Chapitre 2 824
Chapitre 2824 – Génie Civil
Traducteur/Checker : Gray
Quelques instants à peine avant que Flot Sanglant et l’invité non convié n’apparaissent dans la salle runique du Jardin Nocturne, Jet, qui observait ses compagnons Saints d’un air méfiant, sourit soudain.
Elle se tourna vers Noctambule.
"Tu sais quoi ? Finalement, je vais prendre ce tour. Tu as l’air épuisé."
Il haussa un sourcil.
"Oh, vraiment ?"
Jet entrait déjà dans le cercle runique.
Elle conserva un sourire aisé tandis qu’un frisson glacial lui parcourait l'échine.
"Quoi ? Tu n'as pas l'air content du tout. Après t'être autant plaint..."
Elle lui tapota l’épaule et le repoussa doucement hors du cercle. Noctambule sembla un peu réticent, mais il n’avait aucune raison de refuser, alors il s’en alla sans rien dire.
À ce moment-là, les silhouettes de deux personnes se formaient déjà dans l’air.
En tant que capitaine du Jardin Nocturne, Jet y était toujours reliée. Cependant, cette connexion était généralement subtile et vague, existant dans les profondeurs de son subconscient. Ce n’était que lorsqu’elle pénétrait dans le cercle runique que la connexion s’ouvrait pleinement, lui permettant de partager les sensations du navire vivant et d’exercer sur lui un contrôle précis.
À présent, elle aussi, tout à coup, resta elle-même tout en devenant une présence immense qui baignait dans la chaleur nourricière des flammes divines, tandis que son corps abritait et nourrissait à son tour des millions d’êtres vivants.
Le temps sembla ralentir un instant.
Jet ne pouvait distinguer que les silhouettes vagues de Flot Sanglant et de l’ingénieur civil qu’il était censé amener, tandis qu’ils se manifestaient dans le Royaume des Rêves.
Cependant, le Jardin Nocturne sentit leur arrivée bien plus profondément. L’un était familier et bienveillant. L’autre était un étranger, dont la présence, vaste comme un océan, débordait d’une faim infinie, insatiable... mais aussi d'une certaine affinité.
L’étranger portait le parfum du Dieu du Cœur et de sa forêt sacrée.
Le sourire de Jet vacilla.
Un ingénieur civil, mon cul.
Avant qu’elle pût réagir, Flot Sanglant et l’homme qu’il transportait au travers de la frontière du royaume se matérialisèrent pleinement sur le sol de la salle runique. Le prétendu ingénieur était grand et imposant, et la regardait de deux yeux d’or rayonnants.
Ce n’était autre que le Suprême Asterion, l’Être Onirique, en chair et en os.
Jet sentit son sang se glacer.
Elle s’était attendue à une embuscade... mais pas à cela.
Tandis qu’Asterion parcourait du regard, avec curiosité, le pont du Jardin Nocturne, les autres Saints — Naeve, Aether, Flot Sanglant, Tyris, Roan, et même Noctambule — s’inclinèrent.
"Bienvenue, mon seigneur."
La commissure des lèvres de Jet tressaillit tandis qu’elle lançait à Noctambule un regard sombre.
Lui aussi ? Après tous les tourments et l’horreur qu’il avait endurés à cause de l’Être Onirique ?
...Ou bien avait-il été un serviteur de l’Être Onirique depuis le début ?
Non, c’est impossible.
L’humeur de Jet s’assombrit.
Pourtant, elle se félicita mentalement. Sa défiance envers les autres Saints s’était révélée justifiée — s’il y avait une chose qui ne l’avait jamais trahie dans cette vie, c’était la paranoïa.
Enfin, le regard d’Asterion se posa sur Jet. Elle le soutint sans ciller, s’efforçant de toutes ses forces de ne pas paraître ébranlée.
Il sourit.
"Ah, Faucheuse d'Âmes Jet. Quel charmant surnom. C’est un plaisir de te rencontrer... oh, mais tu n’as pas l’air surprise de me voir, n’est-ce pas ?"
Jet demeura silencieuse quelques instants, puis se força à esquisser un pâle sourire.
"Bien au contraire. Je suis tout à fait choquée."
Elle jeta un coup d’œil aux Saints éparpillés dans la salle runique, qui l’encerclaient, et haussa les épaules.
"Je m’attendais à ce que tous les six tentent de me soumettre par une attaque surprise. Jamais, même dans mes rêves les plus fous, je n’aurais imaginé que le Seigneur Asterion en personne viendrait régler cette affaire avec cette humble Transcendante."
Il eut un petit rire.
"Humble Transcendante ? Allons, ne te rabaisses pas ainsi."
Asterion observa Jet, une pointe d’amusement dans ses yeux d’or.
"J’ai rencontré toutes sortes de gens, tu sais ? Des gens puissants, des gens retors, de grands maîtres de la guerre et autres... même des gens dont la principale vertu était d’être inexplicablement chanceux, ce qui les rendait plus dangereux que tous les autres. Et parmi toutes ces personnes, tu restes l'une des plus impressionnantes, Mademoiselle Jet."
Jet ricana.
"Qu’est-ce que c’est, de la flatterie ?"
Il haussa les épaules.
"Non, non... je ne fais qu’énoncer des faits. Chacun a une faiblesse, vois-tu. Mais toutes les faiblesses ne s’exploitent pas aisément. Les gens puissants, les gens retors, les gens chanceux, et les grands maîtres de toutes sortes — s’occuper d’eux ne pose aucun problème. À vrai dire, je n’avais pas l’intention d’agir personnellement à ce stade, puisque déléguer à mes subordonnés était amplement suffisant."
Asterion soupira.
"Mais, quoi que j’aie tenté, je n’ai pas réussi à voir comment ils pourraient se charger de Faucheuse d'Âmes Jet. Pas sans sacrifier plus de talents que je ne suis prêt à en sacrifier, du moins, ou sans te détruire au lieu de te faire mienne. C’est un exploit, à vrai dire... je n’arrive pas à croire que nous ayons tous ignoré un tel joyau, il y a tant d’années."
Il regarda Jet et sourit avec éclat.
"Alors, j’ai dû venir m’occuper de toi moi-même. Il n’y a que deux Transcendants qui aient réussi à me faire agir personnellement, au passage. Bien joué."
Jet l’étudia d’un air soucieux.
"...Quel honneur."
Asterion éclata de rire.
"Je perçois une note de sarcasme dans ta voix, mais, en réalité, c’est bel et bien un honneur. Tu devrais en être fière."
Jet le considéra quelques instants, puis soupira.
"Tu sais, les gens comme moi — ceux qui ont grandi dans les faubourgs — n’aiment pas beaucoup le mot honneur. En fait, on pourrait dire qu’on ne le supporte pas."
Il haussa un sourcil, la regardant avec curiosité.
"Les faubourgs ? Je suis désolé, mais je ne connais pas ce terme. Est-ce quelque chose de ton monde ?"
Un sourire narquois s’épanouit lentement sur les lèvres de Jet.
"Exactement. Tu n'es pas originaire de la Terre, donc tu ne le sais peut-être pas. Oui, c’est un terme du monde réel. Les faubourgs, c’était là où vivaient les non-citoyens, et ils avaient une culture particulière. Les gens des faubourgs — ceux qui vivent assez longtemps pour leur échapper, du moins — sont réputés méfiants, vicieux, cyniques et tenaces. Et ils partagent souvent des traits communs, aussi."
Elle inspira profondément et balaya du regard le hall runique, évaluant d’un œil glacé le Souverain et les six Saints qui l’encerclaient.
"Comme, par exemple..."
Les runes du cercle miroitèrent faiblement, et un changement subtil se répandit dans le hall.
Jet sourit d’un air sombre.
"Ils ont tendance à ne jamais entrer dans une pièce sans une stratégie de sortie..."