Chapitre 514
Le puits sans fond, comme je le pensais, était interminable.
Plus d'une demi-heure s'était écoulée et je n'étais toujours arrivé nulle part.
[<…C'est le passage sous la demeure des Aljanah. Azrael a demandé à l'un de ses chers amis de le construire.>]
'....'
Je jetai un coup d'œil autour de moi, fasciné par l'immensité du lieu.
C'était comme si je descendais vers le centre de Lumina.
La montée progressive de la chaleur renforçait ma conviction.
Mais il ne fallut pas longtemps avant que je ressente un changement dans l'atmosphère.
[<Qais…>]
'Je sais.'
J'inspirai un grand coup et laissai mes ailes se déployer dans mon dos.
Ma descente infinie s'arrêta brutalement lorsque je trouvai le sol.
En battant des ailes, j'atterris lentement, les pieds sur une terre noire.
En tournant la tête, je découvris quelque chose d'antique.
'….Une civilisation perdue ?'
Devant moi, des piliers brisés jaillissaient de la terre comme les côtes d'une créature morte depuis longtemps.
Des runes d'origine inconnue brillaient, traçant un chemin et illuminant les lieux.
J'avançai, passant la main sur une tablette de pierre à moitié enterrée sous la cendre.
Des sculptures d'anges jonchaient le sentier. Ils étaient de tailles différentes, avec une seule chose en commun…
….Ils étaient tous décapités.
Ils menaient tous à une silhouette dont les contours étaient à peine déchiffrables.
Six paires d'ailes largement déployées dans son dos, une couronne flottait majestueusement au-dessus de sa tête.
….Une épée lui transperçait la poitrine.
"...."
L'épée était vieille, mais je la reconnus tout de même.
C'était une réplique de l'épée d'Elohim.
[<C'est ainsi qu'Azrael a prédit sa propre mort.>]
La voix amère d'Inna résonna doucement à mes oreilles.
'…Et comment est-il mort, en réalité ?'
[<...>]
Je ne m'attendais pas à une réponse, alors je ne la pressai pas.
À la place, je m'approchai de la statue jusqu'à me tenir devant elle.
Tendant la main, je touchai doucement le corps de pierre.
Et soudain, tout commença à trembler autour de moi.
[<Ne panique pas.>]
J'entendis sa voix et me calmai instantanément.
Les statues se mirent à fondre sous mes yeux.
Avant même que je m'en rende compte, tout s'était transformé en un liquide brillant qui recouvrait désormais tout le sol.
Je reculai, ailes partiellement déployées, hésitant entre combattre ou fuir.
[<Apaise ton cœur et ne lutte pas.>]
'Mais—.'
[<Fais-moi confiance.>]
Je me mordis les lèvres mais finis par céder, baissant ma garde.
Au moment où je le fis, je ressentis un choc dans mon esprit, comme si quelque chose y était entré.
[<L'Ange de la Mort est la lumière à l'aube de Lumina.>]
Alors que j'essayais de comprendre ses paroles…
Je clignai des yeux et le monde bascula.
Maintenant, je me tenais dans un endroit totalement différent, à une époque totalement différente.
Il me fallut quelques secondes pour réaliser…
…Que j'étais dans la mémoire de quelqu'un.
La mémoire d'Azrael.
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Au tout début des choses, il n'y avait rien d'autre qu'un vide infini.
Un vide qui ne contenait qu'une seule chose : la « Matière Noire ».
Il y a environ 10 milliards d'années, la première vie naquit de cette « Matière Noire ».
Ces êtres furent les premiers à posséder une conscience.
Et près de 3 milliards d'années après cette première vie, « Il » naquit.
« Lui », qui n'avait ni nom ni foyer, « Lui », qui dérivait sans but dans l'espace.
Jusqu'à ce qu'il voie « ça ».
Un monde qui possédait sa propre vie et son propre peuple.
« Il » fut immédiatement attiré par ce monde et, peu de temps après, « Il » décida de se l'approprier.
Grâce à Sa force, « Il » s'attacha au monde, ne faisant plus qu'un avec lui.
« Il » détruisit ceux qui s'opposaient à Lui et réduisit en esclavage ceux qui se soumettaient.
« Il » changea ensuite l'histoire du monde pour qu'elle corresponde à Sa vision.
« Il » reçut également un nom : le « Dieu Créateur ».
Et ceux qui étaient nés de la même « Matière Noire » que Lui furent appelés les « Dieux Extérieurs ».
Mais le Dieu Créateur n'était ni bienveillant ni aimable.
Les années de Son règne furent les plus rudes que le monde connu sous le nom de Lumina ait jamais traversées.
C'était un tyran, pourtant Il aimait créer.
Et c'est ce qu'Il fit.
Il créa la première créature de Ses propres mains…
Il la nomma « Satan ».
Il en créa quelques autres, mais s'arrêta, rongé par Sa propre peur.
La peur qu'un jour, Sa propre création ne soit Sa perte.
Et Il avait raison.
Le Dieu Créateur mourut à cause de Sa propre création.
Et après Sa mort, l'ère du chaos commença, durant des milliers d'années.
Durant ces années, les fils du Dieu Créateur rivalisèrent avec les êtres façonnés de Sa propre chair et de Son propre sang…
Les Êtres Primordiaux.
Pourtant, malgré tout cela, un fils du Dieu Créateur s'éleva au-dessus de tous.
C'était Son plus jeune, mais on l'appelait le « Sage ».
C'était Azrael Vhaladim.
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"L'humanité n'apprend jamais, Adam."
Une voix calme résonna au bord du lac, là où le mana s'était condensé en brouillard.
"La seule leçon que les humains peuvent tirer de l'histoire, c'est qu'ils n'en tirent aucune leçon, et qu'ils répètent toujours les mêmes tragédies."
L'homme était assis calmement sur une pierre, ses cheveux noirs soyeux flottant derrière lui, six ailes repliées comme des ombres contre son dos.
Ses yeux bleus n'étaient pas cruels... juste clairvoyants.
Doté d'un corps svelte et bien plus athlétique que n'importe quel autre, il ne paraissait pas plus vieux qu'un homme dans la vingtaine.
À ses côtés se tenait un autre jeune homme, pieds nus, bas de pantalon retroussés, les mains dans les poches.
Ses cheveux étaient d'un blond doux qui reflétait la lumière du soleil.
C'était Adam.
Il donna un coup de pied dans un caillou qui finit dans le lac.
"Peut-être qu'on répète les tragédies," murmura Adam. "Mais ça ne nous rend pas désespérés."
Azrael ramassa une petite feuille à ses côtés et la fit lentement tourner entre ses doigts.
"Tu ne devrais pas avoir de tels sentiments pour une race mortelle, Adam." finit-il par dire. "Cela n'apportera que la destruction."
"….Je n'y peux rien."
Azrael ne répondit pas, continuant de fixer son reflet dans le lac.
Il finit par se tourner vers Adam. "La séparation des royaumes est importan—."
"Je ne te laisserai pas sacrifier l'humanité, Azrael."
Adam parla fermement, plongeant son regard dans le sien.
"Si cela signifie que je dois m'opposer à toi, qu'il en soit ainsi."
"...."
Azrael lâcha silencieusement la feuille, qui tomba en poussière.
Comme si le temps et la mort elle-même s'inclinaient devant son silence.
"La mort de millions sauvera des milliards de vies."
La réponse d'Azrael rendit Adam encore plus furieux.
Lui qui se tenait aux côtés de l'espoir et des mortels se sentait d'autant plus mal que son propre ami les considérait comme de la vermine.
"Une vie reste une vie à mes yeux." dit Adam. "Ne me force pas à me dresser contre toi."
Azrael se leva de la pierre et se tourna complètement vers Adam.
"Les mortels et les Dieux ne peuvent pas coexister." répondit fermement Azrael. "Tout ce que je fais, c'est les séparer."
"Mais à quel prix ?" demanda Adam, soutenant son regard.
Azrael le fixa longuement avant de détourner les yeux.
Il se massa les tempes, accablé par la situation.
"Tu te souviens de la façon dont tu as été créé, Adam ?" demanda Azrael. "Comment les cinq Primordiaux se sont réunis pour créer un seul être ?"
Car les Êtres Primordiaux qui avaient atteint la divinité avaient encore un problème.
Ils étaient toujours liés au concept du temps, et un jour, le temps finirait par les emporter.
Mais ils avaient une solution pour cela.
Un concept créé par le Dieu Créateur lui-même : « Tant que les peuples de Lumina se souviendront, le Dieu ne mourra pas. »
Alors, pour accroître leur influence, ils créèrent un être capable d'influencer les humains.
La race réputée pour être faible et facile à multiplier.
Une race parfaite pour étendre leur influence.
"Qu'est-ce que tu essaies de dire ?" demanda Adam, en lançant un regard noir à Azrael. "Tu essaies d'insinuer quelque chose ?"
"Je dis qu'ils regrettent sûrement leur décision maintenant." répondit Azrael avec un ricanement. "Pour la stupidité qu'ils ont engendrée."
"...."
Adam ne discuta pas, il le regarda simplement, vaincu.
"Je ne laisserai pas faire." finit-il par dire. "Je ne te laisserai pas faire ça."
Azrael cligna des yeux et Adam disparut dans l'espace.
"...."
Avec un soupir las, il se massa les tempes et jeta un regard vers le lac.
La surface se troubla, l'incitant à s'en approcher.
"Il est parti." dit Azrael en regardant l'eau. "Tu peux sortir."
Depuis la brume au-dessus du lac, une silhouette se matérialisa.
Une femme, haute comme une tour mais gracieuse comme une onde.
Ses yeux étaient dénués de toute lumière, pourtant un sourire éclatant illuminait son visage.
C'était la princesse du clan des sirènes.
C'était Chione.
Dès qu'elle sortit de l'eau, elle serra Azrael contre elle.
Azrael ne l'écarta pas, il la rapprocha au contraire.
"Tu écoutais ?" demanda-t-il à son oreille.
"Je n'ai pas pu m'en empêcher." répondit-elle en faisant un pas en arrière. "Tu es pire que ce que je pensais."
Chione croisa les bras, l'étudiant comme quelqu'un qui examine un puzzle auquel il manque trop de pièces.
"Tu parles des mortels comme d'insectes," dit-elle, sa voix froide mais sans cruauté. "Mais tu te soucies toujours d'eux."
"Tu devrais rentrer chez toi," répondit-il. "Ton royaume va s'inquiéter."
"Mon royaume," répéta lentement Chione, "est en vie parce que tu as sauvé mon peuple."
Azrael cligna des yeux, se rappelant comment il les avait sauvés d'une extinction certaine.
Pourquoi ?
Parce qu'ils s'étaient retrouvés au milieu de la bataille de deux Dieux.
"…Je ne les ai pas sauvés," dit-il doucement. "J'ai simplement retardé leur mort."
Chione s'approcha à nouveau, sa voix plus douce cette fois.
"Tu as le droit de te soucier des autres, Azrael."
Azrael ne répondit pas.
Il se détourna.
"…Je n'en suis pas sûr." murmura-t-il. "Est-ce vraiment le cas ?"
Chione le força doucement à lui faire face, elle sourit avec une grande tendresse. "Bien sûr que oui."
Azrael garda un visage impassible, mais il sentit une chaleur dans son cœur.
Il ferma les yeux, puis les rouvrit doucement. "…J'ai du travail à faire."
Chione hocha la tête.
"Je comprends." répondit-elle. "Eh bien, je te verrai cette nuit."
Azrael hocha la tête avant de se pencher pour l'embrasser délicatement.
Chione répondit avec empressement avant de laisser son corps glisser dans le lac.
Azrael fixa silencieusement le lac avant de faire volte-face.
Quelques pas, et il se trouvait déjà à cent kilomètres de là.
Il ne s'arrêta que lorsqu'il sentit une présence familière.
"Qu'est-ce qui t'arrive ?"
Une voix résonna alors qu'il se tournait vers une fille aux cheveux dorés.
Il répondit doucement. "Inna."
Inna cligna des yeux. "Oui ?"
Il secoua la tête. "Rien."
Pour une raison quelconque, Azrael ressentait un malaise dans son esprit.
Mais il n'arrivait pas à mettre le doigt dessus.
Avec un soupir, il demanda : "Tous les Dieux sont-ils arrivés ?"
Elle hocha la tête. "Eh bien, presque tous."
Azrael acquiesça en levant les yeux.
Un bâtiment circulaire se dressait devant lui, et à l'intérieur se trouvaient les êtres les plus puissants du monde.
Azrael entra lentement.
Car aujourd'hui était le jour du jugement.