Chapitre 3 225
Lu Yin avait rencontré l’ancêtre Lu Yuan, Hongyan Mavis, Gu Yizhi et même Wu Tian. Pourtant, seule l’énergie de mort du Dieu de la Mort lui avait inspiré une crainte sans égale. Ce choc ne venait pas simplement du fait qu’il avait cultivé l’énergie de mort. Il tenait plutôt à la peur inexorable qu’elle suscitait par nature. Cette puissance était profondément ancrée dans les lignées d’innombrables bêtes astrales et nourrie par la mort d’innombrables créatures. Comme son nom l’indiquait, l’énergie de mort était le souffle de la mort.
Tian Feng regarda, stupéfait, la faux du Dieu de la Mort s’abattre. Comment était-ce possible ? Comment ce garçon pouvait-il encore disposer d’autant de puissance ? D’où venait-elle ? Combien de pouvoirs différents cet enfant avait-il cultivés ?
Personne n’aurait pu répondre. Même Monsieur Mu avait été stupéfait par l’incroyable diversité des pouvoirs cultivés par Lu Yin, alors Tian Feng…
L’apparition du Dieu de la Mort était entièrement due à la Formation des Trois Absolus de Tian Feng. Sans l’apport de l’énergie de mort contenue dans cette formation de sourcebox, celle de Lu Yin n’aurait pas suffi à faire apparaître le Dieu de la Mort.
L’attaque venait du Dieu de la Mort.
Le sifflement résonna distinctement aux oreilles de tous. Aussitôt après, les ténèbres envahirent le ciel et formèrent un torrent noir qui fracassa la moitié du sol du Deuxième Fléau. Le ciel s’obscurcit complètement.
L’énergie de mort avait remplacé le ciel, à la stupeur générale.
Tian Ci lui-même en fut ébranlé. Il se rappela un événement d’un passé lointain, lorsqu’il avait combattu le Dieu de la Mort. À l’époque, Tian Ci avait ressenti un désespoir si glaçant qu’il l’avait hanté depuis.
Heureusement, le Dieu de la Mort était déjà mort. Il était mort.
Au-dessus de l’Arbre-mère noir, le Vrai Dieu leva les yeux vers le ciel, le visage partagé.
Il avait autrefois collaboré avec les Gardiens des Frontières pour combattre la Secte des Cieux. Ce fut une période extrêmement difficile. Ils devaient éviter les Trois Royaumes et les Six Voies tout en complotant contre eux et en leur tendant des embuscades. À l’époque, les agissements d’Aeternus ressemblaient beaucoup à la façon dont la Secte des Cieux moderne s’était attaquée aux Trois Piliers et aux Six Cieux, à ceci près que Yong Heng avait dû relever des défis encore plus grands.
Autrefois, les Trois Royaumes et les Six Voies étaient tous au sommet du rang de Progéniteur de la Séquence, et chacun d’eux aurait pu percer à tout instant pour devenir un Ortuser.
Les batailles de cette époque restaient gravées dans la mémoire de Yong Heng.
Le Dieu de la Mort avait sans conteste été l’adversaire le plus redoutable de tous. Pendant ce combat, même le Vrai Dieu avait été ébranlé. La scène du Deuxième Fléau lui était si familière… Cette énergie de mort débordante, capable d’ébranler le monde… Il y en avait assez pour tout ensevelir, même les particules de séquence qui emplissaient l’univers. Sans…
Heureusement, tout s’était finalement terminé et, au bout du compte, le Dieu de la Mort était mort.
Yong Heng promena son regard sur le Fléau. Cette attaque allait achever Tian Feng.
Au pied de l’Arbre-mère noir, le Grand Souverain balaya négligemment le Fléau du regard en se remémorant Petit Noir. Que de souvenirs.
Peu à peu, les ténèbres se dissipèrent, mais l’énergie de mort mettrait du temps à disparaître complètement.
Tous levèrent les yeux vers le ciel. Ils aperçurent Lu Yin, ainsi qu’une autre silhouette : une femme aux longs cheveux, dissimulée sous des bandages qui la recouvraient entièrement. Même son visage était caché. En dehors de ses longs cheveux flottants et de ses yeux brillants, étincelants, on ne distinguait presque rien d’elle. Pourtant, son aura était indéniable et singulière. Une pureté se dégageait d’elle, au-delà de son apparence voilée.
« Flora. » Les yeux de Hongyan Mavis s’injectèrent de sang tandis qu’elle serrait les poings.
Wu Tian et Lu Yuan arboraient tous deux un air grave.
Il n’y avait aucun doute. C’était bien Garan Zhiluo, que Tian Feng venait tout juste de libérer.
Pourtant, la Garan Zhiluo qu’ils avaient sous les yeux ne ressemblait en rien à celle d’autrefois. Jadis, elle avait été la plus belle de toutes, réputée pour être la Beauté du Fleuve Luo.[1] Elle vivait à l’écart du monde et méprisait tout le monde. Même son maître avait affirmé que sa beauté était un don du ciel.
Et maintenant ?
On l’avait écorchée et défigurée. Tian Feng méritait de mourir.
Lu Yin et Garan Zhiluo tournaient le dos au reste du champ de bataille et fixaient tous deux l’avant.
La silhouette de Tian Feng se révéla tandis que les ténèbres continuaient de reculer. Les motifs qui recouvraient sa surface commencèrent à se fissurer, comme une toile d’araignée qui s’étendait à partir d’un point unique.
Le visage de Tian Ci se décomposa.
La voix de Tian En perdit sa douceur habituelle. « Humains, en vous opposant à Tian Feng, vous avez signé votre arrêt de mort ! »
Tian Feng chancela en reculant, tentant de fuir, et poussa un cri strident. « Humains, vous êtes condamnés ! Toute votre espèce sera exterminée ! Vous serez anéantis ! »
Garan Zhiluo écarta largement les bras et fit apparaître une lance blanche. Elle avança en levant son arme, puis l’abattit sur Tian Feng. « On va d’abord vous détruire. Après, on discutera. »
Soudain, son corps se figea. La Formation des Glyphes Tranche-Ciel la maintenait prisonnière.
Lu Yin rangea le bras gauche et la faux du Dieu de la Mort, puis retrouva son apparence normale. Même sa peau, qui avait été flétrie, redevint intacte. Les entraves étaient toujours fixées à ses mains et à ses pieds, mais Lu Yin maîtrisait bien trop de capacités. S’il ne pouvait pas en utiliser quatre, il n’avait qu’à en employer d’autres. Il utilisa Inverser les extrêmes et fit apparaître l’Arène des champions. Au même instant, les étoiles de son univers intérieur tremblèrent. L’énergie de force du Vide, la puissance du Royaume Arboricole, l’essence du Monarque et d’autres énergies jaillirent. Toutes convergèrent sur Tian Feng.
La pierre en resta bouche bée. Tant de pouvoirs ? Qui pouvait bien cultiver un tel mélange hétéroclite de pouvoirs ? C’était impossible. Ce devait être une ruse, ou une sorte d’illusion.
Même prisonnier d’une Formation des Glyphes Tranche-Ciel, Lu Yin invoqua Mo Shang, l’Empereur Pourpre, la Mante religieuse à sept étoiles, Kong Ji et dix-sept autres champions au sommet de leur puissance. Tous chargèrent Tian Feng comme une armée.
La foule innombrable qui assistait à la scène en resta sans voix.
Lu Yin était manifestement seul, et pourtant il avait invoqué une armée d’experts puissants pour attaquer son ennemi. C’était le don inné de la Famille Lu, et il était terrifiant.
D’autres Formations des Glyphes Tranche-Ciel apparurent et emprisonnèrent l’un après l’autre les champions les plus puissants.
Autrefois, Tian Feng n’aurait pas prêté la moindre attention aux attaques de ces faibles, incapables de le menacer. Mais les motifs qui recouvraient sa surface étaient déjà brisés et son corps de pierre se fissurait : Tian Feng ne pouvait plus se permettre de subir le moindre dégât.
La Mante religieuse à sept étoiles déploya ses ailes et vola vers Tian Feng à la vitesse du temps lui-même, avant de brandir une lame.
Privé de particules de séquence, Tian Feng n’avait aucun avantage. En fait, la pierre aurait préféré affronter des experts de la séquence.
Un tintement retentit lorsque la lame de la mante frappa Tian Feng, qui tituba en arrière.
À distance, Kong Ji projeta une Paume du Vide qui percuta Tian Feng et le repoussa de nouveau.
L’Empereur Pourpre avait possédé une puissance immense, comparable à celle du Souverain Dou Sheng lui-même. Mo Shang avait été le premier Progéniteur de la Séquence que Lu Yin avait rencontré, mais cela ne signifiait pas qu’il avait été faible. Il était aussi puissant que Ye Wu et l’Abandonné. Le vieux Mo avait été un véritable expert.
Les dix-sept champions invoqués ne parvenaient pas à blesser Tian Feng le moins du monde, mais quatre d’entre eux élargissaient sans cesse ses fissures.
Tian En battit des ailes, prête à voler au secours de Tian Feng.
Tian Ci s’élança lui aussi.
Tous deux furent bloqués et tenus à distance.
Dans cette seule bataille, Forme des deux lames était morte, Di Xia était mort, et le dernier des Cinq Anciens était mort. Mais tout cela n’avait pas suffi. Di Qiong était mort, mais même cela n’avait pas suffi. Tian Feng devait mourir.
Garan Zhiluo parvint à dissiper la Formation des Glyphes Tranche-Ciel qui la retenait, puis brandit sa lance. Elle frappa le corps de Tian Feng et élargit les fissures déjà présentes.
Lu Yin réussit lui aussi à se libérer de la formation de sourcebox qui l’emprisonnait, puis se rua sur Tian Feng.
Tian En cria : « Humains, voulez-vous vraiment combattre les Gardiens des Frontières jusqu’à la mort ? »
Hongyan Mavis renifla avec un mépris manifeste. « Vous voulez implorer notre pitié, maintenant ? Trop tard ! Je vais être claire : l’Anura astrale a tué Tian Fa, et nous l’avons aidé. Nous sommes également impliqués dans sa mort. Qu’est-ce que vous pouvez y faire ? »
Tian En tressaillit. « L’Anura astrale ? C’est impossible. »
« Qu’est-ce qui est impossible ? Vous croyez que ce n’est qu’un crapaud ordinaire ? » ricana Hongyan Mavis. Même à cet instant, alors que les Gardiens des Frontières étaient dans une position si défavorable, la femme ne pouvait s’empêcher d’entraîner l’Anura astrale dans cette histoire.
Tian En ne se souciait plus de la façon dont Tian Fa était mort. Tout ce qu’elle voulait, c’était sauver Tian Feng.
Mais elle en était incapable. Tian Ci non plus.
« Yong Heng, Tian Feng ne peut pas mourir ! » Tian Ci s’adressa pour la première fois au Vrai Dieu. Le visage de cet homme à l’apparence juvénile était terriblement sombre.
Les experts qui attaquaient Tian Ci ne lui laissaient aucune chance d’aider Tian Feng.
Au-dessus de l’Arbre-mère noir, le Vrai Dieu plissa les yeux. « Je ne peux rien faire. »
Le Dieu sans Blancs était déjà apparue, forcée de se montrer, et combattait actuellement Lu Tianyi. À moins que le dernier des Trois Piliers d’Aeternus ne fasse son apparition, il n’y avait aucun moyen de renverser la situation.
Lu Yin resta sur ses gardes, s’attendant à voir apparaître le dernier des Trois Piliers, mais cette personne ne se montra jamais. Son absence le laissa perplexe.
Plus cette mystérieuse personne tardait à se montrer, plus Lu Yin se méfiait.
« Humains, vous commettez un crime impardonnable ! Vous le regretterez ! Vous ne pouvez pas me tuer ! C’est une rébellion ! » Tian Feng continuait d’esquiver les attaques.
La lance de Garan Zhiluo s’abattit sur la silhouette de Tian Feng, projetant la pierre au sol et creusant un immense cratère.
Lu Yin chevauchait la Mante religieuse à sept étoiles, à la poursuite de Tian Feng, et lui écrasait le pied sur le corps. Il tenait dans une main l’épée reçue du Dieu immortel, celle dont il s’était servi pour tuer Mo Shang, et déclara : « Plus d’une personne m’a accusé de rébellion, et je les ai tous écrasés, tôt ou tard. Qui est au sommet, qui est en bas ? S’il y a bien quelqu’un au-dessus de vous, c’est l’humanité. »
Sur ces mots, il abattit l’épée.
Les yeux exorbités, Tian Ci assista à l’exécution.
Tian En hurla : « Monarque du Dao Lu, épargnez-le ! »
Elle arriva trop tard. L’épée de Lu Yin transperça Tian Feng et, dans un craquement sec, le réduisit en miettes.
Lu Yin baissa les yeux, curieux de découvrir ce qu’avait réellement été Tian Feng. Cet être avait eu l’apparence d’une sourcebox, mais si c’en était une, quelque chose aurait dû se trouver scellé à l’intérieur.
Le tuer revenait-il à la déverrouiller ?
C’était peut-être la séance de déverrouillage la plus difficile de l’histoire.
Le combat s’interrompit tandis que tous tournaient les yeux vers les pieds de Lu Yin.
Tian Feng était-il mort ?
Un Gardien des Frontières, un Ortuser, venait-il vraiment de mourir ?
C’était le premier Ortuser dont quiconque se souvenait de la mort.
Tian Feng avait atteint le Royaume de l’Origine et s’en était même pris au Progéniteur Originel, à qui il avait tranché les mains. À cet instant, tous avaient l’impression d’assister à la fin d’une légende. C’était comme voir un mythe s’effacer.
La chute d’une légende annonçait inévitablement l’ascension d’une autre.
À cet instant, la silhouette de Lu Yin s’imprima dans la mémoire de tous, même dans celle de Tian Ci.
Le visage de l’homme était d’un calme terrifiant tandis qu’il fixait Lu Yin. En cet instant, Tian Ci n’était pas seul : il représentait le regard de tous ceux de son mégaverse.
Quelqu’un avait fait quelque chose de semblable dans le passé, mais cela s’était terminé en tragédie.
Plus Lu Yin s’élevait et plus sa légende grandissait, plus son destin final serait tragique.
Cet homme avait brisé les chaînes du ciel.
Tian Feng était différent de tous les autres.
Tian Fa pouvait mourir, tout comme Tian En. Tian Ci lui-même pouvait mourir, mais pas Tian Feng. Malheureusement, il était trop tard.
Lu Yin baissa les yeux. Le corps de Tian Feng s’était brisé, révélant une épée : une épée rouge sang à la forme étrange.
Dès qu’il posa les yeux dessus, les pupilles de Lu Yin se réduisirent à deux minuscules points.
Il avait déjà vu cette épée, au Royaume Mirari. À la mort de Tian Fa, une silhouette rouge sang était apparue. Il y avait eu à la fois une silhouette et une épée. Cette silhouette avait été capable de tuer Hongyan Mavis et l’Anura astrale sans leur laisser la moindre chance de riposter. Lu Yin avait lui aussi été abattu d’un seul coup d’épée, qui lui avait tranché le corps et les os. À cet instant, le désespoir l’avait submergé, tandis que cette silhouette rouge sang ne faisait que jouer avec lui.
Sans le Flux lumineux, Lu Yin serait très probablement mort à cet instant-là.
L’épée de cette silhouette rouge sang était exactement semblable à celle qui se trouvait devant Lu Yin.
Lu Yin fixa l’épée, hébété, tandis qu’un frisson incontrôlable le parcourait de la tête aux pieds et le clouait sur place. Il leva brusquement les yeux vers le ciel, comme s’il pouvait voir une paire d’yeux s’ouvrir pour le regarder, esquisser un sourire étrange et lui faire signe de se taire.
Quelque chose bougea à ses pieds et, lorsqu’il baissa de nouveau les yeux, l’épée avait disparu.
1. Référence à la tradition classique chinoise : la déesse Luo Shen incarne un idéal de beauté et de grâce féminines, symbolisant la pureté et la perfection. Le Fleuve Luo est souvent présenté comme un lieu sacré ou mystique, une frontière entre le monde des mortels et le royaume divin. Il devient ainsi une métaphore puissante de la beauté inaccessible ou de la fugacité de la vie. Dans un nom comme celui-ci, le Fleuve Luo évoque donc non seulement la beauté physique, mais aussi une grâce profonde, presque divine, qui se distingue de l’ordinaire. ☜