Chapitre 422
Chapitre 422
Corin grommela en jetant un œil à la tente de Zeon.
« Je ne peux vraiment pas supporter ce type. »
Après avoir fini son repas, Zeon s’était retiré dans sa tente pour se reposer seul.
Alors que tout le monde endurait la tempête de sable, il se prélassait tranquillement dans son coin.
« À la première occasion, je déchiquette ce bâtard. Peu importe qu’il soit un mage de feu, une fois dans mes griffes, il se déchirera comme du papier en un instant. »
« Les humains qui jouent les importants… c’est écœurant. »
Shaping et Dempleton approuvèrent Corin.
Seule Aronia prit la parole, l’air sombre.
« On ne peut pas juste essayer de s’entendre ? »
« Aronia ! Combien de temps vas-tu vivre avec autant de mollesse ? Tu devrais le savoir maintenant : il existe un fossé infranchissable entre les humains et nous. »
« Mais on ne peut pas vivre comme ça éternellement. Même en travaillant ensemble, c’est déjà assez dur de survivre dans ce monde. »
« Alors ce sont les humains qui devraient être les premiers à courber l’échine devant nous. »
« Pourquoi ? »
« Dans ce monde, ce sont les faibles qui doivent baisser la tête en premier. »
« Donc tu dis que les humains sont les faibles ? »
« Évidemment. Regarde la situation d’El Harun. Honnêtement, quel rôle jouent les humains là-bas ? Les elfes et les nains dirigent, et les humains se contentent de suivre. »
« Mais sans l’aide des humains, El Harun ne serait pas devenu aussi grand non plus. »
« Je reconnais qu’ils ont été quelque peu utiles, mais sans eux, il n’y aurait pas eu de problème majeur. »
« N’empêche… »
« Ça suffit ! Je ne veux plus entendre ce genre de discours. »
« …D’accord. »
« Ne donne pas ton cœur aux humains. Et ne leur montre aucune pitié non plus. »
Aux mots glacials de Corin, le visage d’Aronia se figea.
Dempleton tenta de la réconforter.
« Tu te sens peut-être blessée maintenant, mais avec le temps, tu comprendras. Les humains sont une race à laquelle on ne peut jamais faire confiance. Regarde Derode. Ce bâtard s’est enfui avec le trésor d’El Harun. »
« …Ouais. »
Aronia répondit brièvement, mais son expression restait inquiète. Pourtant, face à l’insistance de tous sur le fait que les humains étaient indignes de confiance, elle ne pouvait pas continuer à débattre seule.
Son regard dériva vers la tente de Zeon.
Dès qu’il avait fini de manger, il était entré à l’intérieur et n’en était plus ressorti.
Même fabriquée avec la technologie de pointe de Neo Seoul, une tente n’était au bout du compte que du tissu.
Combien de sons une toile pouvait-elle vraiment étouffer ?
À moins que Zeon ne soit plongé dans un sommeil profond, il devait entendre chaque mot que Corin et les autres prononçaient.
Et pourtant, Zeon ne montrait aucune réaction.
Que ce soit parce qu’il jugeait que cela ne méritait pas de réponse, ou parce qu’il était intimidé par la bravade de Corin, personne ne pouvait le dire.
Devant le silence de Zeon, Corin et les autres haussèrent encore le ton.
FLAP !
Finalement, n’y tenant plus, Zeon ouvrit brusquement le rabat de la tente et sortit.
Surpris, Corin se leva d’un bond et le fixa avec hostilité.
« Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ? »
Il agrippa la garde de son épée, prêt à la dégainer à tout moment. Si la situation l’exigeait, il abattrait Zeon.
Mais Zeon ne daigna même pas jeter un regard à Corin ; ses yeux étaient fixés sur les ténèbres au-delà.
Uslann s’approcha de lui.
« Qu’est-ce qu’il y a ? »
« Tu n’entends pas ce bruit ? »
« Un bruit ? »
D’un air perplexe, Uslann se concentra dans la même direction que Zeon.
Après un instant de concentration, il finit par percevoir un bruit ténu.
Clic-clic-clic !
Le bruit de dents qui s’entrechoquent.
Le visage d’Uslann pâlit et il hurla :
« Tout le monde, en position de combat ! »
« Capitaine ? »
Corin regarda Uslann, déconcerté. Il essaya de se concentrer comme Uslann, mais n’entendit rien.
Le regard d’Uslann devint glacial lorsqu’il s’adressa à Corin, qui semblait toujours douter.
« Si tu ne veux pas mourir, dégaine ton épée. »
« Qu-quoi ? Oui, monsieur ! »
La soif de sang dans la voix d’Uslann fit réagir Corin instantanément.
Il tira son épée et fixa les ténèbres. Quelques instants plus tard, même ses oreilles captèrent le son qu’Uslann avait pressenti.
Son visage se décomposa.
La portée auditive d’un elfe était d’environ cinq cents mètres. Parmi les elfes, les sens de Corin étaient aiguisés, même pour ce standard. Mais Uslann avait entendu le bruit de bien plus loin.
Corin dut se rendre à l’évidence.
Bien qu’Uslann soit humain, il était plus fort que la plupart des elfes. C’était pour cela qu’ils le suivaient en tant que capitaine.
‘Alors qu’en est-il de cet humain ? Les sens de Zeon sont encore plus aiguisés que ceux du capitaine Uslann ? À quel point sont-ils perçants ?’
La chair de poule parcourut son corps.
Il avait pensé que Zeon avait juste eu la chance d’éveiller une compétence de feu. Mais il semblait désormais que même ses sens physiques surpassaient ceux des elfes.
« Bon sang… »
Se mordant la lèvre, il ravala l’amertume de la défaite.
Clic-clic-clic !
Cette fois, le bruit des mandibules qui grinçaient provenait clairement des ténèbres.
« Pas possible… »
« L’essaim de Criquets Rouges. »
Shaping et Dempleton comprirent l’origine de ce bruit sinistre.
Bientôt, des criquets de la taille d’un mètre chacun émergèrent des ombres.
Leurs corps luisaient d’un rouge vif, dotés d’yeux immenses et de mandibules en mouvement constant.
Il n’y avait pas d’erreur : c’étaient les Criquets Rouges contrôlés par Derode.
« Ce bâtard de Derode… ! »
« Il ose contre-attaquer ? Tu es audacieux, Derode ! »
La rage s’empara d’eux tous.
La proie s’était retournée contre les chasseurs.
Être traités comme du gibier… ils ne pouvaient le pardonner.
À cet instant, l’essaim de Criquets Rouges fondit sur Uslann et ses hommes.
C’était le même essaim qui avait fauché d’innombrables vies.
Humains ou bêtes, cela ne faisait aucune différence. Ils dévoraient tout, gonflant leurs rangs à chaque victime.
À présent, les Criquets Rouges se comptaient par milliers.
C’était une armée.
À cette échelle, des Éveillés ordinaires auraient été engloutis en quelques secondes. Mais Uslann et ses hommes n’étaient pas des Éveillés ordinaires.
C’étaient des guerriers confirmés, envoyés pour traquer un traître d’El Harun.
« Chaah ! »
« Haaah ! »
Les armes s’abattirent et le massacre commença.
CRAC !
SPLAT !
Chaque coup écrasait les Criquets Rouges comme des collations fragiles.
Shaping se transforma en loup-garou, pulvérisant les criquets avec une force terrifiante.
Jupiro les tailladait avec son épée.
Dempleton, Corin, Alonso… chacun tenait sa position.
Mais aucun ne valait leur capitaine, Uslann.
« Chaah ! »
Chaque coup de sa grande épée libérait une lame d’aura massive, tranchant trois ou quatre Criquets Rouges à la fois.
« Haaap ! Entaille de Vent ! »
La voix d’Aronia résonna, et une bourrasque tranchante déchira l’essaim.
En tant que druidesse, elle maniait aussi quelques compétences d’attaque. L’Entaille de Vent en faisait partie.
Elle était identique en forme et en puissance à la compétence utilisée par les Éveillés humains.
En quelques instants, plus d’une centaine de Criquets Rouges étaient tombés.
Mais il en restait encore des milliers.
Clic-clic !
Flap-flap !
Le grincement des mandibules et le battement des ailes résonnaient de toutes parts.
On aurait dit qu’ils avaient mis les pieds en enfer.
Ces Criquets Rouges étaient bien plus forts et implacables que les spécimens ordinaires.
Et le pire : ils ne craignaient pas la mort.
Les êtres les plus terrifiants au monde sont ceux qui ne redoutent pas la mort. Et ici, des milliers d’entre eux remplissaient l’air.
Uslann comprit que leurs tactiques actuelles ne tiendraient pas.
Face à une telle supériorité numérique, les Éveillés martiaux étaient mal adaptés. Il leur fallait un Éveillé magique capable d’un massacre de masse.
La seule ici qui remplissait ce rôle était Aronia, mais sa magie ne suffisait pas à gérer autant de Criquets Rouges.
SLASH !
Uslann trancha un criquet qui se jetait sur lui et balaya les environs du regard.
Comme on pouvait l’attendre de l’élite d’El Harun, aucun n’était encore blessé ou mort. Mais ils ne pourraient pas tenir éternellement.
Ses yeux se posèrent sur Zeon.
Il était le seul à pouvoir renverser la vapeur.
Heureusement, Zeon n’avait pas fui. Il se tenait à proximité, repoussant calmement les criquets avec des Missiles Magiques.
« Zeon ! »
« Oui ! »
« Pourquoi ne te bats-tu pas sérieusement ? Avec tes compétences, tu pourrais nettoyer ces choses beaucoup plus vite ! »
« J’observais les alentours. »
« Pourquoi ? »
« Je me demandais si Derode ne se cachait pas dans le coin, à observer. »
« Tu veux dire qu’il est proche ? »
« Ça ne te semble pas probable ? »
« …Tu marques un point. »
Uslann hocha la tête.
S’il avait été Derode, il aurait lui aussi voulu observer les résultats de loin.
« Zeon ! »
« Dis-moi. »
« Peux-tu utiliser cette compétence à nouveau, celle que tu as utilisée contre les morts-vivants ? »
« Bien sûr. »
« Alors libère-la avec toute ta puissance. »
« Ça va devenir vraiment chaud. Tu es sûr que ça te va ? »
« C’est le seul moyen de donner une vraie secousse à Derode. »
« …Tu as raison. »
Zeon comprit immédiatement l’intention d’Uslann.
‘Effrayer le serpent en remuant les hautes herbes.’
Un serpent effrayé finirait inévitablement par se révéler.
Zeon esquissa un léger sourire.
« Alors laisse-moi illuminer cette nuit aussi brillamment que possible. »
« Je t’en serai reconnaissant. »
Les yeux d’Uslann s’aiguisèrent.
À cet instant, Zeon prononça :
« Pluie de Feu. »
FWOOSH !
À peine les mots avaient-ils quitté ses lèvres qu’un déluge de feu s’abattit du ciel.
La pluie ardente frappa l’essaim de criquets qui recouvrait la terre.
KIIIIEEE !
SKREEEEE !
Les criquets hurlèrent, se débattant alors que les flammes les engloutissaient.
Ils tentèrent de se disperser, d’échapper à la pluie brûlante, mais c’était inutile.
Pluie de Feu était une compétence spécialisée dans le massacre de zone.
Et cette fois, Zeon y avait injecté une mana immense.
Les boules de feu étaient plus grosses, plus chaudes, plus terrifiantes.
La chaleur se faisait sentir à distance.
SIZZLE ! POP ! CRACK !
Les carapaces fondaient et éclataient sous la chaleur infernale.
En un instant, trente pour cent de l’essaim fut annihilé.
La puissance était écrasante.
Corin et les autres membres des différentes races restèrent bouche bée, sans voix devant cette force destructrice qu’ils avaient tant essayé de minimiser.
Même comparé au combat contre les bêtes mortes-vivantes, c’était bien plus puissant, bien plus éblouissant.
C’était comme si le monde lui-même s’était transformé en une mer de feu.
« Bon sang… c’est quoi ce bordel… »
« Merde ! C’est injuste. Certains d’entre nous doivent taillader avec des épées jusqu’à l’épuisement, et lui, il claque juste un doigt et transforme tout le champ en brasier. »
L’absurdité de la situation les laissa au-delà de la jalousie.
À ce moment-là, les yeux d’Uslann brillèrent.
« Te voilà. »
Son regard se fixa sur une colline au-delà de l’essaim de criquets. Des turbulences de mana y ondulaient.
Surpris par la démonstration de puissance de Zeon, Derode avait révélé sa présence.
« Chaah ! »
Uslann se lança vers la colline.
Les criquets restants se jetèrent sur lui pour lui bloquer le passage.
Mais la grande épée d’Uslann tournoyait comme un tourbillon.
CRRRUNCH !
Les criquets volaient en éclats contre la lame massive.
Fendant l’essaim, Uslann abattit son épée sur la colline.
« Derode ! »
BOOOOM !
La colline de sable explosa comme une éruption volcanique sous l’impact.