Le carillon des cloches de bronze n'annonçait pas une prière, mais un tournant historique qui défiait des millénaires d'isolement.
« Dans le cycle du monde de Ky'lar, lors du solstice d'été du 28 juin, Sa Majesté la reine Galadriel des Elfes franchit le seuil du Grand Royaume Sacré. Ce fut le jour où le silence des forêts rencontra le fracas du marbre ; la première fois que la lignée elfique foulait volontairement les terres des hommes. » — Chroniques historiques de l'Avènement.
« Regardez là-bas ! À l'horizon ! »
(VROOOOM !)
Une rafale de vent chargée de pollen et de magie ancienne balaya les escaliers de la capitale...
« La reine elfe Galadriel demeurerait dans le Royaume Sacré en signe de bonne volonté pendant deux cycles solaires avant de repartir vers la capitale elfique, au cœur de la forêt. »
À cette époque, suivant les murmures des Esprits, les Elfes étaient venus négocier une alliance avec le Monarque Sacré, cherchant à forger un bouclier commun contre l'ascension ténébreuse de la Déesse Démoniaque, Seraphina, qui s'était emparée de l'Empire déchu de Valerius.
« C'est vrai ! Les Elfes sont là ! »
Dès l'arrivée des enfants de la forêt, la capitale tout entière se transforma en un foyer de nouveauté et de liesse.
(TAP-TAP-TAP-TAP !)
Le son des marteaux frappant la pierre et le métal résonnait à chaque coin de rue. Le gouvernement municipal n'avait pas lésiné sur les moyens, déployant une fortune en or pour rénover chaque façade, chaque colonne et chaque fontaine.
(Fshhhhh !)
L'éclat des tissus neufs flottant au vent dissimulait les fissures du passé. L'argent supplémentaire circulant dans les rues permettait même aux plus démunis de porter des vêtements de lin et de soie, masquant leur pauvreté derrière un apparat d'opulence. Ils cherchaient à renforcer leur fierté devant les dignitaires étrangers, craignant que les yeux elfiques ne méprisent la rusticité humaine.
(CLANG ! CRASH !)
La ville n'avait jamais été aussi animée, aussi vibrante... et si dangereusement chargée d'attentes. Mais une question demeurait en suspens : pourquoi le Royaume Sacré s'était-il donné tant de mal pour l'arrivée des Elfes ?
« Mais... les légendes pourraient-elles être vraies ? À propos des calamités ? »
La raison était simple.
(Clack ! Clack ! Clack !)
Les Elfes étaient une race dotée d'une affinité naturelle pour la magie et d'une longévité que les humains enviaient. Leur venue ne survenait que lorsque l'équilibre de Ky'lar vacillait.
« La Déesse Démoniaque Seraphina est-elle vraiment aussi dangereuse que le disent les oracles ? »
Pour les citoyens, cette arrivée était un spectacle ; pour le haut commandement, c'était une pièce maîtresse nécessaire.
« Haaaah... Te céder cette pièce te coûtera plus cher que les précédentes, Melioris. »
« Aucun problème ! J'ai déjà le paiement en avance, et je sais que tu vas adorer ça~ ! »
Entre la célébration et la tension, les rouages avaient enfin commencé à tourner.
« WAAAAAAAAAA !!! »
Lorsque la reine elfe apparut enfin, la foule explosa de délire. Enivrés par sa perfection biologique, les citoyens sentaient qu'ils se soumettraient à sa volonté sans la moindre hésitation.
Parmi la foule, beaucoup de femmes serraient les poings, en proie à une vague accablante d'envie et de jalousie. En raison des retards causés par l'immense affluence, la reine fut contrainte de reporter toutes ses affaires officielles au cycle suivant.
(CLACK !)
En arrivant à la suite royale, les lourdes doubles portes se refermèrent, étouffant le vacarme de la ville.
« Retirez-vous. Je souhaite me reposer. »
La pièce était une démonstration d'opulence impériale, pourtant, une fois seule, le silence était si dense qu'il en semblait solide. Assise sur un canapé de soie, la reine Galadriel ressemblait à un mannequin de cire oublié dans un palais vide.
(Ba-dump !)
Soudain, comme si une étincelle électrique avait parcouru son échine, son expression vacante reprit vie.
« Ouf... Enfin seule... »
Elle se dirigea vers le miroir au cadre doré pour contempler son reflet.
« Parfaite... Haaa... Je n'arrive toujours pas à m'habituer à cette beauté... Comment ma vie a-t-elle pu devenir cela ? »
Contrairement à son aura noble, son visage reflétait désormais une terreur pure.
(ZAS !)
Après avoir verrouillé la porte et déployé une barrière magique, elle commença à retirer ses vêtements de cérémonie.
« Je ne peux me permettre aucun faux pas. Si je commets une erreur... je mourrai. »
Alors que son corps était exposé à l'air, il émanait une sensation d'oppression écrasante.
« Mais... même ainsi... c'est tout de même une œuvre d'art. »
(Ba-dump !)
Sentant les battements de son cœur, elle baissa les yeux, observant ses mamelons se dresser fièrement comme des sommets enneigés.
« Je sais que c'est mal... MAIS ! Comment puis-je résister... ?! Je suis désolée, Galadriel ! »
Elle inclina la tête dans un geste d'excuse envers l'âme qui n'habitait plus ce réceptacle.
(Sniff... Sniff... !)
Elle inhala le parfum de ses propres vêtements avec une profonde inspiration.
« Ahhh... ce parfum lacté est si apaisant... ! »
Soudain, le haut de son corps se tendit avant de devenir flasque.
(Sshhhhh— !)
Au centre de son dos, une ouverture dissimulée dans la peau glissa.
(PLOP !)
Des profondeurs de ce vaisseau divin, un humain à l'apparence banale émergea, rampant pour sortir dans la pièce.
« Enfin... je peux être moi-même... »
L'homme s'étira dans un craquement d'os. Avant que le corps de Galadriel ne s'effondre comme un fardeau de viande inerte, il le rattrapa maladroitement. Il traîna cette coquille de beauté et immergea le corps vide dans la baignoire.
« Serait-ce une plaisanterie de Dieu... ? »
Dans le silence, il commença à se remémorer comment son existence banale avait fini par être liée à la souveraine des elfes.
(Fshhhhh !)
Alors que la vapeur embuait le miroir, son esprit sombra dans ses souvenirs. Tout avait commencé lorsque la faim l'avait poussé dans les profondeurs de la forêt lors d'une tempête torrentielle. Cherchant un abri, il avait trouvé une grotte.
« Quoi... ? »
Là, sur une pierre plate, gisait une elfe aux cheveux dorés et au visage taché de sang rubis.
« Est-ce... un ange ? Est-elle blessée ?! »
Même à l'agonie, sa beauté était dévastatrice.
(Drip... drip... !)
Il s'agenouilla près de la silhouette inerte et la secoua doucement. Aucune réponse. Aucun souffle. Aucun pouls. Un cadavre d'une beauté spectrale.
« Elle est déjà... morte... »
Il remarqua une coupure nette et profonde sur son flanc.
« C'est quoi ce délire ?! »
(BZZZZZT ! BOOM !)
Soudain, des éclairs magiques jaillirent des rochers, brûlant l'air. Pris au piège et blessé, le désespoir l'envahit.
(Fshhhhh !)
Mais une lumière dorée émanant du cadavre agit comme un bouclier. Une pensée désespérée lui traversa l'esprit — des histoires de soldats se cachant à l'intérieur de carcasses d'animaux pour survivre.
« Je suis désolé... Je suis vraiment désolé... Pardonne-moi... Mais je dois vivre ! »
Il rampa vers l'ouverture sanglante sur son flanc, écartant les organes qui bloquaient son passage.
(Crush... slide !)
Il pénétra dans le corps de l'elfe, qui devint un sanctuaire de calme. Lorsque la tempête s'apaisa, il passa la tête dehors. La grotte était calcinée, mais il était intact.
« Même après tout ça... elle est toujours intacte... ? »
À l'intérieur, son abdomen était vide — une coquille écrasée maintenue par un squelette divin.
(VROOOOM !)
Alors qu'il pensait partir, un cercle magique commença à briller sous eux.
« Et maintenant quoi ?! »
Il se recroquevilla dans ce ventre de chair.
« ¡¿?! »
Un vertige soudain s'empara de lui.
« Sa Majesté semble gravement blessée... Je vais l'immerger dans la sève de l'Arbre Mère. »
(SPLASH !)
Le corps coula dans un liquide dense et chaud. L'homme s'étouffa avec le fluide et la panique le submergea.
(Ding !)
Il se réveilla dans un plan d'une blancheur pure.
« Bonjour... M'entends-tu ? Oh, l'Élu... Je te confie une mission. »
Une Déesse d'une beauté incompréhensible se manifesta devant lui.
« Aimes-tu le corps de la Reine Elfe ? Après tout, tu es recroquevillé dans son abdomen. Je veux que tu joues son rôle. L'« embuscade » démoniaque lui a coûté la vie, mais l'alliance doit être sécurisée. Par conséquent, tu dois assumer son rôle. »
Elle l'observait avec une curiosité amusée.
« En échange, tu pourras continuer à vivre en tant qu'elle... après tout, tu détestes ta vie rustique. »
(CLACK !!)
Dans une déconnexion violente, le rôle lui fut imposé.
« .... Cette elfe a tué beaucoup de mes démons spécialement élevés en fuyant... Eh bien, au final, elle est morte comme prévu... »
Ignorant que ledit rôle avait ouvert la voie à tout le chaos déchaîné dans le monde de Ky'lar.