Chapitre 78
Le dîner s’est déroulé aussi bien que possible. L’atmosphère était lumineuse et amicale. Même s’ils n’avaient pas oublié leurs manières et n’étaient pas rudes envers Sol, il savait qu’il était déjà beaucoup plus proche d’eux.
La vérité était que, à son niveau actuel, il était impossible de gagner une guerre seul. Il lui fallait des soldats. Il lui fallait des généraux. Il lui fallait beaucoup de choses et ce n’était là que la première étape parmi tant d’autres.
Il ne fallut pas longtemps pour que le dîner se termine et que les invités s’en aillent. Chacun d’eux se présenta à lui en donnant ses titres et son nom avec le plus grand respect. Ils avaient vu de quoi il était capable et ne le sous-estimaient pas.
Finalement, les seuls encore présents étaient la famille Highland et Sol avec Milia et Setsuna.
« Votre altesse, comment s’est passé le dîner ? »
À sa droite, le duc demanda avec un sourire tranquille.
« Je dois admettre que c’était étrangement intéressant. Je vous remercie pour cette invitation. »
« Ohohoh~ ! Ce vieux monsieur est vraiment heureux si cela vous a plu. »
Sol répondit par un sourire affable et attendit que ce vieil homme termine ses pensées.
« Alors, votre altesse, puis-je demander une entrevue entre nous deux ? J’aimerais discuter de questions importantes. »
En disant cela, il se leva de son siège et se pencha légèrement.
N’ayant aucune raison de refuser puisque c’était son objectif, Sol hocha la tête sans souci et fit signe à Milia et Setsuna de ne pas le suivre avant de se lever et de suivre le duc.
Il ne fallut pas longtemps pour que les deux quittent la zone.
Maintenant seul, Athéna se tourna vers Setsuna et Milia qui restaient immobiles. En plissant un peu les yeux, elle demanda : « Setsuna, c’est ça ? Je n’aurais jamais pensé que tu étais la reine des gladiateurs. Je me souviens avoir invité ta fausse personne pour servir l’armée. Mais j’ai été froidement refusée. Je pense comprendre pourquoi maintenant. »
Elle n’était pas la seule. Setsuna, la reine des gladiateurs, était une personne exceptionnelle. Elle avait clairement le talent pour atteindre un niveau proche du plus haut possible sans trop de difficulté. Seul le temps était nécessaire. En tant que telle, elle avait reçu des invitations de pratiquement tous les ducs et marquis.
Malgré cela, elle les avait toutes rejetées. Personne ne savait pourquoi et certains avaient même essayé de l’éliminer à cause de cela, mais ils n’avaient pas pu déterminer sa véritable identité.
Mais maintenant, Athéna comprenait. Comment un guerrier d’un tel calibre pouvait-il accepter de travailler pour un noble alors qu’elle était déjà la chevalière du futur roi ?
Setsuna, en entendant cela, dut fouiller dans sa mémoire avant de se rappeler de ce dont Athéna parlait.
« Je ne me souviens pas vraiment de ta lettre en particulier. J’ai été et je serai toujours fidèle à Sa Altesse. Donc, j’ai simplement refusé toutes ces invitations en bloc. »
Bien sûr, elle n’avait pas toujours été aussi loyale envers lui. Au début, elle pensait simplement à l’utiliser et à obtenir la protection de la famille royale ainsi qu’une rampe de lancement pour sa vengeance.
Mais, ce jour-là, lorsqu’ils rencontrèrent Edea pour la première fois. Ce moment où il se tenait devant elle alors qu’elle était paralysée par la peur et incapable de bouger. Ce moment, cette instant, en regardant son dos petit, tremblant mais ferme, il devint son soleil.
Il devint la lumière qui illuminerait son chemin, alors qu’il était enveloppé d’obscurité et de haine.
Depuis ce jour, elle commença à l’observer, ses actions, ses pensées, ses paroles. Tout était éblouissant pour elle. Son béguin se transforma lentement en un amour et une loyauté féroces au fil des années.
Les loups étaient l’une des créatures les plus loyales qui soient et les loups-garous ne faisaient pas exception. C’était aussi l’une des raisons pour lesquelles la trahison de son oncle prit tout le monde par surprise.
Les loups ne trahissent pas.
« … Setsuna… ? »
Elle fut ramenée à la réalité par la voix de Milia. Esquissant un sourire faible, elle fit signe que tout allait bien.
Athéna regardait pensivement Setsuna pendant un moment avant de sourire vivement.
« Je t’aime bien. Si j’avais encore assez de capacité pour accepter un nouveau partenaire, je me serais sûrement battue avec Sol pour toi. »
Son sourire était pur et brillant, sans la moindre trace de sarcasme ou de mauvaises intentions. En la regardant ainsi, Setsuna lui rendit aussi un sourire.
« Même si tu avais assez de capacité, je ne t’aurais jamais choisie. Ma seule et unique maîtresse est Sa Hauteur. Personne d’autre. »
C’était sa pensée sincère et Athena, en entendant ces mots, ne s’offusqua pas mais se mit plutôt à rire aux éclats. Un rire de pur bonheur.
Dans son esprit, si l’on voulait juger quelqu’un, il fallait observer les personnes qui l’entourent. Après tout, qui se ressemble s’assemble. Elle pouvait déjà juger que la servante à côté de Sol lui était aussi d’une loyauté farouche.
Si quelqu’un pouvait obtenir une telle dévotion pure, c’était soit un maître dans la manipulation des gens, soit des personnes dignes d’être amies.
« Votre hauteur, je deviens encore plus curieuse à votre sujet. »
C’était la première fois qu’elle montrait de l’intérêt pour quelqu’un du sexe opposé. S’il le savait, le Duc pleurerait de joie tout en maudissant tout l’argent qu’il perdrait à cause de la pari qu’il a fait.
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Pendant que la discussion se poursuivait dans la salle à manger, le Duc, inconscient de sa possible future perte, versait dans l’un des liqueurs les plus coûteuses en sa possession à Sol avant de finalement prendre place lui aussi.
Ils se trouvaient dans un endroit différent de celui où il les avait espionnés en train de discuter. C’était un lieu douillet avec une musique douce en fond et une cheminée réchauffant la pièce.
« Ce liqueur a été spécialement créée par les nains, qui sont les plus grands maîtres dans ce domaine. J’ai dû dépenser une somme assez importante de pièces d’or juste pour obtenir une partie de cette collection. Elle s’appelle un rêve éternel. »
« Rêve éternel ? »
« En effet. C’est un mélange spécial. Les effets sont plutôt extrêmement puissants. On dit qu’un ogre serait à terre après avoir bu un verre plein. Qu’en penses-tu ? Veux-tu défier ce vieux en combat de boisson ? Et si on ajoutait une mise ? »
« …Quel genre de pari ? »
« Si tu gagnes, je céderai à l’une de tes demandes, tant qu’elle ne met pas ma maison en danger. Si tu perds, la même condition s’applique à moi. Qu’en dis-tu ? Veux-tu parier avec ce vieux ? »
Voyant l’expression sérieuse du prince, Tyr hocha la tête avec approbation. Au moins, le prince n’était pas quelqu’un de frivole.
Ce qu’il ne savait pas, c’était que Sol affichait une telle expression sérieuse parce qu’il faisait de son mieux pour ne pas éclater de rire.
Les dragons étaient des êtres immunisés à peu près contre tout poison, et, malgré leur bon goût, l’alcool était un poison pour le corps et pouvait donc être éliminé sans même le rendre ivre.
Il hésitait à dire la vérité sur son immunité ou à attendre un peu pour taquiner ce vieux schnock.
Finalement, il soupira et se mit à parler : « Je ne peux pas devenir ivre. »
« Oh ? » Le Duc fut un peu surpris, puis comprit rapidement.
Toussotant légèrement pour cacher sa gêne face à cette petite épisode, il prit une profonde gorgée avant de poser ses lunettes et de fixer Sol d’un regard stable.
« Premièrement, pourquoi m’as-tu prévenu ? Tu aurais facilement gagné si tu t’étais tu. Ou peut-être avais-tu des pensées naïves comme que tricher, c’est mal ? Si c’est le cas, je serais très déçu. »
« Je ne pense pas que l’utilisation de mon don naturel puisse être considérée comme de la triche. Si c’était un pari normal, j’aurais utilisé ma constitution à mon avantage sans hésitation. Mais ce n’est pas juste un pari. Je ne souhaite pas seulement gagner. Ce que je veux vraiment obtenir, c’est—ta loyauté. »
En entendant cette réponse directe, le duc soupira avant de remplir à nouveau son verre.
En regardant le liquide incandescent, le duc montra une expression hébétée pendant un court instant avant de la durcir lentement.
« Votre hauteur, permettez-moi de vous poser une question… Connaissez-vous la signification de la guerre ? »
L’atmosphère avait complètement changé. Si auparavant, Sol faisait face à un vieil homme quelque peu amusant et doux, maintenant, il faisait réellement face au duc Tyr.
L’homme qui avait survécu à deux rois et participé aux plus grandes guerres de l’humanité tout en étant en première ligne, et qui avait encore survécu.
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Si l’intention était la quatrième des six étapes pour un utilisateur de mana, alors la zone était la cinquième.
C’était une imposition de sa propre vision du monde dans le monde réel. Une fusion entre illusion et réalité. On pourrait dire que observer la zone des guerriers était la façon la plus simple de le comprendre.
La zone du duc était,
Remplie de sang et de larmes.
Remplie de cris et de désespoir.
Remplie de carnage et de destruction.
Remplie de soldats chargeant et mourant pour la moindre chance de victoire.
C’était le monde à ses yeux.
Pour lui. Il n’y avait rien de glorieux dans la guerre.
La guerre signifiait la douleur. La guerre signifiait la mort. La guerre signifiait la séparation.
Face à cette scène digne de l’enfer lui-même, face à cette légende vivante dans toute sa puissance, un homme moindre aurait fléchi et aurait baissé la tête. Mais Sol—sourit.
Il ne connaissait rien de la douleur de la guerre.
Il ne connaissait rien du sentiment de perte et de la douleur.
Il ne connaissait ni la faim ni le désespoir.
Mais, il avait vu le vrai visage d’une déesse et avait failli être écrasé mentalement.
Comparé à cela, peu importe la puissance de la projection du duc.
Au bout du compte, ce n’était rien d’autre qu’une vision mortelle du monde.
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