Chapitre 3 384
Cette question était venue à l’esprit de Lu Yin lorsqu’il avait poursuivi l’Arche Ossis depuis la Citadelle immémoriale et vu le Dieu véritable tenter de s’enfuir.
Elle lui pesait sur le cœur depuis bien trop longtemps.
Tout semblait pourtant assez clair, mais une ombre planait depuis longtemps sur le cœur de Lu Yin.
Il espérait entendre une réponse du Dieu véritable, mais moins il y aurait de témoins, mieux ce serait.
Le Dieu véritable tourna la tête. L’Épée du Progéniteur Originel était toujours plantée dans son cou, et le mouvement produisit un bruit écœurant. Ses yeux sans pupilles se posèrent sur Lu Yin, lui glaçant le sang.
Lu Yin fixa le Dieu véritable, qui soutint son regard sans dire un mot.
Au loin, le Roi verdoyant retenait Yan Gang, tandis que le Sage verdoyant observait, hébété, Lu Yin enfoncer une épée dans le cou du Dieu véritable. C’était la fin. Tout était terminé. Ils allaient tous mourir.
Le Chien céleste hurla de douleur. Malgré sa résistance, il ne pouvait pas supporter d’être encerclé et attaqué par tant de puissants cultivateurs. Du sang jaillit de sa gueule.
Le Dieu des Ruines Oubliées et Wang Xiaoyu se trouvaient dans une situation tout aussi désespérée ; ils s’étaient même réfugiés derrière le Chien céleste.
Mais il avait face à lui Wu Tian, Hongyan Mavis et les autres membres des Trois Royaumes et des Six Voies. Il n’avait aucune chance de s’échapper.
À court d’options, le Dieu sans Ombre fut contraint de consumer sa propre force vitale.
C’était un conscient du Megaverse de la Conscience, et son pouvoir était aussi sa vie même. Sa conscience avait atteint le niveau céleste, comme on l’appelait dans le Megaverse de la Conscience, ce qui équivalait au niveau Ortuser.
Le Dieu sans Ombre n’était pas assez puissant pour faire figure de menace majeure dans cette bataille, mais le Dieu véritable retenait à la fois le Progéniteur Originel et Lu Yin, ce qui lui avait donné l’assurance de pouvoir s’enfuir.
Sa conscience se répandit, et le Dieu sans Ombre s’éloigna.
Lu Yin fixa le Dieu véritable. « Tu ne parleras pas, même si tu es sur le point de mourir ? »
« Ce n’est pas toi qui me tueras. Ce sera Tai Hong. » Les pupilles du Dieu véritable réapparurent ; il regarda le Progéniteur Originel. « Tu as supprimé les fils de séquence pour protéger le Megaverse de Tianyuan. Ta force et tes compétences sont peut-être sans égales, mais Tai Hong n’était pas moins redoutable que toi. Sans elle, j’aurais pu forcer mon entrée dans la Citadelle immémoriale.
« Parfois, il est facile de vouloir mourir. C’est vivre qui demande le plus d’efforts.
« Nous avons tous les deux sous-estimé Tai Hong. »
Le Progéniteur Originel trembla, et son expression trahit des sentiments mêlés. « Je ne l’ai jamais sous-estimée. »
Le Dieu véritable ferma les yeux. « Avant de mourir, laisse-moi te montrer ma véritable puissance. »
L’expression du Progéniteur Originel changea. « Pillar, recule ! »
Les yeux du Dieu véritable se rouvrirent brusquement. Il fit claquer son index droit, produisant deux tintements stridents. Deux épées du Progéniteur Originel se brisèrent. Son doigt balaya l’espace, et les éclats des lames brisées fusèrent vers le Progéniteur Originel et Lu Yin.
Deux fragments d’épée transpercèrent le Royaume des Six Voies de la Réincarnation.
Lu Yin vit les fragments foncer sur lui et utilisa le Pas Inversé pour esquiver. Mais à peine avait-il commencé à bouger qu’un éclat de lame lui transperça l’épaule, répandant son sang dans l’espace.
Lu Yin resta figé de stupeur. Comment était-ce possible ? L’attaque avait été trop rapide.
Le bateau du Flux lumineux apparut, et le temps remonta d’une seconde.
Lu Yin vit de nouveau l’éclat de l’épée brisée s’approcher. Pourtant, même après avoir remonté le temps, il ne put esquiver l’attaque. Une douleur atroce l’envahit lorsque le fragment lui transperça le corps.
Lu Yin ne fut pas le seul touché : un fragment de l’autre épée brisée se planta également dans le bras du Progéniteur Originel.
Devant eux, la lumière dorée du Royaume des Six Voies de la Réincarnation forma d’innombrables rayons qui fusèrent vers le Dieu véritable et lui transpercèrent le corps.
Le Dieu véritable se tenait droit dans l’espace, chaque rayon de lumière dorée lui transperçant le corps. C’était le dernier vestige de la puissance du Royaume des Six Voies de la Réincarnation. Celui-ci avait affaibli le Dieu véritable tout du long, mais il s’était lui-même épuisé en permanence : un tel effet ne pouvait être obtenu sans contrepartie.
Après tout ce temps, le Royaume des Six Voies de la Réincarnation s’était assez affaibli pour que le Dieu véritable puisse le briser.
La Grande Souveraine avait également prévu cette issue, car elle était inévitable. C’était pourquoi elle avait laissé une dernière mesure de riposte dans son Royaume des Six Voies de la Réincarnation.
La condition nécessaire à son déclenchement était que le Dieu véritable brise de force la restriction.
À cet instant, il pouvait effectivement briser le Royaume des Six Voies de la Réincarnation par la force, mais cela déclenchait la riposte, qui lui infligeait un coup terrible.
S’il n’avait pas brisé la restriction de force, le Royaume des Six Voies de la Réincarnation aurait fini par se dissiper de lui-même.
En définitive, la restriction parviendrait à affaiblir le Dieu véritable, mais il pourrait toujours cultiver et récupérer.
La Grande Souveraine avait prévu cette riposte pour Lu Yin et les autres. Elle avait pensé qu’ils réussiraient à pousser le Dieu véritable à agir avant que son Royaume des Six Voies de la Réincarnation ne se dissipe complètement.
Le Dieu véritable l’avait déjà compris ; c’était pourquoi il s’était abstenu de briser le Royaume des Six Voies de la Réincarnation lorsqu’il en avait eu l’occasion. Il savait que cela lui coûterait cher et lui infligerait des blessures très difficiles à guérir.
Tant qu’il aurait le moindre autre choix, il ne le ferait pas.
Mais il était face à la mort, et c’était la seule option qui lui restait.
Il n’aurait pourtant qu’une seule occasion de frapper.
Le Dieu véritable avait brisé sans effort les épées du Progéniteur Originel et blessé Lu Yin ainsi que le Progéniteur Originel. Voilà quelle était sa véritable puissance.
C’était aussi le dernier éclat de sa vie.
« Tai Chu, te souviens-tu de la promesse que nous nous étions faite ? » Le corps du Dieu véritable était sur le point de céder complètement. Les rayons de lumière dorée s’estompaient, tandis qu’il approchait de la mort.
Le Progéniteur Originel fixa le Dieu véritable. « Que nous mourrions de la main de l’autre et que nous ne laissions pas les bêtes astrales dévorer nos corps. »
Le Dieu véritable sourit, même si sa bouche était pleine de sang. « À l’époque, nos ennemies étaient les bêtes astrales. Il y en avait une multitude, et elles étaient les véritables maîtresses de ce megaverse. Toi, moi et Tai Hong, nous nous étions promis que si l’un de nous mourait, celui qui survivrait détruirait son corps pour empêcher les bêtes de le dévorer.
« Tai Hong est morte en beauté. Je ne veux pas connaître une fin misérable. J’espère que tu tiendras cette promesse. »
Le Progéniteur Originel leva la main. Ses deux épées intactes volèrent vers lui, et il les saisit. « Je comprends. »
Tout en gardant les yeux sur le Dieu véritable, le Progéniteur Originel s’adressa à Lu Yin : « Pillar, laisse-moi m’en occuper. Je ne le laisserai pas quitter cet endroit vivant. »
Lu Yin hocha la tête sans discuter. Le corps du Dieu véritable avait déjà été détruit, et son sort ne faisait aucun doute.
Lu Yin laisserait les anciens réaliser leur souhait. Le Progéniteur Originel avait manifestement quelque chose à dire au Dieu véritable.
Lu Yin reporta son attention sur le Dieu sans Ombre.
Au loin, la Voie sans fin s’ouvrit. Les formes invoquées de Wu Tian et de Hongyan Mavis, surgies de l’Investiture des Dieux, ne parvenaient pas à rattraper le Dieu du Ciel, mais elles restaient près de lui.
Lu Yin fit un pas en avant et se plaça sous son Investiture des Dieux. Son univers intérieur jaillit de sa poitrine et s’étendit vers le Dieu sans Ombre.
La scène se répéta comme autrefois. Lu Yin voyait distinctement le Dieu sans Ombre, mais ne pouvait pas l’approcher.
Le Dieu sans Ombre se retourna et aperçut Lu Yin. Le Dieu du Ciel luttait contre la panique qui montait en lui, mais il avait déjà libéré sa Voie sans fin. Soulagé, il poussa un soupir et dit : « Seigneur Lu, si Yong Heng meurt, je disparaîtrai. Je ne m’opposerai plus jamais à votre Megaverse de Tianyuan. Épargnez-moi cette fois. »
Lu Yin fixa le Dieu sans Ombre. « Tu veux retourner dans le Megaverse de la Conscience ? »
Le Dieu sans Ombre ne savait pas vraiment où aller. Il avait trahi le Megaverse de la Conscience, et le Nid de l’Esprit le considérerait comme un déserteur. Il était aussi l’un des derniers survivants d’Aeternus. Il n’avait nulle part où retourner.
Le visage de Lu Yin se durcit. « Puisque tu ne sais pas où aller, tu n’as qu’à rester ici. »
Alors qu’il parlait, une étoile de son univers intérieur frissonna, et la conscience de Lu Yin se tendit vers le Dieu sans Ombre.
Les yeux de ce dernier tressaillirent tandis qu’il fixait Lu Yin. « Seigneur Lu, tu ne peux pas m’arrêter. Personne ne peut arrêter ma conscience. Si tu frappes encore, tu le regretteras. »
Soudain, les yeux du Dieu sans Ombre s’écarquillèrent de stupeur. « Impossible. »
Au milieu de l’espace, la conscience de Lu Yin jaillit de son étoile de conscience, se relia à la Voie sans fin, puis la remonta jusqu’au Dieu sans Ombre.
Le Dieu sans Ombre se figea. Une conscience de niveau céleste ? C’était indubitablement une conscience céleste ! Comment quelqu’un du Megaverse de Tianyuan avait-il pu cultiver sa conscience jusqu’au niveau céleste ? Comment ? Même Lu Yin n’aurait pas dû en être capable. Et puis, le Dieu véritable avait mutilé la conscience de Lu Yin : comment pouvait-il donc posséder une telle puissance ? Que se passait-il ?
Si le Dieu sans Ombre avait cru pouvoir empêcher Lu Yin et les autres d’atteindre la bataille de la Citadelle immémoriale grâce à sa Voie sans fin, c’était précisément parce que le Dieu véritable avait mutilé la conscience de Lu Yin en utilisant son artefact de bourbier. S’il avait su que celle-ci s’était rétablie, le Dieu du Ciel n’aurait jamais tenté le coup. Lu Yin avait accompli l’impossible bien trop souvent.
À présent, non seulement la conscience de Lu Yin n’était pas mutilée, mais elle était aussi incroyablement puissante. Attends… cette sensation… elle m’est si familière.
« Dieu sans Ombre… Tu as dévoré la conscience du Dieu sans Blanc ! » s’exclama le Dieu sans Ombre, horrifié.
Lu Yin fronça les sourcils. Il n’avait pas dévoré la conscience du Dieu sans Blanc. Elle avait plutôt fusionné volontairement sa conscience avec son étoile de conscience. Comment le Dieu sans Ombre avait-il remarqué ce lien ? La conscience n’était qu’une autre forme de pouvoir. Comment pouvait-il en distinguer les nuances ?
Était-ce lié à la nature des conscients du Megaverse de la Conscience ?
« Tu as vraiment dévoré la conscience du Dieu sans Blanc ?! Non, c’est impossible ! Aucun être ne peut dévorer un conscient ! Cela n’est jamais arrivé. Même le Nid de l’Esprit en est incapable ! Les conscients ne peuvent qu’être détruits. Comment as-tu fait ? » Cette révélation porta un coup mental terrible au Dieu sans Ombre, bien plus bouleversant que la destruction de tout Aeternus.
Cette découverte ébranla jusqu’à sa conception même de la vie.
Ce n’était pas quelque chose qui arrivait au Dieu sans Ombre, mais quelque chose qui se produisait en lui. C’était comme si quelqu’un avait vécu de nombreuses années avant de découvrir qu’il n’était pas vraiment humain.
C’était exactement ce que ressentait le Dieu sans Ombre à cet instant. C’était absurde, incroyable et terrifiant.
Lu Yin ne se préoccupa pas des pensées ni des émotions du Dieu sans Ombre. Sa conscience se rua vers lui. Il ne s’échapperait pas.
La Voie sans fin devait son extension infinie à l’écrasante conscience du Dieu sans Ombre, qui étirait de force à l’infini la conscience de ses cibles. Mais si la conscience de quelqu’un parvenait à la rattraper et à parcourir la voie, l’extension s’effondrait et la voie se brisait.
Le Dieu sans Ombre fut submergé par la peur et le désespoir. « Impossible… Pourquoi cela arrive-t-il ? Cela ne s’est jamais produit !
« Seigneur Lu, épargnez-moi ! Seigneur Lu, je vous en prie, épargnez-moi ! Épargnez-moi ! »
Lu Yin avança, sa conscience se rapprochant du Dieu sans Ombre. Une main se leva, projetant son ombre sur lui. « N’est-ce pas toi qui m’as menacé ? »
Le Dieu sans Ombre continua de supplier. « Seigneur Lu, je vous en prie, épargnez-moi ! Je vous ai laissé une chance ! Sans cela, j’aurais tout donné pour vous tuer, et vous ne seriez jamais arrivé aussi loin ! »
Lu Yin fixa le Dieu sans Ombre. « Pourquoi m’as-tu accordé cent mille ans, à l’époque ? »
Le Dieu sans Ombre regarda Lu Yin s’approcher toujours davantage. La main écrasante planait au-dessus de lui, chargée d’une conscience infinie.
Le souffle du Dieu sans Ombre se coupa, étouffé par le poids du désespoir.
« À cause du Dieu sans Blanc. »
Lu Yin hésita et fixa le Dieu sans Ombre. « Continue. »
Le Dieu sans Ombre prit un ton amer. « Au début, je t’admirais sincèrement. Le Dieu véritable nous avait chargés de recruter des cultivateurs talentueux pour rejoindre Aeternus, et tu étais de loin le plus doué. À l’époque, le Dieu véritable voulait te recruter et te rallier à nous.
« Je t’ai aussi accordé cette chance à cause du Dieu sans Blanc. Lorsque nous avons trahi notre Megaverse de la Conscience, je lui étais redevable de m’avoir sauvé la vie. Elle a réclamé sa dette en me faisant t’accorder cent mille ans de vie et en me faisant promettre de ne pas te tuer pendant ce temps. »
Lu Yin resta stupéfait, les yeux dans le vague. Tout autour de lui, la mer de conscience grondait. Il lui sembla revoir Luo Shen : son froncement de sourcils, son sourire, la beauté de sa danse… Tout était gravé au plus profond de ses souvenirs.
Une telle sensation était impossible à décrire. Le Dieu sans Blanc avait été l’ennemi de l’humanité. Elle avait dirigé Aeterna, la liste des traîtres humains. Vu le statut et la position de Lu Yin, elle aurait dû être tuée, mais ses sentiments personnels s’y opposaient, car le Dieu sans Blanc lui avait sauvé la vie plus d’une fois.
Ce qu’il éprouvait pour elle pesait trop lourd sur ses épaules.
Les pensées d’OMA
Traduit par : OMA
Révisé par : Neshi/Nyxnox
Relu par : OMA