Chapitre 2 543
Chapitre 2543 – Double Jeu
Traducteur/Checker : Gray
Il était impossible d'esquiver une balle... du moins pour un simple mortel.
Et pourtant, c'est exactement ce que Mordret fit.
Alors qu'il contemplait depuis quelques instants avec les autres le spectacle déchirant de la ville en train de se noyer, le revolver de Sunny retentit, pointé à bout portant sur sa tête. Il se pencha alors sur le côté avec une rapidité surhumaine, laissant la balle passer à côté de lui.
Bon sang.
Mordret recula d'un pas et se plaça près de son autre fragment. La première à réagir fut Sainte, même si elle se contenta de se tourner dans sa direction. Morgan et Effie se retournèrent, sur leurs gardes, essayant de comprendre ce qui venait de se passer. L'Autre Mordret fut le dernier à réaliser ce qui s'était passé, reculant sous le choc.
Mordret tendit la main et attrapa son bras, l'empêchant ainsi de perdre l'équilibre.
"Par tous les dieux, Sunless. Pourquoi as-tu fait ça ?"
Son sourire était aussi agréable que d'habitude, mais il n'atteignait pas ses yeux étranges, semblables à des miroirs.
Sunny serra les dents.
"C'était pour te ralentir."
Il savait bien sûr que le simple fait de tirer sur Mordret ne le tuerait pas. Mais cela allait détruire son corps et le forcer à en chercher un nouveau.
En fait...
J'aurais dû viser l'autre.
Sunny réalisa trop tard qu'il avait commis une erreur. Mais il n'avait pas le temps de regretter.
Il comprit enfin d'où venait ce sentiment de manque qui le tourmentait depuis la salle du trône. Malheureusement, il était déjà trop tard.
Ses mains sont propres.
Lorsque Mordret descendit de la galerie, ses mains étaient ensanglantées. Mais à présent, elles étaient propres... c'était un petit détail qui n'aurait pas eu d'importance dans la plupart des circonstances, mais qui revêtait ici, à Mirage City, une signification effrayante.
Sunny n'avait pas complètement pris conscience de ce fait. Mais à cet instant, alors qu'ils regardaient la ville se noyer, il aperçut quelque chose du coin de l'œil. C'était alors si subtil qu'il n'y prêta pas attention au début, mais son subconscient ne cessait de lui rappeler cette image.
Cette chose... était une fine traînée de brume blanche.
Et fut absorbée au plus profond de son corps.
Cette brume blanche était l'essence de l'Autre qui avait joué le rôle de Madoc avant d'être tué par le Prince de Rien. Le corps était tombé jusqu'à la cour, se brisant en s'écrasant d'abord sur les toits du donjon principal. Il avait fallu un certain temps à la brume pour atteindre le point culminant de la grande tour...
C'était probablement la raison pour laquelle Mordret avait choisi de tuer Madoc en le poussant dans le vide.
Le corps avait disparu, tout comme ceux des autres victimes de Sainte, sans laisser la moindre trace.
C'était pour cela que le sang avait disparu des mains de Mordret — les cadavres des mercenaires qu'il avait tués s'étaient dissous dans la brume, et leur sang avait suivi.
J'aurais dû m'en rendre compte plus tôt.
Sunny se maudit amèrement.
Avec le recul, cela semblait tellement logique. Il y avait trop de choses étranges dans le Palais de l'Imagination, alors, submergé par celles-ci, il n'avait pas réfléchi à la raison pour laquelle Sainte était capable d'absorber l'essence fantomatique des reflets en détail. La réponse était pourtant évidente — c'était parce qu'elle avait une affinité avec le Rien.
Et qui d'autre avait la même affinité ?
C'était Mordret, le Prince de Rien.
Et l'Autre Mordret aussi.
Ce dernier avait passé la majeure partie de sa vie à Mirage City, mais contrairement à son alter ego impitoyable, il n'était pas un monstre sanguinaire. Il n'avait aucune raison de tuer qui que ce soit, et même s'il en avait eu une, il ne l'aurait pas fait — cela ne correspondait tout simplement pas à sa personnalité. Ainsi, même après avoir passé des décennies dans le Palais de l'Imagination, il n'avait jamais absorbé le Rien et n'avait jamais retrouvé sa puissance d'Éveillé.
Mais Mordret était différent. Il avait massacré les mercenaires et tué Madoc... seuls les dieux savaient combien d'autres il avait tués avant de rencontrer Sunny. Cela signifiait qu'il avait retrouvé au moins une partie de son pouvoir et qu'il l'avait caché.
Et cela... n'augurait rien de bon.
Cela n'augurait vraiment rien de bon.
Mordret rit.
"Ah, on dirait que je me suis fait prendre."
Effie l'observa attentivement, puis demanda sans détourner le regard :
"Sunny ? Que se passe-t-il ?"
Sunny hésita quelques secondes, essayant fébrilement de comprendre ce que Mordret avait en tête. Avait-il déjà récupéré une partie de ses pouvoirs lorsqu'ils s'étaient battus quelques jours auparavant ? Avait-il feint la faiblesse afin de mettre Sunny en confiance ? Chaque mot prononcé par Mordret avait-il été soigneusement choisi afin de le manipuler et le pousser à faire ce que Mordret voulait ?
Que cherchait-il à accomplir ? Tuer Morgan ? Absorber l'essence du Châtelain ?
Ou autre chose ?
"Nous sommes victimes d'une trahison, voilà tout."
Fixant Mordret d'un regard noir, il baissa son revolver vide et demanda d'un ton froid et meurtrier :
"Laisse-moi deviner — toute cette conversation sur le fait que tu voulais cacher ton autre moi sur l'Ile d'Ivoire pour le protéger de l'Être Onirique n'était que du pipeau."
Mordret haussa les épaules en souriant.
"Bien sûr. Pensais-tu réellement que je te confierais quelque chose d'aussi vital ? Pour être honnête, je n'ai jamais cru que toi ou Étoile Changeante seriez capables de le protéger de ce démon. Tu sais ce qu'on dit, Sunless... si tu veux que quelque chose soit bien fait, fais-le toi-même. Alors merci beaucoup pour ton offre, mais je n'aurai pas besoin de tes services ; lui et moi, nous suivrons notre propre chemin."
Sunny eut un petit sourire narquois.
"Quoi ? Tu penses que tu feras un meilleur travail pour le protéger que deux Souverains ?"
Le sourire de Mordret s'estompa légèrement.
"En fait... oui. Je le crois vraiment. Vous avez trop à perdre, voyez — le monde entier, en réalité. Et c'est exactement ce que l'Être Onirique utilisera pour vous détruire. Mais moi ?"
Il sourit.
"Je n'ai rien. Et par conséquent, je n'ai rien à perdre."
Sur ces mots, il renforça son emprise sur le bras de l'Autre Mordret.
L'Autre Mordret jeta un coup d'œil à Morgan, voulant dire quelque chose...
Mais il ne le fit jamais.
Car l'instant d'après, il avait disparu.
Il s'était volatilisé sans laisser de trace, comme s'il n'avait jamais existé.