L'univers de la Dimension virtuelle ne se fissura pas sous un coup physique, mais sous le poids d'un regard qui n'appartenait plus à ce plan d'existence.
(GRRRRR-RUMBLE-RUMBLE-RUMBLE!!)
Le son ne provenait pas de la terre, mais du tissu même de la réalité, étiré jusqu'à son point de rupture.
(Zzzzzzt! Bzzzzzt! VROOOOOM!!)
À l'époque, une île s'était élevée dans le ciel, marquant le début...
(FRRRR-BOOOOOMSHHH!!)
... De la fin pour un monde.
« ... Alors, pourquoi ? »
Au sommet de l'île de débris flottant comme une tumeur d'asphalte et de fer au-dessus de la ville, l'atmosphère était devenue une substance épaisse, chargée d'une haine inimaginable qui rendait l'oxygène lui-même inflammable.
« Maintenant que j'y pense... Après réflexion... En fait, le timing est parfait... »
Dans ce décor, la voix de Raina n'était pas un son, mais une vibration qui parcourut l'échine des six cent cinquante millions d'âmes entourant le périmètre.
« Je n'ai plus besoin de ce monde. »
Ce jour-là fut dicté par une voix mélodieuse qui résonna devant tous comme une fréquence rendant le fer malléable et faisant s'effriter la volonté des hommes comme de la cendre au vent.
(Fwoooooosh! Sssssshhhhhh!)
Autour de la Dame Démoniaque, un ouragan d'énergie cramoisie commença à dévorer la lumière.
(KRRRR-WHOOOOOOOOOOO-SHHHHHHH!!!)
Face à la marée de six cent cinquante millions d'âmes, Raina n'était pas une guerrière ; elle était l'œil d'un ouragan psionique ayant décidé que le monde n'était plus nécessaire.
« ... Venez. »
Ses yeux rouges, fixes et dépourvus de la moindre trace de doute, observaient la marée humaine comme un chirurgien examine un tissu nécrosé devant être excisé.
« ATTAQUEZ !! CHARGEZ CONTRE LE DÉMON !! POUR LA SURVIE DE L'HUMANITÉ, TRANCHEZ-LUI LA GORGE !! »
Et en réponse à un tel regard, le cri d'un commandant de la Coalition déchira l'air, une proclamation désespérée cherchant à enflammer un courage déjà mort.
(BWAAAAAA-HROOOOOMMM-GZZZZT!!!!)
Ainsi, l'horizon s'embrasa instantanément.
(VRRRRUUUUUMMM-SHHHH-KRRAAAAAA-T-T-T-THHHHOOOOOOOOMMMM!!!)
À la suite de quoi, des centaines de milliers de projectiles, de sorts et de corps poussés par le désespoir se lancèrent vers elle, couvrant le ciel comme un linceul de métal et de feu.
« .... »
Mais en réponse, Raina ne parla pas. Elle ne bougea pas, et ne cligna même pas des yeux.
(Zzzzzzt... Bzzzzzt!)
Simplement, la réalité autour d'elle se replia.
(GRRRRRRRR-SHHHHHHH-KRRRRRR-AAAARRRRGGHH-BOOOO-BOOOOMM!)
Ce ne fut pas une explosion. Ce fut un effondrement psychique de la matière.
(S-S-S-SHHHHHIIIIIIII-KRRR-B-B-BOOOOOOOOMMM-FWWWWWAAAAA!!!)
Les projectiles qui entrèrent dans son champ d'influence ne détonèrent pas ; ils s'arrêtèrent net, suspendus par des fils invisibles de pure force mentale, avant d'être compressés à la taille d'atomes tandis que l'air, agité par sa simple présence, se mit à vibrer à une fréquence désintégrant les liaisons moléculaires de tout ce qu'il touchait.
(Clac... clac... clac!)
Et sans un seul geste, Raina projeta sa volonté vers l'avant.
(Hhhhiiiiiiiiiiii-vvvvvv-zzzzzt-KRRR-KRRR-P-P-P-SHHHHH!)
Il n'y eut pas de projectiles de retour, mais une reconfiguration de l'espace.
(Uuuuuuummmmm-GRRR-RR-NNNNGG-KRAAA-TCH-TCH-TCH!)
En conséquence, les soldats de la ligne de front ne moururent pas d'impacts physiques ; ils sentirent plutôt leur propre cerveau se dilater dans leur crâne, victimes d'une pression psychique qui transforma leurs pensées en éclats d'obus internes.
« ... C-c'est une blague... NOOOOOOOO !!! »
Un secteur entier de la Coalition, environ dix millions d'hommes, cessa simplement... d'exister.
(BWAAAAAA-HROOOOOMMM-GZZZZT!!!!)
Il ne resta aucun corps, aucun sang, aucun débris.
« ÉLOIGNEZ-VOUS !! »
« NE VOUS APPROCHEZ PAS ?! »
« KYAAAAAAAAA !!! »
L'espace qu'ils occupaient fut écrasé par une main invisible d'une telle magnitude que la lumière elle-même se courba vers le centre du massacre, laissant derrière elle un vide absolu et sombre.
(Fwoooooosh!! Sssssshhhhhh!)
Ainsi, Raina commença à marcher.
(V-V-V-HHHMMMMMM—S-S-S-SSHHHIIIIII—KRRR-ZZZZZZ-F-F-FWAAAAAA!)
Chaque pas qu'elle faisait dans les airs provoquait une onde expansive de silence qui effaçait les cris d'agonie de ceux à venir.
(WWUUUUOOOMMM—...—KR-KR-KRRIIIIIIIIII—BZZZZZZZZ-TCH-TCH!)
Son aura psychique — un virus de fureur expansive — ne se contenta pas de les tuer ; elle les força à voir leurs pires peurs projetées sur le ciel cramoisi avant que leurs connexions neuronales ne s'enflamment sous le poids de sa Colère Primordiale.
« NE PANIQUEZ PAS ET TENEZ LA LIGNE ! Si elle avance, il ne restera plus rien ! »
En parallèle, les bâtiments suspendus à l'île flottante commencèrent à s'effriter...
(CRACK-OOOM-KRA-KOOOOM!!)
Mais malgré cela, ils ne tombèrent pas ; ils se transformèrent plutôt en nuages de pierre et d'éclats de verre orbitant autour d'elle, formant une couronne de débris tournoyant à des vitesses supersoniques, déchiquetant quiconque tentait de s'approcher.
(Je vais commencer par celui-là...)
Cependant, ce qu'ils ne comprenaient toujours pas, c'est que le calme de Raina était le présage de la fin.
« Qu'est-ce que c'est ?! Ma tête... J'ai l'impression qu'elle va— ! AAAAAAGHHHH ! »
Il n'y avait aucune haine sur son visage, seulement une exécution froide et méthodique.
(GRRRRR-RUMBLE-RUMBLE-RUMBLE!!)
Et immédiatement, le typhon de débris orbitant autour d'elle — des tonnes d'asphalte, de poutres d'acier tordues et de verre de gratte-ciel — s'arrêta pendant une microseconde, comme si le temps lui-même retenait son souffle.
(KRRRR-WHOOOOOOOOOOO-SHHHHHHH!!!)
Et dans l'instant suivant, la Dame Démoniaque relâcha simplement... son contrôle.
(SHHHHIIIIIIII-UUUU-VRRRRR-¡BOOOOM!-P-P-P-P-P-TRRRRRRRR-KRRRR-ACK!!!!)
En conséquence, ce qui fut libéré ne fut pas une salve coordonnée, mais un chaos balistique.
(WHIRRRRRRR-KRRRRRR-¡CHAK!-DRRRRRRRRRRRRRR-P-P-P-P-SHHHHHHH-VRAAAAA!!!)
Des millions de fragments de la ville furent projetés dans toutes les directions, une mitraille apocalyptique propulsée par une force mentale surpassant n'importe quel canon électromagnétique.
« Mettez-vous à couvert, l'air lui-même est— ! »
Des bâtiments entiers suspendus à l'île flottante se désintégrèrent en projectiles individuels qui fendirent l'air à des vitesses supersoniques, s'enflammant sous l'effet de la friction.
(VRRRRRRRRRR-ZZZZZZZZ-¡K-K-K-KRAAAAAAA-T-T-T-T-T-T-SHHHHHHHHH-KRRRR!)
L'impact fut un génocide de chair, de sang et d'horreur jamais vu auparavant.
« Il n'y a nulle part où se cacher ! Ils nous broient sous tous les angles ! »
Les projectiles ne faisaient pas de distinction.
(FRRRR-BOOOOOMSHHH!!)
Ils déchirèrent les fortifications, les barrières d'énergie absolue et des légions entières de soldats, les transformant en une pâte rouge qui éclaboussa l'asphalte.
(KRA-KOOOOM!!)
La Coalition tenta désespérément d'ériger des murs de confinement, mais la mitraille psychique de Raina ne se contenta pas de détruire la matière ; elle infecta l'air de sa fureur résiduelle.
(SHHWWWW-KRA-KOOOOM!!)
À cause de cela, des centaines de milliers de personnes qui n'étaient pas sur la ligne de tir directe moururent de la simple onde de choc des impacts aléatoires, qui transforma le sol en un piège à éclats secondaire.
« Feu ! Lancez tout ce que vous avez ! » (SSSS-SHIIIIUUUU—WWUUUOOOMMM—KRRR-KRRR!) « Je ne vois rien ! Le ciel... le ciel se brise ! » (KRAAA-BOOOO-BOOOOMM!)
« N'arrêtez pas ! Tuez la calamité ou mourez— ! » (Hhhhiiiiiiiiiiii—GRRR-NNNNGG-FWAAAAA!) « Reculez ! Mes pensées sont en feu ! MES PENSÉES SONT— ! » (KRRRIIIIIIIIII—P-P-P-SHHHHH!)
Bientôt, la scène devint l'enfer sur terre...
« POUR LE— AAAAGHHH— REGARDEZ-LA !— MES YEUX BRÛLENT !— GRRRR-HAAAA-KRRRR-AAAAAAAGH ! »
Cependant, le pire restait à venir.
« HI-HI-HIIII—HAHAHA !—ÇA BRÛLE !—OUI-OUI-OUI !—TUEZ-LES— !— KRR-ZZZ-VRAAAAAAAA ! »
Malgré les contre-mesures contre l'influence psychique que Raina libérait passivement, plusieurs membres du groupe commencèrent à céder, se retournant les uns contre les autres alors qu'ils sombraient dans la folie.
« NON-CE N'EST PAS TOI— MÈRE !— POURQUOI TU— !— AAAAHHHH-G-G-GUUUUAAAA-HIIII-KRA-TCH ! »
Et devant cette scène où des amis s'entretuaient, où des proches maudissaient leurs parents et où d'autres succombaient au fanatisme, la responsable... Raina était...
« .... »
Observant l'horreur avec calme.
(Fwoooooosh! Sssssshhhhhh!)
Néanmoins, alors que le carnage s'étendait à l'horizon, un groupe d'élite de guerriers de la Coalition, survivants miraculeux du bombardement, détecta une faille dans la tempête.
« MEURS !! »
Profitant du chaos, ils se ruèrent avec une vitesse divine, esquivant les débris et apparaissant dans le dos de Raina.
« Je refuse. »
Leurs épées, forgées dans des matériaux capables de trancher la causalité elle-même, cherchèrent son cou dans une attaque coordonnée et mortelle.
(KRRRR-ACK-CK-CK-STCHHHHH!!)
Cependant, malheureusement...
(VROM—KRRRRRR-TCH-TCH-TCH-TCH!)
Sans même se retourner ou interrompre le rythme de sa marche vers Mayuri, leurs corps restèrent suspendus dans les airs.
(KRA-KA-KA-KA-KACK—SHHHH!)
Dans cette microseconde, la physique autour de leurs corps fit défaut.
« J'en ai assez que les autres décident pour moi... »
Il n'y avait aucune barrière physique, aucun mur d'énergie, aucun flash magique.
« Je déciderai pour moi-même. »
Elle leur jeta simplement un regard désinvolte du coin de l'œil.
« ... Adieu. »
Et sans un seul geste de la main, la pression psychique sur leurs corps doubla, transformant l'air autour d'eux en un solide incassable qui les compressa en sphères de chair et de métal de la taille d'une bille.
(Tum-tum! Tum-tum! Tum-tum!)
Ainsi, les restes des guerriers d'élite tombèrent dans le vide comme de simples cailloux.
« BON SANG !! »
La situation avait dégénéré à un tel point qu'à des kilomètres de là, au cœur de l'arrière-garde de la Coalition, le gouvernement qui avait fourni la technologie et le déploiement d'armement pour stopper la catastrophe naturelle qu'était Raina était en sueur froide.
« Arrière-garde, répondez... Combien de temps avant que ce soit prêt !? »
En conséquence, ils ne pouvaient plus se permettre d'attendre.
(Zzzzzzt! Bzzzzzt! Zzzzzzt!)
En réponse, au centre d'une place de commandement improvisée, un cercle d'invocation colossal commença à dévorer la lumière environnante, la transformant en un bleu glacial et absolu.
« Ce n'est pas encore prêt ! L'ancrage dimensionnel pour l'atout nécessite plus de temps ! »
À cet endroit, des centaines de spécialistes, les veines des tempes sur le point d'éclater, déversaient leur essence dans le rituel.
« Il n'y a plus de temps ! L'avant-garde a été effacée ! Six cent millions d'âmes ne suffisent pas à la ralentir ne serait-ce qu'une minute de plus ! »
Sans autre option, observant l'atmosphère s'incinérer silencieusement de plus en plus vite à cause des satellites fondant sous la pression psionique de Raina, le commandement central de la Coalition prit la décision finale.
« ... Haaa... Libérez les mesures de confinement atmosphérique... Laissez le feu purifier ce que la volonté n'a pu faire. »
Il n'y eut aucun débat.
(Clac! Clac! Clac!)
Seul le bruit sec d'une clé tournant dans un panneau de contrôle qui n'aurait jamais dû être touché.
« Quoi ?! »
Et en parallèle, la première à réagir à ce qui allait se produire fut, encore une fois, Raina...
(WHOOOOOOOOOOO-SHHHHHHH!)
À l'horizon, au-delà de l'île flottante, le ciel se fendit.
« Si cela ne fonctionne pas... »
Depuis les silos cachés aux extrémités du monde, les traînées blanches des armes nucléaires commencèrent à zébrer le firmament cramoisi.
« ... Nous serons perdus. »
Ce n'était pas une, ni dix.
« Maudits. »
C'était l'arsenal entier d'une civilisation qui préférait réduire son monde en cendres plutôt que de laisser l'Anomalie faire un pas de plus.
(Fwoooooosh! Fwoooooosh! Fwoooooosh!)
Les ogives descendirent comme des anges de métal, accélérant vers l'épicentre où marchait Raina.
« ... H-hé... C'est un rêve... N'est-ce pas... ? »
Pendant ce temps, les soldats de la Coalition encore debout sur l'île flottante levèrent les yeux, observant leurs propres dirigeants envoyer le soleil s'abattre sur leurs têtes.
« C'EST UN CAUCHEMAR, N'EST-CE PAS ?! »
Ce n'est qu'alors que Raina s'arrêta enfin.
« ... Je suppose qu'après tout, ils ont choisi la bonne option... C'est dommage... »
Pour la première fois, elle leva le regard vers le firmament saturé de projectiles thermonucléaires.
« Je ne me sens plus humaine... »
Son visage, baigné par la lueur bleutée du rituel lointain et le blanc aveuglant des missiles, ne montrait aucune trace de peur.
« Alors, que suis-je maintenant ? »
Dans son esprit, la Colère Primordiale s'étendit, non pas comme un cri, mais comme une équation psychique d'une complexité divine.
(BWAAAAAA-HROOOOOMMM-GZZZZT!!!!)
Avant la collision, parmi toutes sortes d'émotions, il y en avait une qui prédominait. Non ; il y en avait une qui dictait désormais son existence.
« La réponse est... Celle qui vous apportera la RUINE... »
Se proclamant en ce lieu, et en ce moment — elle, quelqu'un qui avait été brisé et reformé en une anomalie qui n'aurait jamais dû exister...
« Je suis la colère. »
Elle marqua son péché au milieu de l'enfer.