. »
Lu Yin rit. « Tu as bel et bien la force de prétendre au titre de Grand Maître d’Épée des Quatre Commandements. »
Lu Sizhan se figea. « Qu’entendez-vous par là, monsieur ?
Il craignait surtout que Lu Yin ne s’en prenne une deuxième fois aux trois autres commandements.
Lu Yin répondit : « J’ai déjà affronté les trois autres maîtres de secte et découvert les faiblesses de leurs techniques d’épée. Je peux te les enseigner pour que tu remportes la victoire. »
Lu Sizhan resta stupéfait. « Des faiblesses ?
« Exactement. Des faiblesses fatales. »
« Non. Moi, Lu Sizhan, je ne leur arrive pas à la cheville, mais je ne gagnerai pas en recourant à de telles méthodes. Ce serait votre mérite, pas le mien », refusa-t-il sans détour.
Lu Yin le regarda. « Tu ne veux pas devenir Grand Maître d’Épée des Quatre Commandements ?
Lu Sizhan répondit avec sérieux : « Si, mais grâce à mes propres forces. »
« Je t’enseignerai leurs techniques d’épée pour que tu puisses l’emporter par tes propres moyens. Tu es un Ortuser, tandis qu’eux sont tous des Dukkhans. Ton maniement de l’épée est également inférieur au leur, mais cela ne signifie pas que tu sois incapable de les affronter », rétorqua Lu Yin.
Lu Sizhan refusa de nouveau. « Quoi qu’il en soit, remporter la victoire de cette manière déshonorerait ma Secte de l’Épée des Quatre Commandements. Veuillez m’excuser, monsieur. »
Lu Yin fronça les sourcils. « Je dois accomplir la tâche confiée par Lu Siyu. C’est extrêmement important. »
Lu Sizhan répliqua : « Devenir le disciple du Sancti supérieur Lotus Vert est ce qui compte le plus. Si ma fille vous fait échouer, je vous le paierai de ma vie. Mais pour la compétition du Grand Maître d’Épée des Quatre Commandements, jamais je ne gagnerai de cette façon. »
Lu Yin se leva. « Alors je n’ai qu’à tuer Lu Feichen et les deux autres. Tu refuses toujours de devenir Grand Maître d’Épée des Quatre Commandements ?
Lu Sizhan entra dans une colère noire et fixa Lu Yin. « Vous comptez vraiment contraindre ma Secte de l’Épée des Quatre Commandements à devenir votre ennemie mortelle ?
Le regard de Lu Yin se glaça. « Je dois accomplir cette tâche, et personne ne m’en empêchera. Votre secte ne survivra pas à ma colère. »
Lu Sizhan ne s’était pas attendu à une telle menace. « Si vous accomplissez cette tâche de cette manière, même sans tenir compte du fait que les six autres Fées se mettront à vous prendre pour cible, croyez-vous vraiment pouvoir devenir le disciple du Sancti supérieur Lotus Vert après une telle chose ?
Lu Yin eut un rire sec. « Tu crois que le Sancti supérieur Lotus Vert n’a tué que quelques personnes ?
Lu Sizhan écarquilla les yeux. Jamais il n’aurait imaginé que Lu Yin oserait dire une chose pareille. C’était le Sancti supérieur Lotus Vert, dont le pouvoir karmique avait dévoilé l’ensemble du mégaverse des Neuf Odyssées. Cet homme est complètement fou !
Bien sûr, Lu Yin ne massacrerait jamais des innocents pour accomplir une simple tâche. Il avait même une assez bonne opinion de Lu Feichen et des autres maîtres de secte. Mais cela ne l’empêchait pas de se servir du Sancti supérieur pour menacer Lu Sizhan.
Les habitants du mégaverse des Neuf Odyssées vénéraient les Sancti supérieurs plus encore que le mégaverse lui-même. Plus Lu Yin parlait comme s’il se moquait du Sancti supérieur Lotus Vert, plus il avait l’air d’un fou.
Et qui n’avait pas peur d’un fou ?
Lu Sizhan articula soigneusement chaque mot. « Je vous prie de parler avec prudence. »
Lu Yin ne se laissa pas ébranler. « Tant que j’accomplis les tâches qui m’ont été confiées, je peux devenir le disciple du Sancti supérieur Lotus Vert. Il n’a jamais précisé comment je devais m’y prendre. Il accorde de l’importance au mot “destin”. Même si je massacrais tout le monde dans ce mégaverse, à partir du moment où j’accomplirais les tâches qui m’ont été confiées, il ne reviendrait pas sur sa parole. À ton avis, qu’est-ce que je vais faire ?
Lu Sizhan serra plus fort sa coupe et observa Lu Yin avec nervosité, comme s’il cherchait à le sonder.
Lu Yin avait déjà subi trop souvent ce genre d’examen. Il ne révélerait pas facilement ce qu’il ressentait vraiment.
Et si l’un des deux cherchait à percer l’autre à jour, c’était Lu Yin qui sondait Lu Sizhan.
Wang Wen avait posé les bases de la façon de penser de Lu Yin : la civilisation d’un cultivateur pouvait guider ses émotions. Il n’était pas nécessaire de connaître les pensées intimes d’une personne ; comprendre sa civilisation suffisait pour prendre l’avantage.
Personne ne faisait exception, pas même les Sancti supérieurs.