Chapitre 108
Les pleurs de la femme d’âge mûr durèrent un long moment. Mais peu à peu, ses sanglots s’apaisèrent pour finir par s’éteindre tout à fait.
Elle essuya ses larmes du revers de sa manche et prit la parole.
« Ma cadette ne peut même pas quitter sa chambre d’hôpital. Je… ma fille a besoin de mon attention et de mes soins. Si je ne suis pas là pour elle, qui le sera ? Mais je… j’ai une autre fille, et je ne peux pas la délaisser. »
La respiration de la femme devint plus saccadée.
« J’ai un frère, et il a eu un accident quand nous étions enfants. Ma mère passait tout son temps à s’occuper de lui et me traitait comme si j’étais moins importante. Je comprenais qu’il eût besoin d’elle à l’époque, mais je garde une certaine rancœur envers ma mère. Je ne veux jamais que mes enfants ressentent cela… »
Son souffle se fit si court qu’elle dut s’interrompre pour reprendre contenance.
« Je… j’ai peur. Je sais que ma cadette a besoin de moi, mais je ne veux pas négliger mon autre fille et lui faire subir ce que ma mère m’a fait subir. Mon mari et moi travaillons tous les deux et nous avons déjà à peine du temps pour nos enfants. Je… je ne sais plus quoi faire ! »
La femme se mordit la lèvre, tandis que des larmes menaçaient de couler à nouveau.
Bientôt, elle parvint à se calmer et leva les yeux vers Lia.
« Tu as dû en entendre beaucoup, je m’en excuse. » Ses lèvres s’étirèrent en un sourire maladroit. « Dire qu’une vieille femme comme moi cherche à se soulager en confiant son chagrin à une enfant comme toi. Quelle honte… »
« Vous, » lâcha soudain Lia en l’interrompant. « Vous avez peur d’être détestée par vos filles, n’est-ce pas ? »
« … »
La femme se figea, comme pétrifiée.
L’expression de Lia, restée réservée depuis le moment où Adrian l’avait rencontrée, changea pour la première fois.
Elle semblait… déçue.
« Être indécise à cause de vos propres peurs… quelle lâcheté. Je n’aimerais pas être la fille de quelqu’un comme vous. »
Pendant quelques instants, un silence pesant s’installa. Puis, la femme grinça des dents.
« Qu’en sais-tu ! Une enfant comme toi ne peut pas comprendre ce qu’un parent ressent, alors… ! »
« Telle que la situation se présente, » trancha Lia à nouveau. « Vous gâchez la vie de vos deux filles à cause de votre indécision. Ne soyez pas lâche et choisissez la vie que vous pouvez supporter de briser. »
Sur ces mots, Lia se leva brusquement et s’éloigna.
Les yeux d’Adrian s’agrandirent.
« Non, pas encore. J’ai encore besoin de connaître l’identité de la personne qui possède la troisième attraction. »
Mais face à la force tyrannique de l’attraction magnétique, ses souhaits n’étaient rien, et il fut entraîné avec elle.
***
Contrairement à ce qu’Adrian avait espéré, il ne put retourner auprès du Faux le lendemain.
Il avait cru que si Lia se trouvait à proximité du Faux, il pourrait se transférer vers l’attraction de ce dernier.
Hélas, ils ne furent jamais assez proches, et il n’en eut jamais l’occasion.
Ainsi, quelques semaines passèrent, durant lesquelles il resta coincé avec la jeune fille.
Il ne découvrit rien de plus au cours de ces semaines passées à l’observer. Tout ce que faisait Lia, c’était se réveiller, aller à l’école, travailler au restaurant, finir ses devoirs, puis dormir.
Elle ne semblait pas vraiment intéressée par l’idée de rendre visite à sa mère à nouveau.
« C’est un problème. »
Adossé au mur de la chambre de Lia, alors qu’elle dormait sur le lit devant lui, Adrian ne put s’empêcher de froncer les sourcils.
Ses plans pour accélérer la conclusion de ce souvenir entraient dans une phase cruciale. Mais il avait été soudainement arraché au Faux, mettant ses projets à l’arrêt.
Plus que cela, il avait laissé le Faux à lui-même, et il était incertain de la tournure que prenaient les événements.
Adrian devait retourner auprès de lui, d’une manière ou d’une autre.
« Mais comment ? »
Il ne pouvait interagir avec Lia, ce qui signifiait qu’il n’avait aucun moyen d’influencer ses actions. Il ne pouvait pas la forcer à s’approcher du Faux.
Il avait essayé d’écrire dans son carnet une fois pendant le cours, lui disant de s’approcher de la classe du Faux. Mais comme il s’y attendait, elle fut incapable de percevoir l’écriture.
Les gens ne pouvaient pas percevoir ses interventions physiques sur les objets, même si le changement causé était permanent.
« Elle ne peut pas percevoir mes actions, et donc, elle ne peut pas percevoir le changement… qu’elles provoquent… »
Les yeux d’Adrian s’agrandirent soudainement alors qu’une idée lui traversait l’esprit.
Regardant autour de lui, il ramassa un carnet. Puis, il déchira un petit morceau de papier de la dernière page. Saisissant un stylo, il commença à écrire quelque chose sur le papier.
Le temps passa, et Lia était assise à son bureau, attendant l’arrivée du professeur. C’est alors qu’un garçon entra dans la classe et s’approcha d’elle.
« Excuse-moi, es-tu Lia, par hasard ? Je cherchais une fille nommée Lia, et quelqu’un m’a dit que c’était la fille aux cheveux dorés dans cette classe. »
Lia hocha la tête.
« C’est moi. Comment puis-je t’aider ? »
Au lieu de répondre, le garçon lui donna un morceau de papier et s’en alla, ce qui la fit pencher la tête, confuse.
Debout à ses côtés, Adrian soupira de soulagement.
« On dirait que ça a marché. »
Les gens ne pouvaient pas percevoir les changements causés par lui dans le monde parce qu’ils ne pouvaient pas le percevoir lui-même. Après tout, si quelqu’un pouvait voir des choses s’écrire dans son carnet sans voir celui qui écrivait, cela ressemblerait à l’œuvre d’un fantôme.
En somme, cela briserait la logique de cette « Terre ».
Adrian avait donc écrit sur un morceau de papier et l’avait jeté au sol. Ainsi, quelqu’un trouvant ce papier par terre dans le couloir de l’école ne causerait aucune incohérence logique.
Lia déplia lentement le morceau de papier.
J’ai quelque chose d’important qu’on m’a demandé de te remettre en urgence.
S’il te plaît, viens au coin du couloir au deuxième étage de l’école dès que tu recevras ce message.
Lia fronça les sourcils en lisant le message.
Mais après une brève hésitation, elle se leva de son siège et quitta la classe.
Bientôt, elle arriva à l’endroit mentionné sur le papier. Mais elle n’y trouva personne.
Pendant ce temps, Adrian était déjà entré dans la première salle de classe lorsqu’elle avait atteint le deuxième étage. Comme il l’avait espéré, il fut capable de se transférer vers l’attraction du Faux.
Mais…
« Non… »
Ce qu’il vit le fit se figer un instant.
Il semblait que les élèves de la classe étaient en plein examen, écrivant sur leurs feuilles avec une concentration totale.
Le Faux, lui aussi, écrivait tranquillement sur sa feuille. Mais Adrian remarqua qu’il jetait des coups d’œil au professeur de temps à autre. Plus encore, il glissait sa main libre dans sa chaussette.
Il ne fut pas difficile pour Adrian de deviner ce qu’il essayait de faire.
« Il essaie de tricher. »
C’était… c’était l’une des pires directions possibles, et c’était précisément ce qu’il avait voulu éviter.
« Je ne peux pas laisser faire ça. »
Adrian posa fermement sa main sur l’épaule du Faux et déclara d’un ton résolu :
« Ne fais pas ça. »