Chapitre 156
Les étoiles scintillaient au-dessus, un flou glorieux dans le ciel d'une noirceur absolue.
Une lune aux reflets verdâtres illuminait le pont en béton sur lequel nous marchions.
Des flocons de neige tombaient du ciel, recouvrant le sentier et produisant un craquement sourd sous nos pas.
Daphne ouvrait la marche, suivie par les étudiants.
Quelques mètres plus loin, un pont menait vers un point distant où se dressait une tour haute et imposante.
Cette tour sombre, dont le sommet plat s'élargissait par rapport à sa structure inférieure, était fermement ancrée au milieu du pont et s'élevait vers le ciel, supportant tout le poids de l'édifice.
Un son filtrait à travers la zone, un sifflement lointain et constant, semblable à celui d'un chat en colère. Il devint plus fort à mesure que nous approchions du pont.
Une cascade, immense et rugissante, se déversait en contrebas sur le côté gauche du pont, son vacarme couvrant tout autre bruit.
« Vous croyez que Lumina est plate ? »
Ma tête pivota vers la droite alors qu'Oliver marmonnait.
« Ce n'est pas le cas ? » Chubby fronça les sourcils, marchant à mes côtés tout en le regardant.
« Si, c'est le cas », acquiesça Oliver avec ferveur.
« Alors comment tu expliques que la lune tourne autour de nous ? » demanda Chubby en penchant la tête, confus.
« Je veux dire, je l'ai entendu de ma mère une fois », répondit Oliver en haussant les épaules. « Elle a peut-être tort, cela dit. »
« ... »
J'écoutais silencieusement leur conversation tout en jetant un coup d'œil derrière moi.
Nous étions à l'arrière ; Christina et Olesia, Willis dans les bras, marchaient derrière nous.
Ashlyn et Aaliyah marchaient devant, discutant de quelque chose.
Presque toutes les secondes, Aaliyah se retournait pour regarder Oliver.
« ..... »
Sacré veinard.
« Tu ne m'avais pas dit que Willis avait une nouvelle maman », lança Oliver en jetant un regard vers elles.
« Il joue, c'est tout », répondis-je en tournant la tête pour les observer discuter.
'...Pourquoi est-elle là, d'ailleurs ?'
Je me posais la question en jetant un œil à Olesia, qui portait toujours la même robe noire et le même trait d'eye-liner sombre.
Mais mon regard se déplaça vers Christina, qui tenait un vieux parapluie en bambou pour se protéger de la neige.
Ses yeux croisèrent les miens, elle sourit doucement et me fit un signe de la main.
Je secouai la tête en observant les soldats de l'Empire postés sur les côtés pour assurer notre protection.
« Hé, il ne reste plus qu'une heure avant ton anniversaire », commenta Oliver avec un sourire, me montrant l'heure sur son téléphone. « Tu vas enfin pouvoir devenir un coup— »
« La ferme », grondai-je en lui donnant une tape sur le torse.
« Aïe, mes tétons. » Il gémit de douleur en se frottant la poitrine.
« Chubby, tu es libre après ça ? » demandai-je en le regardant.
« Pourquoi tu demandes ? » répliqua-t-il, confus.
« Tu as promis de nous emmener chez toi, tu te souviens ? » demandai-je avec un sourire éclatant.
Oliver enchaîna avec le même sourire que moi : « Moi aussi, mon pote. »
« Pourquoi vous voulez tant visiter ma maison ? » demanda-t-il en fronçant les sourcils.
« Pour voir tes parents », répondis-je en le fixant.
« Surtout ta mè— » Je donnai un coup de coude à Oliver alors qu'il se corrigeait : « Hem, je veux dire ton père. »
« Je verrai bien », répondit-il, visiblement méfiant face à notre comportement.
« Pas de souci, mec », répondit Oliver, sans insister, tout en accélérant le pas pour attraper Keegan.
« Qu'est-ce que tu fais !? » rugit Keegan en le fusillant du regard alors qu'Oliver passait son bras autour de lui pour le ralentir.
« Détends-toi, mec, je voulais juste discuter », sourit Oliver en lui tapotant le torse.
« Quoi ? » cracha Keegan, visiblement agacé alors qu'Oliver le ramenait à notre rythme.
« Tu vas offrir quoi à Az ? » demanda Oliver en me désignant. « C'est son anniversaire, tu te souviens ? »
« Pourquoi je lui offrirais quoi que ce soit ? » cracha Keegan en me lançant un regard noir. « Il ne mérite rien. »
« J'ai déjà tout », répondis-je en haussant les épaules avec un léger sourire en coin. « Même une plus grosse bite, crevette. »
« Pfft... »
Oliver laissa échapper un rire étouffé tout en maintenant fermement Keegan.
« Lâche-moi ! » hurla Keegan en me fixant.
« Calme-toi, il ne ment pas », répondit Oliver sans desserrer son étreinte. « C'est une question de génétique, pas besoin de se battre pour ça. »
Il souffla, furieux, mais je ne fis pas attention à lui.
À la place, je marchai vers le bord gauche du pont.
De fines gouttelettes d'eau me tombèrent dessus, me trempant légèrement alors que je posais mes mains sur le rebord pour regarder en bas.
Et...
Tout ce que je voyais, c'était l'obscurité, de l'eau tombant dans un gouffre sans fin, sans fond visible.
« ..... »
'...J'ai soudainement envie de sauter.'
...C'était étrange, comme si cette pulsion ne cessait de croître sans aucune raison.
[Ne fais pas ça.]
'..Je sais.'
Je réfléchis en m'éloignant du bord tout en observant les alentours.
Mais mon regard s'arrêta brusquement quand je remarquai un garçon aux cheveux vert clair qui me fixait.
« Ivan ? »
Je marmonnai alors qu'il détournait le regard, discutant avec ses sbires.
....C'est vrai, je dois le tuer.
À la prochaine occasion, quelle qu'elle soit, je le tuerai.
Aussi douloureusement que possible.
[...Pourquoi ?]
'....Dans le jeu, il a essayé de forcer la fille qui était proche de moi.'
....Il n'a jamais réussi, mais il a essayé par pure jalousie.
Et je vais le tuer pour ça.
[....Tu as essayé de faire la même chose, Az.]
'.....'
Je soupirai, un sentiment de culpabilité rampant sous ma peau, me mettant mal à l'aise. Pour une raison quelconque, mes yeux se posèrent d'eux-mêmes sur Arianell.
Nos regards se croisèrent, ce qui me fit me détourner alors que je répondais à El.
'...J'étais brisé à ce moment-là, physiquement et mentalement. Je ne savais même pas ce que je faisais.'
[....Des excuses.]
'Tu n'y connais rien, El, alors ne te moque pas de mes paroles.'
[Tout ce que je sais, c'est que tu as tort, et ça ne changera pas, quoi que tu dises.]
'.....'
« Hé, Az ! » Je tournai mon regard vers Oliver alors qu'il criait en pointant l'autre côté du pont. « Il y a un bateau qui propose une traversée, tu veux venir ? »
« Non, allez-y sans moi », répondis-je en jetant un coup d'œil à Aaliyah, qui me lançait des regards noirs.
« Ok ! » cria-t-il avant de s'éloigner.
En regardant autour de moi, je trouvai Ashlyn avec Christina et Olesia en train de jouer avec Willis.
N'ayant rien d'autre à faire, je pénétrai dans la tour au milieu, gravissant les escaliers circulaires jusqu'à atteindre le toit.
Le vent glacial sur le toit ouvert me fit me sentir vivant et apaisé alors que je marchais vers le bord, m'asseyant face aux collines remplies d'arbres immenses.
Jetant un œil à mon bracelet, j'hésitai un instant avant de sortir une bouteille de whisky vieillie de cent ans.
'...Ça fait longtemps que je n'en ai pas bu.'
Pensai-je en ouvrant le bouchon, laissant son arôme emplir mes narines.
« Tu bois encore ? » Je m'arrêtai, fermant les yeux en entendant une voix calme.
« Tu vas m'en empêcher ? » demandai-je sans me retourner, « ...princesse ? »
Elle s'approcha, s'asseyant sur le toit en béton et me regardant, « ...Je n'ai jamais essayé. »
Tendant la main, elle arracha la bouteille avant d'en prendre une grande gorgée. Son visage se crispa alors qu'elle gémissait : « Argh... Comment tu peux boire ce truc aussi fort ? »
« En le mélangeant avec de l'eau », répondis-je en lui reprenant la bouteille.
« Alors... Tu as arrangé les choses avec Christina ? » demanda-t-elle, ses yeux immaculés fixés sur la lune.
« ...Je ne sais pas. »
« ...Elle mérite mieux », marmonna-t-elle alors que je prenais un verre et un peu d'eau, « ...Au moins une meilleure version de toi qui ne soit pas un connard. »
« ...Qui se soucie de ton avis ? » grommelai-je en préparant mon mélange.
« Ouais, comme si j'étais une fille quelconque sans aucun pouvoir ni autorité. »
« Ravi que tu connaisses ta valeur. »
« ....Tu te souviens quand elle essuyait ta morve avec sa robe en hiver ? » commenta-t-elle avec un petit rire, juste pour m'énerver.
« Ne me rappelle pas ça », fis-je la grimace en approchant le verre, mais elle me le reprit une fois de plus.
« Maintenant c'est mieux », marmonna-t-elle en l'avalant cul sec sous mon regard noir.
« Qu'est-ce que tu veux ? » demandai-je en fixant la lune comme elle.
Je la connais depuis que nous sommes enfants.
....Elle ne serait pas venue me voir sans raison.
« ....'Cette femme' m'a appelée hier », marmonna-t-elle en se recroquevillant.
« Pourquoi tu me racontes ç— »
« Parce que je n'ai personne d'autre à qui en parler », coupa-t-elle sèchement en me lançant un regard noir.
« ...J'ai été tellement stupide de partager ça avec toi, de toutes les personnes dans ce monde maudit. » Murmura-t-elle.
« ...Qu'est-ce qu'elle a dit ? » Je soupirai en me massant les tempes, ma voix adoucie.
« ....Elle veut me voir », répondit-elle, la voix brisée, en saisissant la bouteille de whisky pour en boire une gorgée. « ...Une dernière fois. »
« ..... »
Je fermai les yeux, prenant une profonde inspiration avant de demander : « Et ta réponse ? »
« ....Je n'ai pas pu répondre », marmonna-t-elle, la voix un peu étranglée, mais elle restait forte. « ...Comment cette femme peut m'abandonner et ensuite demander à me revoir ? »
« Peut-être qu'elle veut sincèrement te voi— »
« Tu recommences », grogna-t-elle en me fixant. « Tu prends sa défense comme si elle faisait un putain de sacrifice. »
« ... »
Ce n'est pas le cas.
Elle vit sa propre vie sans se soucier de toi...
Je retins mes mots en continuant de regarder la lune.
Serrant ses genoux par anxiété, elle marmonna : « ...Toute cette merde de 'te voir une dernière fois', c'est juste pour satisfaire ses propres désirs égoïstes. »
« ..... »
...Je n'avais toujours aucun mot pour apaiser son anxiété ; de toute façon, je ne mérite pas de la réconforter.
....Pas après ce que je lui ai fait.
« Dis quelque chose », grommela-t-elle doucement en me frappant le bras.
Je jetai un coup d'œil à son visage, ses cheveux blancs flottant autour d'elle.
« Aria », finis-je par murmurer.
« Ne m'appelle pas comme ça. »
En regardant le ciel, je demandai, las : « .... Est-ce que tu vas vraiment mourir ? »
Je n'eus aucune réponse, juste le silence. Elle se leva simplement et s'éloigna.
« Hmm ? »
Je me tournai pour la regarder, mais mon regard tomba brusquement sur des centaines de petites araignées rampant sur le sol, surgies de nulle part.
Elles s'arrêtèrent toutes entre elle et moi avant que leurs corps ne commencent à gonfler, une étincelle de feu les parcourant.
« Merde. »
BOOOOM !!!