« …. »
Shija ne vacilla pas. Malgré la nature irréelle de l’environnement, ses instincts de guerrier s’activèrent avec une précision absolue.
(Il connaît mon nom…)
Il se tenait en garde basse, le corps penché en avant avec la grâce d’un prédateur prêt à bondir. Son bras droit tendait la lame de lumière pâle avec une stabilité surnaturelle ; la pointe de l’épée, imprégnée de ce tranchant émeraude, visait directement la gorge de la silhouette encapuchonnée, sans la moindre trace de tremblement.
(Voum… voum… voum…)
Le bourdonnement de la lame était le seul son rivalisant avec le battement d’ailes des papillons.
« Que signifient ces mots ? »
Shija pouvait sentir son essence astrale vibrer en phase avec l’arme ; il n’y avait aucun poids dans ses muscles, seulement une pression constante dans sa volonté.
« Exactement ce que j’ai dit. »
En réponse, à quelques mètres de là seulement, la silhouette restait impassible, telle une statue d’étoffe ancienne défiant l’hostilité du paysage.
(Sssss-whish…)
Sous l’atmosphère tendue qui régnait désormais entre les deux parties, le vent de chocolat souffla de nouveau avec une plus grande intensité, tel un courant épais qui fit onduler la robe de l’étranger et remua les volutes de vapeur bleuâtre émanant des épaules de Shija.
« Qui es-tu, et pourquoi mentionnes-tu mon nom en ce lieu ? »
L’arôme doux et amer du cacao devint presque suffocant, s’accrochant à la peau spectrale de Shija tandis qu’il posait sa question, alors que des particules de cendre grise dansaient entre eux, marquant la distance d’une estocade mortelle que Shija était plus que disposé à exécuter.
« Tiens, tiens… »
Mais à cet instant, où l’air chargé de cacao semblait se figer entre eux…
« Je suis vraiment surpris. »
La silhouette laissa échapper une expiration qui aurait tout aussi bien pu être un rire réprimé, saisissant cette fraction de seconde.
(VROOOM-SHOOOOM !!)
Durant laquelle la silhouette disparut simplement.
« ¡¿?! »
Il n’y avait eu aucun mouvement des pieds, aucune inclinaison du corps ; seulement le son d’une explosion comprimée, laissant derrière elle une traînée de distorsion visuelle, comme si l’espace lui-même s’était replié sur lui-même.
(Fuuut !)
Néanmoins, Shija, grâce à sa perception perfectionnée, sentit le sillage énergétique du flux de mouvement comme une ombre floue à laquelle son corps était incapable de réagir avec la même vitesse.
« Il semble que tu sois encore vert… »
Au final, les yeux de Shija n’avaient même pas fini de s’écarquiller qu’il sentit une pression sur son épaule gauche.
(Zzzz-tap)
Le contact fut léger, pourtant Shija ressentit une décharge d’énergie qui fit vaciller violemment son essence.
« T’es-tu calmé ? »
L’homme encapuchonné était là, à quelques centimètres à peine, une main posée sur son épaule tandis que Shija continuait de pointer le vide où la silhouette se trouvait un battement de cils plus tôt.
(Il est rapide !)
La vitesse n’avait pas été physique ; cela avait été un flou existentiel laissant Shija complètement exposé, révélant que, malgré sa nouvelle épée, il n’était qu’un apprenti sur un plateau de jeu bien plus vaste et dangereux qu’il ne l’avait imaginé.
(…Boum-boum…)
La pression de cette main sur son épaule n’était pas lourde, pourtant l’énergie qui en émanait donnait l’impression d’une montagne suspendue à un unique cheveu.
(Non… ce n’était pas juste de la vitesse. Sa posture… même maintenant qu’il est à mes côtés, je ne peux détecter la moindre ouverture. Son centre de gravité, la façon dont le vent semble l’éviter… Cet homme est, clairement… supérieur).
Le monologue intérieur de Shija était une rafale de conclusions glaciales. Il comprit que si cette silhouette avait eu des intentions meurtrières, son essence astrale aurait été dispersée en particules avant même qu’il ne puisse cligner des yeux.
(C’est inutile. Dans cet état, je suis comme un enfant agitant un bâton devant un ouragan. S’il voulait me neutraliser, il l’aurait déjà fait).
Comprenant sa situation, Shija, avec un calme forcé par la logique, relâcha la tension dans ses doigts.
(FSSS-SHHH !)
En réponse à cette action, son épée se désintégra, retournant à son noyau dans un soupir de particules.
« Tu as raison. »
Alors Shija, baissant le bras et sans détourner le regard du vide devant lui, acceptant la présence à ses côtés, parla de nouveau.
« Je suis vert… »
Sa voix ne contenait plus son agressivité précédente, mais plutôt un sérieux lourd d’un respect amer.
« Quelqu’un avec tes capacités me surpasse clairement encore. »
Shija resta immobile, sentant l’arôme de chocolat devenir plus intense alors qu’il tournait lentement le visage avec une expression pleine de détermination.
« Alors je vais te le demander une fois de plus, avec le sérieux que ton niveau exige… Qui es-tu ? »
« Ça alors… »
Face à la détermination glaciale et à l’analyse honnête de Shija, la silhouette laissa échapper un soupir ; mais cette fois, ce n’était pas de la moquerie. Au contraire, c’était un murmure chargé d’un soulagement sincère, comme celui d’un maître trouvant une étincelle d’espoir parmi les cendres.
« Peut-être n’es-tu pas aussi vert que je le pensais. »
(Fsss-shoo !)
Avec ces mots, et à la même vitesse terrifiante qu’auparavant, la pression sur l’épaule de Shija disparut.
« Au moins, tu as les yeux pour voir l’abîme avant de tomber dedans. »
En un clin d’œil qui laissa une traînée de distorsion dans l’air, la silhouette était déjà de nouveau à plusieurs mètres, reprenant sa position initiale avec une élégance paresseuse.
« Qui suis-je ? »
Le vent de chocolat, qui avait semblé suffocant auparavant, commença alors à souffler avec une douceur presque nostalgique, caressant la robe de l’étranger.
(Sssss-whish…)
Le vent remua le tissu alors que la capuche retombait en arrière, révélant son visage.
« Je ne suis qu’un guerrier qui a pris part à une guerre… et qui a perdu. »
Il avait les cheveux en bataille et une expression de lassitude éternelle gravée sur ses traits ; ses yeux reflétaient le regard de quelqu’un qui a vu des empires tomber et n’a survécu que pour s’en souvenir.
« Je ne suis qu’un spectre du passé. »
Son apparence était celle d’un homme qui, malgré son immense pouvoir, semblait préférer l’ombre d’un arbre à la gloire de la bataille.
« Un résidu de ce que fut l’honneur autrefois, piégé dans ce coin de folie. »
L’homme observa Shija une seconde de plus avant de plonger la main dans les plis de sa robe.
« Je suis… »
Puis, il sortit un petit cylindre de papier — quelque chose que Shija n’avait jamais vu de sa vie — et le porta à ses lèvres.
(Flick-tsss !)
D’un mouvement expert, il produisit une petite flamme.
« …. »
Shija regarda avec curiosité la pointe de l’objet s’enflammer en un rouge braise, libérant une fumée grisâtre qui s’entremêla étrangement avec l’air doux du lieu.
« Mon nom… »
(…Fuuu…)
L’homme tira une longue bouffée puis relâcha un nuage dense de fumée que le vent de chocolat dispersa paresseusement.
« Est Yumemaru Tamenari. »
En entendant ces mots, le monde sembla s’arrêter pour Shija.
« Qu’as-tu dit… ? »
Ses pupilles se contractèrent, et une secousse d’incrédulité et de fureur traversa son corps astral, faisant clignoter violemment sa lumière pâle.
(KRA-SHING !)
Avant que Yumemaru ne puisse relâcher une autre bouffée de fumée, Shija explosa.
(CLANG-VREEE !)
L’épée d’énergie se matérialisa dans sa main avec une déflagration sonore, accompagnant le mouvement fluide de Shija alors qu’il se déplaçait latéralement, comblant la distance dans un soupir de vapeur bleue. Il tordit son corps, concentrant toute son indignation dans une taille horizontale descendante visant le cou de l’homme.
« Calme-toi… »
Cependant, l’impact ne produisit ni sang ni le bruit de la chair tranchée.
« Ne joue pas avec moi ! »
Yumemaru n’avait même pas bougé de sa place. Avec une parcimonie exaspérante, il avait levé la main gauche, arrêtant la lame incandescente de Shija simplement avec le bout de son index.
(CLANG-KASHA-VREEEEEE !!)
Malgré cela, Shija ne se retint pas. L’entaille était une exécution parfaite, chargée du poids de sa fierté et de son mépris. La lame de lumière pâle fendit l’air avec un sifflement mortel, mais en impactant le doigt de l’homme, le monde sembla exploser en métal.
(SKREEEE-CHHHH !!)
Le son fut assourdissant, une dissonance métallique qui vibra à travers les os astraux de Shija. Ce n’était pas un simple blocage ; c’était comme s’il avait frappé une montagne de tungstène tandis que des étincelles énergétiques volaient du point de contact, crissant violemment alors que la lame tentait désespérément de pénétrer la phalange du spectre.
« Ce nom appartient au Fondateur du style Kyōgetsu ! Le guerrier légendaire qui a perfectionné l’art de la lune ! »
Face au cri furieux de Shija, le visage de Yumemaru ne montra aucune indignation, mais plutôt une grimace de mépris de soi.
« Hé… Guerrier légendaire ? »
Un rire sec et amer s’échappa de ses lèvres, libérant une bouffée de fumée qui se dissipa sous la pression de l’acier.
« De bien grands mots pour quelqu’un qui a fini comme un débris dans le coin du cauchemar de quelqu’un d’autre. »
À cet instant, la dynamique du combat changea.
(ZING-KRAK !)
Sans bouger le reste de son corps, Yumemaru fléchit légèrement le doigt qu’il utilisait pour bloquer.
« …. »
Le mouvement fut si subtil et puissant que l’épée de Shija vibra à une fréquence insupportable, sautant de ses mains comme si elle avait été frappée par un maillet géant.
(VROOOOOM !)
Et avant même que Shija ne puisse assimiler qu’il avait été désarmé, Yumemaru attaqua. Il n’utilisa ni poing ni paume ; il projeta simplement ce même doigt vers l’avant avec une telle vitesse que l’air explosa en un bang sonique.
(BOOOOM-THUD !!)
L’impact sur la poitrine de Shija fut dévastateur. Son corps astral fut envoyé voler en arrière, traversant les airs comme un projectile avant de s’écraser contre le sol de cendres et de chair séchée, soulevant une colonne de poussière grise.
« ¡¡¿?!! »
Shija essaya de se lever, mais c’est alors que cela arriva.
« Regarde-moi bien, gamin. »
Yumemaru fit un pas en avant, et l’atmosphère du Pays des Merveilles s’effondra. Une pression monstrueuse, lourde et glaciale comme le vide de l’espace, s’abattit sur les épaules de Shija, le clouant au sol.
« Tu as devant toi le perdant qui a reçu ce titre. »
Le ciel émeraude sembla s’assombrir, et les papillons cessèrent de voleter, figés par l’aura de cet homme.
« Tu as devant toi la légende qui a échoué à protéger tout ce qu’elle aimait. »