Si « Silvia » avait erré cinq longs jours dans ce marché souterrain labyrinthique sans jamais savoir où elle allait, c’était à cause d’une combinaison désastreuse de facteurs.
« Ah ! Oui, mademoiselle ! C’est une véritable elfe ! »
Tout se résumait à son sens de l’orientation quasiment inexistant, à son refus catégorique de demander de l’aide à des inconnus et, surtout, à son grave déficit de l’attention.
« C’est une érudite elfe de haute naissance, de sang pur ! »
À moins qu’il ne s’agisse de combat, de sa chère « maman » Mireya, du strict code chevaleresque ou des aventures du Cavalier masqué — cette émission du Monde bleu que Mireya lui avait fait découvrir pour la divertir —, Silvia ne prêtait tout simplement aucune attention à ce qui l’entourait.
« Capturée directement dans les grandes bibliothèques de la forêt ! Bon, elle est un peu mal en point, et peut-être un peu bruyante, mais sous toute cette boue se cache un trésor exotique ! Je vous ferai même une remise spéciale si vous m’en débarrassez aujourd’hui ! »
Si elle s’était arrêtée devant cette cage, c’était uniquement parce qu’elle avait vécu quelque temps auprès des elfes, à Ironholm, et que les rumeurs avaient éveillé chez elle une curiosité bien particulière pour leur espèce.
« Je vois… Cela dit… Savez-vous comment joindre la Grande Sorcière qui dirige ce marché, Scarlet Astrea ? »
La silhouette encapuchonnée confirma, puis changea aussitôt de sujet, sans montrer le moindre intérêt pour l’état déplorable du corps exposé comme du bétail.
(Comme elle est directe…)
En l’entendant et en observant attentivement la personne qui se tenait devant lui, le marchand se mit à évaluer son interlocutrice.
« En fait, je sais parfaitement comment la joindre. »
Notant ses yeux bleu électrique, froids et dénués de toute émotion, ainsi que sa carrure, sa taille et la gigantesque jarre de pierre qu’elle portait sur le dos, l’homme conclut rapidement qu’il avait affaire à une jeune aventurière.
« Cependant, vous devez comprendre que ce genre d’information ne se donne pas gratuitement… »
Mais ce qui retint véritablement son attention, ce fut l’absence totale de surprise ou de dégoût de la jeune femme face au spectacle grotesque de l’elfe. Comprenant qu’il n’avait pas affaire à une cliente ordinaire, le marchand décida de la mettre à l’épreuve.
(BRUIT MÉTALLIQUE !)
Mais avant qu’il eût pu finir sa phrase, le bruit sourd d’une lourde bourse remplie de pièces d’or s’écrasant sur la table lui coupa la parole.
« J’achète l’elfe. »
Le marchand se figea un instant.
« Ça suffit ? »
Voyant avec quelle facilité elle avait jeté une telle somme sans même ciller, il changea aussitôt d’avis…
« Ha, ha ! Bien sûr, chère cliente ! »
À cet instant, l’homme comprit qu’il n’avait pas affaire à un garçon ordinaire, mais à une jeune noble fortunée voyageant incognito.
« C’est largement suffisant ! »
Sous ses yeux, la silhouette encapuchonnée s’était transformée en véritable mine d’or à exploiter.
« Vous voyez, il existe exactement trois façons d’obtenir une audience auprès de la Grande Sorcière… »
Tout en expliquant cela d’un ton enjoué, le marchand se leva, sortit un grand tampon marqué « VENDU » et l’abattit sans la moindre hésitation sur les grosses fesses rebondies du corps de Filińska, la sage elfe, qui continuait à manger de la paille à même le sol crasseux.
« BUHIII~ ! »
Aussitôt après, l’homme sortit une épaisse corde et se mit à ligoter le corps de l’elfe, comme un boucher attachant un cochon vivant prêt à être transporté.
« Et quelles sont ces méthodes ? »
En réponse, « Silvia » se contenta de poser la question, observant toute la scène sans le moindre intérêt ni la moindre émotion.
« — Eh bien, pour commencer ! »
Après avoir terminé son nœud, le marchand souleva sans effort la femme d’une seule main et la remit à la silhouette encapuchonnée avec un large sourire rayonnant.
« La première méthode consiste à prendre rendez-vous officiellement, en suivant toutes les procédures légales… mais cela prend généralement entre une et deux semaines. »
À peine eut-il prononcé ces mots que le marchand recula et interrompit sa phrase en plein milieu pour disparaître dans l’arrière-boutique. Quelques instants plus tard, il revint avec une autre elfe dans les bras.
« …Et la deuxième méthode ? »
Voyant ce que l’homme avait apporté, Silvia contempla silencieusement la scène un bref instant, puis l’interrogea sur la deuxième procédure.
« Ah, mais avant de poursuivre, permettez-moi de vous présenter un autre produit indispensable ! »
Cependant, avant de continuer, l’homme l’annonça avec le panache d’un vendeur d’émission télévisée nocturne.
« Je vous présente… la Lanterne elfique, qui connaît un succès fulgurant auprès des gobelins ! »
Juste après cette annonce grandiloquente, il posa sans cérémonie sur le comptoir une elfe plantureuse, amputée de tous ses membres et bâillonnée par un épais bâillon.
« Vous voyez, le matériau principal utilisé pour sa fabrication est un corps d’elfe humanoïde auquel on a retiré les membres… »
En présentant le produit, il devint évident que ses yeux et ses oreilles étaient entièrement couverts de bandages serrés et de bouchons.
« Depuis peu, à la suite de la conquête d’un royaume elfique voisin par l’armée du Roi Démon, l’utilisation des elfes de la région comme outils connaît un succès fou ! »
Un bâillon volumineux lui avait été enfoncé dans la bouche, réduisant sa voix à des « ouh » étouffés tandis que la salive coulait sans arrêt de ses lèvres.
« Grâce à cette abondance, malgré sa qualité supérieure, elle bénéficie actuellement d’une énorme réduction et coûte une misère ! »
De plus, les moignons de ses bras et de ses jambes étaient reliés par des tiges de fer, surmontées d’une poignée centrale au design résolument démoniaque.
« — Ouh… Mmph… »
Le corps de l’elfe était arqué dans une position qui lui causait manifestement une douleur immense ; pourtant, privée de ses membres, elle ne pouvait pas résister, ni même implorer grâce à travers l’épais bâillon qu’on lui avait enfoncé dans la bouche.
« Quand les gobelins ont besoin d’éclairage au cours de leurs aventures, ils retournent la Lanterne elfique, lui introduisent un entonnoir dans le vagin et versent une solution verte spéciale dans son corps. »
Malgré ce spectacle atroce, le marchand ne voyait dans l’elfe qu’un produit…
« Une fois que la solution remplit l’utérus de l’elfe, elle émet une vive lueur verte à travers son abdomen. Cette lumière éclaire les environs et repousse les bêtes sauvages. »
Il la traitait donc comme une simple marchandise à présenter, car, au fond, l’homme ne se considérait guère comme un juste.
« Pour s’en servir, il suffit de boucher le vagin de l’elfe avec un bouchon spécial, de saisir la poignée de la lanterne et de la tenir à l’envers, le ventre lumineux tourné vers le haut. On peut alors continuer son chemin dans l’obscurité. »
Avec cet état d’esprit, il était capable de tout réduire à une simple transaction commerciale, pour remplir ses poches et assurer sa propre survie en cette époque de guerre.
En plus de ces avantages, cette Lanterne elfique possède d’autres fonctions incroyables ! Premièrement, après une longue marche, quand vous êtes épuisé et que vous rêvez d’une petite sieste en pleine nature, vous pouvez vous en servir comme oreiller ! Les seins des elfes sont naturellement volumineux et doux, et des experts ont prouvé que poser la tête sur cet « oreiller de seins elfiques » pendant seulement trois à cinq minutes vous aide à vous endormir presque instantanément ! De plus, les elfes sont extraordinairement vigilantes : elles suivent un entraînement spécial avant de quitter l’« usine », si bien qu’au moindre danger, elles se mettent à trembler instinctivement. Cela donne l’alerte, réveille leurs propriétaires et leur garantit de dormir en sécurité dans la nature !
Pourtant, plus l’homme s’éternisait, plus le danger qui menaçait tous ceux qui se trouvaient dans le bâtiment grandissait.
« …Je vois. »
Car, à cet instant précis, l’aura glaciale et oppressante de « Silvia » s’intensifiait discrètement, sans que personne autour d’elle s’en rende compte.
« Deuxièmement, ces Lanternes elfiques peuvent aussi servir de rations d’urgence lors des expéditions en pleine nature ! Comme je l’ai dit, les elfes ont de gros seins doux et sont naturellement maternelles ; les gobelins qui servent de dégustateurs n’ont qu’à les presser délicatement pour en tirer une grande quantité de lait. Ce lait, riche en nutriments et en magie elfique, est très prisé des gobelins qui passent de longues périodes dans la nature. Toutefois, ces elfes-là ne sont ni domestiquées ni élevées dans des fermes spécialement pour produire du lait elfique ; le goût et la valeur nutritive de leur lait sont donc inférieurs. De plus, on raconte qu’un jeune gobelin, pris dans une embuscade en pleine nature, a pressé à plusieurs reprises les gros seins d’une Lanterne elfique, projetant un énorme jet de lait au visage de ses ennemis et parvenant à leur échapper ! Autrement dit, les Lanternes elfiques peuvent aussi servir d’armes d’autodéfense en cas d’urgence ! »
Malheureusement, l’homme ne comprit pas qu’il fallait s’arrêter. Tout entier absorbé par son argumentaire de vente, il reproduisait cette terrible habitude qui l’avait déjà empêché de trouver un acheteur pour le corps de l’érudite elfe.
« Malheureusement, les Lanternes elfiques ne peuvent pas servir de jouets sexuels. La solution verte injectée dans leur utérus est hautement toxique ; introduire quoi que ce soit dans leur vagin pourrait tuer un gobelin lubrique. Certains gobelins ont tenté des rapports oraux ou des caresses sur les seins ; cependant, au moment de jouir, ces elfes peuvent éjaculer d’énormes quantités de lait, ce qui est extrêmement peu hygiénique et rend l’expérience très désagréable. De plus, les bâillons qu’on leur enfonce dans la bouche sont conçus pour être pratiquement impossibles à retirer une fois installés, afin de les empêcher d’utiliser leur magie contre les gobelins si elles étaient libérées de leurs entraves buccales. Des chercheurs étudient depuis peu des solutions de remplacement non toxiques et écologiques, mais les progrès sont désespérément lents… »
Ce ne fut que lorsque l’homme s’interrompit un instant pour regarder droit dans les yeux sous la capuche qu’il se tut brusquement, sentant soudain le danger de mort qui le menaçait.
« Je l’achète. Maintenant, la deuxième option. »
Face aux mots secs et tranchants de la silhouette encapuchonnée, qui venait de déposer une nouvelle lourde bourse devant lui, l’homme resta muet…
« La deuxième méthode… »
…Jusqu’à ce qu’enfin, après avoir pris une nouvelle profonde inspiration, il reprenne la parole.
« Il faudrait utiliser un laissez-passer… un privilège réservé aux VIP du marché, comme la sorcière qui le dirige. »