Avant l’ombre de la capuche, avant la lourde urne, et bien avant que le monde ne connaisse son nom actuel, il y eut une princesse bénie d’un talent si écrasant qu’il frôlait la malédiction.
(… Toc… toc… toc…)
Tandis que les autres passaient des décennies à tenter de comprendre les rudiments du combat, son esprit saisissait d’un seul regard l’essence du maniement des armes et du rythme martial.
« C’est par là, Pocchi ? »
Ainsi, à tout juste neuf ans, après avoir surpassé tous les maîtres du royaume, elle forgea sa propre discipline martiale : un art suprême et mortel qu’elle baptisa le Style royal.
« Ouaf ! Ouaf ! »
Pourtant, le temps finit par passer…
« … »
Les années s’écoulèrent.
« Je m’ennuie… »
La tragédie s’abattit sur elle avec une violence implacable.
« … Je veux me battre. »
La princesse mourut et, des cendres de son ancienne vie, enfin…
(ROAAAR ! ROAAAR !)
… elle renaquit.
« Oh, je t’ai trouvée. »
Là, dans le marché, au cœur des ruines du grenier, une entité phallique colossale rugissait, agrippée à la Grande Sorcière porte-parole, Scarlet Astrea.
« Cette femme… c’est Scarlet Astrea ? »
Dans la poussière tourbillonnante, une silhouette encapuchonnée fit un pas en avant.
« Ouaf~ ! »
Une lourde urne ouvragée était suspendue à son dos ; dans sa main, elle tenait mollement la chaîne de fer attachée au collier de Pocchi, une louve plantureuse.
« … Je vois. C’est bien elle. »
Devant elles, après que son esprit, sa fierté et sa personnalité eurent été entièrement vidés comme des eaux usées, Scarlet Astrea, la lointaine Sorcière porte-parole, fut enfin libérée des tentacules du monstre.
« Gii~💕 »
Mais, dans son état, son corps inerte et vidé s’affaissa mollement et retomba dans les sécrétions qu’elle avait elle-même expulsées, sous le regard froid et impassible de la femme encapuchonnée.
« Trop faible… ? »
À ses côtés, Pocchi haletait d’impatience, la langue pendante, tandis que son imposant postérieur dénudé et sa queue de louve touffue remuaient d’un côté à l’autre.
« C’est vraiment elle ? »
En réponse aux doutes de sa maîtresse, la louve huma l’air de son odorat canin affûté, puis hocha la tête après avoir confirmé la piste qu’elles avaient suivie.
« … Dans ce cas. »
Vingt-neuf jours s’étaient écoulés depuis que Silvia avait posé le pied dans le marché souterrain.
« Enfin… »
Les cinq premiers jours avaient été un véritable désastre.
« Je viens réclamer mon billet de sortie. »
À cause de son sens de l’orientation héréditairement catastrophique, auquel s’ajoutaient les runes complexes et labyrinthiques du marché, conçues précisément pour désorienter les voyageurs, elle n’avait fait que tourner en rond sans fin.
(Glouglou ?)
Ce ne fut qu’après avoir payé une somme exorbitante pour acheter des renseignements — en rachetant Rasha, l’ancienne aventurière ogre de rang A dont le corps scellé se trouvait à présent dans la lourde urne qu’elle portait sur le dos — que Silvia découvrit enfin le piège dissimulé du marché.
« Pocchi, suspension. »
Dès lors, son objectif fut simple : trouver la Grande Sorcière qui dirigeait les lieux, la forcer à lui remettre la clé et quitter cet endroit.
« Éveille-toi… Livisluna. »
Mais son terrible sens de l’orientation la frappa de nouveau.
(Fssssssss—CLING !)
Silvia passa ainsi les trois jours suivants complètement perdue. Exaspérée et à bout de patience, elle finit par abandonner toute discrétion et entreprit de défoncer les murs, les structures et les bâtiments sur son passage, espérant se frayer un chemin tout droit à travers le complexe.
« Je te tiens. »
Comme prévu, plusieurs Grandes Sorcières de haut rang tentèrent de prendre l’intruse par surprise pendant sa dévastation.
« … À ton tour. »
Malheureusement pour elles, Silvia les élimina toutes sans effort et les vainquit en quelques secondes.
« Vous pourriez les laisser partir ? »
Plus personne n’étant capable de lui tenir tête, Silvia poursuivit sa marche destructrice jusqu’à tomber sur le spectacle grotesque d’un marchand louche.
(ROAAAR !!)
Elle y dénicha plusieurs objets singuliers : une lanterne elfique, le corps de Filińska, une érudite elfe contrôlée par un cerveau de cochon, ainsi qu’une ancienne aventurière novice lourdement endettée, dotée de traits lupins et d’un talent sensoriel prodigieux.
« … À ta guise. »
Après avoir récupéré la jeune louve, Silvia passa du temps à l’entraîner, à la briser et à la domestiquer de fond en comble pour en faire une fidèle chienne de chasse…
« J’accepte ton duel. »
… qui la conduisit tout droit à ce grenier en ruines.