Chapitre 38
Après cela, venir à bout des monstres de bas niveau fut un jeu d'enfant. Avec les buffs et des déplacements efficaces, un raid déjà fluide avança encore plus vite.
« Le nombre de monstres qui tombent a nettement diminué. »
Je le dis tout en soignant les trois pour qu'ils ne se fatiguent pas. Au début, ils déferlaient comme une montagne, au point que c'en était franchement dégoûtant, mais maintenant il n'y en avait même plus assez pour couvrir le fond. Je me consolai à l'idée qu'il y avait bel et bien une fin à tout cela.
« Ça veut dire que le boss ne va pas tarder à apparaître. »
Cha Seohae, qui avait fini par me rejoindre, répondit en utilisant ses compétences de façon mécanique. Les trois n'avaient aucune difficulté à se battre. Cependant, comme le combat s'éternisait sans fin en vue, ils commençaient à s'ennuyer. Après tout, répéter les mêmes mouvements encore et encore était plus épuisant qu'un combat difficile. Ils avaient tous l'air de préférer affronter un boss coriace et en finir vite. Je ressentais la même chose. Je relevais justement la tête, me demandant s'il était enfin temps que le boss tombe, quand...
« Hein ? »
— Qu'y a-t-il, Yeonhee ?
Na Yeri réagit aussitôt à mon exclamation. Depuis un moment, elle me répondait instantanément chaque fois que j'avais quelque chose à dire.
« Je me demande si ce que je vois en ce moment est bien ce que je crois. »
— Qu'est-ce que tu as vu ?
Cette fois, ce fut Han Seongwoo qui demanda.
« Je me demandais ce que c'était, ce truc qui dépasse de la faille... »
— Comment ça, quelque chose sort de la faille ?
Il me renvoya aussitôt la question, mais bientôt, on n'entendit plus que des respirations dans la radio. Cha Seohae, qui avait écouté notre conversation en silence, leva lui aussi la tête.
« Qu'y a-t-il ? »
La faille contre nature donnait l'impression que quelqu'un avait déchiré le ciel bleu avec malveillance. Quelque chose de grisâtre émergeait par la brèche. Même si seule une partie de son corps était apparue, la présence qu'il dégageait n'avait rien à voir avec les menus fretins sortis jusque-là.
« S'il peut émettre autant d'énergie... »
Cha Seohae parla à côté de moi d'une voix pleine de certitude.
« C'est le boss de la faille. »
Presque aussitôt après ses mots, un objet gigantesque jaillit de la faille.
— Hehehe.
La créature rit de façon désagréable, comme si elle n'avait aucune crainte de tomber.
BOUM.
Le boss s'écrasa droit en bas et pénétra dans le champ de bataille de Na Yeri.
« Waouh, regardez la taille de ce truc ! »
Le boss était véritablement énorme, écrasant même ses propres sbires sous lui. Il était encore plus grand que la Pieuvre néon que j'avais vue auparavant.
Ce machin est quasiment aussi haut qu'un immeuble entier !
J'étais si choquée que je ne pus même pas parler. À cette taille, les dégâts qu'il pourrait causer dans les zones civiles rien qu'en se promenant seraient catastrophiques.
— Putain. J'ai jamais rien vu d'aussi gros.
— Waouh, merde ! Si j'avais été un peu plus près, j'aurais été écrasé !
— Tu aurais dû te laisser écraser. On ne sait jamais. Peut-être qu'il n'est gros qu'à l'extérieur et qu'il pèse aussi peu qu'une plume.
— Tu plaisantes sérieusement, là ?
Même aussi choquées l'une que l'autre, Na Yeri et Seongwoo semblaient avoir assez d'énergie pour se chamailler.
À les voir plaisanter, j'imagine que ce boss n'est pas si difficile.
D'habitude, je les aurais réprimandés de vouloir se battre à un moment pareil. Mais je savais maintenant ce dont ils étaient capables. De plus, Cha Seohae avait dit qu'il avait autant d'énergie, pas qu'il avait une énergie puissante. Cela voulait dire que c'était un ennemi dont la puissance pouvait être évaluée à l'aune des capacités de Cha Seohae. Je soufflai, soulagée.
« Finissons-en vite et partons. »
— D'accord !
— Ah, j'ai faim.
BOUM.
À peine avions-nous fini de nous préparer à bouger que le boss atterrit au sol.
[Gobelin (S)]
« Rang S ? »
— Un costaud est enfin apparu, ça faisait longtemps.
— J'avais entendu dire qu'il n'y avait pas eu de boss de rang S depuis un moment.
C'était vrai. On n'avait pas vu de boss de rang S depuis un bon moment. Plus le rang était élevé, plus le raid était difficile, mais meilleures étaient les récompenses. En particulier, les pierres de renforcement lâchées par les boss de rang S étaient le plat de résistance de tout raid. Les ressources nécessaires pour renforcer les armes étaient limitées. Résultat : il y avait plein de Hunters qui voulaient des pierres de renforcement de la plus haute qualité, mais elles étaient difficiles à obtenir parce que les raids étaient très durs, et leur prix était extrêmement élevé.
— Celui qui ramasse en premier la pierre de renforcement que ce type lâchera la garde ?
— Hé, espèce de radin ! Le plus rapide d'ici dit toujours « le premier qui ramasse l'emporte ». T'as seulement une conscience ?
— Si tu es si contrarié, essaie de la ramasser avant moi.
Han Seongwoo parla d'un ton suffisant, ce qui fit soupirer Cha Seohae.
« Puéril. »
Il avait raison. Comme je n'avais pas d'arme particulière, je me contentai d'observer la situation en souriant maladroitement. À cet instant, le monstre qui n'avait pas atterri correctement se releva. Les monstres du niveau S ou presque possédaient un certain degré d'intelligence. Ils pouvaient donc parler, depuis de simples mots jusqu'à des phrases entières assez faciles à comprendre. Cependant, peut-être à cause de ses attributs particuliers, ce Gobelin parlait lentement et d'une voix si grave qu'il était difficile à comprendre. Quand nous cessâmes de parler, le Gobelin poussa un rugissement, comme s'il avait attendu l'occasion.
— Faim ! J'ai faiiiim !
« Ugh ! »
Quand le Gobelin rugit, une attaque sonique éclata, me faisant siffler les oreilles au point que j'eus l'impression qu'elles allaient exploser.
— Mur de protection du sol.
La voix de Na Yeri passa dans la radio tandis qu'elle activait sa compétence. À cet instant, dans un craquement sonore, des fragments de pierre se détachèrent du sol fissuré. Les blocs de roche montèrent lentement dans les airs comme dirigés par télékinésie, puis nous entourèrent, Cha Seohae et moi, d'un cercle serré.
— J'ai failli perdre l'ouïe parce que j'avais baissé ma garde. Merci.
Seongwoo semblait avoir reçu le même bouclier et la remercia par radio.
— Faim ! Faim ! FAIIIIM !
Le Gobelin semblait complètement indifférent à notre présence, haletant et soufflant sans cesse depuis qu'il avait touché le sol.
— Heureusement qu'on a évacué tout le monde tôt. Comme il n'y a personne d'autre que nous, ce type n'aura rien à manger.
dit Na Yeri. J'allais justement acquiescer quand je remarquai une silhouette vague en diagonale. Je me frottai les yeux, me demandant si j'avais mal vu. Mais la silhouette ne disparut pas. J'ouvris et refermai la bouche, perplexe.
« ...Il y a quelqu'un, là-bas ? »
« Quoi ? »
— Qu'est-ce que tu as dit ?!
Les trois réagirent en même temps, surpris.
— Tu es sûre de ne pas avoir mal vu ? On a tout évacué tout à l'heure !
demanda Seongwoo avec anxiété, comme s'il refusait désespérément d'y croire. Malheureusement, je n'avais pas mal vu. Cha Seohae semblait lui aussi avoir repéré quelqu'un, car ses yeux se plissèrent.
« Il y a quelqu'un. Une personne. »
— Haa...
— Merde.
Dès que Cha Seohae eut fini de parler, les deux autres lâchèrent des soupirs différents.
— J'y vais. Si on bouge, le monstre se concentrera sur nous et attaquera, donc on aura besoin du bouclier.
dit Na Yeri avec empressement. C'était une proposition raisonnable, mais ce serait difficile.
« Non, Yeri. Tu restes ici. »
— Quoi ? Alors qui y va ?
Cha Seohae, qui avait baissé les yeux en entendant Na Yeri, tourna son regard vers moi. Ses yeux s'écarquillèrent, comme s'il avait compris ce que je pensais. Il avait deviné vite, alors que je n'avais encore rien dit.
« Ne me dites pas que vous comptez y aller ? »
« Si. »
Après ma réponse ferme, Na Yeri et Seongwoo se mirent aussitôt à protester par la radio. Cha Seohae ne pouvait pas non plus accepter facilement. Je savais qu'ils agissaient ainsi parce qu'ils s'inquiétaient pour moi, mais il n'y avait pas de temps à perdre à hésiter.
— Kkkk... faim...
Le Gobelin avait repéré la personne qui errait seule. J'attrapai le micro pour qu'ils m'entendent clairement.
« Mais je dois y aller. Face à un boss de rang S, vous trois vous en sortirez plus facilement ensemble. Si l'un de vous s'en va, ça retardera tout. Si vous attaquez tous en même temps et le clouez sur place, je pourrai évacuer cette personne pendant ce temps. Ce ne sera pas difficile. »
J'étais moi-même surprise de la fermeté de ma voix. Ma détermination parvint peut-être aussi aux trois, car ils ne pouvaient plus se servir de leur inquiétude pour moi comme prétexte pour m'arrêter. Cha Seohae me fixa en silence avant d'ouvrir enfin la bouche, après un moment d'hésitation.
« ...Faites attention. »
— Cha Seohae !
s'écria Na Yeri d'un ton cassant. Mais c'était aussi la décision du commandant, et le chef m'avait donné sa permission. J'acquiesçai et me levai en hâte.
— Yeonhee...
« Ne vous inquiétez pas. »
Je répondis avec assurance. Même si cela les obligeait à répéter les mêmes mots encore et encore, je n'étais pas contre leur inquiétude.
Le fait que la soigneuse censée être là soit absente veut dire qu'ils ont perdu une soigneuse. Ils connaissent la douleur de perdre un coéquipier, c'est pourquoi ils essaient de m'arrêter.
Le savoir ne fit que me donner encore plus envie d'accomplir cela en toute sécurité. La ligne de faille créée par Na Yeri n'avait pas la forme d'une falaise à pic. C'était plutôt une pente douce, comme un toboggan. Grâce à cela, je pus glisser le long de la pente et descendre rapidement.
Protection divine fonctionne bien.
Une fois en bas, je vérifiai même la barrière de bouclier translucide. Dès ma descente, je constatai que les trois autres retenaient bien le boss et criai dans la direction où j'avais vu la personne. Par chance, j'aperçus quelqu'un non loin.
« Excusez-moi ! »
« Geomeongi ! »
« Excusez-moi, monsieur ! »
« Geomeongi ! Tu dois avoir faim ! Où es-tu ? »
Peut-être était-il paniqué, car il ne semblait pas entendre ma voix.
Geomeongi... C'est le chien que Cha Seohae a mis à l'abri tout à l'heure ?
À y repenser, le chien que Cha Seohae avait évacué plus tôt était noir.
Au moins, je sais où est le chien. C'est un soulagement.
Si je lui avais dit d'évacuer seul en laissant sa famille derrière lui, il n'aurait probablement jamais bougé. J'attrapai vite l'homme par le poignet.
« Excusez-moi ! »
« Lâchez-moi ! Je ne peux pas partir tant que je n'ai pas trouvé Geomeongi ! Geomeongi ! »
« S'il vous plaît, écoutez-moi un instant ! Votre chien est... ! »
Tandis que je criais désespérément, j'aperçus une paire d'yeux jaunes entre les arbres, devant l'homme.
Oh non...
Ce n'étaient pas des yeux humains. C'étaient les yeux jaunes et perçants d'une bête.
— Grrr.
Apparemment, il nous avait repérés aussi, car il sortit de sa cachette. La créature surgit d'entre les arbres sombres, ouvrit la gueule et laissa couler de la salive sur le sol.
Il y avait un monstre qu'on n'a pas réussi à piéger ?
En y réfléchissant, treize minutes s'étaient écoulées entre l'apparition de la faille et notre arrivée ici. C'était assez pour que certains des monstres tombés plus tôt aient échappé à notre confinement.
« Aaah ! »
L'homme aperçut lui aussi le monstre et se figea, raide. Il avait apparemment supposé qu'il n'y aurait pas de monstres puisque les Hunters dressaient des murs et les éliminaient. C'est pour cela qu'il criait sans se soucier d'attirer l'attention. Il n'y avait personne à blâmer dans cette situation. Je cessai de me demander à qui était la faute et me plaçai devant le civil paralysé pour le protéger.
— Grrrr.
Le monstre grogna comme pour exiger que je lui livre la proie qu'il avait choisie.
« Doucement. Reculez de quelques pas. »
« Hein ? M-Mais... »
« Allez vers l'entrée du parc. J'ai vu tout à l'heure mon collègue y envoyer un chien qui avait perdu son maître. Allez vérifier si c'est Geomeongi. »
« V-Vous voulez que j'y aille seul ? Et vous, Hunter... ? »
« Ne vous inquiétez pas pour moi ! Partez ! »
« Oui, oui ! »
Il comprit que mon cri était un signal pour courir et décolla aussitôt. Heureusement, il avait au moins assez de bon sens pour comprendre cela. Ou peut-être que la vue du monstre l'avait sorti de sa panique.
— RAAAAARGH !
Peut-être parce que sa proie s'était échappée juste sous son nez, le monstre paraissait furieux. Il prit son élan à travers le terrain dégagé et se jeta sur moi. Non seulement il bondit avec le soleil dans le dos, mais il serra aussi le poing. C'était un gros poing, qui semblait capable de me faire enfler la joue comme un ballon d'un seul coup. Le poing qui fonçait droit sur moi se rapprochait de plus en plus. Et quand le poing fut enfin si proche qu'il paraissait impossiblement énorme juste devant mes yeux...
BAM !