Chapitre 2 336
Chapitre 2336 – Une Étrange Vérité
Traducteur/Checker : Gray
Le soleil se levait au-dessus de la mer sombre comme le vin. Ses doux rayons caressaient une île où les pierres blanches se noyaient dans l'herbe verdoyante et où les fleurs colorées s'épanouissaient dans une chaleur agréable. Une forêt couvrait les pentes de l'île comme un tapis, et à son point culminant, une femme se reposait à l'ombre d'un olivier.
Elle portait un chiton jusqu'aux genoux, dont le tissu immaculé était aussi blanc que la neige, et une peau de cerf nouée autour de ses épaules. Ses cheveux étaient coupés court, retenus par un simple bandeau de cuir. Son regard était calme et posé.
Alors que la femme se reposait, une biche sortit de la forêt. Au lieu d'être effrayée par l'humaine, elle s'approcha timidement d'elle et se baissa vers le sol, posant sa tête sur les genoux de la femme.
Cette dernière baissa la main pour caresser doucement la biche sauvage, ses doigts se noyant dans sa douce fourrure.
Après quoi, elle tourna brusquement la tête et jeta un coup d'œil à la mer, dont la surface se soulevait et s'abaissait tumultueusement.
Au loin, une voile apparut au-delà de l'horizon. Un navire s'approchait de l'île, luttant contre les flots.
Le vent avait apporté une tempête, et avec elle, des invités.
• • •
Trois personnes débarquèrent du navire — un vieil homme, un guerrier portant un bouclier rond et un enfant aux cheveux roux. Ils suivirent le chemin sinueux et s'approchèrent d'un vieux sanctuaire. Celui-ci n'était ni grandiose ni magnifique, mais il dégageait un sentiment de sainteté solennelle.
Ses murs étaient construits en marbre blanc, recouverts de vignes roses comme un manteau. Un autel se dressait devant le sanctuaire, avec un feu brûlant dans une vasque de pierre.
Le vieil homme fit une offrande à l'autel, plaçant des raisins frais, des feuilles de laurier et des plumes de faucon sur sa surface usée par les intempéries. Après avoir brûlé de l'encens dans le bol, il recula et s'agenouilla respectueusement.
Le guerrier se tenait derrière lui, appuyé sur sa lance. L'enfant, quant à lui, tendit furtivement sa petite main pour arracher les raisins.
Choqué, le vieil homme repoussa la main de l'enfant d'un coup sec.
"Auro !"
Le garçon recula et trébucha, les lèvres tremblantes.
"Laisse-le faire."
Une voix féminine résonna de l'autre côté de l'autel. Elle apparut sans faire de bruit, comme par magie. La forêt semblait plus vivante en sa présence, et des roses fleurirent soudain sur les lianes derrière elle.
Le garçon se figea, la regardant avec des yeux écarquillés. Le vieil homme se mit à terre, tandis que le guerrier s'inclinait gravement.
"Pourquoi es-tu ici ?"
Le vieil homme se redressa et jeta un regard émerveillé à la femme.
"Ma dame... j'apporte des nouvelles funestes."
Elle le regarda sans mot dire, ce qui poussa le vieil homme à poursuivre :
"Une Bête Suprême sévit aux frontières nord de notre royaume. La Porte de la Montagne n'existe plus, et plusieurs cités ont déjà été ravagées. Nous sommes venus vous supplier, en tant qu'héroïne, de défendre nos terres une fois de plus."
Le beau visage de la femme resta sans expression.
"N'y a-t-il plus de guerrier dans le royaume pour vaincre une bête déchaînée ?"
Le guerrier détourna le regard, honteux. Le vieil homme, quant à lui, sourit avec regret.
"...Certains peuvent tuer la bête, ma dame. Cependant, vous seule pouvez mettre fin à ses exactions sans verser de sang."
La femme resta silencieuse un moment, avant de se détourner sans dire un mot et de disparaître dans le sanctuaire.
Quelques minutes plus tard, elle revint, portant un arc et un carquois de flèches, un bracelet de cuir attaché à son avant-bras. Le vieil homme pivota et lui jeta un coup d'œil ravi.
"Notre navire..."
Mais elle se contenta de secouer la tête.
"Ce n'est pas nécessaire."
Elle ramassa une plume de faucon sur l'autel, la regarda en silence, puis la jeta dans le feu. Un instant plus tard, deux ailes semblables à celles d'un faucon se déployèrent dans son dos, la lumière du soleil traversant les plumes brunes.
La femme attacha le carquois à sa ceinture et étendit ses ailes, se préparant à prendre son envol.
Mais avant cela, elle s'attarda quelques secondes.
Prenant les raisins sur l'autel, elle les offrit au garçon, puis lui tapota maladroitement la tête.
"Ne laisse pas tes aînés s'agenouiller à ta place, mon garçon."
Une seconde plus tard, sa gracieuse silhouette s'éleva dans les airs.
Le garçon resta au sol, regardant le firmament avec des yeux émerveillés.
• • •
Une chaîne de montagnes était en ruine. Au-delà des falaises brisées et de la terre fracturée, des colonnes de fumée s'élevaient dans le ciel depuis une cité dévastée.
Et dans la plaine, devant elle...
Un énorme sanglier gisait à même le sol, mort, un flot de sang cramoisi s'écoulant de ses blessures comme une rivière. Sa carcasse ressemblait à une colline imposante, sous laquelle la femme qui s'y tenait ressemblait à une fourmi dans l'ombre.
Son carquois était vide et son visage était sombre.
Elle inspira profondément, avant de grimacer, comme si quelque chose l'effrayait.
"Du poison..."
La femme s'accroupit faiblement et bondit dans les airs, atterrissant sur le museau de la bête morte.
Elle gravit le cadavre comme on gravit une montagne, et finit par atteindre l'énorme dos du sanglier.
Là, cachés par la fourrure grossière, des centaines de grands javelots se hérissaient comme une palissade, leur métal corrodé et couvert de rouille.
La femme saisit l'un des javelots et le sortit de la chair de la bête morte, puis l'étudia avec un froncement de sourcils. Quelques secondes plus tard, elle les fronça à nouveau.
"De l'acier impérial ?"
Son expression s'assombrit.
Se tournant vers le nord, elle regarda les montagnes effondrées. Là où se trouvait un étroit col, il n'y avait plus qu'une large vallée. Une gorge imprenable s'était transformée en une route à ciel ouvert.
Une ombre se dessina sur les yeux clairs de la femme...
Et c'est ainsi que Sunny se retrouva de nouveau dans le Château Cendré.
Il sursauta, puis vacilla faiblement, désorienté pendant un instant.
Quoi ? Qu'est-ce que...
À laquelle de ses questions cette vérité était-elle censée répondre ? Il voulait savoir comment le monde avait pris fin, pas comment une femme étrange avait tué une Bête Suprême déchaînée !
Mais surtout...
"Auro ?! Auro des putains de Neuf ?!"
En voilà un qui revenait du passé !
Alors que Sunny prononçait le nom du jeune soldat impérial qu'il avait tué une fois, dans son Premier Cauchemar, Tueuse se mit à bouger faiblement derrière lui. Se retournant, il jeta un coup d'œil à son visage voilé, puis étudia sa silhouette gracieuse.
"C'était... c'était une scène de ton passé, n'est-ce pas ?"
Tueuse pencha la tête, le regardant sans expression.
Sunny fixa son Ombre quelques secondes, puis détourna le regard.
C'est vrai. Elle ne sait pas quelle vérité m'a été révélée, et en plus, elle ne se souvient même pas de son propre passé.
Et même si la vérité que lui avait révélée le Jeu d'Ariel concernait Tueuse... techniquement, ce n'était pas son passé. Car Tueuse n'était pas la femme de la vision qu'on lui avait montrée, mais une Créature de l'Ombre née de l'ombre de cette dernière, longtemps après sa mort.
Pourtant...
Il devait y avoir une raison pour laquelle la Vision d'Ariel lui avait donné cette vérité, et pas une autre.
La scène devait être importante, sans aucun doute.
Aussi importante que la rencontre de deux daemons au beau milieu de la Guerre du Chaos.
...Si c'était le cas, Sunny n'avait aucune idée de la raison.
Il prit quelques profondes inspirations, essayant de réprimer sa frustration, puis reprit lentement son calme.
Non... ça me va.
Il lui restait douze Abominations Enneigées à tuer, et douze vérités à découvrir.
L'une d'entre elles devrait contenir la réponse qu'il cherchait.