Chapitre 47
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Traducteur/Correcteur : Arsène
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◈ Le printemps ne vient jamais aux champs dérobés ◈
Chapitre 47 : Provocation (3)
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Crac.
Les éclats de verre se répandirent sur le sol dans un grand fracas.
Les convives des autres tables, qui bavardaient bruyamment, se tournèrent tous vers nous.
Luna me regardait, Celia et moi, bouche bée et le visage vide.
Ses yeux tremblants m’en disaient plus que des mots.
Mais je ne pouvais rien dire pour l’instant.
Si je reconnaissais que Celia mentait, je lui avouerais de fait que j’étais Yuwol.
Celia s’adressa à Luna d’un ton compatissant.
« Oh là là. Luna, ça va ? Tu as dû avoir une sacrée peur~ »
Celia se leva et s’approcha lentement de Luna.
« Tu aurais dû faire plus attention. »
Elle se pencha et ramassa un éclat de verre.
« C’est dangereux, Héroïne. Le personnel peut nettoyer… »
Je m’adressai à Celia.
Bien sûr, les morceaux tranchants étaient dangereux, mais voir ces deux-là se rapprocher me mettait aussi terriblement mal à l’aise.
« Ma précieuse tasse est cassée, maintenant. »
Comme je m’y attendais, Celia s’était coupée avec un éclat. Une goutte de sang perla au bout de son doigt.
« … Je suis désolée. »
Luna avait enfin repris ses esprits, semblait-il, car elle s’excusa la première.
Celia se plaça derrière sa chaise et déposa doucement l’éclat sur la table, devant elle.
« Je… déteste vraiment que les gens manipulent mes affaires sans faire attention. »
Une fine trace rouge du sang de Celia marqua la nappe blanche.
« Quand on emprunte quelque chose, la moindre des choses, c’est de le rendre propre et intact… non ? »
Elle parlait de la tasse, pas vrai ?
Je voyais les mains de Luna trembler.
Depuis le mensonge de Celia, Luna semblait à moitié absente.
Elle n’avait plus rien de son audace habituelle.
« Comme c’est un jour particulier, je. vais. te. pardonner. pour cette fois, d’accord ? »
Celia posa une main sur l’épaule de Luna.
En temps normal, il était impensable que Luna laisse Celia la toucher.
D’ordinaire, elle lui aurait volontiers fait dégager la main.
Luna ne répondit pas. Elle baissa simplement la tête et fixa la tasse brisée.
« … Je vais y aller… »
Luna se leva brusquement.
Elle ne se soucia pas de Celia, qui se tenait derrière elle. Sans même se retourner, elle quitta le terrain d’entraînement en courant.
« Mademoiselle… ! »
Je me levai pour la suivre, mais Celia me retint.
« Sirius, pourquoi ne vas-tu pas la réconforter quand tout ça sera terminé ? »
Sa voix était calme, mais je voyais bien qu’elle ne voulait pas me laisser partir.
La sortie précipitée de Luna avait déjà plongé le terrain d’entraînement dans le silence.
Tout le monde, aux autres tables, nous observait, Celia et moi.
Je me dis que courir après Luna maintenant ne ferait que me rendre encore plus suspect.
« … D’accord. »
Ah… J’espère que Luna va bien…
Je me rassis, mais je n’arrivais pas du tout à suivre la conversation.
Je ne pensais qu’à aller voir Luna au plus vite.
« … Sirius. Tu m’écoutes ? »
Celia me posa la question en faisant la moue.
J’avais été trop occupé à réfléchir à la façon d’expliquer les choses à Luna pour entendre ce qu’elle disait.
« Désolé. Tu disais quoi ? Haha. »
Je souris, gêné.
« Tu es spécialiste en magie, pas vrai, Sirius ? »
« Oui, c’est ça. »
« Comment as-tu appris la magie ? »
Je m’attendais à cette question aujourd’hui, alors Luna et moi avions préparé notre histoire.
« J’ai… appris en écoutant en cachette les leçons de magie de Dame Luna. »
Celia plissa les yeux.
« Tu as atteint ce niveau en écoutant des leçons en cachette ? Jusqu’à devenir candidat au Parti du Héros ? »
Présenté comme ça, ça semblait effectivement un peu ridicule.
Si Arin ou Alfonso, qui partageaient ma spécialité, l’apprenaient, j’avais l’impression qu’ils me donneraient une tape derrière la tête.
« Pas exactement. Le comte Iaros a remarqué mon talent par hasard et m’a donné ma chance. »
« Je vois. »
Ce n’est qu’alors que Celia eut l’air un peu moins méfiante.
« Donc, tu as commencé à apprendre la magie après être entré au service de la Maison Iaros ? »
« C’est ça. »
Arrête de poser autant de questions. Je n’avais pas inventé de passé détaillé.
La place de Luna étant libre, Alfonso traversa la salle pour rejoindre notre table.
« Salutations, Héroïne. »
« Bonjour, Alfonso. »
« Puis-je me joindre à vous ? Il y a une place libre. »
Après le départ de Luna, le personnel avait déjà entièrement débarrassé sa place.
« Bien sûr. »
Celia accepta sans hésiter.
Alfonso s’assit, marqua un instant d’hésitation, puis me demanda :
« … Luna va bien ? »
Il devait s’inquiéter de voir l’un des membres de son Parti partir en courant, aussi pâle.
« Probablement… »
Je n’en étais pas certain non plus.
« Elle avait l’air vraiment mal en point. Il s’est passé quelque chose ? »
J’allais répondre quand Celia prit la parole avant moi.
« Elle a dit qu’elle ne se sentait pas très bien. »
« Pourtant, elle allait parfaitement bien hier. Elle a peut-être attrapé froid. Hmm… »
Raven, qui avait jusque-là siroté son thé en silence, prit la parole pour la première fois.
« Luna est contrariée, oui. »
… Pourquoi être restée silencieuse tout ce temps pour sortir une remarque inutile maintenant ?
« Pardon ? »
Alfonso me questionna du regard, mais je levai les deux mains et secouai la tête.
« Non, non. Raven dit parfois des choses qui n’ont aucun sens… Haha… »
À mon explication, il hocha la tête, incertain.
Raven cligna des yeux en me regardant.
Tu ne pourrais pas simplement te taire ?
« Alfonso, depuis combien de temps apprends-tu la magie ? »
Celia lui posa la même question qu’à moi tout à l’heure.
« Sous la tutelle de mon père, je crois que j’ai commencé à cinq ans. Ou six ? »
Ça faisait donc au moins dix ans qu’il l’apprenait.
Le mana pur que je percevais chez lui ne pouvait pas être celui de quelqu’un qui n’avait fait que s’essayer à la magie pendant un an ou deux.
« Hmm~ Impressionnant. Alors, laisse-moi te poser une question. »
« Je t’écoute. »
« À ton avis, est-il vraiment possible pour quelqu’un d’apprendre la magie en trois ans et d’entrer dans cette classe ? »
Alfonso sourit, comme s’il se demandait pourquoi elle posait une telle question.
« Je dirais que c’est presque impossible. »
« Tu en es sûr ? »
Il se caressa le menton.
« Ça va sembler prétentieux, mais partout où j’ai étudié, on me traitait de prodige. »
Alfonso but une gorgée de thé.
« Parmi des centaines de candidats mages, personne n’a obtenu d’aussi bons résultats que moi. »
Celia hocha la tête.
« Pour un humain, atteindre un niveau proche du mien en seulement trois ans… Il n’y a, j’imagine, que deux possibilités. Soit c’est un génie hors pair, soit ce n’est pas un humain de ce monde. »
« Et si quelqu’un comme ça existait ? »
Celia me jeta un coup d’œil.
J’aurais dû suivre Luna… C’était la seule chose qui me venait à l’esprit.
« … C’est vrai, Sirius ? »
Alfonso se rembrunit.
« Tu as vraiment atteint ce niveau avec seulement trois ans d’entraînement… ? »
« C-c’est vrai, mais je suis dernier de la classe. Comparé à toi, Alfonso, je ne suis qu’un idiot bon à rien… »
Pour la première fois, je me dis qu’il y avait peut-être un avantage à être dernier de la classe.
« C’est impossible… »
Alfonso marmonna en me fixant.
Je sentis son regard changer.
Jusqu’à cet instant, il semblait m’avoir considéré comme le simple serviteur de Luna. Mais maintenant, ses yeux exprimaient…
De la rivalité.
C’était le mot qui convenait le mieux.
Comme nous partagions la même spécialité, il avait dû décider que je menaçais sa position.
Non… Ça ne m’intéresse pas… Rejoindre le Parti du Héros me conduirait à ma perte, de toute façon… Je ne peux même pas le dire… Merde…
« Si ce qu’Alfonso dit est vrai, c’est incroyable, Sirius ! »
À côté de moi, Celia ajouta un compliment qui ne m’aidait pas du tout.
« Dans ce cas, tu deviendras incroyablement puissant si tu t’entraînes ici encore trois ans. »
Plus Celia me complimentait, plus le visage d’Alfonso se déformait.
… C’est un malentendu. S’il vous plaît, rivalisez plutôt avec Arin…
Je sentis une autre flèche se tourner vers moi.
* * *
Ha… Ha…
Je courus jusqu’à en avoir le souffle coupé.
La nausée me remontait dans la gorge.
Cette salope d’Héroïne et Sirius… s’étaient promis un avenir ensemble… ?
Mes mains n’arrêtaient pas de trembler.
À l’instant où j’avais entendu les paroles de l’Héroïne,
j’avais imaginé Sirius se marier avec elle.
Elle, dans une robe blanche. Sirius l’accueillant avec un sourire heureux.
Leurs ombres se mêlant tandis qu’ils se promettaient un amour éternel.
Je n’étais pas dans cette scène.
J’avais l’impression que mon cœur se déchirait.
Était-ce ainsi qu’on se sentait quand on vous tailladait le cœur à coups de lame ?
J’avais fui pour ne pas montrer une jalousie aussi laide ni ma faiblesse devant l’Héroïne, mais dès que je fus certaine d’être seule, je ne pus plus maîtriser mes émotions.
Non. Non. Non. Non.
Et si Sirius réussissait à dépouiller Celia de son titre d’Héroïne, puis disait qu’il retournait auprès d’elle ?
Et s’il me laissait derrière lui en disant qu’il devait tenir sa promesse ?
Et s’il disait que sa mission était terminée et me demandait de le renvoyer ?
Si c’était vraiment ce que Sirius voulait… alors, moi…
Les larmes me coulèrent sur le visage.
J’aurais voulu que quelqu’un m’arrache à cette douleur.
Ah… Comment cette Magie innée pouvait-elle être aussi cruelle… ?
Sirius…
Dans un coin ensoleillé de la pièce, j’enfouis le visage dans mes genoux.
Le beau temps semblait se moquer cruellement de moi.
Notes de bas de page :
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