Chapitre 3 460
Le pressentiment de Shu Qian était plutôt juste : on l’avait bel et bien percé à jour, et c’était grâce à son Rouleau des Chroniques.
Lu Yin fit tournoyer une spirale karmique qui pénétra dans le Rouleau des Chroniques. Il put ainsi observer le karma des 3 791 personnes dont les expériences y avaient été consignées. Il ignora aussitôt ce qui l’entourait, faisant abstraction de tout. Il eut l’impression d’être plongé dans les ténèbres. Une à une, les connexions karmiques tournoyèrent et se transformèrent en lignes. D’innombrables lignes s’entremêlaient en un enchevêtrement chaotique, chacune représentant un karma : à une extrémité se trouvait la cause, à l’autre, l’effet, et toutes étaient liées entre elles.
D’un geste désinvolte, il fit voleter et s’entrechoquer d’innombrables lignes karmiques. Certaines se séparèrent, tandis que d’autres se relièrent.
Les nouvelles lignes karmiques qui se connectaient créaient de nouveaux karmas, qui s’entrechoquaient à leur tour.
Les yeux de Lu Yin s’illuminèrent. Il se rendit compte que les lignes séparées n’avaient désormais plus aucun lien karmique entre elles, tandis que celles qui s’étaient rejointes partageaient un karma. Il en vit, par exemple, une relier deux batailles apparemment sans rapport. Quand le lien s’était formé, il avait révélé une vieille histoire. La partie qui avait perdu le premier combat en était à l’origine ; lorsque ses adversaires avaient découvert la vérité, le second combat avait éclaté. Les vaincus étaient morts sans jamais savoir pourquoi on les avait attaqués.
Les combats et les morts apparemment aléatoires avaient toujours une cause cachée.
Shu Qian avait consigné le karma des deux camps de cette bataille, puis les lignes karmiques les avaient finalement reliés. Même Shu Qian ignorait ce lien. Seul Lu Yin pouvait le découvrir, car il était capable d’observer le karma et de remonter d’un effet karmique à la cause correspondante. Il pouvait ainsi tout voir clairement.
Lorsque son environnement reprit son aspect normal, Lu Yin éclata de rire. « Les lignes karmiques, hahaha ! Voilà donc ce que c’est ! C’est ça, le karma. »
Tout ce qui existait avait une cause et un effet karmiques. Lorsque la cause et l’effet étaient reliés, ils formaient des lignes karmiques. Les lignes karmiques similaires pouvaient naturellement se rejoindre, contrairement aux lignes dissemblables.
Shu Qian et les autres sursautèrent devant l’éclat de rire soudain de Lu Yin. Personne ne comprenait ce qui le faisait rire.
Lu Yin se leva. Des spirales karmiques jaillirent du bout de ses doigts, traversèrent la ville des Neuf Anneaux et ses habitants, créant des liens karmiques. Il ignorait la nature de ces liens, et n’avait même pas besoin de la connaître : il les créait simplement au hasard. Puis il agita la main, faisant s’entrechoquer les lignes karmiques. Certaines se rejoignirent, ce qui lui permit alors de voir les liens karmiques un à un.
Il posa les yeux sur un homme de la ville des Neuf Anneaux. Celui-ci était devenu disciple principal de la Secte du Chaudron de Jade, mais même lui-même ne comprenait pas cette nomination. Il n’avait qu’un talent ordinaire, avait saisi quelques occasions et ne bénéficiait d’aucun soutien. Pourtant, il avait été promu au-dessus de nombreux condisciples. Tout cela parce que sa femme était la fille de l’Ancien Yi Zi, de la Secte du Chaudron de Jade.
Dans sa jeunesse, l’Ancien Yi Zi avait abandonné sa première épouse pour épouser la fille du maître de secte. Cette union lui avait permis de devenir l’Ancien Yi Zi de la Secte du Chaudron de Jade. Mais, en secret, il avait toujours soutenu sa première épouse et leur fille, les aidant toutes deux à poursuivre leur cultivation tout en complotant pour tuer sa seconde épouse. L’Ancien Yi Zi haïssait la fille du maître de secte.
L’Ancien Yi Zi était un individu véritablement ignoble.
Pourtant, il n’avait jamais eu le courage de révéler la vérité à sa fille, car elle détestait son père. Ce n’était qu’en gardant leur lien secret que l’Ancien Yi Zi pouvait entretenir une relation harmonieuse avec elle. Naturellement, il soutenait aussi son gendre et l’avait aidé à gravir les échelons, jusqu’à ce qu’il devienne disciple principal de la Secte du Chaudron de Jade.
Personne ne le savait, mais Lu Yin venait de l’apprendre.
Lu Yin se tourna ensuite vers un couple. Tous deux savaient qu’ils étaient frère et sœur de sang, et pourtant, ils devaient prétendre être mari et femme. Leur situation était tragique : ils n’avaient découvert la vérité qu’après leur mariage.
Il y avait aussi un individu aux cornes factices. C’était un Renaissance de l’Esprit sous forme humaine qui s’était fait passer pour un Renaissance de l’Esprit sous forme bestiale afin de rejoindre la Terre des Bêtes primordiales et d’être avec une femme Renaissance de l’Esprit sous forme bestiale qu’il aimait. C’était le véritable amour.
Un homme à l’air louche recherchait son père biologique, sans savoir que son maître était en réalité son père. Celui-ci ignorait lui aussi que son disciple était son propre fils. Voilà une autre tragédie.
Lu Yin étudia les lignes karmiques une à une, découvrant toutes sortes d’histoires. Il avait l’impression de tout contrôler en cet instant.
La sensation ressemblait à celle qu’il éprouvait en utilisant la capacité de Posséder de son dé, mais sans avoir besoin de Posséder qui que ce soit. Les lignes karmiques étaient bien plus pratiques, même si elles révélaient beaucoup moins d’informations.
Depuis qu’il avait découvert que son dé ne lui permettait pas de Posséder les cultivateurs du Nid de l’Esprit, Lu Yin avait perdu cette impression d’omniscience et de toute-puissance. À présent, cette sensation était enfin revenue.
En utilisant sa Voie karmique pour contenir le contrecoup karmique, puis en observant les lignes karmiques, il avait l’impression d’avoir enfin retrouvé une certaine omniscience et toute-puissance. Sa confiance en sa capacité à affronter le Grand Séraphin était revenue.
Tant qu’il resterait passif, il serait toujours désavantagé.
Lu Yin expira et se rassit lentement. Le Grand Séraphin ne devait absolument pas apprendre cette nouvelle, sinon il risquait de ne plus pouvoir rester à l’écart.
Depuis qu’il avait compris le karma, Lu Yin avait sans relâche expérimenté et cultivé. Enfin, il en voyait les résultats.
Tout cela, il le devait à Shu Qian.
En consignant les expériences de tant de personnes, Shu Qian avait permis à Lu Yin d’entrevoir d’innombrables liens karmiques, ce qui l’avait amené à comprendre les lignes karmiques. Lisez ce roman sur novеlping.com pour une expérience optimale.
« Shu Qian, tu es remarquable », le félicita Lu Yin.
Shu Qian était complètement déconcerté. Pourquoi est-ce qu’il me félicite ? Personne ne comprenait les pensées de Lu Yin.
Deux pouces levés apparurent presque sous le nez de Shu Qian, tandis que le Mégalithe et la Bête orgueilleuse réagissaient. Ils avaient entendu Lu Yin féliciter Shu Qian et s’étaient aussitôt joints à lui pour lui témoigner leur approbation.
Ce qui frappa surtout Shu Qian, ce furent les deux paires d’immenses dents blanches.
Et puis, pourquoi avait-il l’impression que son énergie s’épuisait ?
« Reculez », ordonna Lu Yin avec exaspération.
« Tu es venu dans la ville des Neuf Anneaux en partie à cause de moi, mais ce n’était pas ta seule raison. Qu’est-ce qui t’a amené ici ? »
Shu Qian jeta un coup d’œil au Rouleau des Chroniques devant Lu Yin, puis tourna les yeux vers le Bosquet de la Flèche d’Eau. « Je veux laisser ma marque ici, dans le Bosquet de la Flèche d’Eau. »
« Tu tiens encore au Bosquet de la Flèche d’Eau, même à ton niveau ? » Lu Yin était perplexe.
Shu Qian prit un ton grave. « C’était le dernier vœu de mon maître. Il n’a pas pu le réaliser lui-même, alors je le ferai pour lui. »
Lu Yin rendit le Rouleau des Chroniques à Shu Qian. « Tu peux partir. »
Sans hésiter, Shu Qian reprit son Rouleau des Chroniques et quitta la taverne. Il avait bien des questions à poser à Lu Yin, surtout sur ce qu’on lui avait fait, mais il comprenait que certaines questions ne devaient pas être formulées.
Pour l’heure, son plus grand dilemme était de savoir s’il devait rester ou non. Avec le Troisième Patron en ville, Shu Qian ne se sentait pas du tout en sécurité.
Une fois Shu Qian parti, Old Tal fit remarquer : « Il ne restera probablement pas ici. Comme les Neuf Horizons ont lieu périodiquement, s’il ne peut pas y participer cette fois, il pourra toujours tenter sa chance la prochaine. Les cycles sont assez rapprochés. »
« Non, il restera. C’est sa seule occasion », répliqua fermement Lu Yin.
Old Tal s’étonna de cette certitude. « Pourquoi ça ? »
Lu Yin regarda dehors. « Il figure sur la Liste des Esprits noirs. Pour le moment, tout le monde a les yeux rivés sur moi, ce qui signifie qu’il ne sera pas pris pour cible, d’autant qu’il m’a rencontré et qu’il est reparti sain et sauf. La prochaine fois, il n’aura pas cette certitude. Ces cycles ne lui paraissent peut-être pas si longs, mais les autres non plus ne les trouvent pas longs.
« S’il veut laisser sa marque dans ce Bosquet de la Flèche d’Eau, il devra revenir pour ces Neuf Horizons. Les autres peuvent se permettre d’attendre. »
Old Tal réfléchit à ce raisonnement et finit bientôt par l’approuver, avant de recommencer à louer Lu Yin. « Troisième Patron, votre clairvoyance est divine ! Si j’ai la chance de vous suivre de mon vivant, c’est forcément grâce à la bénédiction de mes ancêtres. Je ne peux même pas imaginer où vous irez à l’avenir. Mais si vous m’autorisez simplement à marcher dans vos pas, et que je peux apprendre ne serait-ce qu’un millième de votre sagesse, j’en serai comblé. »
Le Maître du Palais Yao et Cai Keqing étaient déjà blasées des flatteries incessantes de l’homme. Au fil de leur voyage, les compliments d’Old Tal étaient devenus si excessifs qu’elles en avaient eu le cuir chevelu engourdi. Pourtant, il ne s’était jamais répété. Rien que pour cela, il était impressionnant.
Lu Yin regardait au loin. Shu Qian n’avait pas quitté la ville. C’était bel et bien sa seule chance. À l’avenir, des gens pourraient se tenir en embuscade pour l’attaquer.
Quant à Lu Yin, puisqu’il avait laissé Shu Qian partir, le Troisième Patron n’avait plus aucune raison d’agir.
Pour Shu Qian, ce Troisième Patron était une énigme totale, mais il supposait que Lu Yin séjournait dans la ville des Neuf Anneaux pour participer aux Neuf Horizons. Cette pensée fit briller ses yeux. Il décida de montrer à ce Troisième Patron à quel point ses préparatifs pour les Neuf Horizons étaient impressionnants.
Shu Qian avait créé une technique de compréhension spécialement pour les Neuf Horizons.
Les techniques de compréhension ne s’apprenaient pas à volonté. Lorsque Lu Xiaoxuan avait créé le Renversement du Ciel, il avait conçu une technique que personne d’autre dans la Famille Lu ne pouvait apprendre. Lu Yin seul avait réussi à la réapprendre. De même, personne ne pouvait maîtriser sa propre technique de compréhension, le Soleil Couchant.
Les techniques de compréhension exigeaient d’abord une intention, puis la compréhension.
Fait intéressant, le terme « technique de compréhension » existait aussi dans le système de cultivation du Nid de l’Esprit, mais dans un cas, il désignait un royaume, et dans l’autre, un état d’esprit. Les nouveaux chapitres paraissent d’abord sur novelping.com.
La compréhension, hein ? Lu Yin se dit qu’il pourrait aussi bien aller voir le Domaine de la Conscience. La conscience qu’on y cultivait était peut-être quelque chose qu’il pourrait assimiler.
Il avait une autre raison de s’y rendre. Qi Guan était toujours emprisonné dans le Purgatoire de l’Arène des Champions.
La ville des Neuf Anneaux devint encore plus animée après l’arrivée de Lu Yin, même s’il resta dans la taverne. À la fin, mis à part ceux qui l’observaient, tous les autres reprirent leurs occupations, ce qui permit à Lu Yin de contempler l’agitation ordinaire des Neuf Horizons.
Il goûta de nombreux mets délicats venus de différents domaines.
Il vit des femmes au charme exotique.
Il observa diverses techniques de combat, dont certaines parvinrent même à retenir son attention. Sans lui être directement utiles, elles lui inspirèrent quelques idées.
La présence de Lu Yin devint le centre de toutes les attentions dans la ville des Neuf Anneaux. Tous ceux qui arrivaient jetaient un coup d’œil vers la taverne pour apercevoir le Troisième Patron, devenu célèbre dans tout le Nid de l’Esprit. C’était l’homme qui avait ouvertement défié les meilleurs experts du Nid de l’Esprit.
Personne ne comprenait comment quelqu’un d’aussi jeune que Lu Yin pouvait posséder une force aussi incroyable.
Certains, contrariés par sa présence, voulurent le défier. Mais avant qu’ils puissent faire quoi que ce soit, leurs aînés les assommèrent, déclarant que ce n’était pas aux jeunes d’intervenir.
« Il ne reste qu’une douzaine de jours avant les Neuf Horizons. Cette fois, mon Domaine de Ghostfire laissera sa marque dans le Bosquet de la Flèche d’Eau ! »
« Quelle arrogance ! Votre Domaine de Ghostfire est rempli de gens méprisables qui rôdent toujours en cachette. Comment pourriez-vous avoir l’ambition nécessaire ? Si quelqu’un en a, ce sont les gens de mon Domaine de la Grue des Nuages. »
« Frères, inutile de vous disputer. Le Bosquet de la Flèche d’Eau n’impose pas qu’une seule personne y laisse sa marque à la fois. Si vous en avez les capacités, vous pouvez tous le faire », déclara une femme avec un sourire. Son visage, pâle comme une fleur de pêcher, était d’une beauté saisissante. En parlant, elle jeta des regards vers la taverne, vers Lu Yin, qui était assis à l’intérieur. Des émotions affleuraient dans ses yeux, la rendant encore plus séduisante.
Une bagarre éclata au loin.
Plus les Neuf Horizons approchaient, plus les disputes se multipliaient, chacun rivalisant pour démontrer son ambition.
Lu Yin observa la scène avec intérêt. Son regard finit par se poser sur un coin de rue, d’où un homme émergea. Il était resté longtemps immobile à cet endroit, mais, à l’approche des Neuf Horizons, il finit par bouger.
D’un premier pas, il repoussa tous ceux qui lui barraient la route.
D’un deuxième, il écarta tous ceux qui faisaient obstacle.
D’un troisième, il atteignit les cultivateurs du Domaine de Ghostfire et les attaqua d’un coup de paume.
Les cultivateurs du Domaine de Ghostfire ricanèrent tandis que des flammes rouges se répandaient. Elles étaient assez intenses pour brûler le vide, mais un seul coup de paume les pulvérisa.
À son quatrième pas, l’homme se tourna vers le Disciple de la Grue, du Domaine de la Grue des Nuages. Le Disciple de la Grue poussa un cri perçant tandis qu’une grue dansait dans le ciel avec une férocité inégalée. C’était une technique de combat emblématique du Domaine de la Grue des Nuages, mais l’homme la détruisit également. Il déchira la grue à mains nues, sans prêter la moindre attention à la technique.
Le Disciple de la Grue cracha du sang en tombant au sol. « Qui es-tu ? Tu comptes écraser toute opposition avec les Neuf Pas pour entrer d’un seul coup dans le Bosquet de la Flèche d’Eau ? Tu cours à ta perte ! »
La femme séduisante attaqua l’homme, mais il ne se retourna même pas. Il accomplirait les Neuf Pas. Il était résolu et inarrêtable. Il refusait de reculer.
Malgré les innombrables armes que la femme lançait contre lui, l’homme ne vacilla pas. Il resta sur place tandis qu’un éclat radieux commençait à émaner de son corps.
Réflexions d’OMA
Traduit par : OMA
Édité par : Neshi/Nyxnox
Relu par : OMA