Chapitre 300
Histoire annexe 8 - Turan Zahar (3)
Le premier véritable bouleversement dans la vie, jusqu’alors paisible, de Turan survint durant l’été de ses dix-huit ans.
Le catalyseur fut sa rencontre avec un certain héritier venu tout droit de la Maison Varaha, située loin à l’est.
« Je m’appelle Solif Varaha. »
Avec ses cheveux argentés coupés court, sa stature plutôt petite et sa carrure musclée et bien entraînée, l’héritier de la Maison Varaha était un jeune homme à la fois courtois et chaleureux.
Il avait navigué jusqu’à la cité septentrionale de Comad, puis était descendu vers le sud, errant de long en large à travers le désert d’Enril. En chemin, il s’était arrêté à la Forteresse Rouge pour fraterniser avec les jeunes nobles de la Maison Zahar. Turan, au milieu de tout cela, se retrouva assis à côté de Solif lors de l’un des banquets.
« J’ai entendu dire que tu avais un sacré talent pour la magie, Turan. »
« Je crains de ne pas être aussi doué. Vous me flattez. »
« Ne sois pas modeste ! La rumeur s’est propagée jusqu’ici, alors je suis venu le constater par moi-même. »
Devant l’attitude de Solif, dont les yeux brillaient alors qu’il murmurait n’avoir jamais eu l’intention de passer par la demeure principale des Zahar et n’être venu que pour lui, Turan n’eut d’autre choix que de prendre un peu de temps pour tester sa magie contre celle de Solif lors d’un duel amical.
La célèbre Lumière du Jugement de la Maison Varaha était certes extrêmement gênante, mais Turan, qui en avait déjà maîtrisé les contre-mesures grâce aux arts secrets de la Maison Zahar, la neutralisa en créant un Miroir d’eau pour la réfracter, parmi d’autres techniques.
Ce faisant, il put confirmer que sa propre maîtrise de la magie était bien supérieure à celle de l’héritier de la Maison Varaha.
« Je me doutais bien qu’il en serait ainsi... »
Après tout, même les autres candidats à la succession de la Maison Zahar n’avaient pas fait le poids face à Turan en matière de compétence magique, quelle que fût leur réserve brute d’énergie magique ; c’était donc naturel.
Prendre conscience de ce fait fit bouillir son sang à nouveau.
Sa maîtrise de la magie était supérieure ; s’il était né avec suffisamment d’énergie magique, c’est lui qui aurait succédé à son père.
Chaque fois que ce sentiment d’infériorité l’envahissait, il revêtait le masque d’un léger sourire, tout comme son oncle le lui avait enseigné.
« Mais est-il vraiment convenable pour l’héritier de la Maison Varaha de visiter un endroit pareil ? Bien que la Maison Zahar et la vôtre soient alliées... »
« Bien sûr que non. C’est un secret, mais la vérité, c’est que j’ai fugué ! »
À cet éclat de rire chaleureux, Turan resta un instant sans voix.
Un héritier, de toutes les personnes possibles, qui s’enfuit de chez lui ?
Au sein de la Maison Zahar, régie par une discipline stricte, c’était quelque chose que personne n’oserait même envisager.
De plus, ils avaient même un rituel consistant à soumettre périodiquement une mèche de leurs cheveux, signe qu’ils pouvaient être placés sous le contrôle de la maison principale à tout moment.
Décontenancé un instant par cette remarque inattendue, Turan finit par hausser les épaules et rire avec lui, tenant compagnie à Solif.
Après tout, c’étaient les affaires de la famille de quelqu’un d’autre.
Après avoir confronté leur magie pendant un moment, Solif raconta, avec un certain talent pour la narration, tout ce qu’il avait rencontré lors de ses voyages en solitaire, et au cours de ses récits, Turan put entendre plusieurs histoires plutôt intrigantes.
« Un vieux dieu de la mer... »
« Je vais explorer un peu plus le désert, puis je me dirigerai vers la mer du Sud pour le chercher. Ça te dirait de venir ? »
« Le chef de famille ne le permettrait jamais. »
Il n’était plus confiné dans les quartiers du chef de famille comme autrefois, mais Haroon Zahar surprotégeait toujours Turan.
Il n’avait jamais été autorisé à dépasser la cité d’Axum ; un pèlerinage était hors de question.
« Ça ne coûte rien de demander. Et s’il refuse, eh bien, tu peux toujours t’enfuir, non ? »
« Quelle chose irresponsable à dire. »
En voyant Solif rire aux éclats, Turan le fixa comme s’il était stupéfait, puis finit par rire avec lui.
Ayant vécu toute sa vie parmi des nobles Zahar qui gardaient toujours des crocs venimeux, il trouva que rencontrer une race de personne différente n’était pas si mal.
*
Peu après le départ de Solif, Turan aborda le sujet avec Haroon comme si de rien n’était.
Il demanda s’il pouvait être autorisé à partir en pèlerinage.
Comme il s’y attendait, la réponse fut négative.
« Il n’y a aucune raison pour que tu partes en pèlerinage, en premier lieu. »
Normalement, un pèlerinage était entrepris par des nobles qui avaient pris du retard dans le classement au sein du territoire familial, ou qui, parce que les Bêtes magiques n’apparaissaient pas, ne pouvaient être approvisionnés en énergie magique suffisante.
Pour Turan, qui en tant que fils adoptif du chef de famille pouvait progresser à pas de géant grâce à l’énergie magique héritée des anciens de la famille arrivés au terme de leur vie, c’était quelque chose dont il n’avait tout simplement pas besoin.
N’ayant pas réussi à persuader son père, Turan finit par abandonner et décida de rester au sein de la famille.
Pourtant, peu de temps après, une occasion de s’aventurer à l’extérieur se présenta, tout à fait à l’improviste.
« Une armée d’Elfes noirs a anéanti tout un territoire ? »
« C’est ce que disent les rumeurs. À cause de cela, on raconte que l’autre camp s’est engagé sérieusement, envoyant même son héritier et lançant une soumission à grande échelle. »
« Hah, où va le monde... »
Depuis que la Tribu des Dieux Preah, dans un passé lointain, avait soumis tous les puissants seigneurs des autres races, la plupart de ceux qui avaient survécu avaient reconnu la suprématie de l’humanité et s’étaient éclipsés dans des endroits reculés.
Les Nains dans les canyons, les Elfes noirs sous terre, les Sirènes dans la mer.
Et maintenant, les Elfes noirs, l’une de ces races survivantes, avaient soudainement levé une armée formidable ?
Bien que l’affaire fût lointaine, ce n’était pas quelque chose qu’un mage, protecteur de l’humanité, pouvait laisser passer.
« Et c’est la Maison Aravion qui fait le ménage ? »
« Oui. »
« Alors nous devrons dépêcher quelques nobles pour confirmer la situation. »
Conformément à l’ordre du chef de famille, une réunion fut convoquée pour sélectionner ceux qui iraient secrètement observer l’armée Aravion alors qu’elle soumettait les Elfes noirs.
Naturellement, personne ne se porta volontaire.
C’était une mission de reconnaissance bien trop triviale pour apporter une quelconque gloire, et cela signifiait traverser pas moins de deux territoires entiers ; n’était-ce pas une affaire fastidieuse et épuisante ?
Il fut donc naturel que les autres nobles Zahar fussent surpris lorsque Turan annonça qu’il se portait volontaire pour la mission.
« Tu veux y aller ? »
« Oui. Tel que je suis maintenant, je suis sûrement assez compétent pour qu’on me confie une seule mission, n’est-ce pas ? »
« C’est vrai, mais... »
Le chef de famille, qui chérissait tant Turan, le permettrait-il vraiment ?
À moitié dans le doute, ils portèrent l’affaire devant l’autorité supérieure, et bien sûr, la réponse fut un refus catégorique.
Mais contrairement à avant, cette fois, Turan ne recula pas.
Usant du privilège de fils adoptif, il obtint une audience privée avec Haroon et soutint avec force qu’il était celui qui devait y aller.
« Il n’y a personne d’autre qui se porte volontaire de toute façon, n’est-ce pas ? Vous aurez besoin d’au moins un représentant capable, et plutôt que d’arracher quelqu’un d’occupé à son travail sans bonne raison, je suis le meilleur choix. »
« Tu es mon fils, le fils du chef de famille. Sois conscient de ta position. »
« Être le fils du chef de famille n’est pas une raison pour obtenir un traitement de faveur. Je ne suis pas l’héritier non plus. »
Si le chef de famille empêchait Turan d’y aller par la force, cela reviendrait à imposer une tâche difficile et dangereuse à quelqu’un d’autre simplement parce qu’il n’aimait pas l’idée que son fils adoptif favori s’en charge.
Naturellement, quiconque se retrouverait avec cette corvée en voudrait à Turan.
Devant l’attitude de Turan, qui répliquait de manière logique plutôt que de faire un caprice comme dans son enfance, Haroon laissa échapper un soupir.
La réponse ici aurait été de crier sur le garçon pour qu’il se taise et fasse ce qu’on lui disait, en s’appuyant sur son autorité de chef de famille, mais il n’en avait aucune envie.
Car, à son esprit, élever la voix contre le garçon qu’il considérait comme la réincarnation d’Otas, la seule personne qu’il ait jamais aimée, était une chose tout simplement trop douloureuse.
Après une longue période de persuasion, il finit par céder à son fils adoptif bien-aimé.
« Très bien. Mais tu ne dois jamais faire preuve d’imprudence. Surtout, tu ne dois absolument pas faire quelque chose comme attaquer ces misérables Aravion. Compris ? »
« Oui. »
Meisa, l’héritière de la Maison Aravion, était un corps que Monarch, le chef de leur meute, avait minutieusement façonné.
Ce qu’il comptait faire exactement en créant un individu si puissant, personne ne le savait, mais si un tel être devait mourir de la main de Turan, tout serait véritablement plongé dans le chaos.
C’est précisément pour cette raison qu’Haroon rappela encore et encore à Turan qu’il ne devait en aucun cas commettre une folie telle qu’attaquer l’armée Aravion.
*
Avec Turan comme capitaine, les nobles Zahar montèrent leurs Bêtes magiques et traversèrent rapidement le désert d’Enril.
Passant par la Zone Grise, autrefois champ de bataille, ils atteignirent la région forestière et contemplèrent les ruines de nombreuses cités et villages massacrés par les Elfes noirs.
« Wow, ce n’est pas une blague... »
« Je ne pensais pas que ce serait aussi grave. »
Après avoir froncé les sourcils devant ce spectacle pendant un moment, ils lancèrent à tour de rôle une Magie de pistage et suivirent les traces des humains.
Peu après, ils parvinrent à trouver un endroit où un nombre assez important d’humains étaient rassemblés.
« Cette bannière ? »
« Ce sont ces bâtards d’Aravion. »
L’armée Aravion soumettait les Elfes noirs sans accroc.
À bonne distance, les nobles Zahar gardèrent leur Magie de dissimulation active et observèrent secrètement la scène.
« Hmm. »
Se tenant au point de vue le plus élevé et le plus éloigné de tous, Turan réfracta l’eau pour magnifier sa vision et observa la bataille de l’armée Aravion.
Ce qui attira son attention, ce fut une femme aux cheveux roux maniant une puissance écrasante tout à l’avant.
« Alors c’est Meisa Aravion, l’héritière des moineaux. »
Ils l’appelaient la Princesse Squelette de la Maison Aravion, et effectivement, elle était assez hideuse pour mériter ce nom.
Une silhouette misérable qui ressemblait, littéralement, à rien d’autre que de la peau étirée sur des os.
Pourtant, contrairement à son apparence effroyable, sa compétence en magie était stupéfiante.
C’était grâce à sa capacité de lignée sur le vent et la foudre, bien sûr, mais sa magie de vol et d’attaque qui mettait les deux à profit était telle que même si Turan avait possédé la même quantité d’énergie magique, il les aurait trouvées difficiles à approcher.
Pour Turan, qui depuis sa naissance jusqu’à maintenant avait été capable d’écraser n’importe qui en compétence magique, c’était comme rencontrer une digne rivale pour la première fois.
« Eh bien, quand même, si je voulais qu’elle meure, je pourrais la tuer assez facilement. »
Quelle que fût l’énorme quantité d’énergie magique qu’elle possédait, avec un corps pareil, sa capacité au combat rapproché devait être pitoyable.
S’il pouvait seulement s’approcher sous dissimulation, il était confiant de pouvoir gagner facilement avec une attaque surprise.
L’échec, bien sûr, signifierait la mort.
« Dois-je essayer ? »
Tant qu’elle restait au camp, c’était naturellement hors de question, mais lors d’un raid sur les terriers où se cachaient les Elfes noirs, il y avait une chance.
S’il se glissait tout près et, avec la dague de la Relique Sacrée qui avait autrefois tailladé le visage de Berit, lui tranchait la gorge d’un seul coup...
Mais la tentation ne dura qu’un instant ; claquant de la langue, Turan abandonna bientôt le plan qu’il avait conçu.
Puisqu’il y avait de toute façon une limite à la quantité d’énergie magique avec laquelle il était né, même tuer Meisa rendrait difficile l’absorption totale de son pouvoir, et une Maison Aravion enragée pourrait bien déclencher une seconde guerre.
Et surtout, son père ne l’avait-il pas exhorté à s’abstenir de toute tentative dangereuse ?
Il était évident que, même s’il gagnait en puissance en défiant cela, son père n’en tirerait aucun plaisir.
Au bout du compte, au sommet de tous les principes régissant les actions de Turan se trouvait ceci : plaire à son père, Haroon.
Après cela, Turan et les nobles Zahar continuèrent de suivre et d’observer tandis que Meisa menait l’armée Aravion dans la soumission des Elfes noirs.
Descendant du nord vers le sud de la région forestière occidentale, pillant les divers terriers où les Elfes noirs avaient initialement habité, ils se lancèrent bientôt à la poursuite des derniers survivants qui fuyaient vers la Zone Grise, et les nobles Zahar les suivirent également en secret.
Grâce à leur utilisation constante de la Magie de pistage pour lire la situation environnante, ils furent capables d’apprendre, encore plus vite que l’armée Aravion, que les Elfes noirs en fuite s’alliaient à une faction de Nains.
« On dirait qu’ils ont uni leurs forces avec les Nains. »
« Un faux pas et ils vont prendre une sacrée raclée. »
« Tant mieux pour nous. »
Pour un noble Zahar, la mort des mages d’Aravion était quelque chose à saluer.
S’il n’y avait pas eu d’ordre de simplement observer et de ne pas intervenir, ils seraient probablement intervenus en secret parmi les Nains.
Au moment où l’armée Aravion entra dans le canyon où les Nains se cachaient pour soumettre les derniers des Elfes noirs, Turan annonça qu’il ferait attendre les autres nobles Zahar à l’extérieur tandis qu’il suivrait seul l’armée et s’infiltrerait plus profondément.
« C’est dangereux, Turan. »
« Avons-nous vraiment besoin d’aller aussi loin ? Ne pouvons-nous pas simplement les regarder se battre et revenir par nous-mêmes ? »
« Vous n’avez pas oublié pourquoi nous sommes venus en reconnaissance, n’est-ce pas ? Si ces choses ont un artefact magique caché, nous devons le confirmer, non ? Et puisque le reste d’entre vous n’est pas assez compétent pour me suivre à l’intérieur, je dis que j’irai seul. »
Finalement, puisque Turan était le capitaine de leur groupe d’enquête, une fois qu’il eut donné l’ordre fermement, les autres nobles Zahar ne purent rien faire.
Rasant le bord supérieur du canyon et se glissant silencieusement tout en évitant les orbes de lumière, Turan laissa échapper un soupir d’admiration devant la bataille qui éclata bientôt.
« Wow... »
Les artefacts magiques non identifiés que maniaient les Nains massacrèrent presque littéralement l’armée Aravion.
Combien de temps resta-t-il à regarder, à moitié hébété, ce festin de vapeur et de coups de feu crachant dans toutes les directions ?
Bientôt, il réalisa que le combat était terminé, et il s’approcha prudemment pour saisir les détails de la situation.
« Presque anéantis. Je n’aurais jamais imaginé que ce serait aussi grave. »
Les vainqueurs de la bataille étaient les Aravion, pourtant Turan ne pouvait pas facilement juger s’il était juste de les appeler vainqueurs du tout.
Sur les plus de plusieurs centaines qui étaient entrés dans le canyon, les survivants ne comptaient qu’une vingtaine ou une trentaine, et même eux, pour la plupart, gémissaient de blessures graves.
Et même cela n’avait été accompli que parce que l’un des nobles Aravion acculés avait soudainement libéré une capacité bizarre.
Sans son pouvoir, qui avait brusquement courbé les trajectoires des balles à volonté, c’eût été l’armée Aravion qui aurait été anéantie.
Et quant à Meisa, la chef de l’armée Aravion, l’artefact magique défensif qui avait recouvert son corps squelettique semblait avoir épuisé son énergie, car il avait été mis en pièces, et elle-même semblait s’être évanouie par épuisement de son énergie magique.
Sans le vouloir, Turan jeta un coup d’œil autour de lui pour voir si quelqu’un viendrait s’occuper de Meisa, mais les mages Aravion survivants étaient trop occupés à s’occuper d’eux-mêmes.
Cela aidait aussi que, parce que Meisa s’était battue dans la partie la plus profonde, les restes d’esprits morts-vivants et les cadavres d’Elfes noirs étaient empilés haut, bloquant la ligne de vue.
« C’est ma chance. »
S’il tendait la main silencieusement ici, brisait ce cou svelte d’une torsion, la jetait dans une sacoche à grande capacité et s’enfuyait, tout serait fini.
Tant qu’il absorbait l’énergie magique dans un endroit sûr, il pourrait faire sien une partie de l’énorme pouvoir de l’héritière Aravion.
Son père lui avait dit de ne rien faire de stupide parce que c’était dangereux, mais en ce moment, selon l’avis de quiconque, c’était une situation où il ne pouvait récolter que du profit sans aucun risque.
Non, maintenant qu’il y pensait, il y avait une meilleure méthode que de la tuer.
Dans une situation comme celle-ci, l’enlèvement ne valait-il pas la peine d’être tenté ?
La tuer pour absorber son énergie magique ne serait pas différent de mettre en sac une seule bête magique puissante, mais l’enlever lui permettrait de l’utiliser à un avantage politique bien plus grand.
À tout le moins, son père préférerait l’enlever, laissant le choix de la tuer ou de l’épargner ouvert, plutôt que de simplement la tuer purement et simplement.
Turan dépouilla le vêtement extérieur d’un chevalier Aravion de carrure similaire à la sienne parmi ceux étendus à proximité, le revêtit, puis sortit un collier qui scellait l’énergie magique et le fixa autour du cou de Meisa.
La hissant sur son épaule, Turan, sa dissimulation maintenant levée, traversa les cadavres d’Elfes noirs et sortit du canyon en courant.
Les quelques survivants de l’armée Aravion virent cela et leurs yeux s’écarquillèrent.
« C’est... »
« Dame Meisa ? »
« Hé, amenez Dame Meisa ici ! Je suis un Guérisseur ! »
Ils supposèrent que Turan, vêtu des vêtements tachés de sang d’un chevalier Aravion, essayait de s’occuper de Meisa souffrante, mais quand il ignora l’appel du Guérisseur et continua de courir, ce n’est qu’alors qu’ils réalisèrent que quelque chose n’allait pas.
« Arrête- ! »
« Dégagez. Arrêtez d’être une nuisance. »
Bang, un noble qui essaya de bloquer son chemin fut transpercé et laissé suspendu sur une pointe de roche qui surgit du sol.
Il n’y avait aucun moyen que des hommes qui avaient presque drainé leur énergie magique dans un combat épuisant, leurs corps laissés en lambeaux, puissent l’arrêter.
Turan expédia ceux qui se trouvaient sur son chemin avec facilité et sortit du canyon.
Un chevalier Aravion qui n’était pas entré le vit et ses yeux s’écarquillèrent.
« Attendez, qu’est-ce que c’est... ? »
« L’ennemi est trop fort ! J’ai à peine réussi à sauver Dame Meisa, mais il y a encore des survivants à l’intérieur, alors envoyez des renforts ! »
À l’appel de renforts livré avec un jeu d’acteur impeccable, les chevaliers Aravion devant lui se précipitèrent vers le camp.
Ne manquant pas l’ouverture ainsi créée, Turan fonça tout droit vers le sud-est.
Peu après, les nobles Zahar qui avaient observé l’entrée du canyon sous dissimulation se joignirent à lui.
« Ne me dites pas que c’est la Princesse Squelette ? »
« C’est ça. J’ai un collier de suppression magique sur elle, donc il n’y a pas de quoi s’inquiéter. »
« Whoa, enlever l’héritière des moineaux... à quel point es-tu courageux, au juste ? »
« Elle était si épuisée qu’elle ne pouvait même pas se battre. »
Même en parlant, ils ne cessèrent de bouger.
Peu après, ils atteignirent l’endroit où se trouvaient leurs bêtes magiques de monte, et de là, ils montèrent immédiatement et filèrent vers le sud-est.
À présent, le groupe Aravion avait probablement réalisé que leur héritière avait disparu, mais il n’y avait pas besoin de s’inquiéter de la poursuite dans tous les cas.
La majeure partie de leur force principale avait été anéantie à l’intérieur du canyon, et ceux restés à l’extérieur étaient des rebuts de seconde zone surpassés en compétence.
« C’est fantastique. Je me demande quel genre de récompense nous obtiendrons pour ça... »
« Tu l’as dit. »
Après avoir plaisanté pendant un moment, Turan, qui avait assis Meisa devant lui, remarqua quelque chose d’anormal.
Le corps de la femme inconsciente avait soudainement commencé à trembler et à frissonner, de toutes choses.
« Attends, arrête. »
« Qu’est-ce qu’il y a ? »
« Cette femme, quelque chose ne va pas avec elle. »
S’arrêtant rapidement à proximité, ils vérifièrent l’état de Meisa.
L’un d’entre eux, doté d’une assez bonne connaissance médicale, repéra le problème.
« C’est parce que son énergie magique a été scellée. »
« Et pourquoi est-ce un problème ? »
« À en juger par son apparence, elle est dans un état où une personne ordinaire serait morte de faim, mais elle a été maintenue en vie par l’énergie magique, donc avec cette énergie magique scellée... »
« Elle va mourir ? Non, c’est juste... incroyable. »
Les nobles Zahar, confrontés à une situation aussi absurde, ne purent continuer à parler.
C’était parce qu’ils ne pouvaient accepter l’idée saugrenue qu’une noble aussi redoutable qu’elle mourrait de faim sans énergie magique.
Et pourtant, s’ils libéraient le sceau sur son énergie magique, n’était-elle pas une femme plus que capable de massacrer jusqu’au dernier d’entre eux ?
Après seulement un moment de délibération, Turan claqua de la langue, tch, et défit le collier que Meisa portait.
« Elle ne récupérera pas complètement tout de suite de toute façon, donc je suppose que nous devrions au moins la garder en vie. Donc, le problème est qu’elle est trop affamée, c’est ça ? »
« C’est ça. Il pourrait y avoir d’autres problèmes, mais ça dépasse ce que je peux dire... »
« Alors la nourrir devrait résoudre le problème. »
Turan sortit de la sacoche à grande capacité la viande séchée et le biscuit de mer qu’ils avaient utilisés comme rations en chemin.
Puis, après l’avoir mâchée bruyamment, il poussa la bouillie ainsi obtenue au-delà des lèvres desséchées de Meisa.
Presser sa bouche contre cette femme horriblement laide était une épreuve, mais puisqu’elle était sur le point de mourir, il n’y avait pas d’autre choix que de la garder en vie même de cette façon.
Combien de fois avait-il poussé de la nourriture comme ça ?
Peut-être parce que son énergie magique était revenue, Meisa inconsciente ouvrit les yeux.
Des yeux aussi bleus que la mer, mal assortis à son apparence squelettique.
Turan, qui les avait fixés sans ciller un instant, retira lentement la bouche qu’il avait pressée contre la sienne.
« Très bien, hé. Maintenant tu peux manger par toi-mê- »
« Blergh- ! »
La nourriture qu’il avait si diligemment mâchée et poussée quelques instants auparavant ressortit en jet et trempa ses vêtements.
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