Chapitre 162
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Traducteur : Coughing Baby
Correcteur : Coughing Baby
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Chapitre 162 : Une épée remarquable
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« J’ai vu l’épée de l’Ancêtre Fondateur. »
Au début, personne ne sembla comprendre ce que ces mots signifiaient.
L’Ancêtre Fondateur.
Le Saint de l’Épée, Ruin Alastor. Le héros du continent, qui avait mis fin à l’Âge sombre cinq cents ans plus tôt et repoussé l’alliance des demi-humains, des orcs et même du Roi Démon. À l’origine de la famille, cette figure mythique avait atteint l’Ascension quatre cents ans auparavant.
« Quoi… qu’est-ce que tu viens de dire ? »
Karthan brisa le silence stupéfait. L’homme qui affichait toujours un sourire bienveillant avait écarquillé les yeux, la voix tremblante.
« J’ai dit que j’avais vu l’épée de l’Ancêtre Fondateur. »
Kyle se répéta calmement. Un remous parcourut le Hall de l’Épée.
« L’épée de l’Ancêtre Fondateur… »
« Qu’est-ce que ça veut dire… ? »
« Comment aurait-il pu voir l’épée de quelqu’un qui a atteint l’Ascension il y a quatre cents ans ? »
Les murmures des membres de la famille se propagèrent comme des vagues. Chez les Alastor, l’épée de l’Ancêtre Fondateur était un mythe à elle seule. La Grande Bibliothèque de la Tour de l’Épée abritait des techniques de cultivation et des manuels d’épée venus du monde entier, et chaque Chef de famille avait créé sa propre épée avant de la transmettre aux générations suivantes.
Pourtant, il n’existait aucun manuel de l’épée de l’Ancêtre Fondateur.
Il ne restait que des récits, et même ceux-ci étaient vagues.
[Une épée remarquable.]
C’était tout ce que répétaient les descriptions de l’épée de l’Ancêtre Fondateur. Le deuxième Chef de famille, qui avait vu l’épée de son père de plus près et plus souvent que quiconque, avait consacré sa vie entière à la reproduire, mais avait fini par échouer.
[La vie humaine est trop courte et les humains trop faibles pour poursuivre l’épée de mon père.]
Tels étaient les mots empreints de chagrin que le deuxième Chef de famille avait laissés derrière lui, peu avant sa mort. Il avait légué son propre manuel d’épée, mais après la deuxième génération, plus personne n’avait tenté de reproduire l’épée de l’Ancêtre Fondateur.
Tout le système des arts martiaux avait changé lorsque les humains avaient développé les organes appelés Racines spirituelles et Circuits.
« Kyle. »
Julius prit la parole. Le tumulte dans le Hall de l’Épée s’interrompit aussitôt. La pression qui émanait de lui alourdit l’air tandis qu’il fixait Kyle, les yeux écarquillés.
Aucune colère ne se lisait dans son regard, malgré l’audace de Kyle d’avoir mentionné l’épée de l’Ancêtre Fondateur.
Seulement de l’impatience.
Julius avait consacré toute sa vie à l’épée. Pur-sang Alastor, il était le Chef de famille qui siégeait plus haut que tous les autres.
Comme Ruin Alastor était un mythe pour tous les épéistes du monde, il l’était aussi pour Julius. Voir ne serait-ce qu’une fois de ses propres yeux cette épée dont on disait seulement, dans de vagues récits, qu’elle était remarquable…
Voilà le souhait que Julius nourrissait depuis longtemps en tant qu’épéiste.
« Comprends-tu ce que tu dis quand tu prononces ces mots ? »
Julius posa la question d’une voix tremblante, et Kyle acquiesça lentement.
« Oui. »
« L’Ancêtre Fondateur… a atteint l’Ascension il y a quatre cents ans. Son épée n’existe plus dans ce monde. Dans la Tour de l’Épée, il ne reste que de vagues mentions, et on a abandonné depuis longtemps toute tentative d’interpréter son épée. »
Julius se leva de son trône.
« Et pourtant, tu prétends avoir vu l’épée de l’Ancêtre Fondateur ? Comment est-ce possible ? »
Kyle ferma les yeux un instant.
Fenris. L’épée que Ruin avait gardée jusqu’au bout. L’épée gravée de la lame que Ruin avait atteinte et maniée juste avant l’Ascension. Et celle qui, dans sa vie précédente, avait abattu Raikal.
Dans l’esprit de Kyle, deux souvenirs se mêlaient.
Il ne pouvait pas dire qu’il avait été tué par cette épée dans sa vie précédente. Kyle posa la main sur Fenris, à sa taille, puis prit la parole.
« Fenris me l’a montrée. »
Kyle rouvrit les yeux.
« C’était l’épée que l’Ancêtre Fondateur a gardée jusqu’au bout. Le Dokkaebi qui habite Fenris se souvenait de l’instant qui avait précédé l’Ascension de l’Ancêtre Fondateur, quand son épée avait atteint sa perfection. C’est par son intermédiaire que j’ai pu voir l’épée de l’Ancêtre Fondateur. »
Le Hall de l’Épée s’agita de nouveau.
Fenris. L’épée du Démon de l’Épée et du Saint de l’Épée. Elle se souvenait de la lame de l’Ancêtre Fondateur. Et elle l’avait montrée à Kyle, le fils d’Arian, un Artiste spirituel doté d’une Affinité spirituelle qui surpassait même celle de sa mère.
Kyle possédait également un Talent pour l’épée tel que certains le prenaient pour la réincarnation de l’Ancêtre Fondateur. Aucun membre de la famille ne le contestait plus. Chez les Alastor, non, sur tout le continent, personne n’avait sans doute un meilleur Talent pour l’épée que Kyle.
« On dirait le destin. »
Katarina murmura sans s’en rendre compte. La suite des événements s’enchaînait avec trop de fluidité pour qu’on puisse l’attribuer au hasard.
« Fenris, exposée dans le Hall de l’Épée, se souvient de l’épée de l’Ancêtre Fondateur. Tu es entré pour la première fois dans la Tour de l’Épée à cinq ans et tu avais la rare Affinité spirituelle nécessaire pour percevoir un Dokkaebi. Et tu possèdes un Talent pour l’épée comparable à celui de l’Ancêtre Fondateur… Si ce n’est pas le destin, alors qu’est-ce que c’est ? »
Une suite de coïncidences. Ce n’aurait pas été exagéré de parler de destin.
Aux paroles de Katarina, les yeux de Karthan s’illuminèrent de joie. Les Alastor étaient déjà considérés comme la plus grande famille martiale du continent, mais si Kyle devenait un jour Chef de famille, le nom des Alastor n’en serait que plus prestigieux.
« Voir quelque chose et en tirer quelque chose, ce n’est pas pareil. »
Julius avait repris contenance avant de parler. Il descendit de son trône et gagna le centre du Hall de l’Épée. L’Empereur du Tonnerre et son petit-fils se firent face.
« Je comprends que Fenris te l’ait montrée. Mais quand tu dis que tu l’as vue, n’as-tu fait qu’en apercevoir quelque chose de vague ? Ou bien… »
« Je l’ai maniée. »
Kyle répondit sans hésiter.
« Parce que je suis un génie. »
Il ajouta cela avec une pointe d’insolence.
« J’ai manié de mes propres mains l’épée que Fenris m’a montrée. Elle ne m’appartient pas encore tout à fait. Ce serait plutôt une imitation. Mais j’ai gravé en moi la nature de cette épée et la direction qu’elle prend. »
« Ha… »
Un rire sans joie échappa à Julius. Il savait combien son jeune petit-fils était audacieux, et c’était justement pour cela qu’il le trouvait si attachant. Mais prétendre avoir manié l’épée de l’Ancêtre Fondateur et l’avoir gravée en soi dépassait l’audace. Cela frôlait l’arrogance.
Pourtant, le garnement insolent répondit sans la moindre hésitation.
« Tu es peut-être effronté, mais tu ne racontes pas de mensonges en l’air. »
Julius murmura.
« Et tu es un génie. Ton talent dépasse de loin le mien. Parmi tous les purs-sangs Alastor de l’histoire, le seul ancêtre qui ait pu rivaliser avec toi en talent est probablement l’Ancêtre Fondateur lui-même. »
Le souhait de la famille, transmis depuis les débuts des Alastor, reposait désormais sur les épaules de Kyle. Julius reprit son sérieux et serra le poing.
« Alors, peux-tu le prouver ? »
C’était une question naturelle. N’importe qui pouvait parler. Les Alastor étaient une famille martiale, et dans une famille martiale, la valeur des paroles se mesurait à la force.
J’ai vu l’épée de l’Ancêtre Fondateur. Je l’ai maniée.
Il n’y avait qu’un seul moyen de savoir si ces mots étaient vrais ou s’ils n’étaient que de la vantardise.
Tous les regards du Hall de l’Épée se tournèrent vers Kyle. Il leur adressa un sourire en coin.
« Chef de famille. »
Kyle prit la parole.
« Je ne sais pas comment prouver quelque chose par de simples paroles. Et toi non plus, tu ne veux pas que je te le prouve avec des mots. »
Les lèvres de Julius tressaillirent. Depuis qu’il avait appris que Kyle avait vu l’épée de l’Ancêtre Fondateur, son regard n’avait plus exprimé qu’un désir ardent.
Kyle reconnut cette envie.
L’Église de l’Épée et les Alastor. C’étaient des groupes aux noms et aux membres différents, mais leur essence était la même.
« Je vais le prouver avec une épée. »
Kyle posa la main sur Fenris.
« Tu te joindras à moi pour cette démonstration, Chef de famille ? »
« Ha… Hahaha ! »
Julius éclata de rire. Il acquiesça avec joie et posa la main sur l’épaule de Kyle.
« Bien sûr. »
Les yeux dorés de Julius brillèrent. Après avoir tapoté l’épaule de Kyle à plusieurs reprises, il se retourna. Kyle fit de même.
Le grand-père et son petit-fils s’éloignèrent l’un de l’autre, dos tourné. Les membres de la famille dans le Hall de l’Épée déglutirent et reculèrent.
Arian prit Kaya dans ses bras à la hâte, tandis qu’Aslan se plaçait devant elles. Katarina veilla sur Gerhard, peu doué en arts martiaux. Barkas se posta à côté de Bruno, et Dante à côté de Vivian. Karthan rejoignit ses deux fils. Roel et Seros reculèrent un peu plus loin.
Ils devaient assister à la scène sans rien manquer.
Tous les épéistes présents pensaient la même chose.
Seule Kaya pencha la tête et cligna des yeux.
« Papi et Grand Frère vont se battre ? »
« Les membres d’une même famille ne se battent pas. »
Kyle fit un clin d’œil à sa petite sœur, qui le regardait fixement.
« C’est juste… hum, une conversation avec Grand-père. On pourrait appeler ça un jeu. »
« Kaya veut jouer avec Papi aussi. »
« Tu pourras jouer avec lui plus tard, si Grand-père reste en bonne santé. »
Julius rit à ces mots. L’espace d’un instant, il cessa d’être le Chef de famille des Alastor pour redevenir un grand-père.
« Je resterai en bonne santé jusqu’à ce que Kaya puisse manier une épée. »
Après avoir pris leurs distances, le grand-père et son petit-fils s’arrêtèrent. Aucun ne bougea le premier. Ils se retournèrent en même temps.
Kyle ne dégaina pas Fenris tout de suite. Il fixa Julius.
Julius n’avait pas d’épée à la taille.
« Tu ne comptes pas m’affronter à mains nues, tout de même ? Même si tu es mon grand-père, ce serait aller un peu loin. »
« Je ne suis pas arrogant à ce point. »
Julius ricana et tendit une main.
Crac.
Une énergie de foudre violette jaillit et se condensa. Bientôt, elle prit la forme allongée d’une épée.
Quand Helenas s’était rendue à Gladiheim, autrefois, c’était cette épée qui avait brisé la sienne. À présent, elle reposait dans la main de Julius.
« J’ai souvent joué à l’épée avec Grand-père, mais c’est la première fois que tu tiens une vraie épée. »
« Je ne peux plus jouer avec toi avec des épées en bois. »
Julius sourit.
« Et ce n’est plus un jeu. »
Kyle se figea à cette réponse. Après un bref silence, il demanda :
« Ça veut dire qu’on peut avoir une conversation ? »
« N’as-tu pas dit à Kaya que tu avais une conversation avec moi ? »
L’énergie de foudre qui enveloppait l’épée s’apaisa. À première vue, c’était une arme extraordinaire. Kyle sentit sa bouche s’assécher.
« C’est ton épée préférée ? »
« Je la tiens depuis avant de devenir Chef de famille. Elle a grandi avec moi, car je la nourrissais chaque jour de mon mana grâce au minerai de foudre. »
« Si tu y tiens autant, elle doit avoir un nom. »
« Elle s’appelle Roc du Tonnerre. »
« Ah. »
Kyle laissa échapper un petit rire.
« Grand-père et moi, on a à peu près le même don pour trouver des noms. »
Empereur du Tonnerre, Épée Noire, Roc du Tonnerre, Dragon de Fer. Tout cela revenait au même.
Julius rit de bon cœur et leva le Roc du Tonnerre devant lui.
« Je préfère te le dire tout de suite. »
Julius prit la parole.
« Je ne cherche pas à mettre ton épée à l’épreuve. À vrai dire, je ne veux pas simplement la voir non plus. Cela ne suffirait pas. »
La voix de Julius était basse et calme. Son regard doré avait perdu toute trace d’hilarité ; il n’y restait que l’aspiration d’un épéiste qui avait poursuivi l’épée toute sa vie.
« Alors, comme tu l’as dit… aie une conversation avec moi. »
Kyle esquissa un léger sourire.
La Conversation sur l’épée. Un échange par le biais des épées, qui ne relevait ni du duel ni d’une question de supériorité.
Julius en demandait une.
Voilà pourquoi Kyle ressentit un peu d’amertume.
« J’ai envie d’avoir une conversation, mais… »
Il dégaina Fenris.
« Cette épée ne répondra pas à la conversation que tu souhaites, Grand-père. »
Kyle ferma les yeux un instant.
L’épée de Ruin lui était encore difficile à manier. Il ne pouvait pas la manier librement comme ses autres épées. Pour faire ressortir tout son potentiel, il devait se préparer.
Refonte de l’esprit.
Il remodela le cadre de son esprit. L’épée la plus profondément gravée dans son image mentale se manifesta.
Unité complète.
Il s’unit à cette épée imaginée.
Unité du soi et de l’objet.
Oubliant jusqu’à son propre être, il ne fit plus qu’un avec l’épée.
Ainsi, Kyle était Kyle, et pourtant il ne l’était plus.
Il rouvrit les yeux.
À cet instant, Julius passa à l’attaque.
Crac.
L’énergie de foudre s’éleva dans un grondement sourd. Julius avait déjà atteint Kyle et abattait le Roc du Tonnerre.
L’épée de Kyle bougea.
Julius avait disparu, s’était approché puis avait lancé le Roc du Tonnerre. Tous les avantages du début revenaient à Julius. La réaction de Kyle avait commencé avec un net retard.
Pourtant, Fenris bougea exactement comme il le fallait.
Le meilleur choix, l’option optimale. Une vérité sans le moindre geste superflu, la vérité de ce que devait faire une épée.
Face à cela, prendre l’initiative n’avait aucun sens.
La riposte prit le dessus sur l’initiative.
« … ! »
Julius écarquilla les yeux.
Le Roc du Tonnerre n’avait pas été dévié. Il n’avait pas été repoussé. Fenris s’était déjà placée à l’endroit où le Roc du Tonnerre allait s’abattre.
Non. « Déjà » n’était même pas le mot juste.
La riposte de Kyle avait bel et bien commencé plus tard. Pourtant, au moment où les épées s’entrechoquèrent, la présence de Fenris à cet endroit était devenue le seul résultat naturel.
Comme si tout avait été décidé d’avance.
« Cela ressemble à l’épée de la Maîtresse de l’Église de l’Épée, mais… »
Julius retira le Roc du Tonnerre et recula d’un demi-pas. Il n’avait pas besoin de battre en retraite, pourtant il le fit.
Le corps qui avait tenu une épée toute sa vie comprit avant son esprit.
« C’est bien plus précis que la sienne. Non… non, c’est plus simple. Oui, c’est comme ça que cela doit être. »
Aussi rapide, ornementée ou compliquée qu’elle puisse être, une épée, une fois dépouillée de tout le reste, n’était qu’une succession de coups et d’estocades.
La perfection d’une épée dépendait de la façon dont on exécutait ces coups et ces estocades.
Cette épée était la réponse unique à la question de savoir comment une épée devait bouger. Julius avait passé sa vie à réduire la marge d’erreur. Dans cette épée, cette marge n’existait pas.
« Ha. »
Un rire discret échappa à Julius. Il n’y avait aucune frustration dans ce son.
Seulement de la joie.
L’épée qu’il avait désirée toute sa vie se trouvait juste devant lui.
« Bien. »
Julius réajusta sa prise sur le Roc du Tonnerre.
« Je vais te le demander une nouvelle fois. »
Crac !
L’énergie de foudre jaillit. Huit éclairs se séparèrent et foncèrent sur Kyle.
Leurs trajectoires étaient difficiles à suivre à l’œil nu.
Fenris bougea.
Une fois, de haut en bas.
Frrt !
D’un seul coup, les huit éclairs furent balayés.
« … ! »
Le Hall de l’Épée se figea.
La bouche de Dante s’ouvrit toute grande. Barkas douta de ses propres yeux. Katarina en oublia de respirer. Les yeux écarquillés de Karthan tremblèrent légèrement.
Ce qu’ils venaient de voir n’était pas une confrontation entre deux mouvements rapides. Ce n’étaient pas huit ripostes face à huit changements de trajectoire.
Un seul coup avait traversé tous les points que les huit éclairs allaient atteindre.
Une épée qui ne suivait pas le changement.
Une épée qui tranchait la racine de chaque changement.
Les épéistes présents la virent chacun depuis leur propre niveau et furent tous ébranlés par sa profondeur.
« Ah… »
Naturellement, Julius fut celui qui en saisit le plus profondément la portée et qui en fut le plus bouleversé.
Cette riposte lui fit comprendre clairement la différence entre l’épée de l’Ancêtre Fondateur et celle de la Maîtresse de l’Église de l’Épée.
L’épée de la Maîtresse de l’Église de l’Épée était impérieuse. Elle atteignait simplement le résultat qu’elle considérait comme naturel.
Mais l’épée de l’Ancêtre Fondateur n’était pas impérieuse.
Si l’épée de la Maîtresse de l’Église de l’Épée était l’inévitabilité à laquelle elle croyait, celle-ci était une vérité absolument juste.
Cette épée était la réponse parfaite.
À moins de pouvoir réfuter cette réponse, n’importe quelle épée serait réfutée par elle.
« Encore une fois. »
Le Roc du Tonnerre se chargea d’énergie de foudre.
Le premier coup avait été rapide. Le deuxième, ornementé. Le troisième était chargé d’une puissance écrasante.
Grrr !
Le tonnerre gronda dans le Hall de l’Épée.
Aslan couvrit les oreilles de Kaya et déglutit. Kyle avait dit que les membres d’une même famille ne se battaient pas, mais cette épée, quel que soit l’angle sous lequel on la regardait, n’était pas faite pour s’abattre sur un membre de sa famille.
Aslan s’imagina devoir lui-même l’affronter, mais ne parvint pas à concevoir d’autre issue que la mort.
Il ne s’interposa pas.
Il faisait autant confiance à Julius qu’à Kyle.
Cette épée, malgré sa puissance écrasante, ne ferait pas de mal à Kyle. Le grand-père et son petit-fils n’étaient animés ni d’intention meurtrière ni d’hostilité.
Ils avaient simplement une conversation sincère et joyeuse.
Crac !
Un éclair gigantesque s’abattit.
Kyle leva Fenris pour le contrer.
Crac, crac !
L’éclair fut déchiqueté et dispersé en fragments. Le tonnerre se tut, ne laissant que le Roc du Tonnerre.
« … »
Au cours de cet échange, Julius le ressentit une nouvelle fois.
Un épéiste finissait inévitablement par se révéler dans son épée.
L’épéiste qui avait manié cette épée terriblement irréprochable, complète et parfaite avait dû poursuivre toute sa vie l’absence de défaut, l’achèvement et la perfection, jusqu’à enfin les atteindre.
Tout comme il n’avait fait aucun compromis avec son épée, il n’avait dû en faire aucun avec lui-même. Il avait dû s’imposer et graver en lui rien d’autre que l’achèvement, la perfection et l’absence de défaut.
Il n’avait dû manier cette épée que pour le monde.
D’innombrables personnes avaient dû louer son éclat, mais pour briller plus que quiconque, il avait dû se consumer dans les ténèbres.
Sans jamais renoncer. Sans jamais s’arrêter.
Poursuivre sa route jusqu’au bout, jusqu’à devenir lui-même ce bout du chemin.
« Cette épée… »
Julius soupira et abaissa le Roc du Tonnerre.
« Elle est complètement seule. Rien n’existe en dehors d’elle… »
Depuis l’instant où elle avait atteint le sommet. Non, depuis le moment où il avait pris une épée pour la première fois.
Personne n’avait pu suivre cette épée. Personne n’avait pu lui répondre.
Le monde entier vénérait cette épée, et pourtant nul ne se tenait à ses côtés.
Une épée qui posait des questions sans recevoir de réponse. Une épée achevée seule et qui s’était arrêtée seule.
Au cours de cette conversation, Julius avait posé des questions et reçu des réponses, mais cette épée ne lui en avait posé aucune.
Non. Elle lui en avait posé une, mais Julius n’avait pas pu entendre sa question.
« Une épée remarquable… »
Julius murmura.
C’était la description la plus courante de l’épée de l’Ancêtre Fondateur. Nombre d’ancêtres qui le vénéraient avaient désespéré devant cette brève formule.
Pourquoi n’y avait-il rien d’autre ? Le deuxième Chef de famille avait vu l’épée de l’Ancêtre Fondateur de plus près que quiconque. Pourquoi n’avait-il laissé derrière lui que cette courte phrase ?
À présent seulement, Julius comprit.
On ne pouvait pas la consigner.
Un manuel d’épée relatait une méthode. Avance ainsi, donne ce coup, fais glisser la lame de cette façon.
Mais cette épée ne révélait que les principes fondamentaux et les vérités naturelles auxquels une épée devait obéir.
Comment aurait-on pu les consigner dans un manuel d’épée ?
Même celui qui l’avait vue de plus près n’avait pu qu’éprouver et consigner l’émerveillement d’un être humain devant une épée.
[La vie humaine est trop courte et les humains trop faibles pour poursuivre l’épée de mon père.]
Julius avait cru que ces dernières paroles douloureuses déploraient un manque de talent.
À présent seulement, face à l’épée de l’Ancêtre Fondateur, il comprit tout leur poids.
Ce n’était pas une lamentation.
C’était le cri de douleur d’un fils qui avait passé sa vie à poursuivre son père, sans même pouvoir voir où se trouvait son dos ni vers quoi se dirigeait son regard.
« Il est inutile d’aller plus loin. »
Julius sourit avec amertume et rengaina son épée.
« Je pense la même chose. »
Kyle répondit en essuyant la sueur de son front.
« Je ne peux manier aucune autre épée que celle-ci. »
C’était toujours une putain d’épée à vous rendre fou.
Notes :
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