Chapitre 3 323
Après avoir de nouveau examiné le portrait de Cang Xiaohai, Lu Yin dut reconnaître qu’il était effectivement devenu une figure qui suscitait le ressentiment, sans avoir la légitimité nécessaire pour guider les autres sur la voie du bien. Cependant, outre une ligne à ne pas franchir, les gens avaient aussi le sens de leur propre intérêt. La ligne à ne pas franchir de Lu Yin lui avait été inculquée par les civilisations de l’univers. Au fond, elle était le fruit de la culture et de la tradition, et ses sentiments personnels n’y changeaient rien. Son sens de son propre intérêt, en revanche, était enraciné dans l’égoïsme inhérent à toute créature intelligente.
Lu Yin vivait pour lui-même, pour ceux qui lui étaient chers et pour ceux qu’il devait protéger. Tout ce qui menaçait ces êtres heurtait son sens de son propre intérêt et devait donc être éradiqué. Il ne regrettait pas la haine que ses actes avaient suscitée en accomplissant son devoir.
Il n’était peut-être pas qualifié pour guider les autres sur la voie du bien, mais il l’était assurément pour protéger l’humanité tout entière et empêcher l’extinction de son espèce.
Il était Lu Yin, le dirigeant de l’humanité, admiré et suivi par d’innombrables personnes. Il était prêt à protéger ceux qui le suivaient. Que le chemin devant eux mène à un abîme ou à l’enfer lui-même, ils affronteraient l’avenir ensemble. Quant à Cang Xiaoxue, Lu Yin n’avait pas agi par simple attendrissement passager : il avait aussi fait preuve de compassion.
Sur ordre de Lu Yin, plusieurs puissants au sommet de leur puissance pénétrèrent dans l’Univers Originel. Ils déployèrent leurs mondes de Progéniteur et couvrirent tout l’Univers Originel afin de le surveiller, tout en concentrant leur attention sur les régions où les mille-pattes dévoreurs de parchemins étaient déjà apparus.
Les mondes de Progéniteur pouvaient couvrir d’immenses territoires. Autrefois, la volonté résiduelle du Progéniteur des Runes avait suffi à bouleverser l’univers et à empêcher l’invasion du Sixième Continent de faire appel à une puissance égale ou supérieure à celle d’un Émissaire. À présent, la Secte des Cieux comptait plusieurs puissants, dont plusieurs des Trois Royaumes et des Six Voies. Lequel d’entre eux était incapable d’observer une vaste région ?
Lu Yin était convaincu que la Secte des Cieux pouvait aussi surveiller les univers parallèles voisins, en plus de l’Univers Originel.
Cette méthode prenait du temps et épuisait les forces, mais elle viendrait à bout des mille-pattes dévoreurs de parchemins, à condition que les insectes se montrent.
Autrefois, le mégavers du Grand Ancien Shan Gu n’avait pas réussi à se débarrasser des mille-pattes dévoreurs de parchemins, car ils s’étaient déjà répandus dans tout le mégavers et qu’il ne disposait pas d’assez d’experts pour le surveiller dans son intégralité.
Heureusement, dès que Lu Yin avait appris qu’un mille-pattes dévoreur de parchemins avait été aperçu, il avait ordonné le bouclage de tous les univers parallèles, piégeant ainsi les créatures dans l’Univers Originel. Sans cela, les insectes auraient pu se disperser, et il aurait été bien plus difficile de les éliminer.
Ce Wangtian ne tarda pas à repérer un mille-pattes dévoreur de parchemins.
À peine découvert, le mille-pattes dévoreur de parchemins fut écrasé par une pantoufle. Les insectes voyageaient entre les dimensions et étaient difficiles à trouver ou à éliminer, mais ils n’avaient que la force d’un Semi-Progéniteur : aucun d’eux ne pouvait résister aux attaques de Ce Wangtian.
Bientôt, on repéra de plus en plus de mille-pattes dévoreurs de parchemins, et le nombre de victimes continua d’augmenter.
C’était comme un jeu. Les mille-pattes dévoreurs de parchemins n’étaient que des insectes dépourvus d’intelligence. Ils étaient incapables de prévoir les plans de l’humanité. Ils ne cherchaient qu’à voyager entre les dimensions, tuant parfois une ou deux personnes. Pourtant, chaque fois que l’un d’eux apparaissait, on le repérait et on le tuait.
Bien sûr, il arrivait aussi qu’on échoue. Ainsi, lorsque Shao Chen repéra un mille-pattes dévoreur de parchemins, il ne parvint pas à le tuer et le laissa même s’échapper. Shao Chen excellait à utiliser le monde mortel pour combattre les créatures intelligentes, ce que n’étaient pas les mille-pattes dévoreurs de parchemins. Tous les puissants au sommet de leur puissance ne disposaient pas des moyens de s’occuper de ces créatures interdimensionnelles.
À l’extérieur de la Secte des Cieux, le jiao sourit en grattant le dos de la Bête orgueilleuse avec ses griffes. Le singe avait des démangeaisons.
Non loin de là, le Mégalithe agitait paresseusement la queue.
En face d’eux se trouvait la Tortue Ancêtre, la tête complètement rentrée dans sa carapace.
Des foules innombrables les observaient, stupéfaites. Ces béhémoths étaient devenus partie intégrante du paysage de la Secte des Cieux et attiraient sans cesse de nouveaux curieux.
Dans la Secte des Cieux, la cour de Tuo Lin débordait toujours de livres, et il restait plongé dans ses études.
Hui Can gémit : « Grand frère, tu ne comptes pas sortir, finalement ? Combien de temps vas-tu encore lire ? »
Tuo Lin leva les yeux et répondit d’un ton appuyé : « Petit frère, il est important de garder son calme dans la vie et d’agir avec précision. Si le Maître ne nous a pas encore envoyés dehors, c’est que le moment n’est pas venu. Rien ne presse. Prenons notre temps. Je t’ai préparé quelques livres ; concentre-toi là-dessus. »
Hui Can en resta sans voix. *Grand frère, tu te fais trop de souci ! Le Maître nous a simplement oubliés.*
En devenant le disciple de Lu Yin, Hui Can avait aussitôt atteint le sommet du mégavers. À force de passer du temps dans la cour, son envie de se faire remarquer s’était peu à peu dissipée. Il y avait lu une quantité incalculable de livres. Il était évident que leur maître avait trompé le grand frère de Hui Can. Mais puisque Tuo Lin était désormais capable de cultiver, pourquoi ne sortait-il toujours pas ? S’il ne voulait pas partir, soit, mais leur maître avait ordonné à Hui Can de rester avec son grand frère, et c’était un vrai supplice. *Pourquoi faut-il que son envie de rester ici m’enferme moi aussi ? Je veux sortir ! Me faire remarquer ! Je veux profiter de l’admiration d’innombrables personnes !*
*Et si le Maître avait oublié que Grand frère peut cultiver, maintenant ? Je devrais aller le lui rappeler.*
À cette idée, Hui Can se glissa discrètement hors de la cour. La source de ce chapitre est novelping.com.
Une fois le jeune homme parti, Tuo Lin secoua la tête. « Mon petit frère est trop impatient. Le Maître doit avoir une raison de ne pas encore nous laisser sortir. Ah…
« Quoi ? Tu penses que mon petit frère n’en est pas capable ? Non, le Maître ne choisirait pas la mauvaise personne. Nous n’avons simplement pas encore découvert ses talents.
« Merci pour le compliment, mais je ne suis pas si remarquable.
« Nos ancêtres disaient : “Les livres recèlent une beauté pareille au jade”, et ils avaient raison. J’ai toujours cru que les livres avaient une âme, c’est pourquoi je leur parle souvent. Petit frère m’a même dit que toutes ces lectures m’avaient fait perdre la tête, mais regarde ! Tu es là, maintenant. Les livres ont vraiment une âme.
« Nos ancêtres ? Je crois que cette expression vient de la planète appelée Terre. Ils appartenaient au passé ? Ils sont sans doute morts depuis longtemps.
« “Une beauté pareille au jade” ? C’est toi. Qu’est-ce que ça veut dire ? Voyons… Ça veut dire un visage aussi beau que le jade. C’est facile à comprendre, non ?
« Tu as vu beaucoup de jade ? Oh, alors ce nom te va encore mieux ! Je t’appellerai Yan Ruyu. Il te plaît ?
« Il me plaît aussi. Je suis sûr qu’il plaira au Maître. J’ai beaucoup de respect pour lui. C’est grâce à lui que j’ai commencé à lire et à comprendre le monde. Et c’est ainsi que j’ai pu te rencontrer.
« Parfait ! C’est décidé. Un jour, je te présenterai au Maître. Je suis sûr que tu lui plairas, à lui aussi.
« Le Maître te plaira aussi. Hein ? Tu l’aimes déjà ? Tu aimes tout ce que j’aime ? Merci ! Tu es si gentil, Yan Ruyu. »
En un clin d’œil, six mois passèrent.
Pendant tout ce temps, Lu Yin et les siens étaient restés dans l’Univers Originel pour le surveiller. Ils avaient repéré et tué vingt-trois mille-pattes dévoreurs de parchemins, dont le dernier était mort quinze jours plus tôt. Depuis, aucun autre n’était apparu.
Lu Yin n’était pas encore totalement rassuré. Il laissa donc les autres poursuivre la surveillance et retourna à la Secte des Cieux pour voir où en étaient les efforts visant à rassembler diverses ressources.
À peine revenu à la Secte des Cieux, il aperçut Hui Can.
Le jeune homme s’inclina. « Maître. »
Lu Yin salua Hui Can d’un grognement. « Pourquoi n’es-tu pas avec Tuo Lin ? Qu’est-ce que tu me veux ? »
Hui Can hésita un instant. « Maître, Grand frère est maintenant capable de cultiver. »
« Je sais », répondit calmement Lu Yin. Sage Yajna avait rendu à Tuo Lin sa capacité à cultiver, ravivant ainsi dans son sang l’espoir de voir la cultivation redevenir possible.
Hui Can toussota, gêné. « Alors, euh… est-ce que je peux sortir, maintenant ? »
Lu Yin regarda son disciple. « C’est toi qui vois. »
L’attitude de Lu Yin laissa Hui Can dans le doute. « Grand frère n’a pas l’intention de sortir. Il dit qu’il attend que tu lui donnes ton feu vert, Maître. »
Lu Yin jeta un coup d’œil à la cour, au loin, où Tuo Lin était enseveli sous ses livres. *Hein ? À qui parle-t-il ?*
Lu Yin scruta les environs avec son domaine, mais ne trouva personne.
« Ton grand frère parle souvent tout seul, ces derniers temps ? »
Hui Can se sentait toujours aussi gêné. « Un peu, mais il ne parle pas exactement tout seul. On dirait qu’il… parle à ses livres. »
« Il parle à ses livres ? » Lu Yin était perplexe et ne comprenait pas très bien ce qu’il voulait dire.
Soudain, il pensa aux mille-pattes dévoreurs de parchemins. L’un d’eux aurait-il pu pénétrer dans la Secte des Cieux ? Il écarta vite cette idée : c’était impossible. Si un mille-pattes dévoreur de parchemins se trouvait dans la Secte des Cieux, il l’aurait senti. Et puis, ces insectes ne parlaient pas.
« Depuis combien de temps est-il comme ça ? » Suivez les derniers chapitres sur novelping . com.
« Grand frère parle à ses livres depuis longtemps. On dirait qu’il a lu jusqu’à en perdre la tête, mais dernièrement, ça a empiré. »
« Depuis longtemps ? » Lu Yin hocha la tête. « Emmène ton grand frère faire un tour. Ce n’est pas bon de rester tout le temps dans la Secte des Cieux. »
Hui Can exulta. « Merci, Maître. »
« Prends ça pour vous protéger. » Lu Yin tendit plusieurs objets à Hui Can. Certains étaient pour lui, d’autres pour Tuo Lin. Parmi eux se trouvaient le réseau de boîtes sources de Déchirure du Vide, un squelette d’oiseau, une Alêne du Yin divin et le pieu osseux. Lu Yin n’avait plus besoin de ces objets défensifs.
Dans le mégavers, peu de choses pouvaient vraiment mettre en danger les disciples de Lu Yin. Le pouvoir de prolonger la vie de Sage Yajna avait été utilisé sur Tuo Lin, le rendant assez puissant pour que même des Progéniteurs ordinaires peinent à lui faire du mal. Hui Can était exceptionnellement malin et avait cultivé l’Éternité verdoyante. Même s’il était loin de maîtriser pleinement la technique, ce qu’il en avait appris suffisait largement à tenir tête à des cultivateurs ordinaires.
Seul un puissant au sommet de sa puissance pouvait blesser les deux hommes, et Lu Yin ne pouvait pas les garder enfermés dans la Secte des Cieux pour toujours.
Hui Can était aux anges. Si Lu Yin avait pris la peine de leur préparer lui-même des objets de protection, c’est qu’ils devaient être extraordinaires. Il partit au pas de course.
Peu après, Hui Can revint avec Tuo Lin et lui rapporta les paroles de Lu Yin. Les yeux de Tuo Lin s’illuminèrent. « Nous pouvons sortir ? Je dois aller dire au revoir au Maître. »
Hui Can s’empressa d’intervenir : « Ce n’est pas nécessaire. Le Maître veille constamment sur nous, inutile d’aller lui dire au revoir en personne. »
Tuo Lin se contenta de répondre : « Ah. »
Il jeta un coup d’œil autour de lui et repéra rapidement la direction où se trouvait Lu Yin. Il s’inclina profondément à plusieurs reprises en marmonnant quelque chose, puis choisit avec soin quelques livres qu’il rangea dans son anneau cosmique. Là-dessus, Tuo Lin et Hui Can quittèrent la Secte des Cieux.
Après les avoir regardés partir, Lu Yin quitta enfin la Secte des Cieux à son tour. Il prit la direction des univers de l’Alliance des Cinq Esprits.
Dans un certain univers parallèle, Yan Gang fixait son Nid sous un ciel étoilé et déglutit nerveusement.
À quelque distance se tenaient le Vrai Dieu, le Dieu des Ruines Oubliées et les autres. Le Chien céleste était assis aux pieds du Vrai Dieu et observait la scène avec une curiosité manifeste.
« L’Univers Originel s’est déjà débarrassé de plusieurs mille-pattes dévoreurs de parchemins qui auraient été élevés dans les univers de l’Alliance des Cinq Esprits », rapporta le Dieu sans Ombre.
Le Dieu des Ruines Oubliées eut un petit rire. « Dans ces univers, en dehors de la population locale, il n’y a que les spécialistes techniques envoyés par Lu Yin pour accélérer la production. L’un de ses chercheurs aurait caché un Nid ? »
« Chacun poursuit ses propres intérêts. Cette fois, quelqu’un était animé par un désir de vengeance, mais ce n’était qu’un problème mineur. On l’a déjà arrêté. »
« Cette personne a dû faire preuve d’une grande prudence. Le temps s’écoule cent fois plus vite dans les univers de l’Alliance des Cinq Esprits. Il lui a fallu tout ce temps pour produire un mille-pattes dévoreur de parchemins, sans laisser apparaître aucun autre insecte. Pas étonnant qu’elle soit restée cachée si longtemps », observa calmement le Vrai Dieu.
Le Dieu des Ruines Oubliées ajouta : « Dommage qu’elle se soit fait prendre. Pourquoi quelqu’un d’aussi prudent aurait-il envoyé ses mille-pattes dévoreurs de parchemins dans l’Univers Originel ? »
Le Dieu sans Ombre fronça les sourcils. Aeternus avait subi une cuisante défaite, et la plupart de ses espions humains avaient été arrêtés. Même les derniers hésitaient. Ils faisaient tout leur possible pour ne pas se faire repérer et ne travaillaient plus de tout cœur pour les Éternels. Le Dieu sans Ombre n’avait réussi à recueillir que quelques bribes d’information.
Des orchidées célestes et des orchidées fantômes apparurent autour de la silhouette lointaine de Yan Gang, ainsi que d’autres insectes, comme des drakes lithiques et des lames septétoilées. Tous ceux qui étaient présents gardèrent le silence.
Yan Gang attendait qu’un mille-pattes dévoreur de parchemins émerge.
À l’exception de Cang Xiaoxue, qui se trouvait dans les univers de l’Alliance des Cinq Esprits, Yan Gang était celui dont le Nid progressait le plus vite. Six mois plus tôt, lorsqu’il avait rencontré le Vrai Dieu pour la première fois, Yan Gang était déjà parvenu à produire une orchidée fantôme. Six mois avaient suffi pour qu’il soit désormais certain de pouvoir faire apparaître un mille-pattes dévoreur de parchemins.
Traduit par : OMA
Révisé par : Neshi/Nyxnox
Vérifié par : OMA