Chapitre 0
Traductions WeTried
Traducteur/Éditeur : Arsène
Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>
◈ Le printemps ne vient jamais dans les champs volés ◈
Chapitre 0 : C’était l’été.
──────
C’était l’été de mes dix-sept ans.
Homeron, le village où je vivais, n’était qu’un hameau minuscule, très loin de la capitale.
Le village comptait moins d’une centaine d’habitants. C’était le genre de village agricole qu’on trouvait dans n’importe quelle région rurale.
Et dans une petite chaumière de ce petit village vivait une famille heureuse.
« Yuwol… ! Yuwol… ! »
Cette voix m’était familière. Ce ton traînant trahissait son mécontentement. Ce ne pouvait être qu’elle.
« Ah… On avait convenu de faire la grasse matinée le week-end… »
— C’est vrai, mais il est déjà trois heures de l’après-midi ! Debout !
Je me redressai en me frottant les yeux, puis me grattai la tête, les cheveux en bataille.
Celia.
Ma seule amie, et la personne à qui j’étais le plus reconnaissant au monde.
J’avais été un orphelin sans personne au monde, mais grâce à elle, j’étais devenu un membre de cette famille.
« Je me lève, alors tu pourrais baisser d’un ton… Désolé… »
Quand nous étions petits, nous nous entendions bien et elle m’écoutait sans se plaindre. Mais à présent, nous avions dix-sept ans, l’âge des grandes turbulences.
Moi aussi, j’avais changé, mais elle était devenue plus froide qu’avant. Pour une raison ou une autre, elle s’emportait aussi beaucoup plus souvent contre moi.
« Tu m’as promis de venir en ville avec moi aujourd’hui et de m’aider à choisir des vêtements ! À ce rythme, la journée sera terminée avant que tu te décides à bouger ! »
Ah… C’est vrai. Maintenant que j’y pensais, j’avais accepté de sortir avec elle aujourd’hui, alors que je ne quittais presque jamais la maison.
« Attends un peu. Je vais me débarbouiller et j’arrive. »
Il n’y avait qu’une seule raison pour laquelle quelqu’un comme moi, qui détestait sortir et faire des efforts, l’accompagnait.
J’aimais Celia.
C’était bien naturel. Elle tenait de sa mère, avec sa peau claire, ses cheveux blond lumineux et ses grands yeux. Elle était belle en tout point.
Enfants, je ne l’avais vue que comme une amie proche. Mais quand j’étais devenu adolescent, je m’étais mis à la regarder autrement, comme n’importe quel garçon de mon âge.
La façon dont elle me regardait de ses yeux boudeurs quand je me levais. La façon dont elle m’essuyait le visage quand je me salissais en mangeant.
Et surtout, la façon dont elle avait tendu la main à l’enfant abandonné que j’étais en me disant : « Viens avec moi. »
J’aimais tout chez elle.
Ces derniers temps, elle râlait contre moi sur un ton un peu sec, mais je voulais qu’elle ne réserve ces paroles qu’à moi.
Et une fois adultes, j’espérais pouvoir lui avouer mes sentiments et bâtir une petite maison rien qu’à nous, à Homeron.
Nous n’aurions peut-être pas une vie aisée, mais je voulais passer chaque jour heureux à ses côtés.
Puis, comme toujours, la foudre s’abattit par ciel serein.
Homeron ne comptait que trois boutiques de vêtements.
Deux vendaient des habits pour les villageois, tandis que la dernière recevait parfois des articles démodés qui avaient fait leur chemin depuis la capitale.
Le passe-temps de Celia consistait à dénicher, parmi ces vieilleries, des vêtements au moins portables.
Je restais toujours à l’arrière, à me demander quand nous pourrions enfin rentrer.
« Yuwol, qu’est-ce que tu penses de celui-là ? »
« Il est joli. »
« Yuwol, et celui-ci ? »
« Celui-là aussi est joli. »
J’avais vécu toute ma vie dans ce petit village. Je n’y connaissais rien en vêtements.
Et avec l’expérience, j’étais arrivé à une conclusion : dire que quelque chose était joli mettait fin aux achats plus vite que de donner mon avis sincère.
« Oui, celui-là aussi est joli. »
Je répondis par habitude, mais elle avait apparemment remarqué que je n’avais même pas regardé.
« Waouh, comment tu peux dire qu’il est joli alors que tu regardes par la fenêtre ? Notre Yuwol doit trouver le temps joli, c’est ça~~~ ? »
Je sentis une sueur froide me couler dans le dos.
« Mais si, j’ai regardé… Je l’ai regardé. Allez, Celia, tu me connais. Et puis, une beauté comme toi serait jolie dans n’importe quoi. »
Je lui adressai un sourire gêné et cherchai des excuses. Elle savait clairement que je mentais, mais le compliment ne sembla pas lui déplaire. Le coin de sa bouche se releva légèrement.
« Et celui-là, alors ? »
Avec un grand sourire, elle brandit une culotte en dentelle noire.
Elle la plaqua légèrement contre elle, et ce fut un peu trop stimulant pour le moi de dix-sept ans.
Je sentis mes pupilles trembler.
« Euh… Hum… Euh… En fait, ça te va bien… ? »
Ma pensée sincère m’échappa avant que je puisse la retenir.
« Perverti… »
Elle me lança un regard empreint d’un soupçon de mépris, reposa la culotte et sortit de la boutique.
« Il n’y avait encore rien de bien aujourd’hui… Ah… Il faut vraiment que je réussisse dans la vie et que je m’installe un jour dans la capitale. »
« Et comment tu comptes réussir dans la vie et aller jusqu’à la capitale ? Hé hé. »
« Je disais ça comme ça. Tu es obligée de le formuler comme ça ? »
« Quand tu auras réussi, n’oublie pas de m’emmener avec toi ! »
« Quoi ? Bien sûr que tu viens avec moi ! »
Celia me répondit avec un sourire.
Sur la colline, en rentrant chez nous, nous tombâmes sur un spectacle tout à fait incongru.
Des soldats en armure blanche. Un chevalier d’âge mûr, en armure rouge et à cheval, qui semblait être leur commandant, nous barrait le passage.
C’était clairement un noble ou un chevalier impérial, quelqu’un qui n’aurait jamais dû se trouver dans ce village.
Celia me prit la main.
« Yuwol… »
Je lui serrai la main, puis la fis passer derrière moi.
Après avoir pris une inspiration, je rassemblai un courage que je n’avais pas et demandai :
« Qu’est-ce que cela signifie ? »
Le chevalier en armure rouge mit pied à terre et me fixa de ses yeux froids. Non, à vrai dire, il regardait Celia, derrière moi.
« Êtes-vous Celia Aristine ? »
Comme si je n’existais pas, il ne s’adressa qu’à Celia.
Elle hocha la tête. Je sentis sa main trembler.
« J’ai demandé ce que cela signifiait… ! »
« Je n’ai pas à répondre à quelqu’un d’aussi insignifiant que toi. Celia Aristine, ceci est un décret impérial. Vous avez été désignée Héroïne de cette génération. Par la volonté de l’Empire d’Ibellis, vous devez éradiquer le Roi Démon. »
Il avait énoncé une absurdité avec un tel sérieux que nous restâmes tous les deux figés, stupéfaits, à nous regarder.
Celia prit la parole, déconcertée.
« M-Moi ? Une Héroïne… ? C’est impossible ! »
« Prétendez-vous défier un décret impérial ? »
Le chevalier haussa un sourcil, comme mécontent.
« Non ! Non, ce n’est pas ça ! Je n’ai aucune capacité… »
« N’ayez crainte. L’Empire préparera tout ce qui sera nécessaire pour que vous puissiez éradiquer le Roi Démon. Comme les Héros qui vous ont précédée, vous deviendrez la guerrière la plus puissante grâce à notre entraînement et vous accomplirez votre mission. »
C’était ridicule.
La Celia que je connaissais n’avait aucune aptitude sportive, aucun talent pour la magie et ne brillait que dans les tâches ménagères. L’emmener et la proclamer Héroïne avait encore moins de sens que de faire de moi le Héros.
Quoi que j’en pense, le chevalier poursuivit :
« Nous avons déjà tout expliqué à vos parents. Ils nous ont demandé de vous dire de ne pas vous inquiéter et de partir. Bien entendu, nous leur avons également versé une compensation à la hauteur de vos services. »
C’était impossible. Ses parents, qui étaient pour moi comme de vrais parents, aimaient Celia plus que tout au monde.
Ils ne l’auraient jamais laissée partir aussi facilement.
Alors que Celia restait là, désemparée, il enfonça le clou :
« Si vous refusez malgré ces explications, toute votre famille pourrait être massacrée pour avoir défié un décret impérial. Que décidez-vous ? »
Ces mots semblèrent ramener Celia à la réalité. Elle me jeta un coup d’œil, puis répondit d’une voix calme :
« J’accepte. Je ne comprends pas ce que signifie être une Héroïne, mais je me soumettrai à la volonté de l’Empire. »
« Q-Quoi ? Celia, attends ! »
Je fus sous le choc de la voir accepter sans même qu’on en ait vraiment discuté.
Je n’avais aucune idée de ce qui pouvait lui arriver, et pourtant elle venait d’accepter. J’en eus la tête qui tourna.
« Sage décision. Nous partons donc immédiatement pour la capitale. Sa Majesté l’Empereur vous attend. »
Le chevalier s’apprêtait déjà à partir.
« Pourriez-vous m’accorder un instant ? Je voudrais faire correctement mes adieux avant de partir. »
Il eut l’air contrarié, mais hocha la tête et lui dit de faire vite.
Celia m’entraîna dans un bosquet, à quelque distance de là.
« Qu’est-ce qui te prend ? Pourquoi as-tu dit que tu partirais tout de suite ? »
« Si je refuse, toi et ma famille allez tous mourir. Ces gens sont sérieux. Tu ne le vois pas ? »
« Quand même… »
Comme si nous manquions de temps, elle m’interrompit :
« Quand j’aurai fini ce que j’ai à faire dans la capitale, je reviendrai, c’est sûr. Non, même si je n’ai pas terminé, je reviendrai dès que j’en aurai l’occasion. Tu peux supporter qu’on soit séparés un petit moment, pas vrai ? »
Je m’apprêtai à protester, mais son expression me fit taire.
Ses yeux bleus débordaient de larmes.
« Alors, je peux attendre. Mais ne te fais pas mal et prends bien soin de toi. »
Je la pris dans mes bras. Je sentis mes vêtements se mouiller de ses larmes.
« Yuwol, tu sais… Tu dois m’attendre, d’accord ? Ne va pas t’amuser avec une fille après l’autre juste parce que je suis loin. »
« Où est-ce que je trouverais des filles, ici ? »
Sans un mot, elle me regarda, rapprocha son visage du mien et ferma les yeux.
Sur la pointe des pieds, elle posa ses lèvres sur les miennes.
J’eus l’impression que mon cerveau s’était arrêté. Qu’est-ce qui venait de se passer ?
Mais je n’eus qu’un instant pour savourer cette sensation. Les soldats l’emmenèrent aussitôt et l’aidèrent à monter à cheval.
« En route. »
À ces mots du chevalier, les soldats se mirent en marche.
Sur son cheval, elle se retourna, me sourit et me fit signe de la main.
Mon cœur me faisait atrocement mal, mais je lui rendis son signe en affichant le sourire le plus éclatant possible.
Après être resté longtemps à fixer l’endroit où elle avait disparu, je repris péniblement le chemin de la maison.
Quoi qu’il se soit passé, les parents de Celia ne l’auraient jamais laissée partir aussi facilement. J’étais décidé à leur demander ce qui s’était passé.
Puis, au moment où j’ouvris la porte, je me figeai d’horreur.
Une nausée incontrôlable me remonta dans la gorge.
Le tapis brun était couvert de rouge, et leurs têtes pendaient au-dessus de la cheminée.
Mais le malheur qui s’abattit sur moi à dix-sept ans ne s’arrêta pas là.
Notes de bas de page :
Rejoignez notre Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>