Chapitre 373
373 [Mariage par le sang] [25] [Avertissement]
« Haah. »
Debout sur le balcon le plus élevé du palais du royaume de Davana, je laisse échapper un soupir.
Je fixe, le regard vide, la buée qui s'échappe de ma bouche.
Le bal s'est terminé il y a déjà quelques heures.
La plupart des invités ont regagné leurs chambres, le mariage Asura ayant lieu demain.
« .... »
Mon regard dévie sur le côté, je ne suis pas seul ici.
Quatre autres garçons sont assis à quelques mètres les uns des autres.
Carson se tient à côté d'Aimar, une cigarette à la main.
Mais—.
Les deux principaux, ceux qui se tiennent le plus loin l'un de l'autre, sont Elijah et Amaury.
Et la façon dont Amaury tape nerveusement du pied sur le sol....
« .....Est-ce que je vais assister à une scène tout droit sortie du jeu ? »
Je me demande, en observant la ville illuminée par les décorations.
Quelle belle ville.
....C'est vraiment agréable—.
[<Tu vas bien ?>]
Je ne sais pas.
Devrais-je aller bien en sachant qu'une tueuse génocidaire était ma mère adoptive ?
« Comment Niressa pouvait-elle être dans un état d'esprit sain pour s'occuper de— »
[<Elle n'a pas toujours été comme ça, n'est-ce pas ?>]
« .... »
....Ouais.
Elle a changé après la mort de son fils.
« ....Comment Liam est-il mort, au juste ? »
A-t-il vraiment été tué par Ragnar ou y avait-il autre chose ?
Et—.
Ils se sont occupés de moi jusqu'à mes cinq ans environ.
« ....Le moment exact de la mort de Liam. »
Un sentiment soudain de malaise me serre la gorge.
J'avale ma salive, en envisageant la possibilité.
« Yenna a bien dit que je n'étais censé perdre que les mauvais souvenirs. »
Mais—.
Quels sont ces mauvais souvenirs ?
Je pousse un soupir las en fermant les yeux, et le monde autour de moi bascule.
Comme je le souhaite, une porte rouge apparaît juste devant moi.
J'hésite.
Je fixe la poignée de la porte.
J'étends la main, je la saisis avant de la tourner lentement.
« .... »
À la dernière seconde, je lâche prise.
Soupirant, j'ouvre les yeux.
[<Pourquoi t'es-tu arrêté ?>]
« ....Si je vois le passé, est-ce que je retrouverai mes sentiments pour eux ? »
[<Tu te souviendras de tout ce qui concerne les cinq premières années de ta vie... très probablement, oui.>]
« ..... »
Elle va mourir de toute façon.... serait-il bon de savoir ce qu'elle représentait pour moi ?
« ....Je ne sais pas. »
Je me sens vraiment perdu.
Ding !
Dans le silence tendu des lieux, une notification soudaine nous ramène tous à la réalité.
Nous nous tournons tous vers Elijah, qui sort précipitamment son téléphone.
« Qui est-ce ? » demande Aimar, en le regardant avec curiosité.
« Heather. » répond Elijah, à moitié concentré sur le message. « Elle demande à me voir dans sa chambr.... »
Ses mots s'arrêtent brusquement lorsqu'il réalise ce qu'il est en train de dire.
Un silence stupéfait s'installe entre nous alors que nous détournons le regard d'Amaury vers Elijah.
Amaury cesse de taper du pied.
Finalement, il se tourne vers Elijah.
« ....Pourquoi ? » demande-t-il, sa voix est tendue, comme s'il cachait sa douleur. « Pourquoi t'a-t-elle appelé ? »
« ...Je viens de recevoir le message. » répond Elijah en baissant son téléphone. « Elle n'a pas précisé la raison. »
Amaury ricane.
« C'est drôle, je connais la raison. » murmure-t-il. « Pas de sa part, mais de celle de ses parents. »
Un malaise se lit sur le visage d'Elijah.
Peut-être se souvient-il de ce qu'il a fait aujourd'hui... lui demander une danse alors que ses parents étaient contre.
Elijah finit par marmonner : « Que s'est-il passé ? »
Amaury le regarde et répond : « Elle abandonne l'académie. »
La nouvelle surprend tout le monde, moi y compris.
Elijah fronce les sourcils. « Quoi, pourquoi ? »
Amaury ne cache pas le sarcasme dans sa voix. « Elle est censée s'occuper de la famille maintenant. »
Elijah fait volte-face. « Je devrais aller lui parler— »
Avant même qu'il puisse faire un pas, Amaury lui attrape l'épaule et le ramène en arrière.
« N'approche pas d'elle ! » hurle-t-il, sa voix résonnant sur le balcon. « C'est à cause de toi qu'elle va partir !! »
Elijah ne peut même pas s'énerver de cette agression soudaine en entendant ses mots.
Il penche la tête, totalement confus. « Quoi ? »
« Tu m'as entendu. » crache Amaury en le fixant. « C'est parce que tu as essayé de dépasser tes limites et d'obtenir quelque chose que tu ne mérites pas ! »
« .... »
Elijah reste là, incapable de bouger, sa poitrine se soulève alors qu'il prend de courtes inspirations.
« Qu'est-ce que j'ai fait ? » murmure-t-il doucement.
« Tu ne comprends pas, n'est-ce pas ? » siffle Amaury.
« Ses parents cherchaient déjà une raison. Une raison de la contrôler à nouveau. Et toi... ta petite rébellion leur a servi ça sur un plateau. »
Saisissant son col, il force Elijah à le regarder dans les yeux.
« Tu sais quoi ? » murmure-t-il, sa voix venimeuse. « Ça ne serait jamais arrivé si elle ne t'avait jamais aimé. »
« .... »
Elijah est comme déconnecté quand je fais un pas en avant.
« Pourquoi tu ne comprends pas ça ? » siffle Amaury en le fixant de ses yeux injectés de sang. « Un bâtard comme toi ne la mérite pas. »
« Hé. »
Amaury se retourne—.
Mais il s'effondre immédiatement au sol quand mon crochet droit atteint sa mâchoire.
Amaury grogne, se redressant sur son coude. « Espèce de— »
Un coup de pied au visage coupe court à ses paroles.
« Ferme-la, » je lance, ma voix basse mais tranchante. « Tu crois que tu es le seul à souffrir ? »
Un peu de raison brille dans ses yeux.
Lentement, il se tourne vers Elijah, qui se tient à peine debout en s'appuyant sur la rambarde.
« Arrête de faire le bébé pleurnichard. » dis-je en claquant de la langue, agacé. « Tu es un bâtard, alors pourquoi tu agis comme ça ? »
Gardant toujours cette expression douloureuse, il me regarde.
« Qu'est-ce que tu en sais ? » lance-t-il en me fixant. « Tu comprends seulement— ? »
Je claque de la langue, agacé.
« Je ne sais rien, et je ne prétendrai pas savoir. » je l'interromps.
« N'oublie juste pas ce que tu es, le reste du monde ne l'oubliera pas. Porte ta lignée comme une armure pour qu'elle ne te blesse jamais. »
Je m'approche de lui, retirant doucement ses bras de la rambarde. « Heather t'attend toujours. »
Elijah me regarde pendant une longue seconde—les yeux rougis, la voix nouée—mais finit par hocher la tête.
Puis il s'en va.
Personne ne le retient.
Au moment où il disparaît, je pousse un long soupir silencieux et m'accroupis à côté d'Amaury.
« Je comprends, » je murmure. « Tu l'as aimée le premier. Tu pensais que ça signifiait quelque chose. Mais elle n'est pas un trophée pour lequel se battre, Amaury. »
Et ce n'est pas comme si tu avais une chance maintenant.
Tu l'as perdue, mon pote, et plus vite tu l'accepteras, mieux ce sera.
Je lui tapote l'épaule alors qu'il reste sans réaction.
« Ne t'inquiète pas. » dis-je en souriant. « Je te tuerai dès que je te verrai tenter quelque chose de louche. »
La menace semble fonctionner car Amaury me regarde avec surprise.
« Alors il pensait à quelque chose de mauvais, hein ? »
Je devrais le surveiller à partir de maintenant.
Lui tapotant à nouveau l'épaule, je me lève.
Juste au moment où je me retourne, mon regard tombe sur les deux connards qui se tiennent sur le côté en profitant du spectacle.
Souriant, je leur fais un doigt d'honneur.
Ils détournent tous les deux le regard.
[<Tu as bien géré ça.>]
« Vraiment ? »
[<Oui. Tu veux que maman te fasse un câlin en récompense ?>]
« .... Tu sais quoi, peut-être que je devrais aller en demander un à Yenna. »
[<Ouais.>]
« Quoi ? »
—Père.
Avant qu'elle ne puisse répondre, la voix d'Olivia résonne dans ma tête.
« Oui ? »
—La boisson à la fête était empoisonnée.
« Hein ? »
—La Trinité Sombre l'a fait.
« Attends, quoi ? »
15:47
De l'autre côté du palais de Davana, deux femmes sont assises dans une pièce richement décorée.
L'une d'elles a de longs cheveux d'un blanc immaculé.
Son visage est marqué de fines rides, et ses yeux pâles, presque aveugles, fixent la boisson dans sa main.
Coretta Kurai Uzume.
Chef des Hauts-nés Uzume.
Plus elle fixe le verre, plus il devient flou.
Un léger sourire étire ses lèvres lorsqu'elle reconnaît les signes de la cécité totale qui s'installe.
« Est-ce que ça va aller ? »
La voix attire son regard à travers la pièce.
Peau lisse, yeux violets vibrants et longs cheveux lilas tombant dans son dos.
Orelena Noah Aljanah.
Matriarche de la famille Aljanah.
Coretta plisse légèrement les yeux. « Tu n'étais pas censée être ici ? »
Orelena hésite, se demandant si elle doit dire la vérité ou non.
Après une brève pause, elle soupire.
« Ma fille m'a demandé de venir. »
Coretta fronce les sourcils. « Esmeray ? Pourquoi ? »
« Je ne sais pas. » Orelena secoue la tête. « Elle ne me l'a pas dit. »
« Et tu es venue ici sans réfléchir ? » demande Coretta en la regardant.
« C'est ma fille. » répond-elle, la voix ferme. « Quoi qu'il arrive, elle ne fera rien qui puisse me blesser. »
Coretta hausse les épaules. « C'est vrai. »
« Tu n'as pas répondu. » insiste Orelena. « Ton œil va bien ? »
Coretta sourit. « Te souviens-tu pourquoi nous, les Hauts-nés Uzume, avons de tels yeux ? »
« ....Oui. »
À l'époque où les humains n'étaient traités que comme des esclaves, il y avait un clan parmi eux.
Un clan qui vénérait la déesse Amatrasu.
« Notre famille était la plus rebelle de toutes. » murmure Coretta en faisant tourner son verre. « Alors, pour nous contrôler, ils nous ont fait manger une herbe empoisonnée qui a rendu tout le monde aveugle. »
La famille Uzume aurait été anéantie depuis longtemps s'Il n'était pas né parmi eux.
Le quatrième enfant de mana.
Moshel.
Celui qui a conduit les humains vers la liberté.
« C'est drôle. » ricane doucement Coretta. « Bien que descendants de leur messie, nous sommes toujours détestés par les humains. »
« C'est parce que Moshel n'était pas censé avoir d'enfants. » répond Orelena en la regardant.
Les dieux le lui avaient interdit.
Pourtant, il a eu un enfant.
Et—.
La raison pour laquelle les Uzume ont dû sacrifier l'un de leurs enfants en tant que Vierge de l'Épée pour protéger la porte de l'enfer.
« Quoi qu'il en soit, je pense que mon deuxième éveil sera bientôt là. » annonce Coretta, la prenant par surprise.
« Ce n'était pas censé être une légende ? » demande Orelena, visiblement sceptique. « Seul Moshel a pu en avoir un. »
« C'est bien ça le truc. » répond Coretta avec un petit sourire. « Je pourrais être la deuxième de notre lignée à en avoir un. »
« Oui. »
Elle lève son verre haut dans les airs.
« Mais en échange, rien ne m'échappera. »
Comme pour se moquer de ses rêves—
Une flèche transperce son verre, faisant voler les éclats autour.
L'expression de Coretta devient froide alors que son corps se brouille.
Orelena, quant à elle, remarque une petite note attachée à la flèche.
Elle bouge, prend la note et l'ouvre.
« Personne de suspect n'est aux alentours du palais. »
La voix de Coretta résonne alors qu'elle réapparaît.
« Il y avait une flèche dans la chambre de Mariam et dans celle du roi. »
Orelena hoche silencieusement la tête en lisant la note à voix haute.
« Rendez les armes divines si vous ne voulez pas transformer le mariage en un....bain de sang. »
Leurs expressions se durcissent pour des raisons différentes.
Le corps de Coretta se brouille alors qu'elle disparaît.
« Je vais essayer de trouver le coupable. »
Orelena ne peut répondre.
Elle reste là, fixant la note, le regard vide.
Parce que—.
Elle reconnaît l'écriture.
« ....Non. »
Orelena gémit en se rasseyant.
Le palais tout entier sombre dans le chaos alors qu'ils tentent de trouver le coupable.
Mais—.
Personne ne trouve rien.
Le premier rayon de soleil brille sur le palais.
Le jour du mariage—.
—est arrivé.