Chapitre 143
Traducteur : Athena13
Éditeur : Silavin
Correcteur : p4553r
Akira prenait un bain chez lui tout en repensant aux événements de la journée, sa conscience embrumée par la chaleur de l'eau.
« ...Je ne sais pas pourquoi, mais je me sens épuisé aujourd'hui, alors que je n'ai même pas eu à me battre. »
Akira était vidé. Cela devait être dû à la quantité de choses qui s'étaient passées, bonnes comme mauvaises. Il laissa l'eau chaude apaiser sa fatigue physique.
Alpha était également dans le bain, comme à son habitude. Elle observait Akira avec un air pensif.
Akira remarqua le regard d'Alpha.
« Quoi ? »
« Comme je le pensais, ça n'a que peu d'effet si tu ne peux pas le toucher, hein ? »
« De quoi tu parles ? »
« Je parle du moment où Shizuka t'a serré dans ses bras. »
Akira, qui était appuyé contre la baignoire, s'enfonça lentement dans l'eau. Lorsque sa bouche et son nez furent finalement submergés, il inhala un peu d'eau, ce qui le fit sursauter ; il se redressa brusquement en toussant.
Akira paniqua un instant, manquant de se noyer.
« ...D-de quoi tu parles, bon sang !? »
« Comme je l'ai dit, je parle du moment où Shizuka t'a serré dans ses bras. Pour être honnête, je pense être plus séduisante que Shizuka. Mais malgré cela, il semble que ça ne t'affecte pas autant, alors je suppose que c'est parce que tu ne peux pas me toucher. »
Alpha ne semblait pas le taquiner. Elle posait simplement une question honnête et directe, ce qui déstabilisa un peu Akira.
« É-étais-je vraiment en train de me laisser aller à ce point ? »
« Eh bien, les avis divergent sur la question, je m'en tiendrai à ça. »
Akira s'agita, frustré par la réponse vague d'Alpha. En voyant son trouble, Alpha ne montra aucun signe de moquerie et commença à le sermonner.
« Enfin, je vais te donner un petit avertissement. Elle te voit comme un petit garçon, ce que tu es, mais il y a une limite à ne pas franchir, n'est-ce pas ? »
« J-je sais. »
Akira se promit de faire attention à ne pas laisser une mauvaise impression à Shizuka.
Alpha n'avait pas menti. Il était vrai que chacun pouvait avoir un avis différent sur la question. Et même si Shizuka avait vu l'expression d'Akira à ce moment-là, il était peu probable qu'elle pense qu'il se laissait aller ; elle se dirait simplement qu'il était soulagé, rien de plus.
Mais la véritable raison pour laquelle Alpha avait mis Akira en garde était de tester sa réaction.
Elle vérifiait jusqu'où les gens pouvaient manipuler les actions d'Akira, ce qui pourrait affecter ses propres objectifs. En retour, elle pourrait avoir besoin d'élaborer un plan spécial dans un tel scénario. Pour l'instant, Alpha avait pu confirmer, grâce à la réaction d'Akira lorsqu'il avait été enlacé, qu'elle devait rester vigilante.
—*—*—*—
Alna marchait dans le quartier inférieur de Kugamayama en plein jour, l'air terrifié. Elle ne cessait de regarder autour d'elle, comme si quelqu'un la traquait.
En réalité, personne ne la poursuivait. Pourtant, Alna continuait d'avancer en jetant des coups d'œil derrière elle, scrutant le prochain coin de rue, guettant ce qui pouvait se cacher dans les ruelles sombres.
Un bruit soudain retentit derrière elle. Alna sursauta et se retourna en tremblant. Un panneau publicitaire venait de tomber. Ce n'était pas quelqu'un qui se cachait, juste le vent. En réalisant cela, elle soupira de soulagement et ses traits se détendirent.
Mais son expression se crispa aussitôt. Elle semblait toujours terrifiée en marmonnant :
« ...Pourquoi ça m'arrive ? »
Alna se remit à courir, sans savoir si quelqu'un la poursuivait ni où elle pouvait aller.
Tout avait commencé la nuit dernière, quand Nasha était venue à sa cachette.
Alna, qui dormait déjà, s'était réveillée en sursaut en entendant frapper à sa porte. Il était tard dans la nuit, ce n'était pas une heure pour les visites. Elle avait donc vérifié prudemment par l'entrebâillement et avait vu Nasha, le visage sombre.
Alna l'avait fait entrer. Nasha avait scanné les environs avant de franchir le seuil, observant la pièce avec une mine grave. Elle s'était légèrement détendue en confirmant qu'il n'y avait personne d'autre, mais son expression n'avait pas changé pour autant.
Il était évident qu'il se passait quelque chose de grave. Alna avait tenté de la calmer en lui demandant ce qui n'allait pas.
« Nasha, que s'est-il passé ? »
« Alna, tu es seule ? »
« ...O-oui. »
« Est-ce que quelqu'un d'autre que nous deux est au courant pour cette cachette ? »
« Je ne crois pas. Je n'en ai parlé à personne d'autre qu'à toi. »
Nasha regarda Alna avec sérieux et lui dit :
« Calme-toi et écoute bien. Une fois qu'on aura fini, pars d'ici le plus vite possible. Cette fois, cache-toi dans un endroit que même moi je ne connais pas, d'accord ? »
« H-hé, attends, qu'est-ce qui se passe ? »
Alna commençait à avoir peur. Nasha posa ses deux mains sur les épaules d'Alna, la voix tremblante, prête à révéler une vérité douloureuse à sa meilleure amie.
« Akira va te tuer, il a demandé au gang de te retrouver. »
Alna se figea.
Elle savait par Nasha qu'Akira était le Hunter qui soutenait le gang de Sheryl. Mais jusqu'à présent, il n'avait pas semblé chercher après elle.
Akira finirait bien par l'oublier avec le temps. Après avoir parlé avec Nasha, Alna prévoyait de rejoindre le gang de Sheryl une fois qu'il aurait grandi et recruté plus de membres. Pour plus de sécurité, elle comptait même changer de nom pour s'infiltrer sans qu'Akira ne s'en aperçoive.
Akira n'était pas du genre à profiter du gang, et Sheryl, la chef, prenait même la peine d'apprendre à lire et à écrire aux membres. Comparé aux autres gangs des bidonvilles, celui de Sheryl était un endroit bien plus sûr pour les enfants. Beaucoup d'entre eux souhaitaient le rejoindre, et s'il devenait assez grand pour avoir des antennes, il serait encore plus facile pour Alna de s'y glisser. Elle avait fondé beaucoup d'espoirs sur ce plan.
Mais à présent, son espoir était brisé.
Alna demanda en tremblant :
« Q-quoi ? Pourquoi ? Depuis quand ? Tout était calme jusqu'ici, non ? »
« Je n'en ai aucune idée, ils nous ont soudainement dit de garder l'œil ouvert pour toi. Ils nous ont donné une photo et nous ont ordonné de faire un rapport si on apercevait la personne dessus. Et il semble qu'ils aient distribué cette photo à tout le gang. »
Nasha montra la photo à Alna. Le visage de cette dernière devint livide ; elle n'en croyait pas ses yeux, la personne sur la photo était bien elle.
« I-il a même une photo de moi... Mais comment ? Comment a-t-il fait ? Quand a-t-il pris ça ? »
En réalité, personne ne l'avait prise en photo. L'image provenait directement de la mémoire d'Akira lorsqu'il l'avait vue. La qualité était bonne, si bien que la personne sur la photo était facilement identifiable comme étant Alna.
Nasha essaya de la calmer, car Alna semblait sur le point de hurler.
« Alna, calme-toi, calme-toi, d'accord ? Respire ! »
Alna regarda Nasha, les larmes aux yeux, au bord de la rupture.
Nasha reprit lentement, d'une voix posée, pour l'apaiser davantage.
« Calme-toi, s'il te plaît. Il y a quelque chose d'important que je dois te dire, écoute-moi bien. J'ai reçu cette photo quand Alicia, une officier du gang, m'a dit de surveiller si je voyais cette personne. Mais elle a aussi précisé qu'il n'était pas nécessaire de se mettre en danger pour te chercher. En fait, elle m'a dit de ne surtout pas le faire, qu'il suffisait de signaler où et quand je t'avais vue. »
« Q-qu'est-ce que ça veut dire ? Ils me cherchent, non ? »
« Je ne connais pas les détails, mais d'après ce que j'ai entendu, tu as un ami Hunter qui est plus fort qu'Akira. C'est pour ça qu'ils ne veulent pas te ramener de force, c'est trop dangereux. Alna, tu as une idée de qui est ce Hunter ? »
Alna secoua la tête.
« Je vois. Alors c'est peut-être un malentendu. Ils parlent peut-être de ce Hunter qui t'a aidée à l'époque. C'était qui déjà... Katsuya, c'est ça ? »
« ...C'est ça, Katsuya-san. »
En prononçant le nom de Katsuya, Alna semblait y placer tous ses espoirs.
Nasha continua :
« Je pense que tu as deux choix. D'abord, tu peux essayer de fuir le plus loin possible. Bien que le quartier inférieur soit vaste, on ne sait pas jusqu'où Akira est prêt à aller pour te trouver. Mais je suis sûre qu'il n'ira pas jusqu'à chercher dans une autre ville, alors il te suffit de t'éloigner autant que ça. »
Aller jusqu'à une autre ville à pied serait un suicide. Si elle choisissait cette option, Alna aurait besoin d'organiser un transport. Mais ce n'était pas bon marché, car les Terres désolées étaient infestées de monstres dangereux. Elle aurait donc besoin d'argent pour le transport et pour payer des escortes.
« Ton autre choix serait de demander de l'aide à ce Katsuya. S'il est quelqu'un de bien et qu'il ne laisse pas mourir la personne qu'il a sauvée, même si ce n'était qu'un caprice, il pourrait être prêt à t'aider à nouveau. Akira lui-même a dit que Katsuya était plus fort que lui. Alors si Katsuya dit à Akira de ne pas s'en prendre à toi, il pourrait arrêter de te chercher. »
Nasha n'avait jamais rencontré Katsuya, elle ne savait donc pas quel genre d'homme il était. Mais elle savait qu'il avait été assez bon pour aider une parfaite inconnue, alors elle se disait qu'avec assez de supplications, il pourrait l'aider à nouveau.
« Ce serait peut-être encore mieux d'essayer les deux. Demande l'aide de Katsuya, et s'il semble qu'il ne t'aidera pas, alors prépare-toi à fuir vers une autre ville. »
Nasha donna un peu d'espoir à Alna. Grâce à cela, elle put se calmer un peu. Mais cela ne réglait en rien sa situation.
Alna n'avait que deux issues possibles, et toutes deux avaient peu de chances de fonctionner. Elle n'avait aucun moyen de fuir vers une autre ville, et Katsuya pourrait refuser de l'aider. Aucun des deux choix ne lui garantissait la vie sauve.
Nasha sortit un pistolet et un peu d'argent, et les tendit à Alna.
« Prends ça, ce n'est pas grand-chose, mais c'est mieux que rien. »
Alna fut surprise et dit, troublée :
« C-ce pistolet, ce n'est pas la propriété du gang ?! Si tu te fais prendre... !? »
Nasha sourit pour ne pas l'inquiéter.
« Ne t'en fais pas, utilise-le. Je m'en sortirai, je leur raconterai un mensonge. »
« M-mais !? »
« Tout ira bien. »
Nasha serra Alna dans ses bras, coupant court à ses protestations. Elle la regarda avec tristesse et dit :
« ...Je suis désolée. Bien que je sois ta meilleure amie, c'est tout ce que je peux faire pour toi. J'ai pensé à en parler à Sheryl pour demander son aide, mais je ne pense pas que ça marcherait. Elle a peur de se mettre Akira à dos, alors elle n'aidera pas quelqu'un qu'il veut tuer. En fait, je suis sûre que si elle savait que nous sommes proches, elle ferait tout pour me faire cracher où tu te caches. »
« A-alors, viens avec moi. »
Nasha secoua la tête tout en la serrant toujours contre elle.
« Non. Je suis sûre que le gang ne fera pas grand cas de la perte d'une personne, et Katsuya t'aidera peut-être si tu es seule. Mes deux options pourraient échouer si je suis avec toi, c'est pour ça que je ne peux pas venir. »
« ...Nasha. »
« De plus, les choses pourraient changer. Akira pourrait mourir quelque part. C'est un Hunter, après tout, ça ne serait pas étrange qu'il disparaisse soudainement. Bien que, si ça arrive, ce sera probablement la fin du gang aussi. Quoi qu'il en soit, si quelque chose comme ça se produit, seuls les membres du gang seront au courant, donc je dois rester. Si ça arrive, j'essaierai de te prévenir, mais ne te fais pas trop d'illusions. »
Nasha sourit doucement et serra Alna plus fort.
« C'est peut-être notre dernier adieu. Je suis désolée, je n'ai rien d'autre à dire à part que j'espère que tu t'en sortiras. »
Après cela, Nasha desserra son étreinte et dit à Alna, le visage grave :
« Maintenant, je rentre. Après ça, quitte cet endroit et cache-toi là où même moi je ne pourrai pas te trouver. Agis avec prudence, pars du principe qu'ils m'ont interrogée et que je leur ai tout dit. Je ferai de mon mieux pour résister, mais je ne peux pas te promettre que je ne lâcherai rien. »
Nasha vit Alna hocher la tête, les larmes aux yeux. Elle lui adressa un dernier sourire encourageant avant de partir.
Après cela, Alna fit ses bagages, les yeux embués, et quitta sa cachette comme Nasha le lui avait conseillé. Elle n'avait aucun plan, aucune cachette dont Nasha n'était pas au courant.
Alna erra au milieu de la nuit et choisit une ruelle au hasard pour dormir.
À son réveil, le soleil était déjà haut. Elle se souvint de tout ce qui s'était passé la veille, se leva et continua de marcher, terrifiée.
« ...Pourquoi ça m'arrive ? »
Personne n'était là pour répondre à son murmure.
Alna errait sans but dans le quartier inférieur de la ville de Kugamayama. Bien qu'elle n'ait aucune destination précise, elle se dirigea inconsciemment vers un endroit particulier. C'était là qu'elle avait rencontré Katsuya. Elle s'y rendit, espérant un miracle, espérant le croiser à nouveau. Alors qu'elle traversait la ruelle, son expression était un mélange de terreur et de résignation.
Elle finit par sortir de la ruelle et déboucher sur la route principale, et c'est là qu'elle aperçut Katsuya.
Alna resta interdite, comme incapable de croire ce qu'elle voyait. Katsuya remarqua Alna, lui sourit et dit :
« Ah, tiens, on se revoit. »
En voyant son sourire, Alna réalisa que ce n'était pas un rêve. À cet instant précis, elle éclata en sanglots, elle qui s'était retenue de pleurer depuis la veille, le barrage céda enfin.
Katsuya fut décontenancé par ses pleurs soudains alors qu'elle se cramponnait à lui.
« A-aide-moi, je t'en prie... »
Le miracle s'était produit une fois de plus. Son souhait avait été exaucé. Cela signifiait qu'elle avait décidé d'abandonner son autre option.
***
Il y avait un entrepôt abandonné près des bidonvilles. Des individus armés s'y étaient rassemblés.
Tous semblaient habitués au maniement des armes et ressemblaient à des voyous. À en juger par leur équipement, c'étaient des Hunters ordinaires. Mais l'atmosphère qui régnait parmi eux était plutôt celle de brigands. Ils dégageaient une aura sinistre, signe qu'ils avaient perdu tout sens moral, au point d'être prêts à traquer non seulement les monstres des ruines de l'Ancien Monde, mais aussi les êtres humains.
Ils discutaient de leur prochain plan à l'intérieur de cet entrepôt sans nom.
« Alors, c'est quoi le plan ? »
« Voilà le topo. On le fait demain. Je n'ai personne d'autre à qui demander de venir et je ne compte pas prendre plus de monde. Après tout, plus on est nombreux, moins la part de chacun sera grosse. »
« J'ai sécurisé le canal pour revendre les reliques qu'on va voler. J'ai aussi un contact avec un receleur. On peut récupérer autant de reliques d'origine inconnue qu'on veut, mais ça craint si on commence à nous demander d'où elles viennent, non ? »
Un homme se plaignit soudain de leur proie.
« Tu es sûr que ça vaut le coup de les braquer ? Si on ne récupère que des reliques bas de gamme, ça ne paiera même pas nos verres, tu sais ? »
« D'après mes infos, certaines reliques là-bas peuvent être revendues jusqu'à 100 fois leur prix d'origine. On devrait pouvoir trouver de bonnes choses. Des reliques à 10 000 Aurums pourraient nous rapporter 1 000 000, et celles à 1 000 000 pourraient monter à 10 000 000. Cet endroit vaut le détour. »
Un autre homme, toujours sceptique, exprima ses doutes.
« Si tu pousses le bouchon aussi loin, ça commence à devenir louche. C'est quoi la défense en face ? »
« Ils ont environ 10 enfants armés, et l'un d'eux est un Hunter. »
« Des gosses, hein... J'ai entendu dire qu'il y avait beaucoup de jeunes Hunters forts ces derniers temps, ça a un rapport avec eux ? »
« Ah, tu parles du type de Drankam, non ? J'ai entendu dire que ce Katsuya avait vaincu un monstre à prime avec juste des jeunes Hunters, et qu'ils s'étaient bien débrouillés lors de l'incident des ruines de Mihazono. »
Le type qui doutait du plan dit d'une voix rauque :
« Hé, c'est une mauvaise idée d'essayer de se frotter à quelqu'un capable de battre un monstre à prime, tu sais ? »
« Drankam essaie de devenir un vrai gang de Hunters, ils ont même des connexions avec le Bureau des Chasseurs. Je suis sûr qu'ils ne vont pas protéger une boutique de quartier dans les bidonvilles. Je suis certain que le magasin qu'on vise n'a rien à voir avec ce gang. »
Un autre homme intervint.
« J'ai entendu dire que le jeune Hunter qui protège ce gang n'est pas si fort que ça. On m'a dit qu'un voleur lui avait piqué son portefeuille, et qu'il n'avait pas pu réagir, s'enfuyant quand le Hunter qui protégeait le voleur l'a intimidé. »
« Donc, en gros, ce n'est pas un grand Hunter, hein ? Si c'est vraiment le cas, alors ce magasin ne vaut peut-être pas grand-chose, non ? Tu es sûr qu'on peut tirer du fric de ce braquage ? »
« Si l'argent t'inquiète, j'ai une assurance. J'ai entendu dire que la boutique allait devenir populaire dans un futur proche. Quelqu'un a passé une requête pour les écraser au plus vite, et on peut se faire un petit profit supplémentaire au passage. »
Un autre homme dit alors maladroitement :
« ...Je vois. Je n'avais jamais entendu parler de ça, mais... Si ça rapporte vraiment du fric, je n'ai pas de plainte à formuler. »
Le chef du groupe insista, le ton ferme :
« Alors ferme-la ! »
« ...Humph ! »
Ils étaient liés par l'appât du gain. Tant que leurs actions leur rapportaient de l'argent, ils ne rompraient pas leur alliance. Ils n'agissaient pas totalement en ordre dispersé ; ils avaient tous assez de compétences pour travailler en équipe. Avec leur niveau, ils auraient pu chasser des reliques de l'Ancien Monde sans trop de risques.
Pourtant, ils préféraient s'en prendre aux humains, jugeant cela plus facile. Tant qu'ils obtiendraient des résultats confirmant leur théorie, ils continueraient. Du moins, jusqu'au jour où ils auraient tort.
***
Ce jour-là, Akira passa encore sa journée à la base de Sheryl.
Sheryl n'ouvrait pas le magasin tous les jours. Ce n'était pas parce qu'Akira ne pouvait pas venir, mais parce qu'ils devaient développer d'autres sources de revenus. Sans compter qu'Akira leur avait demandé d'apprendre à lire et à écrire aux membres du gang, et qu'ils devaient parfois aider Katsuragi.
Sheryl et son gang ouvraient leurs étals et leur boutique de manière irrégulière, environ trois jours par semaine. Comme Akira était arrivé tôt, ils avaient décidé d'ouvrir aujourd'hui.
Akira attendait dans la pièce privée de Sheryl. Lorsqu'on venait lui annoncer un client, Sheryl se changeait pour mettre sa robe et rejoignait la boutique avec Akira.
À chaque fois, elle enfilait sa robe pour accueillir le client, puis reprenait une tenue décontractée en revenant.
Un des hommes de Sheryl vint annoncer un client. Elle commença donc à se changer.
En plein milieu, elle entendit Akira lui poser une question :
« Ce ne serait pas mieux si tu gardais ta robe plutôt que de te changer à chaque fois qu'un client arrive ? »
Sheryl sourit et répondit :
« C'est une question de ressenti. C'est mieux comme ça, savoir que j'ai une tenue spéciale m'aide à me concentrer. »
« C'est ça ? »
« Tu ne te sens pas un peu plus détendu quand tu rentres chez toi et que tu enlèves ta combinaison de renforcement ? C'est un peu pareil, mais à l'envers. »
« ...Eh bien, tu n'as pas tort. »
Akira sembla vouloir clore le sujet.
Alpha sourit, taquine.
« Pour être honnête, tu trouves souvent que c'est trop pénible de l'enlever, alors tu gardes souvent ta combinaison de renforcement même quand tu es chez toi. »
« Je sais, je sais, je ferai plus attention. »
« C'est important d'avoir ce genre de coupure, tu sais. Tu devrais peut-être en prendre de la graine, avec Sheryl. »
« Ouais, ouais. »
Alpha regarda Akira, qui réagissait comme un petit garçon agacé par une remontrance, et sourit.
Akira sentit ce sourire doux d'Alpha et se sentit un peu embarrassé. Mais il se força à garder un visage impassible pour ne rien laisser paraître.
En se changeant, Sheryl portait les sous-vêtements qu'elle avait reçus d'Akira. C'étaient aussi des reliques de l'Ancien Monde. Elle les avait reçus quand Akira avait pensé qu'ils ne rapporteraient pas grand-chose, alors qu'en réalité, ils valaient une petite fortune.
Sheryl s'était habituée à ce qu'Akira la voie en sous-vêtements, et Akira s'était habitué encore plus vite à cette situation.
Sheryl enfila sa robe en pensant :
[...Je me demande si je devrais au moins faire semblant d'être timide pour attirer son attention. Mais vu tout ce qui s'est passé, je ne pense pas que ça changerait grand-chose, sans compter que je m'y suis habituée moi-même. Je suis sûre qu'Akira verrait clair dans mon jeu, même si je faisais la timide, bon sang...]
Sheryl jeta un coup d'œil à Akira. Bien qu'une femme aussi belle qu'elle soit en train de se changer juste à côté de lui, Akira ne montrait aucun intérêt, et il était peu probable qu'il joue la comédie.
[...Donc, en gros, pas besoin de faire semblant, hein ? Mais je me demande dans quelle situation il montrerait son côté embarrassé. Maintenant que j'y pense, même quand je me suis mise à califourchon sur lui, même si je pense qu'il a aimé ça, je ne crois pas qu'il était embarrassé... C'était parce que c'est moi qui ai pris l'initiative ? Si c'était lui qui prenait l'initiative, je me demande s'il réagirait différemment. C'est ça, par exemple, quand je change de robe, si c'était lui qui m'enlevait mes vêtements un par un, je suis sûre qu'il réagirait autrement...]
Sheryl imagina toutes sortes de scénarios.
Elle imagina Akira en train de lui enlever ses vêtements couche par couche, légèrement rougissant, ses mains tremblant alors qu'il retirait délicatement sa robe. À mesure que les tissus tombaient au sol, elle rougissait et jetait un regard gêné à Akira, qui la déshabillait en essayant de retenir un sourire.
Sheryl ajouta inconsciemment du piment à son imagination. Ses mouvements dans la réalité ralentirent, tandis que son esprit s'évadait de plus en plus loin.
Alors qu'elle se noyait dans ses pensées, Akira l'appela soudain :
« Sheryl ! »
« Oui !? »
Sheryl fut déstabilisée quand la voix d'Akira la ramena à la réalité. Akira trouva cela étrange.
« ...Tu prends ton temps pour te changer, ce serait mieux si tu te dépêchais un peu. Ce serait dommage que le client arrive avant toi, non ? »
« T-tu as raison, je suis désolée, je me dépêche. »
Sheryl commença à se changer précipitamment, toujours troublée. Akira la regarda en penchant la tête, confus. Cette fois, Sheryl rougissait pour de vrai, elle ne jouait pas la comédie.